#98 Chickamauga – Ambrose Bierce

chickamauga

Le résumé…

Dans l’œuvre d’Ambrose Bierce, il n’y a pas de fantômes ou de phénomènes anormaux, mais une exploration clinique de la réalité la plus crue, dont l’issue est l’insoutenable horreur de la mort. A travers les cauchemars de la guerre de Sécession, qui valent bien ceux d’Edgar Poe, Bierce porte la nouvelle à son plus haut degré de perfection et s’affirme comme l’un des précurseurs de la littérature américaine du XXe siècle. « Chickamauga » relate l’histoire d’un jeune garçon jouant dans un bois et rencontrant au détour d’un sentier les protagonistes de la bataille éponyme. Terreur, dégoût, fureur, violence, la guerre revêt un visage encore plus cruel que celui qu’elle montre au quotidien dans notre société sans cesse secouée par les conflits.

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Mon avis…

Chickamauga est le nom d’une bataille s’étant déroulée du 18 au 20 septembre 1863, elle représente une défaite importante de l’Union (les 23 états américains ne faisant pas partie de la Confédérations) durant la guerre de Sécession. On y dénombre plus de 30 000 morts. C’est donc un nom étrange pour cette très courte nouvelle qui à priori, si on se fie à la première ligne, relate l’histoire d’un très jeune garçon jouant dans la forêt. Anonyme du début à la fin, nous le suivons d’abord dans des aventures innocentes et plutôt attendrissantes, même si cet enfant rêve de guerre, il semble animé par la seule innocence du jeune âge. Or, petit à petit, de brutales apparitions perturbent le paysage. Les jeux deviennent plus sombres et plus incompréhensibles. L’enfant monte sur des humains animalisés, perdant leurs membres, à l’agonie, il les prend pour des chevaux et s’amuse sur eux comme un cavalier partant en guerre…

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La nouvelle est très perturbante, car particulièrement violente. On voit la scène à travers les yeux de l’enfant qui ne comprend pas la moindre chose qu’il voit. Tout lui semble normal alors que c’est bien le contraire. Les tableaux peints sont malsains et d’une sauvagerie sans nom, ils révèlent les horreurs de la guerre bien qu’ils la traitent de manière largement hyperbolique. On se doute bien que rien ne se passe réellement tel que cela est décrit mais l’enfant interprète tout à sa façon, et l’auteur y rajoute une dose de violence et de surréalisme pour accentuer l’effet de contraste et créer le malaise chez le lecteur.

Il faut savoir qu’Ambrose Bierce a participé à cette bataille et il est donc probable, ou en tout cas on peut facilement l’imaginer, qu’il essaie de transmettre au lecteur plus une sensation qu’un réel récit documentaire sur la guerre. En effet, les humains sont animalisés, les animaux personnifiés, tout est exagéré, il n’y a pas la moindre notion de nuance ou de subtilité, tout est violence et agressivité, sous forme d’une gradation constante pour arriver à un paroxysme à la hauteur du dégoût transmis au lecteur. Pour ma part, j’ai eu l’impression de ressentir, ou plutôt d’avoir une idée du chaos de la guerre, de la cruauté humaine et de sa perdition dans la violence. Tout doit paraître irréel sur un champ de bataille, tous les sens doivent être exacerbés et les perceptions trompeuses.

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Ce qui est original ici, c’est le point de vue de l’enfant, qui joue à la guerre mais finit par se retrouver au beau milieu du champ de bataille sans même s’en rendre compte. Il est sourd-muet, on ne s’en rend pas forcément compte au départ même si cela finit par apparaître à l’esprit petit à petit. Il n’entend pas les bruits de la guerre, ne comprend pas ce qu’il voit car on n’a pas pu lui expliquer, il joue et ne pense qu’à cela. Jusqu’à ce qu’il rentre chez lui et qu’il ressente l’horreur. La guerre ne nous révolte que lorsqu’elle nous touche, semble nous dire l’auteur…

Cette nouvelle est très enrichissante, malgré sa violence presque sans limite. Au lieu de montrer des images définies à coup de descriptions et d’actions vraisemblables, l’auteur nous injecte une dose d’horreur, de sentiments de dégoûts et de répulsion. L’horreur de la guerre n’est pas décrite de manière réaliste, loin de là, mais l’intériorité de celui qui la vit semble exposée à l’œil du lecteur. Cette œuvre est à découvrir (elle est très courte) ! A savoir qu’elle fait partie d’une œuvre nommée « Morts violentes », qui regroupe une quinzaine de nouvelles sur la guerre de Sécession.

Ambrose Bierce

Ambrose Bierce

Ma note…

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