#194 Le Moine – Lewis

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Le résumé…

« De moment en moment la passion du moine devenait plus ardente, et la terreur d’Antonia plus intense. Elle lutta pour se dégager ; ses efforts furent sans succès et, voyant Ambrosio s’enhardir de plus en plus, elle appela au secours à grands cris. L’aspect du caveau, la pâle lueur de la lampe, et les objets funèbres que ses yeux rencontraient de toute part, étaient peu faits pour lui inspirer les sentiments qui agitaient le prieur ; ses caresses même l’éprouvaient par leur fureur : cet effroi, au contraire, cette répugnance manifeste, cette résistance incessante, ne faisaient qu’enflammer les désirs du moine, et prêter de nouvelles forces à sa brutalité. » Pour mettre en scène le combat d’une sainteté qui se défend contre les puissances des ténèbres, Matthew-G Lewis déploie, avec un art consommé de la gradation dans l’horrible, une multitude de récits d’une audace et d’une cruauté rares. Sade et Breton, entre autres, plaçaient très haut ce chef-d’œuvre du roman gothique, dont Antonin Artaud – qui en a réalisé une « copie » – disait : « Je continuerai à tenir pour une œuvre essentielle Le Moine, qui bouscule cette réalité à pleins bras, qui traîne devant moi des sorciers, des apparitions et des larves avec le naturel le plus parfait, et qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres ».

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Mon avis…

Le Moine est une oeuvre gothique de référence, sûrement la meilleure du genre. Il s’agit d’un indispensable pour tout amateur de littérature. Il suffit de voir l’influence énorme qu’a eu ce roman sur les auteurs qui ont suivi la trace de M.G. Lewis… J’ai donc pensé que ce serait une énorme erreur de ma part de ne pas lire Le Moine, en partie pour mes études en Lettres, mais surtout pour ma culture personnelle. J’avais entendu de beaucoup de professeurs, parfois un peu « méprisants » envers le gothique, que ce genre de romans était en général très simples, avec des personnages-types sans profondeur de personnalité, des clichés sans cesse, etc. J’ai été agréablement surprise en me rendant compte, à la lecture du Moine, que ce roman faisait exception à cette « règle ». Bien entendu, on retrouve certaines scènes typiques du roman gothique et des éléments resurgissant comme les apparitions de défunts, la magie noire dans les souterrains… Mais, évidemment, un roman gothique reste un roman gothique : sans certains traits caractéristiques, il n’en serait plus un. L’originalité de ce livre réside dans la profondeur psychologique des personnages, car l’ensemble est assez développé. J’ai été très impressionné que l’auteur, âgé seulement d’une vingtaine d’années lorsqu’il a écrit Le Moine, ait pu faire preuve d’autant de maîtrise et de talent… Je comprends mieux, désormais, l’attrait qu’on pu y trouver les romantiques par exemple, et même des auteurs plus modernes et torturés comme Antonin Artaud, que j’apprécie énormément.

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Ce roman a passé un certain temps dans ma bibliothèque avant que je me lance dans sa lecture, c’est vrai. Avec tout ce qu’on trouve à lire, il est parfois difficile d’avoir du temps pour tout et, d’ailleurs, il faut admettre que ce livre est tout de même d’une longueur qui pourrait paraître effrayante. Mais je me suis laissée séduire, un soir, et j’ai commencé à le lire. Cela a été une révélation, je n’aurais jamais pensé prendre autant de plaisir à lire ce roman. Dans les dernières pages, on aurait même envie qu’il soit plus long et ne s’arrête pas tout de suite. J’ai aimé la façon dont l’auteur prenait son temps pour amener les événements les plus malsains et diaboliques imaginables… Il n’y a aucun manque de subtilité, comme les professeurs dont je parlais plus haut pouvaient le reprocher à d’autres œuvres gothiques comme la première du genre : Le château d’Otrante (qui reste cependant d’un intérêt indéniable). J’ai été surprise, dans Le Moine, de la façon dont s’entremêlaient intelligemment diverses histoires, des plus mystérieuses aux plus concrètes, autour d’un même fil directeur : le personnage du moine, évidemment. Placer dans la religion ce qu’il y a de plus diabolique chez l’espèce humaine est tout simplement un véritable défi pour l’époque et un défi réussi. Le Moine est en fait un roman qui se lit à la fois comme un véritable page-turner du XXIe siècle, mais aussi comme une oeuvre riche en critique sociale parfois acerbe, sur lequel on peut s’arrêter pendant des mois voire des années pour saisir les sens cachés sous chaque mot. Je conseille vivement l’édition GF que j’ai trouvé excellente car elle précise de façon régulière les paragraphes qui ont dû être ôtés pour des raisons de censure à une certaine époque, avant d’être remis ou modifiés… Cela révèle beaucoup de chose sur les mœurs de la société de Lewis.

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Ma note…

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