#226 Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

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Le résumé…

Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent. Alors Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue. La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin. En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme lui peut avoir écrit des choses comme ça. C’est l’intention de ce roman où l’auteur a tout de même pris certaines libertés avec l’exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n’existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d’une langue, d’un imaginaire, d’une topographie intime. Il ne reste que peu d’écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu’on bouscule sans pénalités.

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Mon avis…

Quelle étudiante en Lettres serais-je si je ne cherchais pas à mieux connaître le fameux Racine ? J’en ai lu, des textes sur lui, des biographies, mais jamais un roman ! Nathalie Azoulai a tout de même été récompensée pour ce roman. Et ma volonté de lire de la littérature française contemporaine s’associe parfaitement avec celle de développer mes connaissances sur monsieur Racine ! Dans Titus n’aimait pas Bérénice, l’auteure va romancer la vie du grand dramaturge. J’aime beaucoup ce genre d’initiatives en général. Il faut avouer que potasser une biographie de Racine n’est pas follement passionnant et on a du mal à se projeter dans son esprit, à imaginer sa manière de penser, etc. Nathalie Azoulai m’a beaucoup étonnée car je ne pensais pas accrocher à un roman sur la vie de cet auteur… et surprise ! j’ai vraiment été happée par le récit ! Finalement, Racine est un monsieur très attachant. A partir d’éléments historiques et chronologiques fiables, l’auteure développe une narration sur la vie du dramaturge, nous montrant comment l’enfant élevé dans le milieu janséniste devient un des auteurs les plus connus dans le Royaume de France. Si tout n’est, évidemment, pas exact, puisqu’on a peu de sources sur les perceptions propres de Racine, cette projection aide beaucoup à comprendre l’Homme et son œuvre, et surtout à retenir les choses !

On sait tous qu’apprendre des dates par cœur n’est pas ce qu’il y a de plus utiles (encore faut-il les retenir !). Personnellement, je préfère essayer de comprendre les choses, leur chronologie, la manière dont tout s’est enchaîné. Et j’ai appris énormément de choses sur l’auteur et Nathalie Azoulai m’a donné envie de (re)lire certaines de ses œuvres, avec un nouveau regard. Je pense que ce livre rend un grand service à la littérature française et aux lecteurs ! Si vous avez envie de découvrir Racine mais que vous avez l’à-priori qu’il s’agit d’un bonhomme drôlement ennuyant, n’hésitez pas à lire Titus n’aimait pas Bérénice, car vous changerez d’avis, c’est certain ! J’ai désormais l’impression de le connaître parfaitement bien, il n’est plus qu’un des noms les plus célèbres en France, il a pris pour moi une dimension plus humaine, spirituelle, il a gagné en profondeur et en psychologie. J’ai toujours été intriguée par l’influence des jansénistes sur son œuvre et Nathalie Azoulai expose et déploie à la perfection ce lien !

BERNICE by Racine,     , Writer – Jean Racine, Director – Josie Rourke, Designer – Lucy Osborne, Lighting – Oliver Fenwick, The Donmar , 2012, Credit: Johan Persson/

Par contre, j’ai tout de même un petit bémol sur le roman en général. L’histoire de Racine part d’un prétexte simple. A notre époque, une jeune femme du nom de Bérénice est amoureuse de Titus qui la quitte pour Roma. Elle va explorer la vie de Racine, grand auteur de la dramaturgie amoureuse, pour essayer de comprendre l’histoire de Titus et Bérénice inventée par l’auteur. Visiblement, elle pense pouvoir faire le deuil de sa propre histoire grâce à la pièce. Bon… j’avoue que, déjà, je trouve ça un peu bizarre… Mais ça ne s’arrête pas là. Ce qui m’a vraiment perturbé, c’est que cette « histoire » contemporaine occupe une infime part du roman, et j’ai vraiment eu l’impression qu’elle restait un simple prétexte, justement ! L’auteure aurait tout aussi bien pu faire une biographie romancée de Racine, du début à la fin… Et finalement, cela m’a beaucoup perturbée, j’ai été assez déçue. Si l’histoire de la vie de Racine est globalement passionnante (malgré quelques longueurs), celle de Titus et Bérénice version 2.0 est presque (ou totalement) inutile…  Donc, je conseille fortement ce livre à ceux et celles qui, intrigué(e)s par Racine, ont envie de le découvrir de façon plus personnelle et originale… Mais, amateurs de romances, ne pensez pas trouver ici le récit d’une histoire d’amour entre un Titus et une Bérénice modernes, on en est loin !

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Ma note…

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2 réflexions sur “#226 Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

  1. Un livre qui raconte une histoire qui raconte une histoire qui raconte une autre histoire. Ces histoires qui se télescopent font naviguer entre réalité et imaginaire… mais j’avoue que j’étais plusieurs fois perdue…😉

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