#233 Mémoires de porc-épic – Alain Mabanckou

mabanckou

Le résumé…

Pour tuer ceux qui se dressent sur son chemin, Kibandi fait appel à son double animal : un porc-épic. La petite bête, philosophe, malicieuse, armée de ses redoutables piquants, exécute les souhaits macabres de son maître. Le couple meurtrier sillonne l’Afrique jusqu’au jour où Kibandi rencontre bien plus redoutable que lui…

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Mon avis…

Ce roman, qui a eu le prix Renaudot de 2006, est un petit chef d’œuvre. Il est original à de nombreux égards. D’abord, le narrateur, un animal, nous raconte sa propre histoire, son rôle de double d’un humain qui, pour régler ses problèmes, lui ordonne de tuer ses ennemis – ou simplement ceux qui le dérangent. C’est pourtant un roman plein d’humanité et de philosophie, porté par un porc-épic parfois ironique. Il jette un regard critique sur l’espèce humaine, propose une réflexion sur ce qui constitue l’humain. Mabanckou reprend le rôle typiquement occidental du tueur en série et le porte dans l’univers du conte africain, rempli de traditions. Il allie avec talent modernité et authenticité, proposant un récit passionnant et ouvrant des perspectives nouvelles pour penser le monde dans lequel nous vivons.

J’ai aimé ce livre pour son originalité, bien sûr, mais aussi et surtout car Alain Mabanckou fait partie des auteurs  francophones qui méritent d’être encore plus présents dans nos bibliothèques. S’il est connu de ceux qui ont l’habitude de fréquenter le milieu littéraire, il l’est parfois moins du grand public. Pourtant, son œuvre est à la fois divertissante et teintée d’un style incomparable. Certains pourront trouver abrupte l’écriture de ce roman, notamment car l’auteur s’est évertué à n’utiliser  qu’un signe de ponctuation : la virgule. Ni majuscules, ni points… Tout se lit d’une traite, à la façon de pensées parfois décousues. Mais cela apporte une forme de dynamisme à l’histoire, et une plus grande proximité avec le narrateur-animal. Un peu déconcertant d’abord, ce style finit par s’imposer à l’esprit. Il devient source de richesse pour l’œuvre, comme le choix étonnant d’un porc-épic comme conteur.

Je conseille vivement ce roman aux curieux, qui souhaitent découvrir la littérature africaine francophone, à travers un de ses auteurs incontournables, Alain Mabanckou. Il constitue également une expérience intéressante pour ceux qui veulent envisager le monde d’un autre point de vue. Ce livre mélange les cultures africaine et européenne, offre un regard ironique sur notre société et sur celle dans laquelle se déroule le récit. Le porc-épic, animal touché par tant de clichés, dont les gens se méfient souvent, qui peut inquiéter, prend peu à peu à son compte l’humanité que perd l’homme dont il est le double. Bien que ce soit lui, l’animal, qui commette les crimes, il est aussi celui qui les regrette, les questionne, même s’il les justifie parfois aussi. C’est donc un livre qui mêle habilement crimes et réflexions philosophiques, qui allie les traditions du conte à une écriture moderne et innovante.

Porcepic

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