#269 Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

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Le résumé…

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

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Mon avis…

Oh, que je l’attendais ce livre… Vous le savez probablement, Couleurs de l’incendie est le second tome d’une trilogie que Pierre Lemaitre a entamée en 2013 avec l’excellent et inoubliable Au revoir là-haut. Ne vous attendez pas à retrouver tous les personnages plus ou moins attachants du premier livre, mais à en découvrir de nouveaux et à en redécouvrir certains. Que de surprises, pour cette nouvelle aventure. Pierre Lemaitre continue dans le portrait grinçant et ironique d’une société corrompue. Une fois encore, il donne la parole aux faibles et aux exclus, en nous livrant le récit de la longue et difficile émancipation d’une femme écrasée par les désirs et les ambitions des hommes qui l’entourent : Madeleine Péricourt. La sœur d’un des deux héros d’Au revoir là-haut, que l’on a pu croiser à quelques reprises dans le premier roman, se révèle ici dans toute sa complexité, à la fois pantin aux mains d’une société patriarcale guidée par la soif du capital et femme déterminée n’abandonnant jamais malgré les obstacles. J’ai aimé la force de ce personnage, qui subit le pire et se relève, animée par une soif de revanche comme on n’en connait qu’un équivalent : celle de son frère Edouard Péricourt.

Couleurs de l’incendie est un roman qui mêle très habilement la description d’une période historique complexe – l’entre-deux guerres, l’affirmation du capitalisme, la montée des fascismes, la vague nazie… – et l’aventure individuelle (mais pas individualiste) d’un personnage exceptionnel. Tout commence par un événement : l’enterrement de Marcel Péricourt, marqué par la défenestration tragique de Paul, le fils de Madeleine et du fameux lieutenant d’Aulnay-Pradelle (que l’on a aimé détester dans Au revoir là-haut). Autant dire un début en fanfare… on ne peut plus catastrophique ! Madeleine se retrouve seule, sans la protection paternelle, devant faire face aux ambitions de tous les hommes qui l’entourent, voyant en elle avant tout l’héritière d’une grande fortune… et se voit confrontée à la pire épreuve qu’une mère puisse connaître… Comment va-t-elle s’en sortir ? Ce roman est son récit. C’est l’histoire de Madeleine, malmenée par une société cruelle et manipulatrice, parce qu’elle est une femme, qu’elle est seule et qu’elle se voudrait indépendante. Et à cette histoire s’en mêlent d’autres. Pierre Lemaitre nous raconte des destins de femmes, toutes différentes et uniques à leur façon. Qu’elle est riche, cette galerie de personnages ! Un brin féministe aussi ?

Chapeau bas, monsieur Lemaitre ! Vous avez relevé le délicat défi d’écrire une suite aussi réussie qu’Au revoir là-haut. Il s’agit d’une suite, oui, mais très différente par son intrigue. Pourtant, nous retrouvons tous ce que nous avions aimé dans le premier livre : le subtil humour noir, les manipulations merveilleusement orchestrées, les soifs inextinguibles de vengeance, les personnages d’une complexité et d’une psychologie admirable, le portrait passionnant d’un temps et d’une société, et surtout une histoire addictive faisant de ce roman un véritable bijou que l’on ne peut plus lâcher ! Faire différent tout en restant fidèle à l’esprit si particulier d’Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre a su répondre à cette exigence. Commencer l’année 2018 par un tel livre en deviendrait presque embêtant : il faut réussir désormais à passer à un autre roman…

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Coup de cœur

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