#293 Les joies d’en bas – Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl

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Le résumé…

On s’imagine tout savoir sur l’organe sexuel féminin, car il en est souvent question dans les magazines et sur Internet. Mais voilà que Les Joies d’en bas, écrit par deux futures praticiennes norvégiennes et traduit dans une trentaine de langues, dissipe enfin un ensemble de mythes ou de fausses vérités entourant le sexe. Non, on ne peut pas constater médicalement si une fille est en­core vierge. Non, l’orgasme purement “vaginal” n’existe pas. Et le clitoris n’est pas un bouton magique sur le­quel il suffit d’appuyer…
En faisant état des tout derniers résultats de la re­cherche, ce livre révèle la face cachée du clitoris, retrace la ronde des hormones qui orchestrent les menstrua­tions, fait le tour des différents types de contraception… et met enfin le doigt sur le fameux point G.
Voici un guide réjouissant et utile du “continent noir” qui rappelle une chose essentielle : pour être fière de son sexe, il faut le connaître.

Mon avis…

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un livre qui, à mon sens, fait une petite révolution à lui tout seul : Les joies d’en bas. Cet ouvrage, écrit par deux étudiantes en médecine norvégiennes, aborde un sujet passionnant : le sexe féminin. Préparez-vous pour un voyage dans des contrées souvent méconnues… Même si l’on croit être bien informées sur nos organes génitaux, sachez mesdames que nous ignorons encore beaucoup de choses. Et ce livre vient remédier au problème. Il s’agit ici de tordre le coup aux clichés, de déconstruire les croyances au sujet de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom… Fini les tabous ! Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl nous parlent comme des copines. Elles nous expliquent ce que nous devons savoir au sujet de notre corps, pour mieux le comprendre et ainsi avoir un rapport différent avec lui. Avec des mots simples et des petits dessins, elles nous montrent à quoi ressemble vraiment notre sexe, et tout ce qui en découle : comment avoir à tous les coups un orgasme, par exemple. Votre clitoris, entre autres, n’aura plus de secret pour vous ! Mais ce n’est pas uniquement de sexualité qu’il s’agit, loin de là. Vous comprendrez aussi l’utilité des poils, l’inutilité des règles, et inversement, entre autres choses… Le tout de façon nuancée, bien évidemment. On apprend aussi tout ce qu’il y a à savoir sur des sujets moins gais : le cancer du col de l’utérus, les infections sexuellement transmissibles, etc. Bref, c’est un livre salvateur que nous donnent à lire ces deux autrices. Connais-toi toi-même, apprends donc à connaître ton corps, avec cette bible du sexe féminin !

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Pourquoi « féministe » ? Car il faut connaître son corps pour en avoir la pleine maîtrise.

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#292 La femme gelée – Annie Ernaux

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Le résumé…

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un «cadre», mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. C’est-à-dire que, comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante. Tout ce que l’on dit être la condition «normale» d’une femme.

Mon avis…

Je découvre Annie Ernaux par le biais de ce livre. C’est un roman qui n’en est pas vraiment un. C’est en tout cas ce qu’explique l’autrice dans son livre L’écriture comme un couteau (dont je vous parlerais bientôt) : « une exploration d’une réalité qui relève de mon expérience, ici le rôle féminin« . En effet, dans ce livre, Annie Ernaux décompose, décortique, déconstruit la vie de femme. Elle montre dans quelle mesure une femme, même si elle est née dans un milieu qui ne distinguait pas les personnes selon leur genre, peut se retrouver cantonnée à jouer un « rôle », celui de mère, d’épouse, de femme au foyer. Ce que j’aime dans cet ouvrage, c’est que la narratrice pose un regard distancié et critique sur son passé, en montrant de quelle façon les femmes sont conditionnées à devenir ce que la société attend d’elle. L’écriture d’Annie Ernaux, au départ, peut décontenancer. Mais elle est en fait le reflet d’une pensée en mouvement, celle d’un être qui s’analyse et évolue au rythme d’une lecture rétrospective d’elle-même. En quoi ce texte est-il féministe ? C’est une oeuvre qui part du récit d’une individualité, d’une singularité, pour parler de la condition des femmes. C’est un livre inscrit dans une époque, les années 60-70, dans une société, qui nous fait réfléchir sur notre propre vie, sur celle de nos mères… C’est un très beau texte, passionnant bien qu’il ne s’y passe pas grand chose – c’est là tout l’intérêt – et qui nous fait réfléchir, penser notre monde. Annie Ernaux est une autrice à découvrir, à lire au moins une fois, et La femme gelée est une bonne ouverture sur son oeuvre.

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#291 La permaculture : en route pour la transition écologique – Grégory Derville

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Le résumé…

Mais c’est quoi au juste la permaculture ?

Bien au delà de la technique de jardinage à laquelle elle est trop souvent réduite, la permaculture est tout à la fois une philosophie, une science, un ensemble de techniques ou de pratiques, et une stratégie. Une philosophie qui nous invite à adopter un positionnement bienveillant, à être dans une posture d’observation constante, à envisager les opportunités plutôt que les problèmes, à considérer les situations dans leur ensemble plutôt que fragmentées…

Applicables à de nombreux domaines (jardinage, éco-construction, gestion de l’eau…), la permaculture apparaît de plus en plus comme la solution qui nous permettra de répondre à l’ampleur de la crise écologique qui s’annonce.

Changer nos modes de vie pour produire nous-mêmes une plus grande part de notre alimentation, mieux préserver nos sols, économiser davantage l’eau et l’énergie.

Mon avis…

Il y avait plusieurs raisons pour que je ne lise jamais un tel livre : 1) je ne savais même pas ce qu’était la permaculture et 2) je n’ai pas d’extérieur. Mais voilà, je me suis dit que ce serait bien dommage de mourir bête, donc j’ai ouvert cet ouvrage et… je l’ai trouvé passionnant ! La permaculture, ce n’est pas que du jardinage, soyons clair. C’est bien plus que ça : une philosophie, un mode de vie, une façon de penser… Non, ce n’est pas un écologisme radical. Grégory Derville commence par rappeler ces bases de la permaculture, en nous disant avant tout ce que ça n’est pas – pour couper court aux clichés – puis nous dit ce que c’est. Et on se rend compte de l’ampleur du phénomène, et surtout de son impact possible sur la planète. Aujourd’hui, que j’aimerais avoir la possibilité de mettre tous les conseils de ce livre en oeuvre. Et ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est que tout y est : c’est à la fois synthétique et détaillé. La mise en page et l’écriture sont très plaisantes, si bien que même les plus novices – dont je fais partie – s’y retrouvent ! Ce qu’on comprend aussi, c’est qu’on peut commencer doucement, à son propre rythme, et que le mieux n’est pas d’essayer de tout faire ou de trop en faire mais de faire les choses bien ! Ou plutôt, de laisser faire les choses. Car la permaculture, c’est le retour en force de la nature. Il y a déjà tout ce qu’il faut dans la nature, il s’agit maintenant de la laisser reprendre le dessus. La permaculture se fonde sur ce que nous donne la nature, mais aussi sur ce que les progrès scientifiques nous ont appris. Il ne s’agit pas de revenir à la préhistoire ou d’avoir une philosophie archaïque et rétrograde, loin de là ! Il n’y a rien de plus moderne et futuriste que la permaculture, car elle est la clé du futur. C’est pour cette raison que, alors que je vous parle surtout de romans, j’ai voulu vous parler de ce livre. Pour que, peut-être, vous découvriez, vous aussi, la permaculture, et que vous réalisiez que, vous aussi, vous avez la possibilité d’agir à votre façon ! Même si vous n’avez pas une âme de jardinier, même si vous n’y connaissez rien écologie, même si vous n’êtes pas scientifique pour deux sous, la permaculture est pour vous !

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#290 Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giébel

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Le résumé…

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais…
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés.
Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…
Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?
Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.
*
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*

Mon avis…

Je disais il y a peu que le talent de Karine Giébel reposait essentiellement dans son efficacité, dont elle fait la démonstration dans ses histoires courtes, telles que Chiens de sang et D’ombre et de silence. Mais ici, l’autrice nous propose un véritable pavé. Un bon gros livre ! Et je finis par me dire que le talent de Karine Giébel n’a en fait besoin d’aucune condition particulière pour exister. Toutes blessent, la dernière tue est un livre choc qui ne laissera très certainement aucun lecteur indemne.

C’est un thriller psychologique qui s’inscrit dans une réalité souvent ignorée et méconnue, dont on parle très peu : l’esclavage domestique. Aujourd’hui, en France comme dans d’autres pays, des personnes sont exploitées, réduites en servitude. Ce livre, c’est leur histoire. Le récit des longues années de séquestration et de sévices de l’héroïne est si violent que l’on aimerait n’y voir que de la fiction. Pourtant, c’est l’innommable du réel qu’exploite Karine Giébel, comme l’a fait Olivier Norek, dans un autre registre, avec son excellentissime Entre deux mondes.

Grâce à des personnages très forts, elle construit un roman tout à fait passionnant, étoffé, impossible à lâcher jusqu’à la dernière page. On n’a certainement pas l’impression de lire un livre de plus de 700 pages ! Totalement saisissante, étonnante et bouleversante, cette plongée dans les méandres et les vicissitudes de l’esprit humain est diaboliquement orchestrée par la maîtresse du machiavélisme réaliste. En bref, un roman à ne pas mettre dans toutes les mains mais qui, pourtant, devrait être lu de tous ! Paradoxe ? Oui et non.

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#289 Ragdoll – Daniel Cole

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Le résumé…

Votre nom figure sur la liste du tueur. La date de votre mort aussi…
Un « cadavre » recomposé à partir de six victimes démembrées et assemblées par des points de suture a été découvert par la police. La presse l’a aussitôt baptisé Ragdoll, la poupée de chiffon.
Tout juste réintégré à la Metropolitan Police de Londres, l’inspecteur « Wolf » Fawkes dirige l’enquête sur cette effroyable affaire, assisté par son ancienne coéquipière, l’inspecteur Baxter.
Chaque minute compte, d’autant que le tueur s’amuse à narguer les forces de l’ordre : il a diffusé une liste de six personnes, assortie des dates auxquelles il a prévu de les assassiner.
Le dernier nom est celui de Wolf.

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Mon avis…

Un bon roman policier qu’on commence et qu’on ne peut alors plus lâcher ? Oui, Ragdoll en est un ! Le titre, intrigant s’il en est, laisse avant tout présager du mystère. Une « poupée de chiffon », drôle de façon de nommer l’horreur à laquelle sont confrontés les enquêteurs dans ce roman. Une mise en scène à la Hannibal – je pense surtout à l’esthétique très poussée de la série TV – et le malaise qui va avec ! En même temps, une atmosphère proche des romans de Sire Cédric, en particulier son dernier (Du feu de l’enfer). Et des enquêteurs à forte personnalité comme savent le faire les britanniques (pour n’en citer que quelques-uns : Elly Griffiths et Tania Carver). Ce que j’ai aimé en particulier dans ce livre, c’est la psychologie complexe des personnages, qu’ils soient les policiers, les enquêteurs, les potentielles victimes, les journalistes… Daniel Cole rend compte de tout un monde, de toute la progression de l’enquête, de ses aléas. Il montre avec beaucoup de précision les obstacles auxquels font face les enquêteurs, en particulier l’acharnement des médias à divulguer des informations même sensibles… Le tout avec l’ombre d’un tueur omniscient et on ne peut plus mystérieux, dont l’identité ne sera jamais soupçonnée. Daniel Cole sait maintenir le suspense tout en offrant une histoire riche en détails. Tous les personnages ont leur part d’obscurité et de mystère. En particulier Wolf, bien sûr, à la fois enquêteur et victime, avec un passé sombre et pesant (en même temps, on n’attendrait pas mieux d’un personnage qui s’appelle Fawkes… comme Guy Fawkes). Mais j’avoue avoir beaucoup aimé Baxter, pour son caractère. Elle mène la barque du début à la fin, représente une forme de stabilité dans la tempête, tout en semblant capable de tout. A noter également, la grande subtilité dont fait preuve Daniel Cole : pas de massacres gratuits, de scènes qui donnent la nausée, de voyeurisme malsain… Tout est précis, calculé, mesuré, un travail de maître. En bref, Ragdoll, c’est un roman complètement addictif, qui empêche de dormir tant qu’on ne l’a pas fini. Il nous plonge dans un univers à la fois réaliste et fantasmatique, particulièrement sombre et angoissant, tout en étant ancré dans un contexte connu. Un excellentissime roman policier à lire tranquille, entre deux cours, à la pause repas, le soir dans son lit, dans le train ou dans l’avion, sur la plage, en terrasse, partout !

« Si vous avez aimé SEVEN , vous adorerez Ragdoll » (MJ Arlidge, auteur d’Am Stram Gram) et j’approuve !

#288 La Punition – Tahar Ben Jelloun

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Le résumé…

Mon avis…

Je pensais lire un nouveau roman de Tahar Ben Jelloun. Que nenni. L’auteur m’a emmené dans son passé, dans le Maroc des années 60, celui d’Hassan II, celui des rêves de liberté. La seconde moitié de cette décennie est celle des grands changements, des nouveaux espoirs. La nouvelle génération qui arrive, celle qui veut une autre vie et une autre société, Tahar Ben Jelloun en fait partie. Et il nous raconte comment il s’est retrouvé entraîné, un peu malgré lui, dans une violence sans nom. Il nous dit ce que c’est, d’avoir 20 ans sous Hassan II. Après une manifestation, Tahar se retrouve convoqué par l’armée. Il doit s’y rendre, il n’a pas le choix. Il expérimente alors une torture qui ne dit pas son nom. Ce livre, c’est le récit d’une expérience d’emprisonnement, de privations, de brutalité. C’est la peur, la terreur. La jeunesse bridée. Mais c’est aussi une deuxième naissance. C’est le récit des moments qui forgeront le destin de l’auteur, qui feront de lui l’écrivain qu’il est devenu. C’est un texte très émouvant que La Punition, qui nous emmène sur un terrain dont on aurait peut-être préféré ignorer l’existence, mais qu’on ne regrette pas de connaître pourtant. On découvre le passé d’un auteur, d’un homme, sa jeunesse, ses espoirs, et ce qu’ils sont devenus par la suite : une oeuvre magnifique. On ne peut pas sortir indemne de ce livre. La Punition, c’est un témoignage de fragilité, de sensibilité, tout en étant une preuve de force. C’est une revanche envers ce Maroc qui l’a brutalisé, et un hommage à ces années qui l’ont changé à tout jamais. Bref, c’est beau, tout simplement. Touchant et indispensable. Ecrit comme un roman, ce texte a le goût amer de la réalité, de l’Histoire.

#287 King Kong Théorie – Virginie Despentes

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Le résumé…

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas. » En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.

Mon avis…

Despentes, c’est Vernon Subutex, c’est Baise-moi, mais c’est aussi King Kong Théorie. Un peu moins connu que ses romans, ce livre est un manifeste, un essai loin d’être chiant, un bouquin sans filtre, dans lequel la voix de Despentes résonne avec vivacité. Ce livre, c’est l’occasion de parler de sujets tabous. J’aimerais dire que ces tabous sont du passé, et pourtant, ce n’est pas le cas. Mais, chez Despentes, ces sujets ont droit de cité : prostitution et viol ont leur place dans ces lignes. Ce texte est rafraîchissant, vivifiant. Pourquoi ? Parce que c’est un trésor de franchise et de sincérité. Despentes prend la parole, pour elle mais aussi pour toutes les femmes. Elle ne prend aucune pincette. Oui, on a l’impression qu’elle gueule, qu’elle nous engueule, c’est vrai. Mais qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est jouissif de vérité, c’est l’expression d’un post-féminisme terriblement actuel, qui met des mots sur ce que nous vivons, sur notre société hypocrite. Despentes ose dire ce que nous taisons en permanence. Elle parle du haut de son expérience, elle nous secoue, avec un style direct et incomparable. C’est drôle, c’est choquant parfois (mais qu’est-ce qu’on s’en fout, d’ailleurs), c’est du Despentes, et c’est du vrai. Beauvoir, Woolf, Cixous, elles sont fondatrices, incontournables, oui. Mais, Despentes, c’est aujourd’hui, c’est le présent et l’avenir. C’est notre monde, notre société, nos ressentis, notre réalité, à nous, femmes du XXIe siècle.

Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais jamais me remettre.

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#286 Sexe et mensonges – Leïla Slimani

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Le résumé…

Sexe et mensonges, c’est la parole, forte et sincère, d’une jeunesse marocaine bâillonnée dans un monde arabe où le sexe se consomme pourtant comme une marchandise. Les femmes que Leïla Slimani a rencontrées lui ont confié sans fard ni tabou leur vie sexuelle, entre soumission et transgression. Car, au Maroc, la loi punit et proscrit toute forme de relations sexuelles hors mariage, tout comme l’homosexualité et la prostitution. Dans cette société fondée sur l’hypocrisie, la jeune fille et la femme n’ont qu’une alternative : vierge ou épouse. Sexe et mensonges est une confrontation essentielle avec les démons intimes du Maroc et un appel vibrant à la liberté universelle d’être, d’aimer et de désirer.

Mon avis…

Leïla Slimani, nous la connaissons surtout pour ses romans : Dans le jardin de l’ogre, premier livre exceptionnel et très prometteur, ainsi que, bien évidemment, Chanson douce, qui a eu le prix Goncourt. Aujourd’hui, la notoriété qu’elle a acquise permet à Leïla Slimani de s’attaquer à des sujets délicats, sous une forme plus documentaire. Après avoir touché à la fiction, elle s’attaque à la réalité. Sexe et mensonges, c’est le fruit de plusieurs rencontres. Elles sont tantôt touchantes et émouvantes, tantôt drôles et rebelles. Parfois, elles sont résignées, mais souvent, elles affirment la volonté d’un changement. Ce que narre l’autrice dans ce livre, c’est la façon dont la sexualité est vue au Maroc, mais surtout la façon dont elle est vécue. Et la différence entre les deux. L’hypocrisie. C’est un livre qui est écrit avec un style fluide, qui nous accroche tout de suite. A la lecture aussi facile qu’un roman, ce livre recueille des témoignages multiples et enrichissants. Une synthèse de nombreux regards différents sur une seule et même question, permettant de se faire ainsi une idée complète et développée sur le sujet. Leïla Slimani, en chef d’orchestre, prend le lecteur par la main pour l’accompagner dans ce parcours de voix qui se croisent et se rencontrent parfois. C’est un plaisir de lire un tel ouvrage, de découvrir une réalité souvent ignorée. C’est le portrait d’un pays, à travers ses pratiques sexuelles, à travers sa jeunesse. Avec ses regrets et ses espoirs. Sans fioritures, sans détours, le sujet est abordé avec tact et sensibilité à la fois. Vraiment, aucune erreur dans ce livre abordable et didactique.

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#285 Les Monologues du Vagin – Eve Ensler

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Le résumé…

Mon avis…

Les Monologues du Vagin, une oeuvre dont tout le monde a entendu parler. Mais beaucoup n’ont pas eu la chance de la voir représentée au théâtre. Alors, il reste le livre : à découvrir ou redécouvrir. C’est un texte à la fois drôle, touchant, bouleversant, engagé… Mais surtout, c’est un texte essentiel ! Il donne la parole à des personnages féminins multiples, tous différents et singuliers, mais ayant une chose en commun : un vagin. Et c’est ce vagin qu’elles se réapproprient. C’est une oeuvre polyphonique, qui laisse entrevoir toutes les facettes de cette partie du corps féminin longtemps restée ignorée alors qu’elle est pourtant au cœur de tout. Les Monologues du vagin, résolument féministes. Dire le mot « vagin », « vagin », « vagin », et encore « vagin », c’est le démythifier, se le réapproprier, apprendre à le connaître, à le posséder. Redevenir soi-même, enfin. Ce livre souligne la nécessité absolue pour les femmes d’entrer en possession de leur corps, d’en reprendre les clés aux hommes. Le vagin, c’est à la fois un « lieu » de douceur et de violence, de tendresse et de brutalité. Les Monologues donnent une voix à celles qui souffrent, comme à celles qui aiment. Eve Ensler voulait faire des « interviews de vagins« , et cela a donné ce livre incontournable. Que d’émotions à sa lecture, et des émotions multiples s’il en est. A lire absolument, que l’on ait un vagin ou non, que l’on soit féministe ou non. Un texte fondateur.

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#284 Les Retournants – Michel Moatti

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Le résumé…

Août 1918. Vasseur et Jansen ont décidé de fuir. Quitter le front de la Somme et ne pas mourir dans les derniers assauts de cette guerre qui n’en finit plus. Alors qu’ils s’éloignent des tranchées sous de fausses identités, les deux lieutenants scellent leurs destins.
Ils se connaissent mal, mais Jansen comprend très vite que son complice est un psychopathe prenant un plaisir insupportable aux crimes qu’ils doivent commettre.
Ils trouvent refuge au domaine d’Ansennes, une étrange propriété à l’abri de la guerre et du monde. Là vivent un vieil industriel ruiné, sa fille Mathilde, poitrinaire et somnambule, et la très secrète Nelly Voyelle, leur domestique.
Mais déjà, François Delestre, dit “le Chien de sang”, un capitaine de gendarmerie traqueur de déserteurs, est sur la piste des deux hommes. Comme les limiers de chasse au flair infaillible, il a la réputation de ne jamais lâcher sa proie…

Mon avis…

Retour aux origines du blog, aujourd’hui… Il y a un peu plus de quatre ans, j’écrivais cette chronique sur Retour à Whitechapel de Michel Moatti. Aujourd’hui, découverte des Retournants du même auteur. Ce roman se déroule vers la fin de la guerre 14-18. Cette fin, justement, tout le monde en rêve. Mais certains n’y croient plus. Deux soldats, Vasseur et Jansen, en ont marre d’attendre et de risquer leur peau… Alors, ils décident de partir, de quitter le front… de déserter, tout simplement. Oui mais voilà, Jansen va vite se rendre compte que son compagnon, Vasseur, est un homme froid et cruel, presque un psychopathe. Traqués, ils parcourent la région de la Somme et finissent leur route dans une sombre maison entourés de personnages étranges… Donc, a priori, un scénario assez prometteur, plein de tension, avec une touche historique. Honnêtement, c’est un roman très agréable à lire que celui-ci. Michel Moatti a un style fluide qui nous accroche facilement. Pour autant, c’est une légère déception car, malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes… Il y avait pourtant du potentiel. C’est quand même un bon livre, idéal pour une lecture détente, sans prise de tête. Mais il ne faut pas s’attendre à un roman aussi complexe qu’Au revoir là-haut, par exemple. Si vous souhaitez néanmoins un bon roman à suspense pour lire au lit un dimanche, allez-y.