#418 Mordre au travers – Virginie Despentes

Le résumé…

Des femmes qui vendent leur corps, qui le punissent de ne pas être comme celui des autres ou de porter le fruit d’un désamour, qui le fantasment dans des ébats sulfureux… Évocations tranchantes d’un quotidien noir, de drames intimes ou de rêves inquiétants, ces nouvelles disent violemment le désir et le refus du désir, la colère, la honte inavouée, les excès d’amour, ou encore la folie meurtrière…

Mon avis…

J’ai récemment eu l’occasion de lire ce petit recueil de nouvelles de Virginie Despentes, paru chez Librio. J’avoue que c’est surtout la quatrième de couverture qui m’a attirée. En ce moment, j’ai envie de lire sur les femmes, et je cherche des textes forts. Ayant déjà été séduite par King Kong Théorie, référence en terme de féminisme, je connaissais le style incisif et parfois brut de décoffrage de Despentes. Elle n’a pas froid aux yeux, elle n’a peur de rien, et certainement pas de choquer. Autre argument : ce recueil coûte seulement 3 euros, et ce n’est pas un élément négligeable quand on a un budget un peu serré. Alors, était-ce un bon choix ?

Autant vous dire que oui, vraiment, ce recueil un peu méconnu vaut clairement le détour. Chaque nouvelle est d’une force telle qu’elle nous coupe le souffle, nous empoigne, nous secoue, nous balance sous le poids lourd de la vie qui nous écrase… J’admets que cette métaphore n’est peut-être pas des plus enthousiasmantes, mais je la trouve adaptée à l’effet que peut faire ce recueil : il est brutal, il remue profondément – viscéralement – et il heurte. Mais il touche juste, il éveille en nous le sentiment de révolte, il montre la force des femmes, une force bien trop souvent balayée par les privilèges des hommes. Oui, Mordre au travers s’inscrit bien dans la lignée de King Kong Théorie. Il évoque les thèmes chers à Despentes, et tant d’autres : violences conjugales, viols, drogue, prostitution, mais aussi amour, poésie, recherche de tendresse…

Virginie Despentes maîtrise à la perfection l’art de la nouvelle, avec sa chute vertigineuse, son choc final, qui nous laisse bouche bée, sans voix, aspiré par la noirceur du monde. Le tout porté par son style incomparable, ses longues phrases qui suivent le fil des pensées, des pensées torturées… Peut-être trop violent pour certain.e.s lecteur.rice.s, ce recueil ne laissera pas indifférent.e.s les révolté.e.s, les déconstruit.e.s, celleux qui entendent observer et comprendre le monde qui les entourent, dans toute sa violence et dans toute sa splendeur. C’est une lecture difficile, mais salutaire. Une lecture amère, mais mordante.

« Quand tu le fais avec moi, comment ils font tes reins ça me fait du bien de haut en bas, avec le bassin tu me casses quelque chose, résistance qui pète en plein milieu, il y a du ciel par là, je suis ouverte en plein milieu, il me sort des lambeaux de nuages, sans interruption, et il y a de la mer qui se déploie dans ma gorge, pourquoi ce plaisir-là vient de toi et c’est toi seulement qui le donnes, soleil roulant sur des arcs tendus, trempée, tu me vas tellement loin, à ce moment-là mon ventre est sûr et c’est pour toi qu’il est bâti, creusé en pente douce pour que tu glisses à l’intérieur et tu n’as jamais de fin, ouvrir les yeux c’est dans les tiens que je tombe et toujours j’ai attendu ça, c’est le centre du monde, j’étais bâtie pour ça, j’étais bâtie pour toi, me renfermer sur toi, m’ouvrir en plein pour toi. »

Carte d’identité du livre

Titre : Mordre au travers
Autrice : Virginie Despentes
Éditeur : Librio
Date de parution : 4 mars 2020 (1999)

Avertissement : Certains passages peuvent heurter la sensibilité des lecteur.rice.s.

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