#272 D’ombre et de silence – Karine Giébel

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Le résumé…

« Écrire une nouvelle, c’est tenter, en quelques lignes, de donner vie à un personnage, de faire passer au lecteur autant d’émotions qu’en plusieurs centaines de pages. C’est en cela que la nouvelle est un genre littéraire exigeant, difficile et passionnant. » (Karine Giébel)

Mon avis…

On les a tant aimés, les thrillers de Karine Giébel. Mais mes préférés ont toujours été les plus courts, oui j’avoue ! Car cette auteure a un talent tout particulier : celui de l’efficacité. En peu de pages, elle nous emporte dans des histoires aux rebondissements exceptionnels. La nouvelle est probablement un des exercices littéraires les plus compliqués, mais Karine Giébel y arrive à merveille. Comme dans l’épatant Chiens de sang et Maîtres du  jeu, elle nous retourne encore une fois – et même huit fois – le cerveau, en nous emportant dans des histoires qui ont une portée supplémentaire : celle de l’engagement ! On trouve en effet dans ces nouvelles l’inspiration tout droit tirée du quotidien, de la société telle qu’on la connait. Elle explore les dérives et les recoins les plus obscurs de tout être humain, du citoyen a priori lambda qui va soudain voir son avenir bouleversé. Dire que ce livre relève du « polar » ou du « thriller » serait probablement faux. Karine Giébel nous offre huit histoires très différentes, parfois angoissantes, certes, mais avant tout surprenantes. Il faut reconnaître la grande intelligence de l’auteure qui connait l’être humain à la perfection et crée ainsi, sur de courtes intrigues, des personnages aux destins bouleversants (ou bouleversés). Et surtout, elle connait les faiblesses de ses lecteurs, et nous emmène là où elle veut. Un délice !

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#272 Une si longue lettre – Mariama Bâ

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Le résumé…

L’auteur fait parler une femme du Sénégal, Ramatoulaye Fall qui écrit à une amie de jeunesse, Aïssatou Ba. A travers le quotidien qu’elle lui conte, c’est toute l’existence des femmes africaines qui se trouve dévoilée.

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Mon avis…

Quel chef d’oeuvre que ce livre… Un peu méconnu, mais véritable monument de la littérature féminine et féministe, ce roman nous offre un regard inédit sur la vie des femmes africaines. Mariama Bâ, en s’inspirant notamment de sa propre vie, nous raconte l’histoire de plusieurs personnages, parmi lesquels Ramatoulaye et Aïssatou. Toutes les deux ont en commun, mais à leur manière, de s’investir dans la lutte pour le droit des femmes. Pourtant, chacune fait des choix de vie différents. L’auteur aborde des thèmes parfois tabous sous un angle original. Ce livre traite notamment de la polygamie et de la façon dont cette pratique courante est vécue par les femmes. Aïssatou, elle, a choisi de quitter son mari et d’aller vivre sa vie ailleurs, refusant cette situation imposée. Ramatoulaye, contrairement à elle, reste. Mais elle n’en est pas moins touchée par ce qu’elle considère comme une trahison de la part de son mari. Ce roman nous fait voir la dureté de la société et la difficulté de ces êtres à s’y affirmer. C’est un livre engagé, vibrant de réflexions sur le féminin dans le monde africain, mais aussi sur les rapports entre êtres humains, sur l’amour, l’amitié, les obstacles de la vie sociale. C’est un texte essentiel, qui se lit vite et bien, grâce à une écriture efficace et claire. Un véritable trésor à découvrir !

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#271 La table du roi Salomon – Luis Montero Manglano

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Le résumé…

Canterbury : des ruelles pavées à l’ombre d’une cathédrale mythique, un honorable archevêque, des étudiants, des pubs et des bicyclettes. Tirso Alfaro, doctorant espagnol en art médiéval, s’ennuie à mourir au musée de la ville, où il officie comme guide ; jusqu’au jour où, sous ses yeux, un moine dérobe la précieuse patène ancienne, fleuron de la céramique vitrifiée des maîtres cordouans, qu’il était venu étudier. Échouant à convaincre les autorités que l’œuvre qui continue de briller de tous ses feux derrière la vitrine blindée est une réplique, Tirso est renvoyé à Madrid, où l’attend une offre d’emploi énigmatique, assortie d’un extravagant test d’aptitude… qu’il réussit. Il intègre alors le Corps royal des quêteurs : une organisation secrète, établie dans les sous-sols du Musée archéologique de Madrid, et dont la mission consiste à localiser et à rapatrier par tous les moyens les œuvres du patrimoine historique national que les rapines des guerres des XIXe et XXe siècles ont éparpillées à travers le monde. Les objets ainsi “volés aux voleurs” sont remplacés par de parfaites copies (le procédé mis en œuvre à Canterbury). La première mission de Tirso, qui porte sur l’un des secrets les plus insondables de l’histoire des civilisations, le lance sur la trace du roi Salomon et de Lilith, l’incomparable reine de Saba. L’amour et l’action le disputent à l’intrigue et à l’aventure, dans ce roman érudit et trépidant qui nous plonge au cœur des histoires de l’art.

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Mon avis…

Quand on a envie d’un peu de détente, on se plonge dans un livre passionnant et plein d’action. Si vous aimez Indiana Jones ou les aventures à la Benjamin Gates, ce roman est fait pour vous. Impossible de s’ennuyer une seule seconde ! J’ai été tout de suite prise dans l’intrigue, avec des personnages assez attachants tout en étant mystérieux comme il faut. On se retrouve dans un univers énigmatique, dans une sorte de guilde de chercheurs de trésors et, comme Tirso, on ne sait pas trop où on va, mais on fonce tête baissée ! L’auteur nous raconte les légendes comme personne, avec ce qu’il faut d’informations, de suspense et d’humour. Les rebondissements sont nombreux et on retrouve les éléments incontournables des bons polars ésotériques : les méchants qui cherchent aussi le trésor, les lieux inquiétants et inexplorés… On est dans un univers très visuel, traversé par l’histoire de l’art et les objets grandioses.

La table de Salomon est un bon pavé, qui peut faire peur vu le nombre de pages mais, comme souvent, les gros livres ne sont pas les plus longs – ou difficiles – à lire ! Au contraire, ici, l’auteur nous entraîne dans une aventure complètement abracadabrante, nous fait voyager dans toute l’Espagne, dans le temps comme dans l’espace. Quand on aime les films d’aventure, on adore ce livre, car on a les mêmes sensations mais en mieux, car plus développées ! L’auteur se différencie sur certains points des romans ésotériques habituels, en se moquant avec discrétion des templiers, que l’on met à toutes les sauces, par exemple. Le suspense, quant à lui, est insoutenable ! Et, le mieux, c’est qu’il va y avoir une suite ! Mais, je vous rassure, le roman retombe quand même sur ses pattes à la fin, et la frustration de devoir attendre le second tome n’est pas excessive. Bref, ce livre offre un très bon moment de lecture et de découverte, sans prise de tête, une véritable aventure livresque comme on en aime en avoir !

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Perles de librairie… #original

Il y a les drôles, les désespérantes, les touchantes…

Des moments uniques entre libraire et client… 

Et pour cette fois, une demande originale !

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On évite toujours d’avoir des fous rires devant les clients…

Mais parfois, on ne peut pas se retenir !

« Bonjour je voudrais un livre pour lire aux toilettes. »

J’emmène la dame au rayon humour où se trouvent les livres que vous connaissez

sans doute, avec des petites histoires à lire sur le trône…

Mais…

« Ah non mais ce n’est pas ça que je veux ! »

Alors j’essaie de préciser la demande… 

« Je veux juste un livre en fait… pour lire aux toilettes ! » 

Et donc… cette dame voulait « juste » un livre…

mais a cru bon de préciser que c’était pour lire aux toilettes…

et j’ai eu la délicatesse de demander (pardonnez-moi) :

« Alors vous préférez plutôt un livre court ou un livre long ? » 

Et finalement, elle est repartie avec Aurélien d’Aragon !

Comme quoi, les goûts de chiotte ne sont pas toujours ce qu’on croit.

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#270 Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

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Le résumé…

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
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Mon avis…

Ce roman de la rentrée littéraire est un livre étonnant. Passé malheureusement assez inaperçu dans la masse des sorties de fin d’année, Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire passionnante, narrant le destin de femmes qui rompent avec ce qu’elles sont pour prendre en main leur destin. Emmanuelle Favier nous fait découvrir une coutume très particulière et méconnue, celle des « vierges jurées », mais en excluant toute volonté documentaire, pour nous plonger dans une fiction prenante. Les personnages, attachants, doivent combattre pour se faire leur place dans la société, tout en restant en accord avec leur être intérieur. Un vrai combat. Il s’agit d’un livre très poétique mais réaliste, nous emmenant dans des paysages froids et rudes. Manushe et Adrian, à la fois forts et fragiles, sont des êtres de papier qui prennent vie sous nos yeux et dans nos esprits. Ils se transforment page après page, évoluent, cherchent leur voie et nous surprennent sans cesse. De l’amour, de l’amitié, beaucoup d’émotions… Un livre à découvrir absolument, pour sa beauté et son inventivité. Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire qu’on ne peut pas vraiment raconter, sous peine de gâcher le plaisir de la lecture. La surprise est, en effet, au rendez-vous.

rentrée littéraire

 

Perles de librairie… #Noël

Il y a les drôles, les désespérantes, les touchantes…

Des moments uniques entre libraire et client… 

Voici, pour commencer, une spéciale Noël :

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« Bonjour, je cherche un livre pour offrir à quelqu’un qui n’aime que les toitures… »

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« Est-ce que vous avez Zadig de Voltaire et Le dernier jour d’un

condamné de Victor Hugo ? C’est pour un enfant de 10 ans qui n’aime pas lire…

Il faut qu’il se lance un jour ou l’autre ! »

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« Bonjour est-ce que vous pourriez me conseiller des livres ?

C’est pour une amie grosse qui ne s’accepte pas ! »

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« Donnez-moi n’importe quoi tant que ça se vend !

Genre du Musso ou un truc comme ça… »

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« Est-ce que vous avez un guide pour les démarches funéraires ?

C’est pour ma grand-mère, elle est plus toute jeune… »

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Le 28 décembre, un vieux monsieur au téléphone…

« Oh mademoiselle vous n’imaginez même pas ce que m’ont offert mes petits-fils…

je crois qu’ils me prennent pour un vieux chiant… »

Il avait l’air vraiment très peiné et tout perturbé de ses cadeaux…

alors je lui demande ce qu’ils lui ont offert…

« Servir du général de Villiers et des livres sur Macron… de la politique…

moi je veux rêver, pas déprimer ! »

Et le pauvre culpabilisait à l’idée de les échanger…

Je l’ai rassuré et il était tout content de savoir qu’on pourrait

lui conseiller des livres à ses goûts…

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#269 Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

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Le résumé…

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

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Mon avis…

Oh, que je l’attendais ce livre… Vous le savez probablement, Couleurs de l’incendie est le second tome d’une trilogie que Pierre Lemaitre a entamée en 2013 avec l’excellent et inoubliable Au revoir là-haut. Ne vous attendez pas à retrouver tous les personnages plus ou moins attachants du premier livre, mais à en découvrir de nouveaux et à en redécouvrir certains. Que de surprises, pour cette nouvelle aventure. Pierre Lemaitre continue dans le portrait grinçant et ironique d’une société corrompue. Une fois encore, il donne la parole aux faibles et aux exclus, en nous livrant le récit de la longue et difficile émancipation d’une femme écrasée par les désirs et les ambitions des hommes qui l’entourent : Madeleine Péricourt. La sœur d’un des deux héros d’Au revoir là-haut, que l’on a pu croiser à quelques reprises dans le premier roman, se révèle ici dans toute sa complexité, à la fois pantin aux mains d’une société patriarcale guidée par la soif du capital et femme déterminée n’abandonnant jamais malgré les obstacles. J’ai aimé la force de ce personnage, qui subit le pire et se relève, animée par une soif de revanche comme on n’en connait qu’un équivalent : celle de son frère Edouard Péricourt.

Couleurs de l’incendie est un roman qui mêle très habilement la description d’une période historique complexe – l’entre-deux guerres, l’affirmation du capitalisme, la montée des fascismes, la vague nazie… – et l’aventure individuelle (mais pas individualiste) d’un personnage exceptionnel. Tout commence par un événement : l’enterrement de Marcel Péricourt, marqué par la défenestration tragique de Paul, le fils de Madeleine et du fameux lieutenant d’Aulnay-Pradelle (que l’on a aimé détester dans Au revoir là-haut). Autant dire un début en fanfare… on ne peut plus catastrophique ! Madeleine se retrouve seule, sans la protection paternelle, devant faire face aux ambitions de tous les hommes qui l’entourent, voyant en elle avant tout l’héritière d’une grande fortune… et se voit confrontée à la pire épreuve qu’une mère puisse connaître… Comment va-t-elle s’en sortir ? Ce roman est son récit. C’est l’histoire de Madeleine, malmenée par une société cruelle et manipulatrice, parce qu’elle est une femme, qu’elle est seule et qu’elle se voudrait indépendante. Et à cette histoire s’en mêlent d’autres. Pierre Lemaitre nous raconte des destins de femmes, toutes différentes et uniques à leur façon. Qu’elle est riche, cette galerie de personnages ! Un brin féministe aussi ?

Chapeau bas, monsieur Lemaitre ! Vous avez relevé le délicat défi d’écrire une suite aussi réussie qu’Au revoir là-haut. Il s’agit d’une suite, oui, mais très différente par son intrigue. Pourtant, nous retrouvons tous ce que nous avions aimé dans le premier livre : le subtil humour noir, les manipulations merveilleusement orchestrées, les soifs inextinguibles de vengeance, les personnages d’une complexité et d’une psychologie admirable, le portrait passionnant d’un temps et d’une société, et surtout une histoire addictive faisant de ce roman un véritable bijou que l’on ne peut plus lâcher ! Faire différent tout en restant fidèle à l’esprit si particulier d’Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre a su répondre à cette exigence. Commencer l’année 2018 par un tel livre en deviendrait presque embêtant : il faut réussir désormais à passer à un autre roman…

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Coup de cœur

#268 Gioconda – Nìkos Kokàntzis

Le résumé… 

La libraire Marie-Jo Sotto-Battesti (librairie Goulard, Aix-en-Provence), en quatrième de couverture de ce livre, le résume ainsi : « Gioconda est un de ces “petits” livres que l’on n’oublie pas de sitôt. Dans la Grèce de la Seconde Guerre mondiale, deux adolescents vont découvrir la magie du désir et de l’amour. La tourmente de la guerre emportera cet amour mais ce livre nous le restitue avec une force, une vérité extraordinaires et nous gardons longtemps au cœur sa lumière. »

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Mon avis…

Ce livre, bien que court, petit par son format, est un très grand livre, et surtout un témoignage émouvant. Avant d’en tourner la première page, on ne s’attend pas un tel choc. J’ai été très touchée par cette lecture, d’une sensibilité folle. L’auteur y raconte une période de sa vie, celle qu’il a partagée avec Gioconda, une jeune femme pleine de vie, aimée et amoureuse. Il narre leurs premiers sentiments, leurs premiers ébats, leurs joies et leurs peurs. Dans ce livre, les mots révèlent une sensualité acharnée. La tendresse, la soif de vivre, la chaleur du soleil et des corps, les battements des cœurs, tout transparaît. Ce témoignage n’est pas tant un récit sur la guerre qu’un véritable hymne à la vie et à l’amour. C’est un texte magnifique que l’auteur nous offre, en rendant hommage à la première femme qu’il a aimée avec une intensité vibrante. Gioconda est probablement un des livres les plus beaux que j’ai eu l’occasion de lire. Il nous happe, nous éprouve et nous émeut. Nìkos Kokàntzis voulait offrir un monument de mots à une jeune fille qu’il n’a jamais pu oublier, partie trop tôt à cause de la folie des hommes, et c’est magnifiquement réussi. Un livre plein de pudeur, entre rêve et réalité, à la fois nécessaire, lumineux, marquant, bouleversant, apaisant et vivant.

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Coup de cœur 

 

#267 Underground Railroad – Colson Whitehead

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Le résumé…

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
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Mon avis…

La rentrée littéraire, ses centaines de livres, un véritable labyrinthe culturel… et dans ce dédale de pages, un livre a su se détacher : Underground Railroad. L’auteur explore les dessous méconnus de l’histoire de l’esclavagisme en Amérique, fondus dans un récit marqué par son imagination d’enfant… Le réseau souterrain acheminant les esclaves en fuite d’un état à l’autre, vers le nord, prend la forme d’un véritable chemin de fer majestueux, de grandes gares se dissimulant sous les maisons des résistants… Une aventure fantastique attend Cora, mais une aventure dangereuse. Ce livre est l’occasion de découvertes bouleversantes et étonnantes. Les personnages, attachants, en quête de leur liberté, permettent à l’auteur de dresser le portrait sans concession d’une Amérique que l’on ne regrette pas.

Underground Railroad fait partie des livres qui prennent une dimension particulière dans le contexte actuel. Alors que l’élection de Trump remet en question tout ce que l’on croyait acquis, la fiction donne l’occasion à l’auteur de poser un regard critique sur la société aux fondements de ce qu’est aujourd’hui son pays. Absurdité, violence, horreur. L’esclavage prend de nouveaux visages. Ce roman, en plus d’être instructif et de nous secouer un bon coup, est doté d’une excellente intrigue. Du début à la fin, le suspense est total. Colson Whitehead nous entraîne dans un voyage éprouvant, intense… Un des incontournables de la rentrée littéraire 2017, de toute évidence.

rentrée littéraire

 

#266 Entre deux mondes – Olivier Norek

Le résumé…

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

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Mon avis…

Olivier Norek, cet auteur que j’aime, que j’adule… Il s’agit d’un des auteurs de polar qui me donne le plus de frissons, par le réalisme de ses œuvres – qui reflètent sa connaissance du milieu – et ses excellentes intrigues. [Allez, je quitte le mode « groupie ».] Mais Entre deux mondes est assez différent de ce qu’il a écrit jusqu’ici… Ce livre dépasse le simple « polar », il est porteur d’une profonde humanité, il est d’une intensité folle… Une fois tournée la première page, impossible de le lâcher. Olivier Norek ne nous épargne pas, rend compte d’une réalité terrible qui nous est à la fois proche et distante… J’ai tout simplement été bluffée. De toutes mes lectures de ce début d’année, celle-ci est la plus marquante. Entre deux mondes est un véritable coup de cœur. [Bon, je n’ai pas réussi à  quitter le mode « groupie », oups.]

L’auteur nous entraîne dans un entre-deux mondes, rempli d’âmes errantes, parfois égarées, parfois en quête d’un sens, parfois guidés par les plus mauvaises intentions… ou par les meilleures… Il nous fait découvrir des personnages extrêmement attachants, nous unit à leur destin, nous lie à eux. Olivier Norek nous plonge dans la jungle de Calais, qui porte si bien son nom… Un univers sauvage, impitoyable, dangereux. Un univers de souffrance et d’attente. L’intrigue policière est là, dans le fond du roman, mais la portée humaine voire sociale est dominante, à mon avis. Je ne sais pas si je classerais vraiment ce roman dans les polars… mais après tout, le genre importe peu ! L’important, c’est le contenu de ce livre, qui est simplement une merveille… Je ne peux pas trop en dire, malheureusement, comme toujours avec les excellents livres… la crainte de ne pas trouver les bons mots, de ne pas assez bien exprimer le « waouh » ressenti…

Bon, qu’attendez-vous ? Lancez-vous. Olivier Norek est une découverte à faire absolument, un membre à part entière de la grande bande des auteurs français contemporains. Laissez-vous entraîner dans cet univers dur et angoissant, avec la plume pourtant bienveillante et tendre d’Olivier Norek. De la brutalité, oui, mais aussi de la douceur, de la tendresse… En bref, de l’émotion.

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Coup de cœur