#388 Douleur et lumière du monde – Tahar Ben Jelloun

G03017.jpg

Le résumé…

« Toi qui viens
Donne-moi le sens des choses
La direction des vents
Le nom de ce que je ne connais pas
La couleur de l’espérance
La plénitude de l’amour
Et la présence

Donne-moi ce que tu as
Car je suis ce que je peux. »

Mon avis…

Je vous parle assez rarement de poésie sur le blog, c’est vrai. Néanmoins, je vous ai déjà chroniqué deux livres de Tahar Ben Jelloun. Il s’agissait de son excellente réécriture des Contes de Perrault et d’un récit autobiographique relatant l’emprisonnement de l’écrivain lors de sa jeunesse au Maroc en mars 1965. Et donc, aujourd’hui, des poèmes. Tahar Ben Jelloun s’essaye à tout, pour notre plus grand plaisir. J’ai beaucoup aimé le recueil que voici. Je trouve que le choix du titre est on ne peut plus juste. Douleur et lumière du monde En effet, ces poèmes montrent précisément la dualité du monde dans lequel nous vivons, mais aussi de l’être humain, à la fois si beau et si cruel, créateur et destructeur… Cette rencontre constante du bien et du mal, tantôt confrontation, tantôt cohabitation, est au coeur de ce recueil. Et c’est aussi une thématique qui habite toute la production littéraire de Tahar Ben Jelloun, qui aime représenter le charme et la beauté de son pays, mais aussi l’horreur qu’il y observe parfois. Dans ces poèmes, il est question d’amour, de peur, de terrorisme, de soleil, de chaleur, de souffrance, de guerre, de rêve

Screenshot_2019-07-06-10-15-54

Ce sont des textes tous très émouvants et touchants, qui échappent à l’opacité que l’on peut parfois remarquer en poésie. Il y a juste ce qu’il faut de mystère, et la bonne dose de clarté pour que les lecteurs comprennent la pensée qui a guidé l’écriture. Douleur et lumière du monde est une porte d’entrée originale et singulière vers l’univers de Tahar Ben Jelloun, mais aussi une lecture pertinente pour qui veut mieux comprendre le regard de l’écrivain sur un monde sans cesse bouleversé. Que l’on adore la poésie, ou que ce soit un genre que l’on souhaite découvrir en amateur, il ne faut pas hésiter à se lancer. Tahar Ben Jelloun est un écrivain qui sait mieux que personne prendre son lecteur par la main et l’emmener là où il veut.

Carte d’identité du livre

Titre : Douleur et lumière du monde
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard, collection Blanche
Date de parution : 11 avril 2019

5 étoiles

Publicités

#387 Maus : un survivant raconte, l’intégrale – Art Spiegelman

maus

Le résumé…

Récompensé par le prix Pulitzer, Maus nous conte l’histoire de Vladek Spiegelman, rescapé de l’Europe d’Hitler, et de son fils, un dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père. Au témoignage bouleversant de Vladek se mêle un portrait de la relation tendue que l’auteur entretient avec son père vieillissant.

maus1

Mon avis…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’un livre que vous connaissez peut-être déjà. Mais, après tout, il y a probablement aussi une multitude de lecteurs et lectrices qui ne l’ont pas encore découvert… Maus, c’est une bande dessinée, ou plus précisément un roman graphique. C’est donc une œuvre longue, qui s’adresse plutôt aux adultes et à un public averti, habitué à la lecture de BD ou non. Art Spiegelman y raconte l’histoire de son père, Vladek, juif déporté à Auschwitz. Il raconte sa vie, depuis la montée du nazisme jusqu’à la Libération, en passant par la traque des juifs, les rafles, le travail forcé, la vie dans les camps… Pour faire ce récit, Art Spiegelman choisit de représenter les personnages comme des animaux. Les juifs, ici, sont des souris (maus en allemand), et les Allemands des chats. C’est un récit absolument passionnant et complet, réalisé avec beaucoup d’amour et de curiosité de la part d’un fils qui veut mieux comprendre son père.

maus2

J’ai particulièrement aimé ce roman graphique. Tout, absolument tout est merveilleusement bien dessiné et écrit. C’est un chef d’œuvre. Rien n’est inutile. Même les moments où l’on voit le père et le fils échanger ensemble, mettant en scène l’écriture du roman graphique, sont indispensables à la compréhension. Ces moments permettent de mettre en évidence à la fois les séquelles laissées par l’expérience concentrationnaire et l’individualité de Vladek, dont on découvre aussi la personnalité avec plus de relief, à travers le regard de son fils, à la fois tendre et sans indulgence.

maus3

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman graphique, mais aucune ne saurait dire à quel point cette œuvre est fantastique. Lire Maus est une véritable expérience. Et celle-ci est tout bonnement inoubliable. Il s’agit, et ce n’est pas que mon humble avis, mais bien celui de millions de personnes, d‘une des œuvres qu’il faut à tout prix avoir lues au moins une fois dans sa vie. C’est une œuvre terriblement émouvante, qui interroge sur de nombreux sujets, et en particulier sur le travail de mémoire et l’héritage à conserver de ce terrible épisode de l’Histoire. Maus est un roman graphique chargé en émotions, de la joie à la tristesse, en passant par l’angoisse. Art Spiegelman nous montre l’humanité, dans tout ce qu’elle a de plus horrible et de plus beau, dans un simple livre. Chapeau bas, et merci.

maus 7.jpeg

Carte d’identité du livre

Titre : Maus : un survivant raconte, l’intégrale
Auteur et illustrateur : Art Spiegelman
Traductrice : Judith Ertel
Éditeur : Flammarion
Date de parution : 14 janvier 2012 [1992]

coeur_115

Coup de coeur

#386 Il n’est jamais trop tard – Anne Youngson

B26871

Le résumé…

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même.
Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.

Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre?

Mon avis…

Il n’est jamais trop tard est un roman qui, a priori, pouvait vraiment me plaire. J’aime beaucoup les livres originaux et, de nos jours, les romans épistolaires ne sont pas monnaie courante. Je me réjouissais donc de découvrir cet échange entre deux personnages que tout sépare, et en particulier des milliers de kilomètres. Tina Hopgood décide, un jour, d’écrire une lettre à quelqu’un qu’elle admire, le professeur Glob, qui a découvert « l’homme de Tollund ». Cette histoire d’archéologie est tout à fait véridique, je vous mets l’image du bonhomme découvert momifié dans une tourbière ci-dessous. Tina est fascinée par cette découverte, et en particulier par le sourire apaisé qui semble éternellement gravé sur le visage de cet homme. Elle a créé tout un imaginaire autour de ça. Néanmoins, ce n’est pas le professeur Glob, mort depuis un bout de temps, qui répond à sa lettre, mais Anders, le conservateur du musée de Silkeborg, où se trouve conservé l’homme de Tollund. Cette réponse, très formelle, est une invitation à venir visiter le musée danois. Mais Tina fera-t-elle le voyage ? Avant d’avoir la réponse, c’est une longue correspondance qui commence entre les deux personnes.

6854_2ba2520186ee376e835ce7bf1554ef7b.png

« Nous avons parlé ensemble du sens de la vie, et nous nous sommes demandé si nous avions vécu comme nous en avions l’intention ou comme nous aurions choisi de vivre si nous avions su au moment de faire ce choix quelles étaient nos alternatives, mais nous n’avons pas raté notre vie. »

Réunis par l’histoire et l’imagination, Tina et Anders sont deux êtres très différents. Leurs conversations sont tantôt très concrètes – ils se racontent leur vie quotidienne – tantôt philosophiques. Ils abordent tous les sujets qui les préoccupent et deviennent progressivement amis, et peut-être plus. J’ai trouvé beaucoup de charme à la correspondance mais j’avoue que, globalement, la lecture ne m’a pas emballée autant que je l’aurais cru. En effet, le rebondissement suggéré dans la quatrième de couverture (« Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. ») est vraiment moindre. Il n’arrive que tardivement et est très vite évacué. Échange épistolaire oblige, il n’y a aucune action à proprement parler, uniquement des récits d’événements ou des pensées. La lecture peut donc tirer en longueur et devenir parfois un peu ennuyante. J’ai donc beaucoup aimé le postulat de départ, j’ai été séduite par l’idée de réunir ces deux personnages et par certains moments du livre… mais l’impression globale n’est pas excellente, malheureusement. Un petit dommage, donc, malgré le gros potentiel de ce roman qui pourra néanmoins plaire aux lecteurs et lectrices qui aiment les discussions philosophiques, les flux de pensée et les questionnements existentiels… Je sais qu’il en existe beaucoup, et si vous en faites partie, n’hésitez pas à plonger dans Il n’est jamais trop tard.

Carte d’identité du livre

Titre : Il n’est jamais trop tard
Autrice : Anne Youngson
Traductrice : Perrine Chambon
Éditeur : Denoël
Date de parution : 23 mai 2019

3 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

denoel

L’interview en 5 questions de… Christine Féret-Fleury

interview

♪♫♪♪♫

Je vous propose aujourd’hui de plonger dans l’univers de Christine Féret-Fleury et d’en apprendre un peu plus sur son roman La femme sans ombre, paru aux éditions Denoël. Allez, mettez votre musique classique préférée et suivez-nous !

FERET_FLEURY_Christine_copyright Ph. Matsas-Denoël.jpg

Christine Féret-Fleury © Philippe Matsas / Denoël

Question1

La femme sans ombre est un roman qui met en scène deux femmes, l’une est une cheffe d’orchestre à la renommée grandissante, et l’autre une tueuse à gages passionnée d’opéra. Tout les oppose, sauf la musique. D’où vous est venue l’idée d’écrire un roman habité par cet art ?

Je suis, depuis longtemps, une passionnée de musique, et j’aime tout particulièrement la musique classique et l’opéra. J’ai d’ailleurs passé quelques années au Conservatoire en classe de chant ; je continue à chanter, dans un ensemble, et je reprends des cours depuis peu. Des moments magiques, qui me remplissent d’énergie ! C’est un univers que j’avais depuis longtemps envie d’explorer par l’écriture. L’histoire de la musique est un reflet de l’histoire de nos sociétés, elle nous en montre tous les visages, de la rébellion à la soumission, de la douceur à la violence. Et toutes les contradictions, aussi…

Question2

À la lecture de votre livre, ce qui me frappe le plus est l’omniprésence des personnages féminins. C’est particulièrement réjouissant de faire ce constat et, malgré moi, je ne peux m’empêcher de vous demander les raisons de ce choix (malheureusement) si peu conventionnel.

Pourquoi des personnages féminins ? Parce que nous vivons (je l’espère) une explosion, même si elle semble, pour celles qui la vivent, avoir été filmée au ralenti : il y a de plus en plus de cheffes d’orchestre bien qu’elles restent minoritaires et se heurtent à de nombreux préjugés, alors pourquoi pas une tueuse à gages ? Pourquoi ne pas casser les codes, réinventer les rôles ? C’est jubilatoire et c’est nécessaire.

Question3

Vous faites une place assez importante dans ce roman à l’histoire du Rwanda, pour quelle raison ?

Le Rwanda s’est imposé à moi dès que j’ai créé le personnage de Hope Andriessen. On pourrait presque dire qu’elle m’a soufflé son histoire en prenant corps, en se dessinant dans mon esprit. Tout ce que j’ai eu à faire a été de me rendre disponible, de me faire discrète et de l’écouter. C’est difficile de dire une douleur que l’on n’a pas subie, de la dire avec honnêteté, de s’oublier et de se fondre dans un personnage. Je me suis demandée à plusieurs reprises : « Ai-je le droit ? Suis-je légitime ? ». Il est normal de se poser ces questions. Mais j’ai continué à cheminer au côté de Hope, et elles se sont estompées dans l’amour que j’éprouvais pour cette femme.

Question4

L’une des particularités de votre livre est la narration à la deuxième personne du singulier, qui est très rare en littérature. Pourquoi ce choix singulier ?

Le « tu »  aussi s’est imposé à moi presque tout de suite. Je voulais différencier le personnage de la tueuse de celui de Hope et la première personne ne fonctionnait pas. À distance, c’était ce que je pensais d’elle – à distance de tout et d’abord d’elle-même. D’où ce « tu » qu’elle s’adresse comme si elle se regardait agir d’un peu loin. Ce « tu » qui disparaît dans les dernières lignes du roman, mais je n’en dis pas plus… !

Question5

Et, pour finir, en tant que grande curieuse, j’aimerais beaucoup connaître vos sources d’inspiration littéraires, ces auteurs et autrices qui ont fait ce que vous êtes aujourd’hui.

Il y en a tellement que j’aurais du mal à les citer toutes et tous ! Je lis énormément, et j’ai eu des « périodes » tout au long de mon enfance, de mon adolescence et de ma vie d’adulte : période Club des Cinq et Fantômette, période Kipling et Andersen, période Colette, Duras, Zola, Agatha Christie, période Tolkien, période Proust, Borges, Pavese, Garcia Marquez, Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar, période romantiques allemands et période écrivains japonais, période polars nordiques ! Tous ont glissé un fil dans cette tapisserie magique qui palpite pas très loin de mon champ de vision quand je me mets à écrire… Mes derniers coups de cœur : My Absolute Darling de Gabriel Tallent et Hunger de Roxane Gay.

chorale de canettes.jpg

Cette interview se clôt sur une image coup de coeur de Christine Féret-Fleury, une très amusante « chorale de canettes » ! Toujours en musique et avec le sourire.

C’est avec un grand plaisir que j’ai découvert les réponses passionnantes de l’autrice, qui me permettent de mieux comprendre les choix qui font de La femme sans ombre un roman aussi original ! J’espère que cet entretien vous aura donné envie de plonger entre les pages de ce roman.

denoel

Je remercie sincèrement Christine Féret-Fleury de s’être prêtée au jeu de l’interview en 5 questions, et je voudrais aussi exprimer toute ma gratitude aux éditions Denoël pour avoir rendu possible cet échange.

Bonne lecture !

Vous pouvez retrouver ma chronique de La femme sans ombre en cliquant sur la couverture du livre ci-dessous.

B26823

#385 Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites – Kristan Higgins

9791033903598.jpg

Le résumé…

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de « La liste de choses à faire quand elles seraient minces », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout oser !

Mon avis…

Emerson, Marley et Georgia se sont rencontrées pendant leur adolescence, dans un camp pour jeunes personnes en surpoids. Elles ont passé un fabuleux été, nouant une amitié indéfectible. Un jour, elles ont écrit la liste de toutes les choses qu’elles feront lorsqu’elles seront minces. Des années plus tard, Marley et Georgia sont restées très proches, mais Emerson a pris ses distances et donne moins de nouvelles à ses amies. Les kilomètres qui les séparent n’aident pas… Un jour, les deux jeunes femmes sont appelées pour se rendre auprès d’Emerson, et découvrent qu’elle est désormais atteinte d’obésité morbide et qu’elle va mourir… Le choc est immense : que s’est-il passé ? Avant de partir, elle leur confie un petit bout de papier et leur fait promettre de tout faire. Ignorant les enjeux, ses deux amies acceptent. Ce papier, c’est cette fameuse liste de choses à faire quand elles seraient minces… Sauf que, minces, Marley et Georgia ne le sont toujours pas ! C’est donc le début d’un grand combat pour l’acceptation de soi qu’entament les deux amies.

Ce roman m’a beaucoup surprise. Concrètement, Kristan Higgins n’est pas grosse. Elle ne sait donc probablement pas elle-même ce que c’est, mais elle parvient à créer des personnages aux états d’âme très réalistes. Il est vrai que certains passages ont pu me déranger, mais aussi certaines idées qui sont présentes dans le roman, comme celle selon laquelle il suffirait de manger mieux et moins pour mincir. Ce n’est pas toujours vrai. Néanmoins, Kristan Higgins parvient à ne pas rentrer totalement dans les clichés, et j’ai malgré tout réussi à faire abstraction de cette petite gêne initiale. Par ailleurs, il y a un véritable travail sur la psychologie dans ce roman. Parfois, j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelques longueurs, qu’il ne se passait pas grand chose à certains moments, et en réalité cela ne m’empêchait pas du tout de prendre plaisir à la lecture. Ces moments matérialisaient surtout l’attention très fine portée par l’autrice à l’élaboration de ces personnages. On explore vraiment leurs sentiments, leur intériorité, et on partage en quelque sorte le quotidien de ces jeunes femmes…

Le roman a un bon rythme, car il alterne des chapitres centrés sur Georgia, d’autres sur Marley, et d’autres où l’on retrouve des pages du journal intime d’Emerson. Malgré la mort de cette dernière, donc, le personnage ne cesse pas d’être présent et le trio continue d’exister, d’une autre façon. Chaque chapitre est en quelque sorte concentré, sur le plan des deux copines vivantes, sur la réalisation des points de la liste. Néanmoins, puisque aucune vie ne saurait être réduite à une liste, il va de soi que les deux amies prennent vite leur indépendance vis-à-vis de ces directives et les adapte à ce qu’elles sont devenues. Hors de question, donc, d’attendre d’être mince ! C’est alors un défi encore plus grand que se lancent Georgia et Marley : assumer leur corps tel qu’il est. Et, dans ce long roman, on retrouve toute leur progression, c’est-à-dire leurs hésitations, leurs doutes, leurs peines, mais surtout leurs victoires, même les plus petites, leurs triomphes sur les autres mais surtout sur elles-mêmes. Les personnages secondaires, eux aussi, sont vite contaminés par cette belle initiative, ce qui donne un roman très positif !

Les quelques petites maladresses sur le traitement du surpoids par l’autrice sont donc vite pardonnées, car elle ne bâcle pas ses personnages. On entre dans la vie de Georgia et Marley et on s’attache véritablement à elles. J’ai beaucoup souri pendant cette lecture, j’ai pris du plaisir, et j’avais vraiment envie de savoir comment les choses allaient se finir pour elles. Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites est un roman body positive mais certainement pas moralisateur. Et, rassurez-vous, pas besoin d’être en surpoids pour apprécier cette histoire ! C’est un roman vraiment sympathique, idéal pour les chaudes journées d’été que nous connaissons ces derniers temps. Au programme : de l’amitié, de l’humour, de l’amour, du dépassement de soi et de la sensibilité. Ce roman est aussi un beau pied de nez aux grossophobes, profondément déculpabilisant et bienveillant !

Carte d’identité du livre

Titre : Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites
Autrice : Kristan Higgins
Traductrice : Alexandra Herscovici-Schiller
Éditeur : Harper Collins France
Date de parution : 02 mai 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Harper Collins France pour cette lecture.

téléchargement

#384 Austen Wentworth – Brigid Coady

9782811224752_org.jpg

Le résumé…

Annie Elliot est loin de mener la vie dont elle avait toujours rêvé… Célibataire, la jeune femme est comptable, habite chez son père et doit supporter les piques constantes de ses proches. Pas très digne du glamour de Hollywood ! Lorsqu’elle parvient à devenir productrice sur une nouvelle adaptation d’Orgueil et Préjugés, Annie se dit que la chance lui sourit enfin. Un seul problème : son ex, Austen Wentworth, a décroché le rôle de Mr Darcy… Et alors que la vie d’Annie était au point mort, lui s’est hissé aux rangs de star de cinéma et d’homme le plus sexy au monde. Face à celui qu’elle tente d’oublier depuis dix ans, Annie se laissera-t-elle persuader de donner une seconde chance à l’amour ?

Mon avis…

Oui, c’est vrai, les romances ne sont pas ma spécialité… Mais, en été, on a tous envie de se plonger dans des histoires plus légères. Alors je vous propose de découvrir Austen Wentworth, un livre de Brigid Coady. Comme le suggère le titre, il s’agit d’un roman inspiré de l’univers de Jane Austen, et en particulier de Persuasion, dont c’est même une réécriture. Globalement, donc, aucune surprise sur le plan de l’intrigue, surtout si l’on connaît le roman original. Et, même si vous ne l’avez jamais lu, vous pouvez déjà vous douter de la fin, puisqu’il s’agit d’une romance… C’est un livre donc sans rebondissement notable, donc tout se joue sur l’atmosphère, l’élaboration de la psychologie des personnages et la qualité de la transposition à l’époque moderne.

L’histoire de Persuasion est ici développée au XXIe siècle, dans l’industrie du cinéma. Austen Wentworth est une star, un acteur sur lequel toutes les femmes craquent ! Annie, quant à elle, est une jeune femme qui commence enfin à réussir professionnellement mais qui est constamment freinée par sa famille. La modernisation est assez bien faite, mais j’ai beaucoup plus de bémol concernant les personnages, un peu caricaturaux à mon goût. Annie m’a beaucoup agacée, et je n’ai pas du tout accroché à Austen dont la personnalité m’a semblé assez plate. On ne le voit qu’à travers le regard d’autrui, et finalement on ne le connaît pas, lui. Cela entraîne des longueurs dans le roman, car Austen semble un personnage secondaire, et Annie ne parvient pas toujours à avancer…

Néanmoins, j’ai apprécié ma lecture dans la globalité, car c’est assez divertissant et drôle par moment. Je dois avouer qu’il m’a amené un peu de fraicheur dans ces jours caniculaires. L’écriture est assez fluide et agréable, et surtout on retrouve le charme de l’intrigue austenienne. Oui, c’est un roman qui aurait pu être plus fin et subtil sur le plan de la psychologie et du rythme, mais qui est généreux dans sa gaieté. L’autrice fait de petites trouvailles intéressantes qui apportent du punch et du peps au roman. Je ne suis pas tombée sous le charme d’Austen Wentworth, c’est vrai, mais je me suis quand même laissée embarquer. Alors, si vous voulez une réécriture divertissante de notre chère Jane, découvrez ce livre !

Carte d’identité du livre

Titre : Austen Wentworth
Autrice : Brigid Coady
Traductrice : Julie Lauret-Noyal
Éditeur : Milady
Date de parution : 12 juin 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Milady pour cette lecture.

milady

#383 Les Confessions de Frannie Langton – Sara Collins

9782714479846ORI.jpg

Le résumé…

Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques…
Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l’un des couples les plus raffinés d’Angleterre.
Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison.
Meurtrière. Aujourd’hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d’assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouvrer la mémoire, Frannie prend la plume…
Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

Mon avis…

Ce livre, malgré sa couverture colorée, renferme un roman noir dont l’atmosphère gothique marque l’influence sur Sara Collins d’autrices telles que les sœurs Brontë, Mary Shelley, Jean Rhys ou encore Sarah Waters, une autrice contemporaine que j’apprécie énormément et dont je vous parlerais un jour. À l’instar des romans de cette dernière, on retrouve dans Les Confessions de Frannie Langton une histoire d’amour lesbienne en plein Londres du XIXe s. Mais, évidemment, l’intrigue ne se limite pas à cette romance qui, par ailleurs, est tout aussi dure et cruelle que le reste. En effet, nous découvrons Frannie Langton dans une situation plus que compliquée : durant son procès, puisqu’elle est accusée du meurtre de ses deux maîtres, M. et Mrs. Benham. C’est Frannie qui, à la première personne, nous raconte son histoire. Elle revient sur son enfance en Jamaïque, dans la plantation de cannes à sucre où elle est née, sur les horreurs qu’elle a été contrainte de commettre, mais aussi sur l’éducation qu’elle a reçue. Car Frannie est une métisse à qui l’on a appris à lire et à écrire. Mais, au XIXe siècle, dans une société oppressive et esclavagiste, toute connaissance a son revers.

Elle nous raconte son parcours, de sa Jamaïque natale au Londres du XIXe s., au service de M. et Mrs. Benham. C’est avec cette dernière qu’elle nouera une relation aussi passionnée que toxique. Là, elle trouvera une forme de liberté, quittant l’esclavage pour la domesticité, mais elle découvrira les origines de ses souffrances passées, et elle traversera encore des épreuves bouleversantes et perturbantes. Frannie Langton, au fil de ses confessions, apparaît comme un personnage extrêmement complexe, qui semble se déshumaniser au fil du récit, à mesure que les horreurs vécues modifient son être. Est-elle véritablement coupable du meurtre de ses maîtres ? Surtout, a-t-elle tué la femme qu’elle aimait ? Ou n’est-elle la principale suspecte qu’en raison de sa couleur de peau ? Quel est le rôle de cette société coloniale, esclavagiste, raciste et misogyne, dans le meurtre qui a été commis ? Ce livre soulève de nombreuses questions, tant concernant le personnage que l’époque dans laquelle elle évoluait. Il s’agit d’un premier roman intéressant qui, malgré quelques longueurs et une intrigue parfois très foisonnante, parvient à nous captiver.

Carte d’identité du livre

Titre : Les Confessions de Frannie Langton
Autrice : Sara Collins
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Belfond
Date de parution : 18 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

Belfond_logo_2010_s

#382 La chambre des officiers – Marc Dugain

71c+YCSmRPL.jpg

Le résumé…

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une  » gueule cassée « . Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres.
Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

Mon avis…

J’ai enfin lu La chambre des officiers de Marc Dugain ! De ce roman, qui date de 1999, je n’ai entendu que du bien… Je l’ai dévoré, le temps d’un aller-retour en train. C’est en effet un livre assez court, qui se lit vraiment bien et qui, en cela, me semble vraiment pouvoir s’adresser à tous les publics, y compris les jeunes. Il raconte l’histoire d’Adrien, beau jeune homme qui, mobilisé dans le génie pendant la Première Guerre mondiale, est défiguré par un éclat d’obus dans les premiers jours du conflit, avant même que les combats ne commencent officiellement. Il est le tout premier blessé de la face en France, la toute première « gueule cassée ». Ce roman raconte donc son quotidien à l’hôpital du Val de Grâce, près de Paris, où il ne voit des combats et de la guerre que les nombreux blessés graves qui affluent à l’arrière. La « chambre des officiers », c’est celle dans laquelle on l’installe dès son arrivée. Les blessés sont « classés » selon leur rang. Dans cette salle, il rencontrera d’autres officiers blessés, et construira des amitiés durables. Ce roman montre bien l’esprit de camaraderie qui peut naître, même dans les pires épreuves, mais aussi tous les obstacles que devaient surmonter ces personnes.

Ce roman est passionnant car il nous fait entrer dans la vie d’Adrien, à travers une narration à la première personne qui nous permet d’imaginer, ne serait-ce qu’un peu, ce que devait ressentir une gueule cassée. En cela, le livre de Marc Dugain était assez singulier à l’époque de sa sortie car, en vérité, les blessés de la face, bien que très nombreux, avaient tendance à être invisibilisés en littérature. Depuis, nous avons aussi vu passer Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, dans lequel l’un des personnages principaux, Édouard Péricourt, est aussi une gueule cassée. J’ai beaucoup aimé la présence étonnante d’une femme parmi tous ces blessés. Le roman met en effet en scène la variété des blessures mais aussi celle des victimes, et l’horreur que cela représente. Il permet également de montrer leur retour à la vie civile, parfois extrêmement compliqué, parfois impossible. C’est un roman très fort, écrit avec un style simple et accessible, qui permet de porter un regard profondément humain sur ce conflit dévastateur et précisément marqué par l’inhumanité.

Carte d’identité du livre

Titre : La Chambre des Officiers
Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : 6 janvier 2000

5 étoiles

#381 Moderne Olympia – Catherine Meurisse

Moderne-Olympia.jpg

Le résumé…

Olympia s’ennuie au musée d’Orsay. Bien sûr, elle n’est pas une parfaite inconnue, elle a déjà posé pour Manet, connaît Toulouse Lautrec, et a de nombreux amis sortis de tableaux impressionnistes. Elle a même fait cascadeur pour un tableau de Courbet, L’Origine du monde. Mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est la comédie, le cinéma. Elle rêve d’un grand rôle, mais on ne lui propose que des rôles de figurantes. Il faut dire que pour réussir au cinéma, il faut coucher. Et Olympia n’est pas prête à cela. C’est une fille romantique, qui rêve du grand amour.

Mon avis…

Aujourd’hui, je ne vous parle pas d’un roman, et non : je vous parle d’une bande dessinée ! Comme quoi, tout est possible… Bon, n’exagérons pas, je l’avais déjà fait, heureusement, mais cela remonte à un certain temps. J’ai déniché cette BD à la bibliothèque, elle s’appelle Moderne Olympia et j’ai été séduite par l’idée originale de donner vie aux œuvres du musée d’Orsay. Le postulat de départ, donc, était plutôt bon, vous le reconnaitrez… Je me suis même tout de suite dit que ce serait vraiment sympa de lire cette BD avant ou après une visite au musée, histoire de prolonger l’expérience ! Cela s’est confirmé à la lecture. Néanmoins, j’avoue que j’ai été un peu déçue par l’intrigue de la bande dessinée qui, en fait, n’est pas très bien menée. On s’y perd un peu… Je pensais que les œuvres seraient plus facilement reconnaissables, ce qui n’est pas le cas. Pourtant, il y en a une cinquantaine. Je suis un peu mitigée, vous l’aurez compris.

L’histoire, en gros, c’est celle d’une guerre des clans entre les officiels et les refusés, qui permet de se plonger dans l’un des grands moments de l’histoire de l’art au XIXe siècle, avec d’un côté la peinture académique et de l’autre des peintres qui ne respectent pas les codes établis… Ce contexte n’est pas forcément très bien amené dans la BD, mais on peut le comprendre s’il nous évoque déjà quelque chose ! Ici, Olympia est un personnage qui renvoie au célèbre tableau d’Édouard Manet qui faisait partie des peintres exposés au Salon des refusés. Comme sur la peinture, elle se balade donc toute nue avec son petit ruban autour de cou, et recherche désespérément des rôles dans d’autres toiles. Un jour, elle tombe amoureuse d’un officiel, et là, plus rien ne va… C’est un long combat que doit mener Olympia pour faire triompher son amour…

Moderne Olympia est donc une bande dessinée un brin déjantée, qui nous emmène dans un musée d’Orsay métamorphosé pour l’occasion en grand studio de cinéma où chaque personnage de toiles célèbres devient figurant des autres œuvres. C’est un joyeux bazar, parfois beaucoup trop confus à mon goût. Au niveau du public, je dirais que cette bande dessinée s’adresse plutôt à des adolescents, jeunes adultes ou adultes. J’ai apprécié le côté non-conventionnel de cette BD, car Catherine Meurisse bouscule les codes comme l’ont fait les refusés avant elle. Cette BD désacralise l’art, ce qui n’est pas plus mal, car cela permet au lecteur et spectateur des œuvres de se les réapproprier avec plus de légèreté. Je conseille donc cette BD aux personnes qui ont envie de découvrir le Musée d’Orsay et ses plus célèbres peintures autrement.

Carte d’identité du livre

Titre : Moderne Olympia
Autrice : Catherine Meurisse
Éditeur : Futuropolis et Musée d’Orsay
Date de parution : 6 février 2014

3 étoiles

#380 L’Oiseau moqueur et autres nouvelles – Jean Rhys

B26899.jpg

Le résumé…

Porte d’entrée magnifique dans l’œuvre de Jean Rhys, ce recueil de nouvelles, restées longtemps inédites en français, nous entraîne dans la bohème de l’Europe d’avant guerre, Vienne la magnifique, Paris et ses cafés, puis plus loin encore, au-delà des océans, vers les souvenirs d’enfance ensoleillés des Caraïbes.
Poète, lady, rêveur pathétique ou amoureuse éperdue, les personnages de Jean Rhys arpentent la vie avec pour seul bagage la nostalgie, le bonheur enfui, et toujours cet humour sombre, si bien dosé.

Mon avis…

Il y a certains livres que l’on voudrait vraiment aimer, dès qu’on apprend leur existence. C’est exactement ce qui m’est arrivé pour ce recueil de nouvelles de Jean Rhys. J’ai découvert cette autrice il y a quelques années avec La Prisonnière des Sargasses (Wide Sargasso Sea), inspiré de Jane Eyre, le célèbre roman de Charlotte Brontë. Donc, quand j’ai vu ce recueil dans le catalogue des éditions Denoël, je n’ai pas hésité un seul instant, et j’ai sauté dessus ! Ces nouvelles relatent de petites histoires qui se passent au XXe siècle, en particulier à Paris et à Vienne. Mais plusieurs autres lieux sont explorés. Pour être très honnête, je m’attendais à retrouver une forme de révolte assez marquée dans ces textes, et des émotions plus profondément explorées… Néanmoins, j’ai trouvé l’ensemble de ces nouvelles assez plates et, avec le recul de la lecture, aucune ne me reste véritablement en mémoire, sauf peut-être « Le Sidi ». Certaines nouvelles sont vraiment agréables à lire, mais l’ensemble n’est pas marquant… Je n’ai pas retrouvé la plume de Jean Rhys dans La Prisonnière des Sargasses. Ce sont néanmoins des nouvelles intéressantes à découvrir si l’on connaît déjà un peu l’écriture de Jean Rhys, car elles permettent d’en voir l’évolution. Vous l’aurez compris, c’est une petite déception pour moi, malheureusement… Je n’ai encore jamais été déçue depuis le début de mon partenariat avec les éditions Denoël mais, comme quoi, tout peut arriver !

Carte d’identité du livre

Titre : L’Oiseau moqueur et autres nouvelles
Autrice : Jean Rhys
Traducteur : Jacques Tournier
Préface : Christine Jordis
Éditeur : Denoël
Date de parution : 23 mai 2019

3 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

Jrep9Fpm_400x400