#250 La Maison des Epreuves – Jason Hrivnak

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Le résumé…

Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.

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Jason Hrivnak

Mon avis…

Je trouve presque toujours quelque chose pour rattraper un livre que j’ai moyennement aimé… Souvent, je me dis simplement que l’écriture n’était pas faite pour moi. C’est peut-être le cas ici, je ne sais pas trop. La Maison des épreuves est un roman qui, a priori, aurait pu me plaire, si l’on se fie au résumé, aux premières pages… Mais, malgré l’acharnement qui m’a permis de finir ce livre, je dois dire que je n’ai pas aimé. Peut-être parce qu’il ne se passe pas vraiment grand chose, bien que cela ne me dérange pas toujours habituellement. Peut-être à cause de l’effet liste numérotée, jeu de rôle, qui fait partie (trop) intégrante du roman. En fait, je ne saurais même pas dire si c’est vraiment un roman ? Je dirais plus que c’est un exercice de style… Du coup, loin d’être passionnant pour moi.

La Maison des épreuves est typiquement le genre de livres pour lequel je ne sais pas trop quoi dire… J’aimerais trouver quelque chose pour le “sauver” dans mon esprit, mais rien n’y fait. Même quand je n’aime pas, je parviens souvent à voir à quels lecteurs tel ou tel livre pourrait plaire… ce qui n’est pas le cas non plus ici. Alors que faire ? A part vous dire que, si la curiosité est plus forte que tout, allez-y, laissez-vous tenter… qu’avez-vous à perdre à part quelques euros et quelques heures ? Bon, j’imagine que je ne dois pas vous donner envie… Mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas, je n’ai pas du tout aimé et ne trouve rien à sauver dans ce livre… Ce sera peut-être différent pour vous ! Alors, si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire pourquoi vous avez aimé (ou non).

#249 Les Mémoires d’un chat – Hiro Arikawa

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Coup de coeur

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Le résumé…

Un chat de gouttière au franc-parler et rompu au langage des humains a pris ses quartiers dans le parking d’un immeuble de Tokyo. Pour rien au monde il ne troquerait sa liberté contre le confort d’un foyer. Mais le jour où une voiture le percute, il est contraint d’accepter l’aide de Satoru, un locataire de l’immeuble, qui le soigne, lui attribue un nom – Nana – et lui offre la perspective d’une cohabitation durable. Cinq ans plus tard, des circonstances imprévues obligent Satoru à se séparer de Nana. Anxieux de lui trouver un bon maître, il se tourne vers d’anciens camarades d’études, disséminés aux quatre coins du Japon. Commence alors pour les deux compères une série de voyages et de retrouvailles qui sont pour Nana autant d’occasions de découvrir le passé de Satoru et de nous révéler – à sa manière féline – maints aspects de la société japonaise. Prenant et surprenant, profond et plein d’humour, Les Mémoires d’un chat est un beau roman sur l’adoption, l’amitié, et la force des liens qui unissent l’homme et l’animal.

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Hiro Arikawa

Mon avis…

Les Mémoires d’un chat est un livre sorti au mois de juin 2017. Très vite, une de mes professeurs m’a envoyé un mail en me le conseillant. Sans trop d’hésitation, je me suis donc lancée bien que les chats ne soient pas du tout mon animal préféré. Mais j’y ai pourtant retrouvé exactement ce qui m’a toujours amusée chez les chats : leur côté hautain… Souvenez-vous, un chat n’a pas de maitre… on habite chez son chat ! J’ai donc beaucoup ri avec la façon de parler très ironique de ce chat, qui est plein de distance et de malice. En elle-même, l’histoire se dévoile progressivement et est de plus en plus touchante. Plus on avance dans le livre, plus on apprécie. Au début, j’avais un peu de mal à entrer dans le récit mais, très vite, après deux ou trois chapitres, je ne pouvais plus le lâcher. J’ai vraiment été émue par cette histoire très riche en émotions sans être pour autant trop pleine de bons sentiments. Le chat, avec son regard critique et tendre à la fois, donne de l’originalité au récit en assurant une bonne partie de la narration.

C’est un très beau récit, qui dit beaucoup sur le lien étroit et particulier qui unit l’homme et l’animal. Il ne s’agit pas d’un rapport de possession, de propriété. L’un n’est pas au dessus de l’autre. Hiro Arikawa raconte une véritable amitié, presque une histoire d’amour, entre deux êtres que tout oppose mais que, finalement, tout rapproche. Les amoureux des chats comme ceux qui ne le sont pas spécialement trouveront dans ce livre de quoi se divertir tout en se procurant une bonne dose de saines émotions. C’est une histoire émouvante et drôle, passionnante et passionnée, qui ne devrait surtout pas passer inaperçu dans les rayonnages de nos librairies !

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Photo par Juliette S. Ne pas utiliser sans autorisation.

#248 La Tresse – Laetitia Colombani

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

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Mon avis…

Il est parfois bien plus difficile de trouver les mots justes pour parler d’un livre que l’on a particulièrement aimé, plutôt que d’un livre que l’on a seulement et simplement apprécié… Il est délicat de parvenir à évoquer les sensations qu’un ouvrage a pu provoquer en nous, à en donner une image représentative, à susciter une envie, celle de la découverte, et une pensée : “moi aussi, je vais tenter l’expérience”. Il y a, une fois sur quelques dizaines de lecture, un coup de cœur. La tresse en fait partie. C’est le genre de livres qui nouent sa trame autour de votre cœur. Au début, il peut sembler juste sympathique, puis tout doucement sa profondeur s’impose. Il explore des destins de femmes, d’êtres sur qui, soudainement, un poids s’abat. Le temps des choix est arrivé. Réduire ce livre à des anecdotes féministes, à un simple entremêlement de récits à message, serait une erreur. La tresse est une œuvre qui délicatement plante ses racines dans l’esprit de son lecteur. Une petite graine, puis les branches se déploient et s’imposent. Ces trois moments de vies, progressivement liés, portent à la fois en eux la singularité de ces femmes et leur potentiel à dire quelque chose de l’Humanité.

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai entendu énormément de bien de ce livre. A coup sûr, il ne pouvait s’agir que d’un moment de lecture agréable. Mais ce livre laissera-t-il une trace durable dans la mémoire ? J’imagine que oui. Car, depuis que je l’ai lu, j’y pense déjà avec nostalgie. L’auteure m’a réellement embarquée dans son oeuvre, m’a fait voyager par l’esprit, alors que mon corps lui-même s’émouvait. C’est une histoire simple, mais d’une belle simplicité, pas celle de la facilité. C’est un roman sur la vie de trois êtres, qui pourraient être vous ou moi. Et ces trois femmes, à trois endroits différents de la Terre, prennent leur vie en main, ou au contraire perdent tout le contrôle qu’elles pensaient avoir sur elle. Pour bouleverser sa vie, il faut un déclic, et ce roman raconte l’histoire de ce déclic. Sur fond de souffrances de femmes, la joie et l’espoir s’insinuent, cherchent à reprendre le dessus sur le malheur. La tresse, c’est un message d’espérance, un beau livre sur la vie, les femmes, la volonté, le dépassement de soi… Un chef d’œuvre.

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#247 La Servante écarlate – Margaret Atwood

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Le résumé…

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps ou les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’œuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. « Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. » (Télérama)

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Margaret Atwood

Mon avis…

Qui n’a pas entendu parler de La Servante écarlate ? Redevenue “à la mode” depuis l’élection de Trump et la sortie de la série télévisée adaptée de ce chef-d’œuvre, cette dystopie dangereusement réaliste revient en force sur les étals des libraires. Et c’est une excellente nouvelle, car voilà une occasion de (re)découvrir un livre incontournable, dans la droite lignée de 1984 ou Fahrenheit 451. C’est une histoire perturbante, pour la simple et bonne raison que l’auteure s’est appliquée à ne rien inventer… Je m’explique… Comment rendre réaliste une dystopie ? Une doctrine dictatoriale et religieuse qui contrôle la vie du moindre des habitants d’un pays ? Comment insinuer dans l’esprit du lecteur la pensée que, oui, cela pourrait bel et bien arriver ? Margaret Atwood a trouvé la réponse. De tout ce qu’elle décrit dans le livre, rien n’est “inédit”, tous les comportements humains et inhumains du roman se sont déjà produits, d’une façon ou d’une autre. Elle ne montre que des choses dont l’homme est, hélas, capable.

Prière à Dieu, p.325-326 : « Garde les autres en sécurité, s’ils sont sauf. Ne les laisse pas trop souffrir. S’ils doivent mourir, fais que ce soit rapide. Tu pourrais même leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. L’Enfer, nous pouvons nous le fabriquer nous-mêmes. »

Cette histoire, c’est celle d’une dérive. Et le plus choquant, ce qui laisse d’ailleurs une véritable marque dans l’esprit du lecteur, c’est qu’on en semble pas si loin. On se dit que, oui, tout est possible et pourquoi pas ça ? Margaret Atwood construit tout un monde, souvent trop proche du nôtre, rarement assez éloigné, et nous y plonge sans aucune hésitation. Les femmes qui lisent ce livre auront peut-être plus de mal à effacer ce roman de leur esprit, tant la place des femmes y est centrale. Mais les hommes aussi y trouveront de quoi penser. C’est un livre qui, certes, offre un divertissement, comme toute oeuvre de fiction, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir. C’est un de ces textes qui marquent profondément des générations, qui incitent à la prudence et à la réflexion, qui perturbent dans le bon sens du terme. A lire absolument, pour ne pas passer à côté d’un chef-d’œuvre, et pour mieux comprendre notre société à travers le portrait d’une autre.

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#246 Le Maître du Jugement dernier – Leo Perutz

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Le résumé…

Tout commence dans la bonne société de Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses – suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent bientôt sur le baron von Yosh, un homme froidement calculateur, étrangement rêveur et notoirement amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff. Mais l’enquête menée en secret par Solgrub, membre lui aussi du petit cercle, bascule soudain dans l’irrationnel le plus complet.

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Leo Perutz

Mon avis…

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, au détour d’une librairie lyonnaise, et le bandeau rouge revendiquant une citation de Jorge Luis Borges à propos de ce livre m’a interpelé : « Un Kafka aventureux ». En effet, Leo Perutz est un écrivain allemand contemporain de Kafka, et on reconnait une certaine proximité entre les styles. Pourtant, dans ce roman, l’absurdité kafkaïenne n’est pas complétement présente, elle s’efface un peu derrière une véritable enquête, relatée par un narrateur plus qu’impliqué puisqu’il est le principal suspect du meurtre qui a été perpétré. J’ai beaucoup apprécié ce livre, car il a tout d’un classique. Il s’agit d’une aventure étrange, mystérieuse, perturbante, et l’auteur nous mène à la baguette du début à la fin.

Le baron von Yosch, narrateur de l’histoire, entreprend de découvrir ce qu’il en est réellement, afin de prouver son innocence. Mais son enquête justificatrice est mise à mal par l’opinion des autres personnages à son sujet : il a tout du parfait coupable. Alors qu’en est-il vraiment ? Le baron von Yosch va-t-il réussir à nous démontrer qu’il n’a rien à voir avec le meurtre ? Va-t-il parvenir à surmonter l’obstacle d’une frontière ténue entre réalité et fantastique ? Leo Perutz utilise toute l’angoisse de son siècle, aussi exploitée par Kafka, pour livrer un récit palpitant et surprenant. La fin est tout simplement magistrale, surfant sur le doute installé dès les premières pages. Autrement dit, ce petit roman est un chef d’œuvre maîtrisé, bien ficelé, à découvrir à tout prix si l’on aime la bonne littérature.

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#245 Du feu de l’enfer – Sire Cédric

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Le résumé…

Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et soeur. Un jour, l’une des combines d’Ariel tourne mal
et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s’accumulent autour d’eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s’intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l’épreuve les liens du sang.

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Sire Cédric

Mon avis…

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai jamais été déçue par Sire Cédric, et ce n’est certainement pas Du feu de l’enfer qui y changera quelque chose… Il s’agit véritablement d’un coup de cœur, à en juger par le déchirement que j’ai ressenti quand la fatigue s’est avérée plus forte et m’a obligée à fermer le livre pour dormir… A peine réveillée, je n’ai pas pu m’empêcher de le reprendre et de le finir. Autant vous dire que Sire Cédric a, encore une fois, réussi à me surprendre du début à la fin. Il m’a baladée, et pas à moitié. En fait, je crois qu’il comprend (presque trop) bien l’âme humaine, connait ses attentes, ses désirs, ses comportements les plus instinctifs et les plus inexplicables. Alors il crée des personnages complexes, animés par une soif de vérité, mais en même temps atteints par une sorte de folie animale, et il exploite même les faiblesses de ses lecteurs, les manipulant à sa guise. Et cela donne simplement un moment de lecture exceptionnel, comme on les aime.

Du feu de l’enfer est un thriller palpitant et cruel, rempli de désirs refoulés – ou non – et d’horreur. Il explore les tréfonds de l’âme humaine, les bas-fonds de la société et ses sphères les plus hautes, il tisse une toile aux ramifications complexes et surprenantes. Les victimes deviennent les bourreaux, et les bourreaux se mêlent à la foule. Et, jusqu’à la dernière page, rien n’est fini. Même la fin n’en est pas vraiment une… Que dire de plus ? Lire ce livre a été un des meilleurs moments que j’ai passé depuis des mois, une émouvante retrouvaille avec un de mes auteurs préférés, qui a compris que le côté sadique de ses lecteurs leur donne envie de sensations très, très, très fortes. Après tout, en tant qu’amateurs de lecture, que demande-t-on de plus que de se faire mener par le bout du nez ? Sire Cédric a un petit côté machiavélique, malgré toute sa gentillesse… et c’est ce qui en fait un des meilleurs auteurs de thriller de ces dernières années ! Du feu de l’enfer constitue à mes yeux une forme d’aboutissement de son style, de sa patte, d’une écriture qui lui est propre. Mais je ne doute pas que son prochain roman sera tout aussi riche en émotions…

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Revue Acéphale de G. Bataille

 

#244 L’Insoumise de la Porte de Flandre – Fouad Laroui

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À paraître le 17 août 2017

Le résumé…

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté.

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Mon avis…

Ce petit roman de la rentrée littéraire est un texte très riche, qui trouve beaucoup d’échos dans l’actualité de ces dernières années. Écrire un livre sur Molenbeek, les attentats, l’islamisme, peut paraître chose délicate, mais Fouad Laroui a trouvé le bon angle. Cette histoire est avant tout celle d’une femme, qui se trouve piégée dans un monde où les hommes décident. Quelle vie peut-elle avoir, en tant que musulmane, dans le quartier désormais connu de Molenbeek, mais connu pour de mauvaises raisons ? Comment prendre sa revanche ? Cette femme a un projet, que le lecteur ne peut que deviner, sans jamais vraiment savoir ce qu’il en est vraiment. Elle a élaboré un plan, veut mettre en place une forme de vendetta, se venger de tous ces hommes qui contrôlent sa vie et décident de l’image qu’elle doit avoir en tant que femme. Pourtant, les évènements vont la dépasser, et la folie des hommes va être plus forte que sa volonté.

Fouad Laroui, dans ce court roman passionnant et addictif, tisse une histoire profondément moderne, dessine le portrait d’une femme au fou désir de vivre et de s’émanciper. Elle se donne des apparences de femme soumise, pour mieux revendiquer son insoumission. L’actualité trouve des échos dans cette histoire singulière, et l’auteur nous propose de jouer avec la peur qui est aujourd’hui la nôtre. Ce texte ne se veut pas moralisateur et ne cherche pas à simplifier de façon forcée ce qui est tout sauf simple. Il décrit des destins, celui d’une femme et de plusieurs hommes, dans une atmosphère de soupçon et de remises en question. J’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement très original et inattendu d’un sujet d’actualité, pour la façon dont il développe des vies, des pensées, les confronte avec la réalité. J’ai apprécié le décalage entre ce que l’on s’attend à lire et ce que l’on lit vraiment.

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#243 Pourquoi pars-tu, Alice ? – Nathalie Roy

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Le résumé…

Alice Dansereau, quarante-trois ans, en fait trop pour tout le monde : épouse attentionnée, mère exemplaire, bénévole impliquée, enseignante dévouée, gestionnaire de la maisonnée, coursière, chauffeuse de taxi, etc. Lorsque son conjoint annule à la dernière minute leur voyage d’amoureux, elle prend une décision qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir assumer : tout laisser derrière pour s’offrir un moment à elle. Avec pour seul bagage sa carte de crédit, ses lunettes de soleil et son cellulaire, elle s’enfuit sur le scooter de sa fille.

Combien de temps sera-t-elle absente? Jusqu’où ira-t-elle? Elle l’ignore pour l’instant, mais en traversant le pont Pierre-Laporte en direction de la route 132 Est, elle sait qu’elle devra faire le point sur sa vie et sur son avenir. Des centaines de kilomètres plus loin, et au fil de rencontres inattendues, Alice réalise qu’elle s’est longtemps oubliée. Elle se découvre passionnée, un peu rebelle, et aura envie d’exploser. Cet été sur la route changera sa vie à jamais.

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Mon avis…

Nathalie Roy, que j’ai connue grâce à ses aventures de Charlotte Lavigne (chronique du tome 1 ici), nous propose ici un roman feel good, dans la lignée de ce à quoi elle nous a habitués. Alice, quadragénaire et mère de famille, décide subitement de partir en road trip, laissant derrière elle sa vie bien rangée. Ce qui est d’abord un coup de tête devient l’occasion de s’interroger sur sa relation avec son compagnon, sur le rapport qu’elle entretient avec ses enfants, mais surtout sur elle-même. Après avoir vécu pour les autres avant tout, elle prend la décision de vivre pour elle. Et ce n’est pas si simple… Sur sa route, de nombreuses rencontres lui permettront de prendre progressivement un nouveau départ. Nathalie Roy dresse le portrait d’une femme de caractère qui, comme beaucoup, s’est perdue elle-même dans sa vie de famille, s’est oubliée. Elle lui propose dans cette aventure de renouer avec ses désirs propres, ses envies, son identité, sa vie de femme…

Portée par le charme du Canada, cette histoire drôle et prenante nous entraîne sur les routes, nous amène à nous questionner avec légèreté sur les choix que l’on fait, ou qu’au contraire l’on ne fait pas. C’est un voyage rafraichissant, dépaysant, plein de couleurs et au bon goût de liberté. Au fond, Nathalie Roy nous offre l’occasion de réfléchir sur le bonheur : qu’est-ce que c’est, finalement ? quand est-on satisfait de la vie que l’on a eu ? est-ce si mauvais de faire des folies ? ce qui apparaît comme une mauvaise décision l’est-elle vraiment ? se connait-on soi-même, en vérité ? Mais, dans ce roman, pas de prise de tête pour autant. C’est de la chick-lit comme on les aime, un livre simple et efficace, que l’on bouquine en vacances, avec un bon verre de vin ou un cocktail à la main, en terrasse ou sur la plage… C’est un rendez-vous entre femmes, entre une auteure et ses lectrices, entre des esprits… Et, au final, on se demande si le bonheur, ce n’est pas tout simplement un bon livre ?

Et aussi…

Retrouvez les images et le récit de ma rencontre avec Nathalie Roy, son interview en 5 questions, ainsi que la chronique de son roman Ça peut pas être pire !

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Nathalie Roy en visite à Amiens, photo de Juliette S. pour jelisetjeraconte.wordpress.com

#242 La main de la nuit – Susan Hill

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Le résumé…

« C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »

Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante… Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

 

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Mon avis…

Susan Hill est assez connue pour La dame en noir (chronique ici), roman d’épouvante adapté au cinéma avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal. Mais elle est l’auteure de nombreuses œuvres, toutes plus ou moins dans ce même genre, et La main de la nuit en fait partie. J’avais vraiment envie de lire un autre roman d’elle, car j’avais aimé La dame en noir. Susan Hill écrit des romans un peu vintage, des classiques du genre, avec ce qu’il faut de mystère et de frisson. On retrouve la touche inquiétante qui rendait La dame en noir passionnant. A la lecture, on regarde un peu autour de nous, on sent une présence inquiétante, tout comme le narrateur. Le lecteur est baigné dans le suspense et le surnaturel.

Pourtant, j’avoue avoir été un peu déçue, car j’avais peut-être de trop grandes attentes. Je n’ai pas autant frissonné que je l’aurais souhaité. On lit généralement ce genre de romans pour se faire une belle frousse, mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Certes, le mystère était présent, l’atmosphère inquiétante aussi, mais rien d’aussi terrifiant que La dame en noir. Le livre souffre en effet de beaucoup de longueurs, provoquant parfois tout sauf l’effet escompté, et donc plutôt de l’ennui… Ce qui est dommage, vous en conviendrez ! Finalement, l’ensemble perd de son efficacité. Les moments vraiment forts, avec un bon potentiel d’horreur, se révèlent noyés dans des périodes de lecture inintéressante. Parfois, le personnage principal réfléchit trop, se questionne trop, laisse passer trop de temps avant de se décider à résoudre le mystère. Cela rend le roman incohérent. L’horreur de la situation devrait le pousser à chercher la solution, à vouloir s’en sortir, mais il passe finalement plus de temps à attendre que ça passe…

Pour conclure, je dois avouer que, malgré mes attentes – et sûrement à cause d’elles –, j’ai été assez déçue par cette lecture. Même si j’ai retrouvé le style de Susan Hill, j’ai trouvé qu’elle n’exploitait pas suffisamment le potentiel horrifique de cette histoire. L’effet terrifiant attendu est annulé par le nombre trop important de longueurs, de réflexions sans fin… L’ensemble devient un peu superficiel et le roman perd un peu du réalisme qui contribue à provoquer des frissons. On ne croit plus trop à ce que nous raconte Susan Hill, bien que l’on sente l’intention première de nous faire peur.

 

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#241 Into the water (Au fond de l’eau) – Paula Hawkins

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Le résumé…

Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n’a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d’être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, Julia est effrayée à l’idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D’affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu’elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c’est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

Julia, Lena, Nel : avec ce superbe portrait de trois femmes en quête d’elles mêmes, aux prises avec les pesanteurs du passé, on retrouve l’infinie compréhension pour ses personnages dont témoignait déjà Paula Hawkins dans La Fille du train. On y retrouve, surtout, sa virtuosité et un talent incroyable pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’ultime rebondissement, qui marquera tous les esprits.

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Mon avis…

Ce livre, très attendu, est le nouveau roman de Paula Hawkins, qui a connu un très grand succès avec son premier thriller intitulé The girl on the train, en français La fille du train (chronique ici). J’avais beaucoup aimé et c’est donc avec beaucoup d’impatience que j’ai commencé Into the water, traduit Au fond de l’eau. Il s’agit là encore d’un thriller, avec un mode d’écriture très semblable puisque chaque chapitre correspond à un narrateur différent. La subjectivité est de mise. L’auteure joue sur les différences de point de vue et donc sur la difficulté à se faire une opinion précise des faits. Les morts dont il est question s’apparentent a priori à des suicides, des femmes se seraient délibérément jetées dans la rivière. Mais l’histoire du lieu hante le roman, avec ses condamnations de sorcières. De plus, certaines morts sont suspectes. Souvent, certes, comprendre la raison véritable du suicide est difficile. Mais qu’en est-il quand la personne qui s’est donné la mort n’avait aucune raison apparente de le faire ? Et c’est sans compter les secrets que chaque habitant du village garde au fond de lui. Des secrets souvent honteux.

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Paula Hawkins propose une nouvelle fois un roman dont le mystère se fonde sur les non-dits, les apparences trompeuses, les intuitions… Les femmes sont au cœur de ce thriller, chacune enfermée dans ce qu’elle sait ou ne sait pas, dans ce qu’elle voit ou ne voit pas. Dans ce village, la haine et les rancœurs viennent perturber l’enquête, et même ceux qui ont intérêt à la voir résolue en ralentissent l’avancée. Paula Hawkins confirme son talent pour pénétrer la complexité de l’esprit humain. Elle déploie un suspense parfait, distillant par petites touches les révélations. Pour avoir le fin mot de l’histoire, il faut attendre les dernières pages de ce livre addictif. Tout en restant dans une certaine continuité avec La fille du train, sur le plan technique, l’auteure propose un roman tout de même différent, moins violent psychologiquement mais très prenant et subtil. Si vous avez aimé son premier roman, lancez vous dans ce second thriller très réussi. Et si vous n’avez pas encore découvert Paula Hawkins, qu’attendez-vous donc ?

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