#344 La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov – Nadia Oswald

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Le résumé…

Février 1919. Une jeune fille se réveille dans le lit d’une clinique de Berlin, amnésique, après s’être jetée dans le fleuve. Le mystère autour de son identité commence, en même temps qu’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Est-ce Anastasia Romanov, la dernière survivante du clan Romanov épargnée par les bolcheviks… ou l’ambitieuse petite paysanne schwab de Pologne qui réussira toute sa vie à donner le change auprès des familles impériales de la planète en se faisant passer pour la défunte princesse ? L’héroïne reconstruit sa mémoire et son identité… mais sont-ce bien les siennes ?

Mon avis…

Basé sur des faits historiques, ce roman nous raconte la longue descente d’Anna Anderson dans les profondeurs du mensonge. Amnésique, elle s’identifie au personnage d’Anastasia Romanov, la Grande Duchesse russe… Nadia Oswald nous fait ce récit de façon assez neutre et objective. Les phrases sont parfois assez longues, le rythme de la narration est lent. Cela donne un aspect presque « documentaire » au roman. J’étais très intriguée par « les vies d’Anastasia Romanov », car mon imaginaire est, je l’avoue, habité par le dessin animé qui a bercé mon enfance… Bon, ici, très honnêtement : rien à voir ! J’ai très vite dû effacer cette référence de mon esprit (j’en connaissais déjà l’inexactitude historique, bien sûr), car ce livre fait le portrait d’une toute autre Anastasia. Au coeur de ce roman, le mensonge, l’imposture, la hantise de l’oubli... Nadia Oswald nous montre la volonté d’un grand nombre de perpétuer les souvenirs de la Russie impériale… En croyant en la survie d’Anastasia, en voyant la Grande Duchesse en Anna, c’est tout un pan de l’histoire russe qu’ils tentent de préserver. En soi, le propos est intéressant et particulièrement instructif… Mais j’aurais aimé que ce récit soit aussi passionnant, et ce n’était pas le cas. Je me suis très vite ennuyée… Je pense que c’est aussi dû au style de l’autrice, qui cherche semble-t-il à préserver une certaine distance critique avec les personnages… Elle cherche à décrire un processus psychologique, l’enfouissement d’Anna dans le déguisement d’Anastasia, où elle finit par s’effacer complètement. Mais, du coup, difficile de rendre plaisante et divertissante une telle lecture… Dommage.

Carte d’identité du livre

Titre : La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov
Autrice : Nadia Oswald
Éditeur : Le Nouvel Attila
Date de parution : 13 avril 2018

2 étoiles

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Merci à NetGalley et aux éditions Le Nouvel Attila pour cette lecture.

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#343 Règles douloureuses – Kopano Matlwa

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Le résumé…

Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d’elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l’a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s’interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l’opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l’ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l’Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d’un patient étranger blessé lors d’émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes.
En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

Mon avis…

Dans une rentrée littéraire, il y a toujours un trésor, caché au milieu de la masse… Je sentais avant même de lire ce roman qu’il pouvait être cette petite perle. Et je ne m’y suis pas trompée, je crois. Il est de ces lectures qui laissent un goût à la fois doux et amer… Après avoir refermé ce livre, comme il est difficile de passer à un autre… Afrique du Sud, 2015, Masechaba souffre d’endométriose. Sa vie est une constante course d’obstacles. Malgré toutes les difficultés, les épreuves, elle a réussi à devenir médecin. Loin de laisser ses propres douleurs masquer celles du monde qui l’entoure, elle constate la prégnance du racisme, la persistance d’une forme d’apartheid qui se manifeste par une méfiance envers les étrangers… puis des violences qui vont profondément la choquer… Elle décide alors de mener un combat qui va la briser.

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Règles douloureuses de Kopano Matlwa est un roman fort, puissant, révoltant, qui nous retourne l’âme aussi sûrement qu’une tempête. Endométriose, racisme, xénophobie, viol, mort, survie… Les sujets les plus durs sont présents. Tout cela amené avec la tendresse mêlée d’espoir d’une autrice talentueuse. Un choc, une véritable et belle révélation, un roman à la profondeur et à la perfection insondable ! C’est un livre actuel, moderne, dans lequel fleurit une douce révolte là où plus rien de bon ne semblait pouvoir éclore… Exceptionnel.

Carte d’identité du livre

Titre : Règles douloureuses
Autrice : Kopano Matlwa
Traductrice : Camille Paul
Éditeur : Le Serpent à Plumes
Date de parution : 30 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#341 Le suivant sur la liste, tome 1 – Manon Fargetton

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Le résumé…

Adolescent surdoué, Nathan est percuté mortellement par un automobiliste devant son collège. Témoin de la scène grâce à sa vision exceptionnelle, Izia sait que le chauffeur a agi intentionnellement. Non loin de là, Morgane, une irrésistible jeune fille, rend visite à sa mère internée et y rencontre Timothée, que le moindre contact physique avec autrui fait souffrir. Bientôt, tous trois reçoivent des messages posthumes de Nathan. Réunis puis traqués, ils découvrent qu’ils sont nés dans la même clinique par procréation médicalement assistée. De quelles manipulations ont-ils été cobayes ?

Mon avis…

Voici un livre pour les 12 ans et plus… ça tombe bien, j’en ai 24 ! Pour être honnête, ça fait du bien de se plonger dans des histoires pour ados même si on n’en est plus une… C’est reposant tout en nous permettant d’entrer dans des textes pleins de rebondissements ! Ici, on est dans une intrigue au croisement du thriller, de la SF et de l’histoire d’espionnage. C’est simple et efficace. Quatre adolescents se retrouvent liés, pour le meilleur… enfin, surtout pour le pire, en réalité ! Les personnages sont assez attachants, en ayant chacun leur propre caractère, avec une psychologie assez bien construite. Le lecteur ado n’aura aucun mal à s’identifier à l’un d’eux et à s’intégrer à leur groupe… Le roman est assez court, mais fait bien le job, il accroche suffisamment pour qu’on ait envie de passer au second tome et suivre plus longuement les aventures de ces jeunes gens ! Je conseille aux ados qui cherchent une petite série à commencer, avec du suspense et de l’action ! A découvrir…

Carte d’identité du livre

Titre : Le suivant sur la liste (tome 1)
Autrice : Manon Fargetton
Éditeur : Rageot
Date de parution : 16 août 2018

4 étoiles

Merci à Rageot et NetGalley pour cette lecture.

#340 Qui a tué mon père – Édouard Louis

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Le résumé…

« L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. »

Mon avis…

J’ai enfin lu le très court récit d’Édouard Louis, intitulé Qui a tué mon père. Dans ce texte autobiographique, l’auteur évoque la vie dans les pauvres villages de province, ses obstacles et ses difficultés, et établit un lien direct avec la politique. Il s’agit d’un livre engagé, qui décortique les processus qui ont mené son propre père à avoir l’existence qu’il a eue. Par le biais de la micro-histoire, Édouard Louis interroge la macro-histoire, introduit de la sociologie dans l’anecdote. Il explique les liens qui nous semblent parfois abstraits et invisibles et qui pourtant unissent étroitement notre vie quotidienne et la politique. Non, les décisions prises par ceux qui ont le pouvoir ne sont pas anodines. Elles ont un impact réel.

Qui a tué mon père n’est pas une question, mais une réponse. En lisant ce texte, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au « J’accuse » de Zola. Il y a véritablement une dimension non seulement polémique mais aussi et surtout accusatrice. Édouard Louis ne tait aucun nom. Il ne s’attaque pas vaguement aux « politiques », aux « puissants », ou autres « gouvernements ». Il nomme : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron, Manuel Valls, Myriam El Khomri… Ils y passent tous, et à raison.

Dans ses descriptions de la vie à la campagne, j’ai reconnu le village dans lequel j’ai grandi. D’ailleurs, Édouard Louis et moi venons de la même région, du même « coin », et son expérience semble avoir rencontré la mienne, dans une certaine mesure. Dans sa colère, j’ai aussi retrouvé la mienne. Dans sa vérité, j’ai lu celle dont j’ai toujours eu conscience sans forcément oser la dire au plus grand nombre. Tout comme dans sa volonté d’apostropher le monde, de dénoncer, d’ouvrir des yeux et des oreilles, de crier sur tous les toits ce que beaucoup se refusent à voir et à dire, j’ai retrouvé ma soif de voir les choses changer. Il s’agit d’un texte fort, puissant, agressif. Il déplait à certains, sans surprise. Mais il est une parole qu’il ne faut plus taire, une réalité qu’il faut cesser d’ignorer.

Carte d’identité du livre

Titre : Qui a tué mon père
Autrice : Édouard Louis
Éditeur : Seuil
Date de parution : 03 mai 2018

5 étoiles

#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#337 Les prénoms épicènes – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Mon avis…

Je n’étais pas sûre à 100% de lire le dernier Amélie Nothomb… et, finalement, je me suis quand même laissée tenter. Je ne sais pas pourquoi, il s’agit de l’autrice dont, même si elle ne me convainc pas toujours, je ne peux m’empêcher de lire les romans… J’avais apprécié, sans plus, celui de la précédente rentrée littéraire, Frappe-toi le cœur. Là encore, l’éditeur ne s’étend pas sur la quatrième couverture : rien ne sera dit de l’intrigue… Mais bon, on en apprend vite beaucoup plus si l’on ne vit pas dans une grotte ! Cette histoire fait en quelque sorte pendant à l’intrigue de Frappe-toi le cœur. On passe d’une relation mère-fille à une relation père-fille… Évidemment, les rapports humains sont toujours… particuliers… chez Nothomb, vous vous en doutez, ce n’est pas tout rose !

« Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l’aimait pas ? La question ne méritait aucun état d’âme. »

Au début, j’ai eu un peu peur car j’avais la drôle de sensation d’une histoire à la va-vite, un peu « bâclée », car la situation est exposée très rapidement, sans trop approfondir la psychologie des personnages… Ce choix s’explique plus loin dans le roman, heureusement. Passé cette mauvaise première impression, finalement on se prend à l’intrigue. En effet, j’ai plutôt trouvé l’ensemble assez « réaliste« . Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier en partie au personnage principal, et de voir mon père dans le sien… En tout cas, on retrouve le talent de Nothomb pour construire des personnalités fortes. C’est donc, comme toujours, un roman bref et efficace que nous livre l’autrice. Les amateurs y trouveront évidemment leur compte, comme les curieux qui n’ont pas encore tenté l’expérience. Ceux qui attendent de l’originalité folle, cependant, seront déçus. Rien de sensationnellement nouveau dans ce roman, c’est du pur Nothomb, comme on l’aime (ou comme on le déteste).

Carte d’identité du livre

Titre : Les Prénoms épicènes
Autrice : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

4 étoiles

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#336 Love, Simon – Becky Albertalli

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Le résumé…

Moi, c’est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d’Atlanta (traduisez : un trou paumé). J’ai deux soeurs, un chien, Bieber (oui, oui, comme Justin), et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréos, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue. Blue, c’est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. On se dit tout, sauf notre nom. Je le croise peut-être tous les jours dans le couloir, mais je ne sais pas qui c’est. En fait, ça me plaît bien : je ne suis pas du tout pressé d’annoncer à tout le monde que je suis gay. Personne n’est au courant, à part lui, Blue… et aussi cette fouine de Martin Addison, qui a lu mes e-mails et menace de tout révéler.

Mon avis…

Voici un livre qui fait tout particulièrement parler de lui depuis la sortie du film qui en a été adapté. Avant, on trouvait ce roman sous le titre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens. Aujourd’hui, c’est Love, Simon. Je l’avoue, je ne connaissais pas ce livre avant ! C’est donc une totale découverte. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme, adolescent, qui s’appelle… surprise… Simon ! Il est gay, mais ne l’a dit à personne : ni à sa famille, ni à ses amis…  Le seul à être au courant, c’est Blue, le garçon avec qui il échange des mails. Celui-ci est dans son lycée, mais il ne connaît pas son identité précise… Suspense total donc. Nous suivons Simon dans son quotidien, avec ses camarades, et au moindre garçon qui passe, nous faisons comme lui, nous nous demandons si ce ne serait pas celui-ci ou celui-là, par hasard, « Blue »… Il s’agit d’un roman young adult, qui se lit bien et est porté par une écriture fluide et simple. On accroche vite à l’intrigue, on se prend au jeu, c’est plaisant. Quant aux valeurs véhiculées par le roman, rien à dire. On y parle de tolérance, de différence, de confiance en soi, d’amitié, d’acceptation… tout en étant drôle et léger. Idéal pour les jeunes, donc. Sans être LE coup de cœur, il s’agit d’un bon roman, qui fait bien son job et provoque l’effet escompté.

Carte d’identité du livre

Titre : Love, Simon
Autrice : Becky Albertalli
Traductrice : Mathilde Tamae-Bougon
Éditeur : Hachette
Date de parution : 30 mai 2018

4 étoiles

Merci à Hachette et à NetGalley France pour cette lecture.

#335 Tout homme est une nuit – Lydie Salvayre (audio)

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Le résumé…

Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent. Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.

Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitants d’un paisible village que l’arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte. Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l’incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.

Lydie Salvayre

Mon avis…

Ce roman me faisait assez envie depuis sa sortie, en raison des thèmes qu’il aborde (intolérance, racisme…), si bien que, lorsqu’on m’a proposé de le « lire » en audio, je me suis dit « pourquoi pas ». Et, je dois l’avouer, Tout homme est une nuit est une de mes premières vraies expériences de livre audio, il faut bien un début à tout ! Il m’importe aujourd’hui de diviser ma chronique en deux : d’un côté la question du roman lui-même, et de l’autre celle de l’interprétation de Lazare Herson-Macarel et Alain Granier.

Commençons donc par le roman… Comment dire ? Au début, l’écriture a son charme. On alterne en effet entre les confidences d’Anass, un homme malade d’un cancer qui débarque, pour s’y reposer, dans un petit village du sud de la France où il ne connaît pas un chat, et les paroles mesquines et cruelles des hommes de ce même village, qui se lâchent en obscénités dans le Café des Sports. Cette forme est assez originale et confronte en effet deux manières de voir les choses, les personnes, et le monde en général. Anass est malheureusement victime d’un racisme ordinaire – mais néanmoins très violent – et d’une haine assez inexplicable. Désigné comme un « lettré », c’est sur le plan de la culture que l’autrice semble d’abord opposer les personnages… Jusque là, pourquoi pas. On reconnaît en effet l’hostilité palpable dans de nombreux petits villages à l’arrivée d’étrangers. Ayant moi-même grandi dans l’un d’eux, certains traits ne m’ont pas étonnée, bien que, parfois, on ne puisse s’empêcher d’y voir une forme de caricature. Néanmoins, globalement, c’est assez réaliste.

Ce qui m’a plus posé problème, c’est que le « lecteur » ou, ici, l’auditeur, s’ennuie ferme, mais vraiment ! Au bout d’un moment, ces affrontements verbaux – qui ne se font jamais en face à face, bien sûr – n’ont plus ni queue ni tête. Pourquoi Anass ne s’en va-t-il pas ? On se pose la question… Et, finalement, rien ne nous accroche à l’intrigue – inexistante par ailleurs – ou aux personnages. Ils restent sans grande profondeur, même Anass pour lequel on a apparemment accès aux pensées… C’est donc un roman qui, malheureusement, m’a paru d’une longueur extrême, malgré des points que j’ai apprécié, comme la mise en évidence des raisonnements tronqués, de l’ignorance qui peut mener à la haine gratuite, etc. Mais la justesse de ces aspects n’a pas suffi à me faire aimer le roman… Je m’attendais, en réalité, à peut-être plus de subtilité mais, après tout, la réalité est rarement subtile.

Lazare Herson-Macarel

Maintenant, sur le plan de la forme, je voudrais vraiment remercier les orateurs de ce livre audio ! Ils ont un véritable talent et incarnent parfaitement les différents personnages. Lazare Herson-Macarel joue un Anass convaincant, et parvient à rendre compte de tous les états d’âme qu’il traverse : de l’incompréhension à la tristesse en passant par la colère ou parfois la joie. Cependant, c’est vraiment Alain Granier qui m’a rendue l’écoute de ce livre agréable. Il a parfaitement bien maîtrisé le passage d’un personnage à l’autre – car il incarne les hommes du Café des Sports – sans paraître caricatural pour deux sous. D’ailleurs, l’interprétation permet de donner une autre dimension au roman, en mettant en évidence sa structure très répétitive, l’insistance lancinante de ces honteux propos de comptoir auxquels se livrent quelques villageois… Les voix donnent du rythme au livre qui, comme je l’ai précisé plus haut, m’a paru assez ennuyant sur le plan de l’histoire. On a l’impression, dans la version audio, d’assister à un jeu de ping-pong malsain et insensé, entre des personnages qui, sans savoir pourquoi, se détestent. En tout cas, la performance est appréciable.

Pour conclure, je ne serais pas contre retenter l’expérience du livre audio, malgré l’investissement en durée que ça implique. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai l’impression que 5h28 d’écoute passe bien plus lentement que 5h28 de lecture. Cependant, je n’exclue pas le fait que cette sensation de longueur soit due au fait que le livre ne me plaisait finalement pas. Enfin, même si je n’ai pas du tout aimé Tout homme est une nuit, je n’exclue pas de lire d’autres œuvres de Lydie Salvayre. J’avais entendu de bien d’autres de ses livres, et on peut passer des moments très différents d’un roman à l’autre ! Donc, affaire à suivre, les amis !

Carte d’identité du livre

Titre : Tout homme est une nuit
Autrice : Lydie Salvayre
Éditeur : Sixtrid
Durée : 5 heures et 28 minutes
Interprètes : Lazare Herson-Macarel et Alain Granier
Date de parution : 24 mai 2018

2 étoiles

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Merci à Audible pour cette lecture audio.

#334 Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui

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Le résumé…

Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements.
C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat.
J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre.
Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt.
Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission.
Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale.
Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires.

« J’écris les travées et les silences, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas. J’écris les chemins que l’on évite et ceux que l’on a oubliés. J’étreins les Autres, ceux dont l’histoire se propage dans la mienne, comme le courant d’eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu’ils cessent de me hanter. J’écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s’ils avaient été des enfants. »

Mon avis…

Se souvenir, devenir, être… C’est le parcours que suit Nina Bouraoui dans ce livre. Elle raconte son passé, ses souvenirs d’Algérie, son arrivée en France et la découverte de son homosexualité. Elle s’affirme en tant que femme, en tant qu’être qui, longtemps, se recherche. Elle s’explore, se dit, se raconte. Avec subtilité et talent, Nina Bouraoui nous émeut et livre ici un des textes les plus forts de la rentrée littéraire. C’est un récit intime qui ne saurait laisser quiconque indifférent. Il est d’une incroyable poésie, chaque phrase prenant une saveur douce et tendre, mais aussi parfois amère, touchant cependant toujours le cœur. En quelques mots : profond, puissant, à la fois déchirant et réparateur. Ce livre vient remuer quelque chose. Il nous montre le voyage, l’aller-retour entre deux temps, deux lieux, deux femmes, elle un jour et elle plus tard… C’est ainsi qu’une âme, unique, se dessine et se forge, en faisant la synthèse de ses expériences. Les hommes désirent naturellement savoir est un texte où l’autrice se livre, s’offre à ses lecteurs et lectrices, tout en étant d’une étonnante lucidité et clairvoyance sur tous les êtres humains. Car, oui, nous sommes tous en quête… Amour, identité, âme, bonheur, plaisir, connaissance, nous cherchons tous quelque chose.

Carte d’identité du livre

Titre : Tous les hommes désirent naturellement savoir
Autrice : Nina Bouraoui
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

Merci à JC Lattès et NetGalley France pour cette lecture.

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