#309 La Fabrique des coïncidences – Yoav Blum

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Le résumé…

« Notre rôle est précisément de nous tenir à la lisière, dans cette zone grise entre destin et libre arbitre, et de jouer au ping-pong. »

Guy, Emily et Eric sont des agents secrets d’un genre nouveau. Leur mission : créer des coïncidences pour réinventer de la vie des gens. Car, dans le monde de Yoav Blum, le destin ne relève pas d’une autorité divine ou d’un hasard désincarné, mais bel et bien d’une organisation invisible de travailleurs du réel. On y débute souvent comme tisseur de rêves, ami imaginaire, distributeur de chance… jusqu’à accéder, pour les plus zélés, à la fonction de faiseur de coïncidences. Leur rôle consiste le plus souvent à provoquer des rencontres, rassembler des familles, semer les graines de l’inspiration à l’origine d’une oeuvre  d’art, d’une découverte scientifique…

Aussi quand Guy se voit assigner une mission spéciale impliquant un mystérieux tueur à gages fraîchement débarqué en ville,  ses certitudes volent en éclat tout en lui assénant au passage une bonne leçon sur les arcanes du destin, le libre arbitre et la nature véritable de l’amour.

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Mon avis…

Ce roman paru aux éditions Delcourt est très surprenant. Comment celui de Sarah Ladipo Manyika, il s’agit d’un livre original, coloré, malicieux. J’ai été un peu déstabilisée au début, car l’histoire est particulièrement décalée, on est dans un tout autre monde tout en étant ancré dans une réalité proche de la nôtre. Dans ce monde-là, il y a des personnages dont le boulot est d’être ami imaginaire ou faiseur de coïncidences. Ce sont ces derniers qui vont faire en sorte que la vie des gens prenne une orientation particulière, de mission en mission. Nous suivons, dans ce roman, trois personnages, et un en particulier : Guy. Il est du genre « gratte-papier », très sérieux, il fait bien son boulot. Alors, quand une mission étrange lui est confiée, il voit sa vie bien droite et bien réglée brutalement secouée en tous sens. Et c’est donc son histoire que l’on suit, son passé que l’on explore, et son futur que l’on fabrique ! Le roman se bonifie au fil des pages. Au début, il faut un peu de temps pour s’habituer à l’univers, aux règles de ce nouveau monde, puis on se laisse emporter, guider. Pas de coïncidences dans ce livre, tout est travaillé, bien construit. J’ai beaucoup aimé le contraste constant entre les propos parfois terre-à-terre et les réflexions philosophiques qui peuvent s’immiscer dans notre esprit. L’auteur nous propose d’adopter un nouveau regard sur notre vie, sur les contraintes de la société, sur notre libre-arbitre également… C’est un texte à la fois divertissant et profond, comme on n’en lit qu’une fois. A découvrir si vous cherchez une lecture qui vous change, dans tous les sens du terme !

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En quelques mots…

très original
unique en son genre
se lit et se médite
crescendo
décalé et vif

Carte d’identité du livre

Titre : La Fabrique des Coïncidences
Auteur : Yoav Blum
Traductrice : Sylvie Cohen
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 11 avril 2018

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture !

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#308 Réveille-toi ! – François-Xavier Dillard

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Le résumé…

Basile Caplain est un greffé du cœur qui vit reclus, sans travail ni perspective. Sa seule obsession : dormir le moins possible, car ses nuits sont peuplées de cauchemars. Son unique ami, Ali, le gérant d’une station-service, est passionné par les faits divers. Un soir, ce dernier lui parle du meurtre barbare d’une jeune femme. Or, ce crime atroce, c’est exactement le rêve que Basile a fait deux jours plus tôt…

Paul est un paraplégique de dix-huit ans, génie de l’informatique, qui développe pour la police scientifique un programme baptisé Nostradamus – un algorithme révolutionnaire devant permettre de réaliser des portraits-robots hyperréalistes des criminels présumés.

Alors que des meurtres sauvages sont perpétrés à Paris, la police judiciaire met sur le coup son meilleur atout : le Dr Nicolas Flair, psychiatre mentaliste, qui a déjà résolu de nombreuses affaires.

Lorsque les chemins de ces trois protagonistes se croiseront, l’Inconscient, la Science et la Psychiatrie vont devoir collaborer pour essayer d’arrêter le pire des monstres…

Mon avis…

Réveille-toi ! est mon tout premier roman de François-Xavier Dillard. Une découverte donc. Au début, j’ai été assez perturbée par les multiples histoires croisées, car je m’y perdais. J’avais du mal à me repérer entre les différents personnages, mais on s’y fait vite. Ensuite, l’ensemble avance et suis un rythme haletant, avec de nombreux rebondissements. On ne sait pas où on va, mais on y fonce ! Je pense que l’auteur a probablement voulu perdre un peu ses lecteurs, pour les mettre dans la situation de ses personnages, eux-mêmes tous un peu paumés ! J’ai été agréablement surprise de retrouver dans ce roman la petite touche de fantastique et de surnaturel qui m’avait charmée dans des titres comme ceux de Sire Cédric, par exemple. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Avec tes yeux. Pour être honnête, c’est un livre dont on ne peut pas parler longuement car en dire trop entamerait le suspense ! Alors je pèse mes mots… Simplement, je dirais que c’est un très bon thriller, qui nous accroche du début à la fin, de manière efficace. Le tout est suffisamment complexe pour qu’on se torture l’esprit ! La fin est assez surprenante et (presque) imprévisible jusqu’aux dernières pages. En tout cas, Réveille-toi ! m’a donné envie de lire d’autres livres de François-Xavier Dillard, donc c’est plutôt un bilan très positif et une agréable découverte !

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François-Xavier Dillard

En quelques mots…

à la frontière de l’irréel
un bon thriller
histoires croisées
une fin presque imprévisible

Carte d’identité du livre

Titre : Réveille-toi !
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Date de parution : 07 juin 2018

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#307 Comment maigrir sans rien manger ? – Coco et Bénédicte Voile

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Le résumé…

Les silhouettes plus que parfaites des top models vous laissent perplexe ? Vous sentez bien qu’on vous cache quelque chose… Les stars ne se nourrissent-elles que de graines comme les hamsters ? Possèdent-elles une machine à faire fondre la cellulite ? Ont-elles une peau transgénique qui se régénère la nuit ? Non, ce sont des femmes comme vous et moi. Une heure de maquillage minimum, un excellent photographe, une touche de Photoshop et vous pourriez vous aussi faire la couverture de Vogue ! Vous êtes donc normale. En lisant ce (faux) guide, vous allez rire, déculpabiliser et surtout… vous aimer !

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Instagram @juliette.sa

Mon avis…

Ce petit bouquin est un livre humoristique qui se moque avec délicatesse et beaucoup de pertinence des milliers de guides de régime qui fleurissent chaque année chez les libraires ou dans les magazines féminins ! L’autrice, Coco, distille des conseils parfois farfelus et pourtant, quand on y regarde bien, plein de bon sens. Car son but est bien de nous déculpabiliser, enfin. De nous dire que, non, il n’est pas nécessaire d’être mince et parfaite, voire refaite, pour avoir le droit d’aller à la plage en été. Et que, non, manger une raclette ne devrait pas être un crime ! C’est un livre frais, plein de dérision, avec de très jolies illustrations de Bénédicte Voile. Ce duo féminin fonctionne à la perfection. Les deux femmes nous parlent comme à des copines, l’une avec ses mots, l’autre avec son crayon, et nous font passer un excellent moment. Sourire à chaque page, ça fait du bien, et comme elles le disent si bien en prélude à cette lecture légère : « Vous salivez ? Alors croquez ce livre. Chaque sourire vous fera dépenser 10 calories. Faites le compte : il y a 160 pages… »

Avec ce livre, on ne prend pas un gramme et pourtant qu’est-ce qu’on se régale ! C’est un bouquin 100% body positive, écrit par des femmes qui connaissent leurs lectrices et veulent leur faire du bien. C’est du feel-good, du zéro prise de tête. De quoi (presque) se réconcilier avec sa balance ! Un petit livre à acheter si vous vous sentez un peu complexée, à offrir à celles qui veulent justement rire de leurs complexes, à lire seule ou entre copines, ou avec son mec, ou même avec sa mère, avec une salade, un mojito, ou une assiette de cookies, bref, en toutes circonstances. Vous ne vous sentirez peut-être pas concernée par toutes les pages de ce livre, mais vous y reconnaîtrez les femmes de votre vie ! Ce livre, qui ne cherche pas à en faire trois tonnes, porte tout de même un regard sur notre monde, sur la société, sur ses diktats… Il nous offre la possibilité d’en rire et de s’en moquer quelques instants, voire de s’en libérer définitivement ! Et c’est tant mieux. En reprenant un à un tous les clichés qu’on nous balance chaque jour, les autrices jouent avec et les retravaillent, en font quelque chose de moins pesant. Merci d’avoir un peu allégé mon quotidien, Coco et Bénédicte !

Cliquez sur l’image pour plus d’illustrations de Bénédicte Voile !

En quelques mots…

humour et dérision
0% prise de tête
à lire et à offrir
joliment illustré
frais et léger

Carte d’identité du livre

Titre : Comment maigrir sans rien manger ?
Autrice : Coco
Illustratrice: Bénédicte Voile
Éditeur : l’Archipel (Archipoche)
Date de parution : 02 mai 2018

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Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

#306 La petite poule rouge vide son cœur – Margaret Atwood

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Le résumé…

« Le corps féminin type se présente muni des accessoires suivants : un porte-jarretelles, un panty, une crinoline, une camisole, une tournure de jupe, un soutien-gorge, un corsage, une chemise, une ceinture de chasteté, des talons aiguilles, un anneau dans le nez, un voile, des gants de Chevreau, des bas résilles, un fichu, un bandeau, une guêpière, une voilette, un tour de cou, des barrettes, des bracelets, des perles, un face-à-main, un boa, une petite robe noire, une gaine de soutien, un body en Lycra, un peignoir de marque, une chemise de nuit en flanelle, un teddy en dentelle, un lit, une tête. » Sur un ton drôlatique, vingt-sept façons de tordre la réalité, les croyances de chacun, les habitudes de chacune, ou l’art de se dévisser le cou pour se regarder droit dans les yeux. Un régal de mise en pièces de nos mythes, des plus anciens aux actuels, sans compter quelques utiles conseils ou recettes tels que Rendons grâce aux sottes et Fabriquer un homme.

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Mon avis…

Vous allez finir par être habitué(e)s à voir passer régulièrement Margaret Atwood sur ce blog. Depuis La Servante écarlate, j’ai lu d’autres de ses textes, parmi lesquels C’est le cœur qui lâche en dernier, bien plus cynique et décalé que le roman qui a inspiré la série télé à succès, ou encore le recueil de nouvelles Neuf contes, tout simplement excellent ! Et c’est justement charmée par cette dernière parution que j’ai décidé de m’aventurer dans un autre recueil de nouvelles d’Atwood, dont le titre est très intrigant : La petite poule rouge vide son coeur. Impossible de ne pas déceler dans ce livre le cynisme que j’avais adoré dans C’est le cœur qui lâche en dernier, et le féminisme particulièrement révolté qui se dessine dans La Servante écarlate.

Avec beaucoup d’humour, et souvent d’ironie, Atwood nous emporte dans de très très brèves histoires, parfois longues d’à peine deux ou trois pages, où elle nous fait le portrait d’un monde étrange qui ressemble drôlement au nôtre, sous certains aspects. Sous couverts d’allégories, de réécritures de contes ou de fables fameuses, elle critique avec subtilité la société patriarcale. Mon histoire préférée ? Une recette plutôt, intitulée « Fabriquer un homme ». Un épisode plein d’humour et complètement décalé, qui en dit beaucoup sur notre monde lorsque l’on sait lire entre les lignes. Margaret Atwood évoque les corps féminins, les poules (vous saurez deviner de qui il s’agit), mais aussi les coqs, et d’autres animaux. On y croisera aussi Blanche-Neige, le Petit Chaperon Rouge, ou carrément Ève, qui côtoie les mannequins des magazines féminins… Atwood opère une véritable déconstruction des mythes et des images qui ont forgé « la » femme, des plus anciens aux plus récents, et le tout avec le charme de la fiction enfantine.

Margaret Atwood se montre particulièrement malicieuse dans ce recueil étonnant et détonnant. Subtiles, ses histoires se lisent et se relisent. Ce sont de véritables textes à clés que nous livre l’autrice canadienne. Je trouve que ces nouvelles, contes ou fables, ces histoires courtes en somme, permettent d’approcher avec beaucoup de justesse la délicatesse mêlée de brutalité propre à la plume d’Atwood. Elle ne nous épargne rien, mais le fait avec une forme de douceur amère parfois désarmante. Surtout, ne vous arrêtez pas à La Servante écarlate, explorez bien plus de cette autrice unique, et pourquoi pas par le biais de ses recueils ?

Ô mon hypocrite lectrice ! Ma semblable ! Ma sœur ! Rendons grâce aux sottes qui nous donnèrent la littérature.

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Margaret Atwood

En quelques mots…

cynique voire désabusé
complètement décalé et perché
subtil et délicat
réécritures
à interpréter et à déguster

Carte d’identité du livre

Titre : La petite poule rouge vide son cœur
Autrice : Margaret Atwood
Traductrice : Hélène Filion
Éditeur : Le Serpent à Plumes
Date de parution : 12 octobre 1999

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Coup de cœur

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#305 L’Echange – Rebecca Fleet

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Le résumé…

Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle…

Mon avis…

L’Echange est un thriller dont la base est très simple : un couple procède à un échange de maisons avec une personne qu’ils ne connaissent pas, par le biais d’un site internet. Oui, comme dans The Holiday, mais en moins romantique. Car, très vite, il apparaît que le rapport entre les deux parties est inégal. L’inconnu qui passe la semaine chez Caroline et Francis semble en savoir beaucoup sur eux. Beaucoup trop, même. La tension augmente au fil du récit, lorsque Caroline découvre des éléments très perturbants lui rappelant son passé, un passé qu’elle aurait aimé laisser derrière elle. Mais, en fait, tout est plus compliqué qu’il n’y paraît. En alternant le récit au présent de cette semaine de vacances avec les souvenirs de Caroline, mais aussi quelques instantanés des pensées de l’inconnu qui loge chez elle, Rebecca Fleet distille des indices, et ménage ainsi le suspense. Le roman en lui-même n’est pas un chef d’oeuvre, très honnêtement. C’est un thriller plaisant à lire, qui n’est pas sans rappeler d’autres romans à succès dans le même genre. Autrement dit, on repassera pour l’originalité. Mais il permet de passer un bon moment et, d’ailleurs, il joue bien son rôle de page-turner. Mais je n’ai personnellement pas ressenti l’effet waouh tant attendu. Ce ne sera pas le livre de l’année, en tout cas, mais il fait bien son job : nous tenir en haleine jusqu’au bout. Cela n’empêche pas une petite pointe de déception à la fin, on s’était attendu à mieux…

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En quelques mots…

un drôle d’invité
une lecture plaisante
sans prétention
simple et efficace
pas LE livre de l’année

Carte d’identité du livre

Titre : L’Echange
Autrice : Rebecca Fleet
Traductrice :  Cécile Ardilly
Éditeur : Robert Laffont
Date de parution : 07 juin 2018

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#304 Le Royaume des Deux-Mers – Gilbert Sinoué

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Le résumé…

– Voilà un moment que je t’observe. Tu es insensé. L’éternité à laquelle tu aspires, tu ne la trouveras jamais. Abandonne! Ta quête est vouée à l’échec.
– Non! Je refuse que mon corps redevienne poussière. Non! Je veux continuer à contempler la lumière, je veux encore m’enivrer des splendeurs de la vie! Je veux vivre!
Alors le vieux sage murmura :
– Très bien, je vais te révéler un secret. Il existe une plante. Une plante qui vit ici, au fond des eaux. Elle a des reflets argentés. Si l’on ne prend pas garde, elle écorche les mains comme fait la rose. Si tu parviens à la trouver, alors mange-la et tu obtiendras la vie éternelle.

Entre légende et vérité, Le Royaume des Deux-Mers est un fabuleux voyage initiatique qui nous transporte aux confins de l’une des plus anciennes civilisations du monde : Dilmoun. Dilmoun, le «pays où le soleil se lève», Dilmoun où, d’après la tradition sumérienne, résidait le seul survivant du Déluge. Dilmoun, le jardin d’Éden.

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Mon avis…

Avant de lire ce livre, je ne connaissais absolument pas Dilmoun, même de nom ! C’est pourtant celui d’une grande civilisation depuis longtemps disparue. Gilbert Sinoué nous emmène donc dans ces contrées lointaines – dans l’espace comme dans temps – dans ce qui est aujourd’hui Bahreïn. Tout en nous donnant des informations historiques sur cette civilisation, il nous fait le récit passionnant des épreuves que traverse Yakine, vers le XVIIIe siècle avant JC. Ce personnage est un médecin particulièrement sceptique. Il refuse d’adhérer aux croyances et aux superstitions de ses compatriotes. Pour lui, la médecine est au-dessus de cela. Mais, un jour, il est forcé de constater que ses talents scientifiques ne peuvent rien face à la maladie de sa femme. Son ami, Shakrumash, lui suggère progressivement, au fil des jours, de suivre les traces de Gilgamesh et de partir en quête de la vie éternelle pour sa bien-aimée. Mais Yakine est détesté des exorcistes de Dilmoun, car il remet en cause leur fond de commerce : les superstitions. Ils décident de s’en prendre à lui, mais aussi de renverser le royaume tout entier. Yakine se retrouve pris au milieu d’intrigues qui le dépassent avec, à l’esprit, une seule idée : celle de protéger sa famille.

Gilbert Sinoué mêle avec beaucoup de talent des éléments nous permettant de découvrir une époque lointaine, particulièrement méconnue, et une histoire absolument passionnante. On découvre en effet les pêcheurs de perles de Dilmoun, qui apportent la prospérité à la contrée. Le Royaume des Deux-Mers est un roman d’apprentissage, autant pour le lecteur que pour les personnages. J’ai eu, tout au long de cette lecture, le sentiment de parcourir un roman qui se trouvait à mi-chemin entre La Perle de Steinbeck et Le Périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Certes, ces récits n’ont pas grand chose à voir, mais ils ont en commun de faire voyager leurs lecteurs et de les faire grandir intérieurement, tout en les divertissant. J’ai beaucoup aimé la variété de ce roman, qui oscille sans cesse entre réalité et légendes, comme c’est le propre de la fiction. A la fois roman historique, roman d’aventures, oeuvre spirituelle, Le Royaume des Deux-Mers est un texte très agréable à lire, prenant, dont on a envie de connaître la fin tout en savourant chaque phrase.

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En quelques mots…

une civilisation perdue
quête de l’éternité
entre légendes et réalité
à la croisée des genres
une belle découverte

Carte d’identité du livre

Titre : Le Royaume des Deux-Mers
Auteur : Gilbert Sinoué
Éditeur : Denoël
Date de parution : 03 mai 2018

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Un grand merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

#303 Un mariage anglais – Claire Fuller

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Le résumé…

Ingrid a 20 ans et des projets plein la tête quand elle rencontre Gil Coleman, professeur de littérature à l’université. Faisant fi de son âge et de sa réputation de don Juan, elle l’épouse et s’installe dans sa maison en bord de mer.
Quinze ans et deux enfants plus tard, Ingrid doit faire face aux absences répétées de Gil, devenu écrivain à succès. Un soir, elle décide d’écrire ce qu’elle n’arrive plus à lui dire, puis cache sa lettre dans un livre. Ainsi commence une correspondance à sens unique où elle dévoile la vérité sur leur mariage, jusqu’à cette dernière lettre rédigée quelques heures à peine avant qu’elle ne disparaisse sans laisser de trace.

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Mon avis…

Les mariages anglais sont de saison, en littérature aussi. Pourtant, rien à voir entre l’union d’Harry et Meghan et celle qui est relatée dans ce livre. Claire Fuller nous raconte ici la longue histoire d’un drame. Nan et Flora, les deux filles de Gil et Ingrid, sont bouleversées après l’accident de leur père. Il dit avoir vu leur mère, depuis la fenêtre de la librairie du village, sauf que celle-ci a été portée disparue depuis des années. On dit qu’elle s’est noyée en mer, elle qui était pourtant excellente nageuse. Flora refuse d’y croire. Le livre est partagé en deux trames romanesques. D’une part, il y a l’histoire de ces deux filles, qui doivent prendre soin de leur père atteint par des lubies de plus en plus étrange, bouleversé par sa rencontre avec le fantôme de son épouse. D’autre part, il y a celle d’Ingrid, la mère, qui raconte, dans des lettres qu’elle destine à Gil et cache dans les livres qu’il entasse dans leur maison, son coup de foudre puis son mariage avec lui, son professeur de littérature.

Claire Fuller nous raconte ici une histoire d’amour à la fois exceptionnelle et banale, comme toutes les romances, finalement. Elle en dessine les balbutiements, le paroxysme, la perfection, la passion, puis le déclin, les déceptions… Elle fait le portrait d’une femme déterminée, qui avait décidé de ne pas se laisser enfermer dans une vie dont elle ne voulait pas. Elle voulait faire des études, voyager, ne pas se marier ou avoir d’enfants (du moins, pas trop vite), avoir la liberté des hommes, être libérée du destin que l’on réservait à la plupart des femmes. Et pourtant, son histoire d’amour, sensuelle et romantique, avec son professeur de littérature, va la mener dans un mariage comme on en fait des centaines, un mariage anglais, tout ce qu’il y a de plus banal. Pourtant, malgré la « normalité » de ce qui est raconté, Claire Fuller nous fait ressentir la singularité des personnages, leur profondeur. Le récit est traversé de long en large par les multiples références littéraires. Le suspense n’est pas absent, malgré quelques longueurs. Le rythme du livre représente exactement la vie de ses personnages, une vie comme on pourrait en vivre, nous aussi.

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En quelques mots…

de la naissance au déclin de l’amour
traversé par la littérature
passionnant et bien écrit
l’histoire d’une femme
quelques petites longueurs
réalisme psychologique

Carte d’identité du livre

Titre : Un mariage anglais
Autrice : Claire Fuller
Traductrice : Mathilde Bach
Éditeur : Stock
Date de parution : 02 mai 2018

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#302 Le Labyrinthe des Esprits – Carlos Ruiz Zafón

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Le résumé…

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

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Mon avis…

Il y a de ces livres que l’on aime avant même de les avoir ouverts. Le Labyrinthe des Esprits en fait partie pour moi. Pour quelle raison ? Car il s’agit du quatrième volume de la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón. Première chose à rappeler : ces livres, même s’ils appartiennent à une même saga et explorent globalement les vies des mêmes personnages, peuvent se lire dans le désordre. Donc rien ne vous oblige à commencer par L’Ombre du Vent, le premier tome, même si – évidemment – c’est préférable. L’auteur a conçu sa série pour qu’elle soit un labyrinthe à plusieurs entrées. Donc à vous de faire votre propre expérience ! Ce dernier roman en date, très attendu, nous replonge dans l’atmosphère envoûtante et inquiétante qui nous a séduit dans les précédents tomes. On retrouve avec plaisir et impatience la Barcelone sombre et mystérieuse que Carlos Ruiz Zafón sait si bien peindre. Cette fois, on découvre de nouveaux personnages, et en particulier Alicia Gris, une femme d’une beauté froide, brisée par de multiples aspects et pourtant si vivante. Le talent de l’auteur pour construire des psychologies complexes est toujours là, évidemment. C’est encore un personnage attachant et puissant qu’il nous fait découvrir, aux côtés d’autres tout aussi investis d’âmes : Mauricio Valls, Fernandito, Vargas…

Le roman est un véritable trésor de mises en abymes et d’intrigues entrelacées… Le lecteur est plongé dans véritable jeu de pistes sans fin. Le livre refermé, il ne nous reste plus qu’à (re)lire les autres tomes du Cimetière des Livres Oubliés pour les (re)découvrir. J’ai éprouvé tellement de plaisir à retrouver les personnages des précédents romans, en particulier Fermin, qui se caractérise par sa verve et ses bons mots. Car, oui, les livres de Carlos Ruiz Zafón sont aussi des textes qu’il faut lire quand on aime les livres et la littérature ! Ils sont tout simplement jouissifs sur un plan littéraire. De belles phrases, de belles tournures… Son traducteur français habituel, François Maspero, est mort avant d’avoir pu se charger de ce roman. L’auteur lui rend un magnifique hommage, montrant l’importance souvent oubliée des traducteurs, qui retranscrivent pour nous, pour notre plaisir, des œuvres magnifiques. Maria Vila Casas, qui a traduit Le Labyrinthe des Esprits, a rélevé le défi très compliqué de rendre compte de la prose magique de Carlos Ruiz Zafón. Et je l’en remercie. Car, grâce à son talent, j’ai pu passer un de mes meilleurs moments de lecture de l’année.. et de ma vie !

Le coup de cœur pour les romans de Carlos Ruiz Zafón est dangereux pour le lecteur, car il marque le début d’une addiction. Et, surtout, vous chercherez à trouver des équivalents, à revivre des lectures semblables, tout aussi riches… Je n’ai pas encore réussi à retrouver les émotions que m’a fait ressentir cet auteur dans d’autres livres… si ce n’est les siens ! Et je me prends, parfois, à relire L’Ombre du Vent, Marina, Le Prince de la Brume, Le Jeu de l’Ange, et les autres… A chaque fois, je découvre de nouvelles choses. Le Labyrinthe des Esprits n’y fera pas exception, d’autant qu’il éclaire d’un nouveau jour ces mêmes textes que je viens d’évoquer. J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans cette lecture. Les romans de Carlos Ruiz Zafón, ce dernier compris, regroupent différents genres littéraires, ils sont inclassables. Ils évoquent la société espagnole, mais ce sont de véritables livres d’aventure, avec une pointe de fantastique, d’horreur parfois, avec toujours une enquête qui nous plonge dans un suspense insoutenable, des histoires d’amour, d’amitié, de haine aussi, avec des personnages complexes, qui ne sont pas juste blancs ou noirs. L’auteur comprend et peint à la perfection les différentes facettes de l’être humain, des plus obscures aux plus lumineuses. L’ensemble est poétique, émouvant, frappant, haletant. Et, cela, toujours avec des livres, une multitude de livres.

Franco quittant la cathédrale de Barcelone

En quelques mots…

aventure(s) livresque(s)
on aimerait ne jamais le finir
labyrinthique
riche et foisonnant
à lire, relire et faire lire

Carte d’identité du livre

Titre : Le Labyrinthe des Esprits
Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Traductrice : Maria Vila Casas
Éditeur : Actes Sud
Date de parution : 02 mai 2018

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Coup de cœur, évidemment

 

#301 Si souvent éloignée de vous – Marlène Schiappa

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Le résumé…

Telle une Madame de Sévigné moderne, Marlène  Schiappa écrit à ses filles dès qu’elle part en déplacement.
On découvre une femme combative sur tous les fronts : une mère dévouée à ses enfants et passionnée  par ses engagements.
Aux confins de l’intime et du politique, ce récit à la fois  exceptionnel et universel nous dévoile le cœur d’une  mère au service du gouvernement à l’heure où la parole  des femmes se libère dans le monde entier.

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Mon avis…

Marlène Schiappa, « secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes » depuis mai 2017, est aussi écrivaine. Certains le savaient depuis longtemps, d’autres l’ont découvert à son élection, d’autres plus récemment encore. Ce livre, Si souvent éloignée de vous, a déjà fait un mini scandale à peine sorti. Comme souvent, il a été critiqué de manière assez virulente par des gens qui, pour certains, ne l’avaient probablement même pas encore lu. Quelques extraits par-ci par-là, et les imaginaires s’emballent. Alors, je me suis dit que j’allais ouvrir ce fameux bouquin et découvrir par moi-même les « lettres » de Marlène Schiappa « à ses filles ». Pourquoi ces guillemets ? Parce qu’à mon humble avis, ces lettres ne sont pas destinées à ses filles (pour certaines, en tout cas, je ne l’espère pas) d’autant que certaines ont recours à un « vous » qui renvoie à… « nous », lecteurs ! Donc, parfois, ce sont des lettres qui nous sont adressées, sachons-le. Marlène Schiappa commence son livre avec un avis à ses lecteurs, qui nous dit notamment :

Avertissement : ce livre n’est ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique, mais un récit purement personnel, partiel et parfois romancé.

En effet, il s’agit d’un récit très personnel, celui de la vie quotidienne d’une femme de 35 ans, qui n’a d’ailleurs pas tout à fait une vie comme celle de n’importe qui. Nécessairement, en tant que femme politique, elle nous parle de politique. Jusqu’ici, c’est logique. Elle nous parle (beaucoup) de ses filles, sujet central du livre (que je n’ose appeler un roman !). Marlène Schiappa nous fait donc son autoportrait, celui d’une femme qui est partie d’en bas pour arriver très haut, qui a réalisé ses rêves : une femme qui a réussi et qui a travaillé pour cela. Honnêtement, ceux qui lui reprocheront de s’en vanter feront probablement preuve d’une certaine hypocrisie. Ce livre est le récit d’un engagement, d’un investissement, et il est très intéressant d’avoir le point de vue personnel de l’autrice et secrétaire d’état. Sur ce plan, j’ai beaucoup aimé le livre.

Oui mais voilà, ce livre n’a pas seulement pour objet de dire comment Marlène Schiappa en est arrivée là. Parfois, on se demande un peu ce qu’on est en train de lire, avec certains passages déconcertants sur du shampoing, des pains au chocolat et des sucrettes… Ce sont des extraits du livre qui, personnellement, m’ont laissée perplexe. Il y a plusieurs Marlène Schiappa dans ce livre. Une qui veut nous prouver par a+b qu’elle a mérité sa place, et qui a raison de le faire : qui ne le ferait pas, honnêtement ? Une aussi qui s’extasie sur les petits moments du quotidien qui font que la vie est belle, et qui nous noie sous son optimisme débordant…  et après tout, pourquoi pas ? C’est le sel de la vie, dirons-nous. Il y a aussi la mère, omniprésente, qui semble ne vivre et ne s’accomplir qu’à travers ses enfants, et c’est son droit. Et puis il y a la femme politique, sur laquelle nous reviendrons. Enfin, il y a la Marlène Schiappa féministe, ou plutôt qui se dit féministe. Elle l’est sous certains aspects, j’imagine. Elle se bat parfois pour l’égalité hommes-femmes, c’est son boulot, après tout. Oui mais voilà, c’est un féminisme légèrement dépassé que semble représenter Schiappa, fortement influencée par Badinter tout en citant en interview King Kong Théorie de Virginie Despentes (livre dans lequel l’autrice s’attaque à cette même Elisabeth Badinter). Petits paradoxes donc… La figure de « l’éternel féminin » contre laquelle se battent tant de féministes est, pour Marlène Schiappa, une figure positive. Elle complimente ainsi Brigitte Macron en utilisant cette expression mot pour mot, et entre guillemets, ce qui laisse supposer qu’elle sait bien à quoi elle fait référence :

Plus tard, le président m’a appelée. J’ai pensé à son épouse. J’étais tellement heureuse pour elle. Enfin, notre pays aurait ce président incroyable, mais il aurait aussi cette femme formidable pour l’encourager entièrement comme elle nous avait tous encouragés pendant cette campagne : avec sa bienveillance, sa gentillesse, son engagement, sa classe naturelle, ses allusions artistiques, son humour ravageur et son sourire irrésistible de « l’éternel féminin ».

Donc ce livre a aussi de quoi faire s’étrangler quelques féministes au coin de ses pages. En même temps, on se doutait déjà depuis un moment que Marlène Schiappa n’était pas la féministe parfaite, et qui l’est ? Mais il est vrai que, parfois, tout cela manque de cohérence. En tant que personnalité publique, censée travailler à l’égalité entre hommes et femmes, on s’attendrait à moins de clichés. Je précise que l’extrait que j’évoque ci-dessus n’en est qu’un exemple. Il y a aussi l’épisode assez choquant du « dragueur » prénommé « Bertrand », qui « a dragué toutes les amies présentes à la conférence » et « ne voit les femmes que comme des objets ». Et voilà Marlène Schiappa, tout d’un coup, « un peu vexée » car Bertrand n’a jamais cherché à la séduire. On pourrait se dire qu’elle devrait être contente d’échapper à un tel homme, mais non ! Elle a un « porte-bébé kangourou rose », ceci explique cela : « ce n’est pas sexy ». Et Marlène Schiappa de conclure, finalement, qu’on est soit mère soit sexy, pas les deux visiblement : « A ce moment-là, me sentir sexy est le cadet de mes soucis. Je me sens bien mieux que ça : je me sens mère. » Bon, personnellement, ce passage m’a beaucoup gêné, car il se finit sur un constat un peu caricatural, et aussi parce que, certes, l’autrice préfère se sentir mère plutôt que sexy, mais quand même, elle aurait bien aimé être draguer par le gros lourd de service… En fait, je crois que le dérangement vient du fait que, avant d’être une lectrice, je suis une femme et que Marlène Schiappa, même si elle est autrice, est aujourd’hui avant tout une femme politique dont le rôle est de changer la place des femmes dans la société. D’où le malaise ambiant…

Bien que ce livre ne soit « ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique », il n’est pas dénué de velléités politiques, loin de là. N’imaginez pas lire uniquement le récit de la vie quotidienne et de la réussite de Marlène Schiappa. Vous verrez aussi un portrait élogieux d’Emmanuel Macron :

Pendant des mois, du matin au soir et du soir au matin, j’ai donné tout mon temps de cerveau disponible, toute mon énergie, tout mon enthousiasme pour faire élire un président de la République qui comprenne le XXIe siècle. Qui comprenne que ma génération n’aspire pas forcément à la « sécurité de l’emploi », mais au contraire à pouvoir prendre des risques encadrés, créer des entreprises, changer de sphère […]. Enfin, quelqu’un réussissait vraiment, profondément, à nous permettre de conjuguer un ensemble d’aspirations pour notre pays. Quelqu’un incarnait l’autorité de l’Etat, la nation, pleinement, absolument.

C’est enthousiaste, ça l’est même un peu trop… Honnêtement, j’ai été dérangée par ces passages qui, pour moi, sont extrêmement politiques et visent à persuader le lecteur du bien-fondé d’une politique. Mais je ne veux pas m’aventurer dans des considérations politiques, ça n’est pas le lieu : chacun ses convictions. Simplement, il convient de prévenir les lecteurs potentiels de ce livre que, oui, il contient bien des propos politiques. Marlène Schiappa, d’ailleurs, n’hésite pas à reproduire ses discours dans le livre, sous le prétexte de les transmettre à ses filles. On a ainsi sa communication lors de la remise du « prix spécial du jury Laïcité 2017 » ou encore son discours à l’ONU.

Pour autant, Marlène Schiappa n’est pas complètement déconnectée du réel, et elle soulève certains problèmes qui lui reviennent d’ailleurs de régler, comme le harcèlement de rue. Tout en défendant sa loi, elle en démontre l’intérêt, en évoquant la réalité des femmes :

Ce n’est pas faute pour mon père de m’avoir répété ad nauseam de ne jamais laisser quelqu’un entrer derrière moi dans un hall d’immeuble ou dans un sas. A part me murmurer en mon for intérieur : « Merde, je n’aurais pas dû tenir la porte » au moment où je comprenais que le type qui entrait derrière moi n’habitait manifestement pas l’immeuble, cela ne m’a pas été d’un grand secours.

Elle évoque aussi les « sifflets », « remarques », « cris », « insultes », « poursuites », que connaissent les femmes et, nécessairement, elle pense à ses filles et à leur avenir. De tels passages sont touchants, évidemment. Marlène Schiappa, dans ce livre, fait preuve d’humanité et assume ses propos. Elle ose dire des choses, elle les écrit, en sachant qu’elles seront nécessairement reprises et commentées. Et, en cela, elle fait montre d’une certaine sincérité que, je pense, il faut savoir apprécier. Evidemment, elle se met en scène et en rajoute souvent, mais certains passages sont marqués par l’honnêteté et par un vécu partagé par de nombreuses femmes. En fait, ce livre a de l’intérêt car il permet de mieux comprendre et connaître la femme sur les épaules de laquelle est censé reposer notre vie future en France. C’est elle qui est supposée déterminer, parmi quelques autres personnes, la façon dont nous, les femmes, évolueront dans les rues et dans la société demain. Elle a un rôle important, c’est indéniable.

Un tel livre peut, au choix, rassurer ou faire paniquer. La réaction dépendra, je l’imagine, des lecteurs ou lectrices. Personnellement, il ne m’a pas spécialement rassurée. Oui, Marlène Schiappa n’a pas l’air d’être une mauvaise personne, elle est humaine, parfois touchante, bien sûr. Mais, finalement, c’est un sentiment de malaise qui reste après la lecture de ce livre. Je ne peux, finalement, m’empêcher de voir la visée apologétique de ce livre qui cherche à justifier des actions, une politique, à faire son propre portrait, élogieux de préférence. Car il est impossible de dissocier la femme, l’autrice et la politicienne. Elle est ces trois personnes en une, évidemment. Il en est de même pour ce livre, à la fois personnel, teinté de poésie et de tendresse, parfois absurde ou déconcertant, mais aussi particulièrement engagé et orienté politiquement.

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En quelques mots…

parfois émouvant
l’histoire d’une femme
trop politique
ambigu : réel ou mise en scène ?
déconcertant

Carte d’identité du livre

Titre : Si souvent éloignée de vous
Autrice : Marlène Schiappa
Éditeur : Stock
Date de parution : 09 mai 2018

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#300 Le Libraire de Wigtown – Shaun Bythell

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Le résumé…

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église… et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite…
Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.
Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint!

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Petite photo perso du panneau de Wigtown, pour que vous ne vous perdiez jamais !

Mon avis…

Pour un 300ème article, il fallait THE livre, THE book, et donc THE BOOK SHOP. J’ai déjà évoqué ce bouquiniste écossais dans lequel j’avais fait beaucoup de trouvailles : j’avais fait un article, une fois, puis j’y suis retournée et je n’ai pas mis tous mes livres sur le blog, mais il y en avait beaucoup ! Car The Book Shop, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Le Libraire de Wigtown est un excellent bouquin, vraiment. En réalité, c’est un journal, celui du bouquiniste qui tient la librairie d’occasion qui est la « largest in Scotland » (oui, j’ai décidé de faire du franglais). Ce que j’adore dans ce livre, c’est que l’on retrouve l’atmosphère du Galloway, avec une touche bien prononcée d’humour. Shaun Bythell est un peu un cynique, autant vous prévenir, il adore se moquer de ses clients et de ses collègues. Il ne les épargne jamais. Ce livre parle, évidemment, de bouquins, de beaucoup beaucoup beaucoup de bouquins, et de lecteurs plus ou moins farfelus. Il raconte la vie quotidienne de ce libraire qui a une vie dont beaucoup rêvent sans en connaître une infime part.

Il y a une dimension sociale dans ce livre, car on plonge dans la société écossaise du Galloway, une région souvent ignorée de l’Ecosse. Il s’agit aussi, pour Shaun Bythell, de montrer au plus grand nombre la réalité d’un métier très difficile en des temps où la concurrence est de plus en plus déloyale. Les clients ne sont pas tous comme moi, à acheter les livres par dizaines sans les négocier ! Certaines situations décrites sont parfois complètement hallucinantes, il faut l’avouer. D’ailleurs, Shaun Bythell m’a probablement croisée, mais je n’ai pas retenu son attention ! Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, vu les clients dont il brosse parfois le portrait dans son livre ! Propriétaire d’un paradis sur terre pour les lecteurs, il nous vend du rêve, tout en nus montrant une dure réalité. Et c’est exactement cela qui est plaisant : sans idéalisation, il se livre, sans filtre, il critique, il se moque, et de temps en temps, il lui arrive d’être tendre.

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La couverture originale

Sa librairie d’occasion est the place to be à Wigtown, et si vous avez l’occasion d’aller en Ecosse, passez-y sans la moindre hésitation ! Vous repartirez les bras chargés. Surtout, allez-y avec des personnes patientes car on peut rester des heures dans The Book Shop. Et, après avoir lu ce livre très drôle et passionnant, on ne peut qu’avoir envie de donner un tas de pounds à cet écossais parfois grincheux mais amoureux des livres. D’ailleurs, en bon lecteur, Shaun Bythell a le sens du romanesque, et son journal se lit comme un bon roman. C’est efficace, sincère, plein de charme, dépaysant. Comme La Cité perdue du Dieu Singe mais en moins… dangereux… quoique ? (Comment ça, aucun rapport ? Je fais ce que je veux !) On ne sait jamais ce qui nous attend dans une telle librairie. D’ailleurs, si l’envie vous en prend, sachez qu’il existe un festival du livre à Wigtown, organisé chaque année, et que si vous êtes très au taquet, vous pourrez peut-être dormir dans le « lit du festival » qui se trouve… au beau milieu de la librairie ! Nooooon ? Siiiiiiii ! 

Enfin, soyons clair : pourquoi faut-il lire ce livre ? Déjà, parce que l’acheter rapportera un peu de sous à un gentil bouquiniste (bien que cynique, je vous l’ai dit) qui ne l’aura pas volé ! Ensuite, et surtout, parce que ce livre est excellent et qu’il ne peut que plaire aux amoureux de books en tous genres. En même temps, vous (re)découvrirez l’Ecosse, la vraie, pas celle des légendes et des folklores. Vous rencontrerez des personnages atypiques mais tout ce qu’il y a de plus réels ! Vous aurez envie d’envoyer des cartes postales, de vous perdre dans des rayonnages, de dormir dans une librairie sans chauffage… Bref, c’est un livre où le rêve côtoie la réalité. J’avais hâte que ce texte soit traduit en français, il l’est enfin, alors j’espère que vous courrez chez vos libraires pour l’acheter !!! C’est aux éditions Autrement, c’est un peu un outsider des rayonnages de nouveautés en ce moment, mais c’est un sacré bon bouquin ! Shaun Bythell, si vous passez par ce blog (on peut toujours rêver), sachez que j’ai travaillé en librairie et que je vous comprends donc d’autant mieux ! Vous m’avez fait découvrir un métier que je ne commençais qu’à appréhender alors merci.

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Petite photo perso de la devanture !

En quelques mots…

cynique et drôle
réaliste
dépaysant
pour les amoureux des livres
comme un roman

Carte d’identité du livre

Titre : Le Libraire de Wigtown
Auteur : Shaun Bythell
Traductrice : Séverine Weiss
Éditeur : Autrement
Date de parution : 04 avril 2018

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Vous ne l’avez pas encore compris ? Mais siiiii, c’est un coup de cœur, bien sûr !