#353 Sujet inconnu – Loulou Robert

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Le résumé…

J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là, je suis condamnée à cette histoire.

Sujet inconnu, c’est, dans un style brut et très contemporain, l’histoire d’un amour qui tourne mal. Entre jeux de jambes et jeux de mains, l’héroïne de ce roman boxe, court, tombe, se relève, danse, au rythme syncopé de phrases lapidaires et d’onomatopées. Plus la violence gagne le récit, plus on est pris par cette pulsation qui s’accélère au fil des pages. Un roman écrit d’une seule traite, d’un seul souffle, dans l’urgence de gagner le combat, dans l’urgence de vivre, tout simplement.

Mon avis…

L’exploration de la rentrée littéraire continue avec un roman très singulier : Sujet inconnu de Loulou Robert. Il s’agit d’un texte qui est loin d’être classique, qui est au contraire on ne peut plus contemporain, actuel, et aussi torturé que l’est notre société. Loulou Robert y mêle douceur et brutalité, sensualité et violence, avec un style tout à la fois sec et voluptueux, tranchant et caressant. Accrochez-vous bien, ce texte ne pourra pas vous laisser indifférent. On aime, ou on n’aime pas. Mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a un talent fou. Je vous préviens d’ores et déjà, il faut aimer l’écriture saccadée, rythmée et battante, comme le cœur.

Je dis je. Cette histoire existe. Réelle ou pas. Elle existe. La réalité, on s’en fout. La réalité n’écrit pas d’histoires. Je. Tu. Il. Elle ne vit pas. Elle ne mange pas. Ne ressent pas. Ne baise pas. N’aime pas. Ne meurt pas.

Je ne veux pas être réelle.

Rythme de la vie, panique, excitation, désir, peur, hâte… Loulou Robert livre un texte mimétique de l’âme humaine. La pensée y arrive par vagues, déferlante, envoutante, elle nous engloutit, veut nous noyer, nous pousse à lutter pour respirer. C’est un combat pour la vie, pour cette vie qui nous pénètre et nous anime jusqu’aux cellules les plus enfouies et passives. Tout est mouvement, agitation. Et c’est tout simplement beau, exaltant.

Vivante comme jamais. Même dans les pleurs. Je n’ai jamais autant pleuré que cette année. Autant ri. Bu. Mangé. Joui. Dansé. Je me suis envolée. Je me suis crashée. J’ai eu peur. J’ai toujours peur. La peur stimule. Je cours toujours. Crie plus fort. Va chercher. Le sujet inconnu. Je suis le sujet inconnu.

Loulou Robert nous narre la découverte des autres, mais surtout la découverte de soi. Qui est je ? tu ? il ? elle ? Si l’on n’était pas pleinement dans la vie, on aurait le sentiment que l’autrice fait l’autopsie de notre société, de toutes ces individualités effacées dans un collectif, avec un « je », au milieu de tout ça – elle, peut-être ? – qui lutte pour continuer à exister. Elle nous raconte la rencontre d’un personnage avec elle-même, une autre, une inconnue, qui naît lorsqu’elle arrive dans la capitale, un monde bien différent de sa campagne natale. Le choc. Et le charme qui opère.

Carte d’identité du livre

Titre : Sujet inconnu
Autrice : Loulou Robert
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

rentrée littéraire

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#352 Help me ! – Marianne Power

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Le résumé…

Marianne Power a testé les 12 bibles du développement personnel…
Pour le meilleur ou pour le pire ?

« Ce fameux dimanche, une idée m’est venue. Une idée qui, d’épave dépressive, allait me transformer en femme heureuse et efficace : je n’allais plus simplement lire des ouvrages de développement personnel, j’allais les mettre en pratique. Un livre par mois, suivi à la lettre, pour voir si le développement personnel pouvait réellement changer ma vie. J’allais m’y tenir pendant un an – soit douze ouvrages au total. Et j’allais m’attaquer à mes failles avec méthode : argent, angoisses, poids… Arrivée à la fin de l’année, je serais… parfaite ! »

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Marianne Power

Mon avis…

Je pensais naïvement me lancer dans la lecture d’un roman sur le développement personnel, mais j’ai été surprise de constater que ce n’était pas le cas. Help me !, sous-titré Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie, est une histoire vraie. Oui, son autrice a bel et bien lu douze livres incontournables de développement personnel et, oui, elle a appliqué leurs conseils. Projet un peu déjanté s’il en est… J’avoue que je ne lis pas vraiment de développement personnel, donc je ne suis clairement pas une spécialiste de ce domaine, tout comme l’autrice au début du livre. Considérant que sa vie est fade et ratée, elle va se lancer dans ce pari complètement fou : en un an, tester les solutions proposées par ces livres, même si elles sont farfelues, dangereuses ou insensées !

Cela donne un récit à la fois drôle, touchant et exaspérant ! En effet, on se rend compte de l’absurdité de certains conseils, de leur caractère extrême et même de la dimension sectaire de certaines communautés nées de cette « religion » qu’est devenu le développement personnel… Alors, parfois, on en rit, mais il arrive aussi qu’on ait presque envie d’en pleurer… Cependant, Marianne Power lit aussi des textes qui ont une certaine profondeur et ouvrent de véritables réflexions sur la vie, l’être, la société, etc. Dans son égarement, sa fragilité, elle est émouvante. On se reconnaît dans ses errances métaphysiques et ses questionnements existentiels, mais aussi dans la charmante banalité de sa vie. Or, Marianne peut aussi être terriblement agaçante, en particulier quand elle persiste dans sa quête alors que tout s’effondre autour d’elle. Obnubilée par le développement personnel, elle en oublie de vivre et finit par s’éloigner de tout ce qui lui est cher, de tout ce qui lui ressemble et fait sa singularité…

Dans ce livre, réalité oblige, il n’y a pas véritablement de twist final, de rebondissements ou de happy end. Ce texte décortique avec humour et tendresse la quête désespérée de soi, menée avec le désir d’atteindre ce que personne ne semble véritablement capable de définir : le bonheur, la perfection, l’épanouissement total… Cette quête est-elle vaine, ou trouve-t-elle au contraire un aboutissement, une résolution ? Seule la lecture du livre permet de répondre à la question. Marianne Power, en écrivant sur le développement personnel, nous propose en fait son propre livre de développement personnel, car il ouvre sur des interrogations essentielles et utiles. Écrit dans un style très fluide, simple et léger, ce texte prend presque l’apparence d’un roman. Malgré un démarrage assez compliqué et un projet qui perd parfois son sens, on s’attache aux personnages, on les suit avec plaisir, et on explore, avec Marianne en particulier, ces étranges objets de papier qui nous disent comme mieux vivre notre vie…

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Carte d’identité du livre

Titre : Help me ! Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie
Autrice : Marianne Power
Traductrice : Christine Barbaste
Éditeur : Stock
Date de parution : 03 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Stock et à NetGalley pour cette lecture.

 

Halloween en livres

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Voilà, Halloween est arrivée, et avec elle l’envie de se faire peur… Voici donc quelques conseils de livres qui vous donneront la chair de poule en toutes circonstances !

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Un livre qui réunit tous les ingrédients d’un bon roman d’horreur ?

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Aujourd’hui, je vous parle d’un livre qui a toute sa place à côté de votre citrouille sculptée et de vos toiles d’araignées factices… Halloween oblige, on a envie de se faire peur ! Et il n’est pas si facile de trouver LE livre qui nous fera frissonner… Et quand je dis « frissonner », je veux même dire plus : le roman qui nous fait avoir peur du noir, qui nous fait regarder tout autour de nous, vérifier que les portes sont bien fermées… rien que ça… Bref, de l’horreur ! Malgré mon exigence, j’ai trouvé mon compte avec Le Signal, qui distille l’angoisse avec beaucoup de subtilité… [lire la chronique complète]

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Un livre plein de monstres… mais drôle ?

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Aujourd’hui, je vous parle d’un livre original, il s’agit de Chers monstres de Stefano Benni. C’est un recueil de nouvelles complètement déjanté, dans lequel on rencontre aussi bien des vampires, des sorcières, des momies, qu’Hänsel et Gretel, Michael Jackson, un groupe de K-Pop et un arbre tueur ! Bref, un drôle de melting-pot dans ce bouquin ! Chaque nouvelle a son charme propre, son atmosphère bien à elle. [lire la chronique complète]

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Un classique de la littérature, un incontournable du genre ?

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Évidemment, il ne faut pas avoir une tonne de lectures en cours pour se lancer dans La dame en blanc. En effet, le nombre de pages peut effrayer. J’ai donc profité d’un moment de tranquillité, après mes partiels, pour me lancer dans ce roman. A vrai dire, je n’ai pas du tout senti ces 850 pages passer… Elles ont été avalées en douceur, car Wilkie Collins a sûrement écrit un des plus efficaces page-turner de l’époque ! C’est réellement un roman à suspense tout simplement excellent car ce suspense ne s’apaise jamais. La tension est omniprésente, le roman est imprégné de fantômes, d’indices, de suggestions, de complots, de rebondissements… [lire la chronique complète]

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Une histoire de fantômes pour enfants ?

couverture +

J’ai lu ce conte comme on découvre un trésor ou comme on déguste avec gourmandise une sucrerie colorée et pétillante. Je suis retombée en enfance, à l’origine de tout mon amour pour la littérature et pour Oscar Wilde. Je me suis rappelée avec émotions tout le plaisir que j’ai pris, étant petite, à lire ce joli livre. Avant d’être l’auteur du Portrait de Dorian Gray et le prisonnier de la geôle de Reading, Oscar Wilde est aussi un père qui a souhaité écrire des contes pour ses enfants. « Le fantôme de Canterville » en fait partie. [lire la chronique complète]

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Un roman d’horreur pour parfaire mon anglais ?

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Comme toujours avec les histoires de fantômes, on craint les clichés… Je ne vous cacherais pas qu’on en trouve quelques-uns : des bruits étranges et inexpliqués, des apparitions… En même temps, je ne vois pas trop comment la présence d’un fantôme se manifesterait autrement ? Ce que j’ai apprécié, c’est que ces clichés n’étaient pas trop nombreux, distillés de façon raisonnable et maîtrisée, juste ce qu’il fallait pour donner quelques frissons et nous faire regarder autour de nous avec un regard inquiet. J’ai littéralement avalé ce livre car je voulais savoir comment la famille Harcourt allait s’en sortir, en particulier Ollie, auquel on s’attache beaucoup. [lire la chronique complète]

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Un livre où l’horreur est distillée par petites touches ?

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Je suis une grande lectrice de Carlos Ruiz Zafón, et une admiratrice de son travail exceptionnel. Rentrer dans chacun de ses romans est un plaisir immense. Ses œuvres mélangent habilement fantastique, mystère et poésie, et Marina ne fait pas exception à cette règle. Il s’agit d’un classique parmi les nombreux romans de cet auteur. L’atmosphère sombre et enivrante de la Barcelone des années 70 est terriblement prenante. Comment vous expliquer ? Marina est typiquement le roman que l’on ne peut pas lâcher après l’avoir commencé. Tout y est possible, comme dans beaucoup de livres de Carlos Ruiz Zafón. L’angoisse est toujours présente en arrière-plan, les frissons sont constants [lire la chronique complète]

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Un roman quelque peu malsain et empli de satanisme ?

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Du feu de l’enfer est un thriller palpitant et cruel, rempli de désirs refoulés – ou non – et d’horreur. Il explore les tréfonds de l’âme humaine, les bas-fonds de la société et ses sphères les plus hautes, il tisse une toile aux ramifications complexes et surprenantes. Les victimes deviennent les bourreaux, et les bourreaux se mêlent à la foule. Et, jusqu’à la dernière page, rien n’est fini. Même la fin n’en est pas vraiment une… Que dire de plus ? Lire ce livre a été un des meilleurs moments que j’ai passé depuis des mois, une émouvante retrouvaille avec un de mes auteurs préférés, qui a compris que le côté sadique de ses lecteurs leur donne envie de sensations très, très, très fortes. [lire la chronique complète]

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Un livre post-apocalyptique bien stressant ?

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C’est exactement le genre de livres que j’aime : du post-apocalyptique un peu flippant. Je crois que ce qui fait le charme du livre, c’est le scénario lui-même. On ne sait absolument pas à quoi ressemblent les créatures que les Hommes (qui sont très peu nombreux désormais) doivent éviter, car ils doivent constamment garder les yeux fermés ou bandés lorsqu’ils sortent. Un simple regard, même d’un dixième de seconde, les rend fous, les poussent à tuer puis à se suicider. Ils perdent toute humanité, se transforment en animaux. La seule solution est de ne jamais ouvrir les yeux. Cela implique donc une tension intense, basée sur le fait que le lecteur se sent lui aussi comme étant dans le noir, il est aussi aveugle que les personnages. [lire la chronique complète]

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Voilà une sélection, quelques livres parmi d’autres pour vous faire profiter d’Halloween cette année : des romans qui se dévorent, mais surtout qui vous dévorent !  Vous avez de quoi faire pour quelques années d’horreur…

creepy(1)

 

#351 Le Signal – Maxime Chattam

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Le résumé…

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient….
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…
Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite?
Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

 

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre qui a toute sa place à côté de votre citrouille sculptée et de vos toiles d’araignées factices… Halloween oblige, on a envie de se faire peur ! Et il n’est pas si facile de trouver LE livre qui nous fera frissonner… Et quand je dis « frissonner », je veux même dire plus : le roman qui nous fait avoir peur du noir, qui nous fait regarder tout autour de nous, vérifier que les portes sont bien fermées… rien que ça… Bref, de l’horreur ! Malgré mon exigence, j’ai trouvé mon compte avec Le Signal, qui distille l’angoisse avec beaucoup de subtilité, toujours au bon moment. Si l’on ne relève pas beaucoup d’originalité dans les éléments constitutifs du roman d’horreur, on est face à une valeur sûre. Maxime Chattam reprend clairement les incontournables du genre, et les maîtrise parfaitement. Même si l’on croit connaître les ressorts de ce genre de récits, on se fait quand même avoir, car l’auteur sait nous surprendre avec ces ingrédients pourtant simples.

Des apparitions de ce qui semble être des fantômes, des histoires de sorcières, des épouvantails qui prennent vie et veulent tuer les enfants, des créatures qui se dissimulent dans l’ombre, des êtres désarticulés… Tout y est, et pourtant ça ne fait pas trop ! C’était un pari risqué, et Chattam l’a fait. Cette histoire m’a personnellement fait penser à l’excellent roman de Peter James, The House on Cold Hill, que les lecteurs de VO devraient s’empresser de dévorer. Les amateurs de Stephen King apprécieront aussi ce roman qui rend hommage au maître du suspense… Quelques scènes, en effet, ne sont pas sans évoquer les livres du romancier américain. Méfiez-vous des voix qui sortent des canalisations… Bref, Maxime Chattam nous propose un texte foisonnant, qu’on pourrait lire d’une traite si la tentation de faire quelques pauses pour calmer l’imagination qui s’emballe n’était pas plus forte ! Donc, si vous voulez vous faire peur, plongez dans ce roman habile et bluffant, car Chattam ne nous épargne pas. Notre cœur n’est jamais à l’abri, voilà ce qui rend ce livre délicieux…

Carte d’identité du livre

Titre : Le Signal
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 24 octobre 2018

5 étoiles

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#350 Le malheur du bas – Inès Bayard

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Le résumé…

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Mon avis…

Voici un autre roman de la rentrée littéraire 2018, encore un, et pas des moindres. Le malheur du bas, on en a tous et toutes entendu parler… Et, parfois, ce n’est pas forcément une bonne chose. A en entendre trop, on en attend beaucoup… Mais, heureusement, j’ai vite oublié tous ces échos car le roman m’a absorbée. Oubliée la comparaison purement structurelle avec Chanson douce de Leïla Slimani (que j’avais par ailleurs apprécié). Oubliée l’idée que « ça parle d’un viol ». Car c’est bien plus que ça. C’est un texte profond, bouleversant, qui raconte la vie d’une femme qu’une agression sexuelle égare. Elle n’est pas seulement perdue dans cette société qui ne l’empêche pas de se détruire, elle est perdue en elle-même. On n’est pas forcément dans un texte qui a pour vocation de nous montrer la réaction habituelle d’une femme victime de viol, on est ici face à un destin exceptionnel, car il sort du commun, un destin fait de violence et de destruction. Inès Bayard nous propose un récit dont on connaît déjà la fin, il n’y a aucune surprise sur ce plan. Tout l’intérêt est dans le processus : comment Marie va-t-elle en arriver à de tels extrêmes ? L’écriture, incisive et directe, ne permet au lecteur aucun détour ou recours. Emporté dans un tourbillon torturé, il n’a plus d’échappatoires. Et, pour être honnête, je crois que l’on n’a jamais envie de refermer ce livre. Malgré son intensité, sa brutalité, il nous accroche complètement. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, il faut lire ce livre pour comprendre. Sans être un coup de cœur comme Règles douloureuses, il s’agit d’un texte fort, à la fois exceptionnel et utile, qui nous révèle un talent très prometteur, celui d’Inès Bayard. Sujet d’actualité s’il en est, sujet millénaire même, les violences faites aux femmes – qui dépassent le viol, y compris dans ce roman – sont enfin abordées, et c’est une très bonne chose. C’est justement ce que j’ai particulièrement apprécié dans Le malheur du bas : la représentation du caractère divers de ces violences, qui peuvent aussi bien être sexuelles que morales, sociales, professionnelles ou gynécologiques… Vous l’aurez compris, c’est un roman éprouvant mais incontournable en cette rentrée littéraire !

Carte d’identité du livre

Titre : Le malheur du bas
Autrice : Inès Bayard
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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féminismeblog

 

#349 La Purge – Arthur Nesnidal

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Le résumé…

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Mon avis…

Alors alors… voici un roman très particulier pour continuer notre exploration de la rentrée littéraire ! La classe prépa, pour moi, c’est une sorte de mirage. On m’avait toujours dit que j’en ferais une, que j’en étais capable, et j’ai décidé de ne pas y aller, préférant la liberté que m’offrait l’Université. Cette dernière est par ailleurs souvent décriée par les professeurs qui cherchent à former ces « futures élites« … Et, à la lecture de ce livre, je ne regrette aucunement mon choix. La description que nous offre Arthur Nesnidal de la classe prépa, ici Hypokhâgne, ne m’étonne pas du tout, et correspond relativement bien aux échos que j’en ai eu. Le contenu, vous l’aurez compris, est volontiers polémique et particulièrement intéressant.

« Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ses chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus. »

 A la façon d’un Zola du XXIe siècle, Nesnidal nous plonge dans un univers qui parfois confine à la torture psychologique et physique… L’esprit y devient un paysage de guerre. Pour avoir connu des personnes qui ont vécu dans cette atmosphère toute particulière, je reconnais leurs sentiments… Dès les premières lignes, le caractère malsain et répulsif de ce système est souligné. Les images sont rudes, violentes, agressives… Malheureusement, quelque chose n’a pas marché, pour moi, dans ce roman. Je pense que le « problème » vient surtout du style, certes virtuose, mais justement peut-être trop ! Ce livre est écrit avec une érudition parfois pesante, trop soulignée, trop démonstrative. Je n’ai pas ressenti la moindre proximité ou sensibilité avec les personnages, le récit ne m’a particulièrement touchée ou révoltée. C’est bien écrit, oui, et même très bien, mais l’esthétique est omniprésente, parfois au détriment du propos.

Carte d’identité du livre

Titre : La Purge
Auteur : Arthur Nesnidal
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

3 étoiles

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour cette lecture.

Julliard

#348 Le rôle de la guêpe – Colin Winnette

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Le résumé…

Un nouvel élève vient d’arriver à l’orphelinat, un établissement isolé aux mœurs aussi inquiétantes qu’inhabituelles. Il entend des murmures effrayants la nuit, et ses camarades se révèlent violents et hostiles. Quant au directeur, il lui souffle des messages cryptiques et accusateurs. Seul et rejeté par ses pairs, le nouveau tente de survivre à l’intérieur de cette société inhospitalière.
Une rumeur court parmi les pensionnaires, selon laquelle un fantôme hanterait les lieux et tuerait une personne par an. Tous les ans, les garçons se réunissent, sous l’impulsion de quelques anciens, pour démasquer celui d’entre eux qu’ils pensent être le fantôme… et l’éliminer !
Simple mascarade potache ou mise en scène sordide pour justifier les meurtres rituels? Cette année, le prétendu fantôme a été clairement désigné : c’est le petit nouveau. Pour une simple et bonne raison, on ne l’a jamais vu saigner, et les guêpes, très nombreuses dans cette bâtisse, ne le piquent pas. La chasse aux sorcières peut commencer.

Mon avis…

La nuit est tombée… L’obscurité a enveloppé le monde… Villes et campagnes plongent dans le silence, le froid se glisse dans les rues, il n’y a plus un chat pour y errer, qui oserait s’aventurer dehors, désormais ?

Nous sommes en octobre, Halloween approche, et avec elle l’envie de se faire peur. Les éditions Denoël publient, dans leur collection « Sueurs froides », un roman qui pourrait bien en ravir plus d’un.e : Le rôle de la guêpe. J’avoue avoir eu un petit coup de cœur tant pour la couverture que pour le résumé ! J’attendais du frisson, du suspense, de l’étrange… En ai-je eu ? Oui, on peut le dire, surtout l’étrange d’ailleurs… Ce livre est en effet très particulier ! On peut se sentir un peu déstabilisé.e. par ce récit un peu décousu, très mystérieux, et surtout par le narrateur très clivant : difficile à apprécier, et pourtant assez intrigant. Évidemment, cela un but et vient se mettre au service de l’intrigue, vous vous en doutez. Difficile de deviner le fin mot de l’histoire.

Le rôle de la guêpe est un roman qui pose tout de suite une atmosphère très sombre : l’obscurité y est prenante, le malaise est omniprésent, l’isolement est total. Du début à la fin, quelque chose ne va pas, quelque chose cloche, mais quoi ? Ce sentiment pénètre chaque mot, chaque phrase, et ne s’estompe même pas lorsque l’on referme le livre. Certes, je n’ai pas eu peur, je n’ai pas particulièrement tremblé, mais j’ai retrouvé ce petit feeling qu’on aime avoir quand on part à la chasse à l’horreur ! Sans arriver à la hauteur d’autres livres qui m’ont vraiment secouée, ce Rôle de la guêpe reste un très bon roman – bien que déstabilisant et parfois un peu bizarre – pour passer une soirée seul.e chez soi, en automne, pour Halloween. Un huis-clos oppressant, qui ne tient pas forcément toutes ses promesses, mais propose néanmoins une bonne expérience de lecture !

Carte d’identité du livre

Titre : Le rôle de la guêpe
Auteur : Colin Winnette
Traducteur : Robinson Lebeaupin
Éditeur : Denoël
Date de parution : 13 septembre 2018

4 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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Les graines magiques – Céline Lhuillier

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INITIATIVE

Aujourd’hui, petit billet « en passant » pour vous parler d’un projet que je viens de découvrir et que je soutiens de tout cœur : Les graines magiques.

Parler de la PMA aux enfants… oui, mais comment ?

Ce projet, c’est celui de Céline Lhuillier… Découvrez-le !

« Jeune et heureuse maman d’un adorable petit garçon de 9 mois conçu par don de gamètes, j’ai cherché un livre pour lui raconter son histoire. N’ayant rien trouvé j’ai décidé de l’écrire. »

Vous avez envie d’en savoir plus ?

Regardez cette petite vidéo très bien faite !

« Avant le livre, il y a eu de nombreuses, très nombreuses conversations avec des équipes pédagogiques, maitrisant le domaine de la petite enfance. Elles m’ont guidé dans le choix de ces mots.

L’exercice n’est peut-être pas parfait, mais c’est comme ça que moi, maman de mon adorable petit garçon, né d’un amour fou et d’une graine magique, je vais lui raconter son histoire. »

Vous aussi, vous êtes touché.e par cette belle initiative ?

Plus que quelques jours pour soutenir Les graines magiques sur Ulule.

Likez la page Facebook pour suivre l’évolution du projet.

J’espère vous reparler très vite de ce livre… en attendant, je laisse l’autrice vous en dire plus sur sa belle aventure ici, ici ou ici ! Lisez également cette petite interview très intéressante !

#347 Cœur battant – Axl Cendres

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Le résumé…

Alex, 17 ans, est un « hors-la vie ». Après avoir essayé d’éteindre son cœur, il se retrouve dans une clinique pour y être « réhabilité à la vie ». Il y rencontre Alice, aussi belle que cynique ; Victor, aussi obèse que candide ; la vieille Colette, aussi espiègle qu’élégante ; et Jacopo, aussi riche que grincheux. À eux cinq, ils décident de s’évader de la clinique, direction le manoir de Jacopo. Le but du voyage ? Se jeter d’une falaise, tous ensemble – ça leur fera un projet commun ! Mais la route va leur réserver plusieurs surprises. Assez pour qu’Alex se demande si, finalement, la vie n’en vaut pas la douleur…

Mon avis…

Voici un roman très original : Cœur battant d’Axl Cendres. J’avais découvert cette autrice avec Dysfonctionnelle, également aux éditions Sarbacane… C’était donc avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture ! C’est avec un style assez léger qu’Axl Cendres nous embarque dans l’histoire de ces personnages. Pourtant, le sujet, à la base, ne prête pas forcément à sourire, puisqu’il est question de suicide… Or, nous rencontrons dans ce roman des « suicidants », donc des gens qui ont raté leurs suicides… La vie, ils ne l’aiment pas. Et leur seul objectif, c’est de mourir, une bonne fois pour toutes ! Alex, Alice, Victor, Colette et Jacopo sont cinq personnages attachants. A la fois décalés et familiers, ils nous emportent dans leur délire, sans jamais nous faire sombrer dans la peine. Ici, la mort est loin d’être déprimante. Elle est un idéal. A la clinique de la Citadelle, ces êtres si différents se rencontrent, et un jour vont décider de partir… pour se suicider, tous ensemble ! Sauf que l’amour et l’amitié rôdent dans les environs, menaçant leur projet ! Ce récit, complètement perché, est en fait d’une poésie folle. J’ai vraiment apprécié ce roman qui, malgré son humour très marqué, est particulièrement touchant. Nous jetons un regard nouveau sur le monde, la vie, les relations qui nous unissent tous. En bref : une histoire inspirante habillée de fraîcheur et de rires ! Un hymne à la mort ? Non, un hymne à la vie. A découvrir !

Carte d’identité du livre

Titre : Cœur battant
Autrice : Axl Cendres
Éditeur : Sarbacane
Date de parution : 05 septembre 2018

5 étoiles

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Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

#346 Gwendy et la boîte à boutons – Stephen King et Richard Chizmar

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Le résumé…

Trois chemins permettent de gagner Castle View depuis la ville de Castle Rock : la Route 117, Pleasant Road et les Marches des suicidés. Comme tous les jours de cet été 1974, la jeune Gwendy Peterson a choisi les marches maintenues par des barres de fer solides qui font en zigzag l’ascension du flanc de la falaise. Lorsqu’elle arrive au sommet, un inconnu affublé d’un petit chapeau noir l’interpelle puis lui offre un drôle de cadeau : une boîte munie de deux manettes et sur laquelle sont disposés huit boutons de différentes couleurs. La vie de Gwendy va changer. Mais le veut-elle vraiment ? Et, surtout, sera-t-elle prête, le moment venu, à en payer le prix ? Tout cadeau n’a-t-il pas sa contrepartie ?

Mon avis…

C’est avec bonheur que je retrouve Stephen King, dont je n’ai pas lu de textes depuis un petit moment. Au départ, je m’attendais à ce qu’il soit question d’une boîte à boutons type boîte à couture, mais pas du tout ! Gwendy se voit offrir, par un homme très étrange, une boîte dans laquelle se trouvent des boutons sur lesquels elle peut appuyer… mais les conséquences de cet acte seront lourdes, très lourdes… Grâce à cette boîte, elle mène une vie a priori parfaite, tout lui réussit, mais très vite elle devinera le revers de la médaille… En apparence, il s’agit d’une nouvelle fantastique. Mais, très vite, on voit la dimension métaphorique du texte. Oui, cette drôle de boite à boutons, effectivement, existe. Pas sous cette forme, peut-être, mais presque. Stephen King et Richard Chizmar nous propose de porter un regard original sur notre monde. A travers leur imagination, nous devinons la silhouette de nos propres vies. J’ai beaucoup aimé cette lecture, ponctuée de belles illustrations de Keith Minnion. Simplement, il faut accepter une certaine frustration car le format de la nouvelle nous prive de nombreux éclaircissements. La fin est en quelque sorte ouverte, on ne comprend pas le fin mot de toute l’histoire, mais on peut se laisser aller aux suppositions. C’est un récit qui, en tout cas, nous trotte dans l’esprit un petit moment. A lire quand on aime Stephen King, mais aussi un bon moyen de le découvrir !

Carte d’identité du livre

Titre : Gwendy et la boîte à boutons
Auteurs : Stephen King et Richard Chizmar
Illustrateur : Keith Minnion
Traducteur : Michel Pagel
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 05 septembre 2018

4 étoiles

Merci aux éditions Le Livre de Poche et à NetGalley pour cette lecture.