#396 Cris – Laurent Gaudé

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Le résumé…

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front,  » l’homme-cochon « . A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.

« Je garde la tête baissée. Je ne veux pas qu’ils me voient. Je ne veux pas leur laisser voir ce que sera leur visage épuisé. Je suis le vieillard de la guerre. »

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre que j’ai lu et relu plusieurs fois maintenant, et que je ne vous ai pourtant jamais présenté sur le blog… Il s’agit du premier roman d’un auteur que vous connaissez peut-être, j’ai nommé : Laurent Gaudé. Il a notamment publié La Mort du roi Tsongor, ou encore Le Soleil des Scorta, respectivement prix Goncourt des lycéens 2002 et prix Goncourt 2004. Avant d’écrire Cris, Laurent Gaudé était auteur de pièces de théâtre, et on retrouve cette influence dans le roman car il se compose d’une succession de petits monologues intérieurs de nombreux personnages. Il y a d’abord Jules, qui ouvre et clôt chaque chapitre (il y a en tout cinq sections dans ce roman, comme les cinq actes d’une tragédie). Jules quitte le front pour partir en permission, il s’éloigne de ses camarades mais leur souffrance ne le quitte pas. Plus il prend ses distances physiquement, plus l’idée de véhiculer la parole des soldats auprès du reste du pays s’impose à lui. Il y a aussi le gazé, dont on ignore l’identité, qui agonise quelque part entre le front allemand et le front français. Il y a Marius et Boris, qui s’aventurent à la poursuite du mystérieux « homme-cochon », cette créature mi-humaine mi-animale qui pousse des cris terribles dans le no man’s land. J’ai personnellement toujours été fascinée par ce personnage d’homme-cochon, qui est porteur d’une valeur allégorique certaine, représentant notamment la guerre et la destruction. Il y a également le Lieutenant Rénier, incarnation de l’homme du siècle passé, qui voit la guerre moderne détruire tout ce qu’il pensait savoir. Laurent Gaudé introduit aussi un personnage de médecin, qui regarde avec dépit et désespoir les blessés affluer, tout en étant conscient qu’il se bat contre une force bien plus grande que lui : la mort. Il y a aussi Ripoll, Dermoncourt, Messard et Castellac, qui appartiennent à la relève et connaissent les combats en première ligne. Sans oublier leur camarade Barboni, qui est touché par la folie et perd toute son humanité dans la bataille. Enfin, last but not least, M’Bossolo, un soldat venu d’ailleurs, plus exactement un tirailleur sénégalais, qui apparaît à la fin du roman et ramène avec lui l’espoir.

« Je ne pensais pas que la mort pouvait avoir le visage d’un gamin de dix-huit ans. Ce gamin-là, avec ses yeux clairs et son nez d’enfant, c’était ma mort. »

Vous le voyez, c’est une importante galerie de personnages que nous propose de découvrir Laurent Gaudé qui, dans son roman, développe toute une déclinaison de cris. Cris d’espoir, cris d’horreur, cris de folie, cris de souffrance, cris de lamentation, cris de charge au combat… En se mettant dans l’esprit de tous ces soldats si différents, il nous propose une multitude de perceptions de l’événement et redonne toute son humanité à la guerre, tout en montrant sa sauvagerie la plus terrible. C’est un roman très original et absolument fascinant que Cris. Pour tout vous dire, j’ai décidé de mettre ce livre au programme de mon cours sur la littérature de guerre. J’enseigne à l’université à partir de l’année prochaine et je me suis dit que ce roman s’intégrerait parfaitement dans un enseignement qui proposerait de réfléchir au retour du thème de la Grande Guerre dans la littérature contemporaine, que vous avez forcément remarqué, avec des livres comme Au revoir là-haut (Pierre Lemaitre), La chambre des officiers (Marc Dugain), Un long dimanche de fiançailles (Sébastien Japrisot), Les fleurs d’hiver (Angélique Villeneuve), Frère d’âme (David Diop), et j’en passe de nombreux… Cela permet de questionner beaucoup de notions : mémoire, filiation, héritageCris est aussi un livre très court qui, dans sa forme, est vraiment accessible pour un public assez jeune. Je ne connais personne ayant lu ce livre qui ne l’a pas aimé ! C’est une bonne entrée dans l’œuvre de Laurent Gaudé mais aussi un bon moyen de découvrir la Première Guerre mondiale.

« Fusils cassés, cadavres, planches de bois, fils de barbelés, nous foulons les excréments de la guerre. »

Carte d’identité du livre

Titre : Cris
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Livre de Poche
Date de parution : 19 octobre 2005

5 étoiles

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#395 Le triomphe des ténèbres (la saga du Soleil noir, t.1) – Giacometti et Ravenne

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Le résumé…

1938. Dans une Europe au bord de l’abîme, une organisation nazie, l’Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Elle cherche des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l’Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour trouver un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé ? À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l’Allemagne sera aussi celle, spirituelle, de la lumière contre les ténèbres.

Tristan, le trafiquant d’art au passé trouble ; Erika, une archéologue allemande ; Laure, l’héritière des Cathares… : dans le premier tome de cette saga, l’histoire occulte fait se rencontrer des personnages aux destins d’exception avec les acteurs majeurs de la Seconde Guerre mondiale.

Mon avis…

Cela faisait très longtemps que je voulais lire un roman de Giacometti et Ravenne. J’ai donc sauté le pas avec leur tout dernier en poche, le premier tome de la saga du Soleil noir, j’ai nommé : Le triomphe des ténèbres. J’ai vraiment été séduite par le résumé qui mêlait à la perfection Histoire, occultisme et aventure. Et je n’ai clairement pas été déçue. Le livre tient ses promesses, en nous faisant plonger dans les plus profonds mystères du nazisme et la fascination de certains leaders du parti pour l’ésotérisme. Les personnages ont des parcours originaux et singuliers, et ils se trouvent pourtant tous réunis dans une étrange quête : celle d’une relique, que les nazis considèrent comme une arme capable de leur faire gagner la guerre. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, et j’ai apprécié la place de choix laissée aux femmes. Remarquons aussi la présence de personnages historiques, tels Churchill, Hitler, Himmler, etc. qui prennent vie aux côté de personnages imaginaires pleins de reliefs.

Ce que j’ai aussi adoré dans ce roman, c’est que l’on se divertit avec une histoire absolument passionnante et pleine de suspense, et que l’on apprend également des choses. Docere et placere, dirait Horace. A la fin du livre, on trouve d’ailleurs quelques explications permettant de faire la part de vérité dans la fiction. Giacometti et Ravenne se documentent beaucoup, et cela se ressent sans jamais alourdir le récit. On découvre la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation sous un autre angle. C’est extrêmement stimulant pour le lecteur, sur le plan intellectuel. Le triomphe des ténèbres m’a rendue accro et c’est aussi un livre captivant dont j’ai parlé à mes proches avec beaucoup de plaisir. Honnêtement, j’avais vraiment envie de bondir sur le tome 2, mais je vais devoir attendre sa sortie en poche… Patience, patience… mais j’ai hâte ! En attendant, peut-être vais-je reporter mon attention sur leurs autres livres, qui ont l’air tout aussi passionnants. Clairement, Giacometti et Ravenne ont le don pour la narration simple et efficace. Si vous ne connaissez pas et que vous aimez les thrillers ésotériques ou les romans historiques, sautez vite sur leurs livres !

Carte d’identité du livre

Titre : Le triomphe des ténèbres (la saga du Soleil noir, t.1)
Auteurs : Éric Giacometti et Jacques Ravenne
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 15 mai 2019

5 étoiles

 

#394 Engloutie – Arno Strobel

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Le résumé…

Vous êtes enfouie dans le sable. Impuissante. Et la marée monte… monte…
Deux couples passent leurs vacances sur une île de la mer du Nord, réputée pour son calme et la beauté de ses paysages. Peu après leur arrivée, des crimes d’un sadisme inouï sont commis.
Après avoir été enlevés, une femme et un homme sont amenés sur une plage à la nuit tombée. Et là, ce dernier assiste impuissant au supplice de sa compagne. Car la marée monte, qui va engloutir celle qu’on a enterrée dans le sable – et dont seule la tête dépasse…
Le tueur prend d’autant plus de plaisir à ces spectacles qu’il se sait supérieurement intelligent… donc infaillible. Personne, jamais, ne le soupçonnera.
Raconté de plusieurs points de vue, dont celui de l’assassin, un suspense qui glace le sang jusqu’à l’ultime page.

Mon avis…

Bonjour tout le monde ! On se retrouve aujourd’hui pour parler d’un thriller, j’ai nommé Engloutie d’Arno Strobel. Je vous avais déjà fait la chronique de Souvenirs effacés, que j’avais bien apprécié. Là encore, on peut dire que l’impression finale est plutôt bonne. Contrairement à quelques avis que j’ai pu lire après ma lecture, je n’ai pas été choquée outre mesure par le modus operandi du tueur… Non qu’il ne soit pas horrible, loin s’en faut, mais simplement parce que je commence à être rodée… Lecture régulière de thrillers oblige ! Néanmoins, cela ne m’a pas empêchée d’être complètement absorbée par l’histoire. L’intrigue est vraiment bien menée, et autant dire que le suspense est total. On croit savoir qui est le coupable, puis finalement on se persuade que c’en est un autre, à moins que ce ne soit plutôt celui-là, ou celui-ci, etc. Comme dans son précédent roman, Arno Strobel nous balade. Quelques petits détails m’ont parfois un tout petit peu chiffonnée, sans parler d’incohérences pour autant, mais c’est vraiment secondaire. Globalement, j’ai trouvé ce récit bien construit, et il était intéressant d’avoir des moments dans la tête du tueur, même si c’est là que se trouvent certaines zones d’ombre qui, malheureusement, n’ont pas été suffisamment éclairées à mon goût. La fin est à la fois surprenante et un peu attendue, c’est l’originalité de ce roman d’ailleurs. Mais je n’en dis pas plus… Cela reste vraiment un très bon thriller, malgré les petites nuances que j’apporte, qui ne s’attachent vraiment qu’à quelques détails.

Carte d’identité du livre

Titre : Engloutie
Auteur : Arno Strobel
Traductrice : Céline Maurice
Éditeur : l’Archipel
Date de parution : 03 juillet 2019

4 étoiles

Merci aux éditions l’Archipel pour cette lecture.

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#393 L’amour de ma vie – Clare Empson

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Le résumé…

Catherine ne parle plus. Ni à son mari, ni à ses enfants, ni aux médecins, pas même à sa meilleure amie. Elle a été témoin d’une scène terrible et depuis plus un mot. Pourtant, du fond de sa bulle, Catherine se souvient…

Elle se souvient de Lui, Lucian, l’amour de sa vie rencontré à la fac. À cette époque, elle s’était laissé entraîner dans son cercle d’amis, privilégiés et hédonistes. Difficile d’oublier leur rupture, aussi : en une nuit, tout a volé en éclats. Elle l’avait quitté, détruisant leur vie à tous les deux. Sans qu’il n’y comprenne rien.

Elle se souvient surtout de leurs retrouvailles, quatre mois plus tôt : le hasard les a réunis, comme pour leur offrir une seconde chance. La passion a ressurgi immédiatement. Toutefois, impossible d’éviter la question essentielle : pourquoi? Pourquoi Catherine s’était-elle enfuie, cette nuit-là?

Une plongée sombre au cœur du silence, des secrets et des non-dits d’une histoire d’amour.

Mon avis…

Aujourd’hui, je quitte mes bouquins, mon traitement de texte et mes blocs-notes (écriture d’articles pour ma thèse oblige…) pour vous parler d’un bouquin original, à mi-chemin entre romance et thriller ! J’ai nommé : L’amour de ma vie de Clare Empson. Dans ce roman, on découvre l’histoire de Catherine qui, traumatisée par un événement que l’on ignore, ne peut plus parler. Elle est enfermée dans la prison de son esprit, mutique, laissant sa famille et sa meilleure amie dans le désespoir… Mais nous, lecteurs et lectrices, avons accès à la vérité, à travers le récit de Catherine, qui devient narratrice. Elle s’adresse à un « tu », une personne qui est la clé de tout ce mystère. Elle revient aux temps de l’université, au moment où elle a rencontré Lucian, l’homme qui a changé sa vie et lui a fait découvrir la véritable passion… Mais cet homme, elle l’a quitté, sans donner la moindre explication… Suspense multiple donc : que s’est-il passé pour que Catherine devienne muette ? et que s’est-il passé à l’époque de la fac ? Nous avons donc le récit rétrospectif de cette belle histoire d’amour, hanté par l’abandon final dont nous ignorons la cause (jusqu’à la fin du roman), et le récit de ces dernières semaines, qui ont vu se réunir Catherine et Lucian. En alternance avec le récit de Catherine, nous avons également la narration de Lucian, qui raconte sa version, sa vision des événements. C’est donc un roman très riche et rempli de suspense que nous propose ici Clare Empson. J’ai été absolument absorbée par ce récit, et je l’ai dévoré en une nuit, pour vous dire ! J’ai deviné assez vite le nœud de l’histoire mais, finalement, ça n’enlève pas du tout le plaisir de la lecture, au contraire.

Avertissement : je vous déconseille d’aller sur le site de Babelio pour faire une recherche sur ce livre, car le résumé spoile carrément l’histoire, ce qui est vraiment vraiment dommage !

P.S. : La couverture est canon !

Carte d’identité du livre

Titre : L’amour de ma vie
Autrice : Clare Empson
Traductrice : Jessica Shapiro
Éditeur : Denoël
Date de parution : 13 juin 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#392 La librairie des rêves suspendus – Emily Blaine

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Le résumé…

Sarah, libraire dans un petit village de Charente, peine à joindre les deux bouts. Entre la plomberie capricieuse de l’immeuble, les murs décrépis et son incapacité notoire à résister à l’envie d’acheter tous les livres d’occasion qui lui tombent sous la main, ses finances sont au plus mal. Alors, quand un ami lui propose un arrangement pour le moins surprenant mais très rémunérateur, elle hésite à peine avant d’accepter. C’est entendu : elle hébergera Maxime Maréchal, acteur aussi célèbre pour ses rôles de bad boy que pour ses incartades avec la justice, afin qu’il effectue en toute discrétion ses travaux d’intérêt général dans la librairie. Si l’acteur peut survivre à un exil en province et des missions de bricolage, elle devrait être capable d’accueillir un être vivant dans son monde d’encre et de papier… Une rencontre émouvante entre deux êtres que tout oppose mais unis par un même désir : celui de vivre leurs rêves.

Mon avis…

C’est l’été, et en été je lis toujours quelques romances ! Ce n’est clairement pas mon genre de prédilection, c’est vrai, mais j’ai parfois besoin d’un peu de légèreté. Quand je suis tombée sur La librairie des rêves suspendus, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Après tout, le personnage principal est une libraire donc, tout de suite, ça donne carrément envie. Au début du livre, nous rencontrons donc deux personnages. D’abord, Maxime, un mec absolument insupportable que j’ai tout de suite eu envie de taper, dont le métier est d’être acteur (et qui a pris la grosse tête)… Autant être honnête, il m’a exaspérée. Ma première pensée a été que la lecture allait être laborieuse avec un personnage pareil… Je ne voyais pas comment l’autrice allait réussir à me le rendre appréciable… Ensuite, Sarah, propriétaire d’une librairie d’occasion, qui galère à tenir son commerce à flots. Elle est timide, et personnellement je l’ai trouvée tout aussi insupportable et tête à claques que Maxime… J’avais envie de la secouer un bon coup… En gros, les deux personnages principaux, au début du livre, sont vraiment caricaturaux au possible. En plus, Sarah est décrite comme une sorte d’Emma Bovary des temps modernes, à croire que toutes les lectrices de romans rêvent du prince charmant… Enfin, tout ça pour dire que dans les premières pages, j’avais l’impression d’être tombée dans un téléfilm de l’après-midi sur M6, et je devinais déjà très bien la suite…

Heureusement, les personnages secondaires viennent enrichir un peu la palette psychologique du roman. Le voisin fleuriste charmant mais sans plus m’a bien fait rire, et tous les autres protagonistes étaient très intéressants. J’aurais même aimé que le livre soit un peu plus long pour pouvoir mieux faire connaissance avec eux. Ils auraient mérité qu’on s’attarde un peu plus sur eux. Bon, ce n’est pas la seule chose positive du roman, rassurez-vous. A priori, vous avez peut-être l’impression que j’ai détesté La librairie des rêves suspendus, non ? Je peux vous comprendre, vu ce que je viens de dire sur les personnages principaux… Mais, mais, mais ! Il y a un « mais » ! En effet, c’est vrai que j’ai vu la fin arriver à des kilomètres et que Sarah et Maxime sont vraiment des personnages-types sans grande originalité… Pourtant, j’ai passé un bon moment de lecture, si l’on omet les premiers chapitres qui m’ont un poil énervée mais qui étaient nécessaires pour poser les bases de la « psychologie » des personnages…

Concrètement, Emily Blaine écrit bien. C’est vrai que les événements s’enchaînent un peu trop rapidement à mon goût, mais l’autrice a quand même une bonne maîtrise du rythme. Les échanges entre les personnages sont agréables à lire, les scènes érotiques donnent quelques frissons, il y a aussi beaucoup d’humour et ce qu’il faut de sérieux. Alors oui, c’est un peu « cucul » parfois, un peu too much, pas toujours très subtil, mais ça tient sa promesse : c’est une lecture estivale tout ce qu’il y a de plus agréable tant qu’on n’est pas trop exigeant. Et, parfois, ça fait du bien de relâcher un peu son niveau d’attente envers un livre. Oui, je vous ai souligné les points négatifs du roman, parce que cela me semble important, mais si vous recherchez du divertissement et une lecture plaisir, clairement, La librairie des rêves suspendus fait largement le job. Finalement, malgré ma mauvaise première impression, j’ai bien fait de continuer ce roman qui m’a tout de même fait passer un excellent moment. Pour être honnête, je l’avais un peu abandonné après ces premiers fastidieux chapitres puis je l’ai repris et je ne l’ai plus lâché ! Bon… Désolée pour cette chronique un peu bizarre et un chouïa décousue, à la fois bonne et mauvaise, mais finalement excellente… Bisous.

Carte d’identité du livre

Titre : La librairie des rêves suspendus
Autrice : Emily Blaine
Éditeur : Harlequin
Date de parution : 9 juin 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Harlequin et à NetGalley pour cette lecture.

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#391 Comme une tombe – Peter James

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Le résumé…

Mauvaise blague : Michael se retrouve dans un cercueil six pieds sous terre avec du whisky et une revue érotique pour son enterrement de vie de garçon. Les heures passent, personne ne vient le chercher, la fiancée s’inquiète et fait appel à Roy Grace. Pour le localiser, l’inspecteur n’a qu’une seule piste : les témoins du mariage, tous morts dans un accident de voiture…

Mon avis…

Je connais Peter James depuis des années maintenant, et j’avais notamment adoré son excellent roman The House on Cold Hill, traduit récemment en français sous le titre La Maison des Oubliés. Cela faisait donc un moment que je lorgnais sur sa série policière autour de l’inspecteur Roy Grace… J’ai donc tout logiquement décidé de me lancer, en commençant par *surprise* le premier tome ! Le résumé m’a tout de suite emballée. Je n’ai pas pu m’empêcher, en voyant cette histoire de tombe, de penser au roman de Mary Higgins Clark, La maison du clair de lune. Mais la comparaison s’arrête là. Michael est donc un jeune homme s’apprêtant à épouser une femme qu’il aime passionnément, la splendide Ashley. Sauf que son enterrement de vie de garçon se passe littéralement trop bien, puisqu’il finit enterré vivant… Toutes les personnes qui savent où il se trouve sont mortes lors d’un terrible accident, mais tout le monde s’accorde à dire que Michael ne peut pas simplement avoir disparu… Même Roy Grace l’admet : qui voudrait fuir un mariage avec une aussi belle femme ? Très vite, la recherche de Michael devient donc une priorité pour l’inspecteur, qui souhaite à tout prix réunir le couple parfait…

Comme une tombe est un roman au suspense haletant, dont les quelques 500 pages se dévorent sans même y penser. Une fois commencé, impossible de le lâcher… On se sent tellement concerné par le devenir de Michael qu’on ne peut pas cesser d’y penser ! L’intrigue est parfaitement construite, tout comme l’alternance des chapitres, entre l’attente angoissée et terrifiante de Michael, les interrogations et l’enquête de Roy Grace, ainsi que le point de vue des autres protagonistes parmi lesquels Ashley. Le tout est un formidable puzzle qui, au fil du roman, prend de plus en plus son sens… Le personnage principal, Roy Grace, est un homme attachant et surprenant, qui pratique son métier avec beaucoup d’originalité. Il n’hésite pas à faire appel à des forces surnaturelles pour mener l’enquête, notamment en demandant l’aide de médiums. Cela ouvre beaucoup de possibilités de rebondissements et de retournements de situation. Le tout avec une touche d’humour british, juste ce qu’il faut. Si la fin ne m’a pas particulièrement surprise dans ce premier tome, je dois quand même reconnaître qu’il a su créer l’envie de revenir. Je lirais la suite de la série Roy Grace avec beaucoup d’enthousiasme, et persuadée que cela ne pourra être que de mieux en mieux. Après tout, je connais le potentiel de Peter James à travers des œuvres plus récentes, donc je ne m’inquiète pas.

Carte d’identité du livre

Titre : Comme une tombe
Auteur : Peter James
Traductrice : Raphaëlle Dedourge
Éditeur : Pocket
Date de parution : 12 avril 2010

4 étoiles

 

#390 Une île, rue des oiseaux – Uri Orlev

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Le résumé…

Alex, onze ans, petit garçon juif de Pologne, voit le monde s’écrouler autour de lui : sa mère arrêtée, ses amis disparus. Et voilà que les Allemands emmènent son père avec tous les habitants de la rue. Alex se retrouve seul dans le ghetto vide. Il s’aménage une cachette où il tente d’organiser son attente. Les mois passent, les espoirs s’amenuisent. Soudain, une voix, venue d’un monde oublié.

Mon avis…

Une île, rue des oiseaux est un joli petit livre jeunesse qui parle d’un sujet particulièrement difficile : la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste. Tout est raconté à travers l’expérience d’un jeune garçon de 11 ans, Alex, qui se retrouve seul du jour au lendemain dans le ghetto de Varsovie. Sans jamais être confronté à l’horreur des camps et de la guerre, le lecteur n’en ressent pas moins l’atmosphère particulièrement lourde et étouffante de l’époque. Le danger est partout, la menace plane sur Alex. Ce roman se déroule entièrement comme un « huis-clos » dans le ghetto. Le garçon ignore tout de ce qui se passe au-dehors, son monde s’arrête à la rue voisine. Il attend, inlassablement, le retour de son père, mais les mois passent… Il doit survivre. Une île, rue des oiseaux est un livre touchant, poétique, et qui se lit très facilement. Sans être la meilleure porte d’entrée sur la Seconde Guerre mondiale pour les enfants, il en est tout de même une intéressante, car il permet d’en percevoir les tensions et d’en deviner certains enjeux. Un peu trop éloigné de la réalité de tout un chacun à l’époque, il est néanmoins le récit d’une destinée individuelle passionnante. C’est aussi un roman qui ravira les adultes !

Carte d’identité du livre

Titre : Une île, rue des Oiseaux
Auteur : Uri Orlev
Éditeur : Le Livre de Poche Jeunesse
Date de parution : 23 septembre 2009

4 étoiles

#389 Il était une fois mon meurtre – Emily Koch

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Le résumé…

Alex est dans le coma depuis deux ans, à la suite d’un accident d’escalade. Sa petite amie Bea, ses parents et sa soeur envisagent l’arrêt des soins comme il ne réagit à rien autour de lui. Mais en réalité, Alex est parfaitement conscient : son corps est certes inerte, mais son esprit est vif, et il entend tout ce qui se passe autour de lui.

Quand un jour, Alex surprend deux policiers dans sa chambre, puis Bea se plaindre de se sentir suivie dans la rue, il comprend que le danger les menace tous deux. En se replongeant dans ses souvenirs fragmentés, et au fil de phrases perçues ici et là, Alex commence à douter que sa chute n’ait été qu’un accident. Mais comment faire pour sauver sa peau, et celle de sa petite amie, en étant cloué à son lit d’hôpital ?

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre que je ne pensais pas prendre autant de plaisir à lire. Je ne vais pas vous faire un suspense à rallonge : j’ai adoré. Ce roman est un véritable page-turner. Le narrateur, on ne peut plus original, est un homme dans le coma. Alex est conscient d’absolument tout ce qui se passe autour de lui, ressent de la douleur et des émotions, et pourtant l’avis des médecins est sans appel : il est en état végétatif, on ne peut plus rien faire pour lui. Les seules choses qui lui échappent, ce sont les souvenirs du jour de son accident. Son unique espoir : que sa famille accepte de le laisser mourir, afin que son cauchemar cesse. Pourtant, un jour, en écoutant les conversations dans sa chambre, il réalise que tout cela n’était peut-être pas un simple accident, mais bien une tentative de meurtre. Il décide alors de mener l’enquête, malgré le coma…

Comment décrire ce roman ? Tout d’abord, il est très surprenant. L’autrice maîtrise à la perfection le déroulé de sa narration, et on ne s’ennuie jamais, bien que l’on soit constamment dans l’esprit d’un homme qui ne peut ni bouger ni communiquer avec autrui d’une quelconque façon. Entre flash-backs, discussions des visiteurs, hypothèses et cheminement de la pensée d’Alex, la lecture est vive et le rythme est soutenu. Il n’y a jamais de longueurs, alors que le récit suit de près le quotidien de cet homme dans le coma. Plusieurs questions guident le roman : Alex va-t-il se réveiller ou mourir ? Qui a voulu l’assassiner ? Pourquoi ? Comment ses proches vont-ils continuer leur vie ? C’est absolument passionnant et très riche. Depuis une chambre d’hôpital, c’est tout un univers qui se crée, avec une multitude de personnages dont on parvient à percevoir la complexité psychologique. Un huis-clos, donc, à la fois dans la tête d’un homme et dans son corps paralysé, et dans une chambre froide et aseptisée… Cadre original pour résoudre un mystère.

Allez, je ne vous en dis pas plus, pour préserver au maximum le suspense qui, dans ce livre, est à son paroxysme. Énorme défi, mais pari réussi. Je vous encourage simplement à découvrir ce très bon thriller, qui saura vous offrir un moment de lecture divertissant et bouleversant pour votre été !

Carte d’identité du livre

Titre : Il était une fois mon meurtre
Autrice : Emily Koch
Traducteur : Éric Moreau
Éditeur : Calmann-Lévy
Date de parution : 29 mai 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Calmann-Lévy et NetGalley pour cette lecture.

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#388 Douleur et lumière du monde – Tahar Ben Jelloun

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Le résumé…

« Toi qui viens
Donne-moi le sens des choses
La direction des vents
Le nom de ce que je ne connais pas
La couleur de l’espérance
La plénitude de l’amour
Et la présence

Donne-moi ce que tu as
Car je suis ce que je peux. »

Mon avis…

Je vous parle assez rarement de poésie sur le blog, c’est vrai. Néanmoins, je vous ai déjà chroniqué deux livres de Tahar Ben Jelloun. Il s’agissait de son excellente réécriture des Contes de Perrault et d’un récit autobiographique relatant l’emprisonnement de l’écrivain lors de sa jeunesse au Maroc en mars 1965. Et donc, aujourd’hui, des poèmes. Tahar Ben Jelloun s’essaye à tout, pour notre plus grand plaisir. J’ai beaucoup aimé le recueil que voici. Je trouve que le choix du titre est on ne peut plus juste. Douleur et lumière du monde En effet, ces poèmes montrent précisément la dualité du monde dans lequel nous vivons, mais aussi de l’être humain, à la fois si beau et si cruel, créateur et destructeur… Cette rencontre constante du bien et du mal, tantôt confrontation, tantôt cohabitation, est au coeur de ce recueil. Et c’est aussi une thématique qui habite toute la production littéraire de Tahar Ben Jelloun, qui aime représenter le charme et la beauté de son pays, mais aussi l’horreur qu’il y observe parfois. Dans ces poèmes, il est question d’amour, de peur, de terrorisme, de soleil, de chaleur, de souffrance, de guerre, de rêve

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Ce sont des textes tous très émouvants et touchants, qui échappent à l’opacité que l’on peut parfois remarquer en poésie. Il y a juste ce qu’il faut de mystère, et la bonne dose de clarté pour que les lecteurs comprennent la pensée qui a guidé l’écriture. Douleur et lumière du monde est une porte d’entrée originale et singulière vers l’univers de Tahar Ben Jelloun, mais aussi une lecture pertinente pour qui veut mieux comprendre le regard de l’écrivain sur un monde sans cesse bouleversé. Que l’on adore la poésie, ou que ce soit un genre que l’on souhaite découvrir en amateur, il ne faut pas hésiter à se lancer. Tahar Ben Jelloun est un écrivain qui sait mieux que personne prendre son lecteur par la main et l’emmener là où il veut.

Carte d’identité du livre

Titre : Douleur et lumière du monde
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard, collection Blanche
Date de parution : 11 avril 2019

5 étoiles

#387 Maus : un survivant raconte, l’intégrale – Art Spiegelman

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Le résumé…

Récompensé par le prix Pulitzer, Maus nous conte l’histoire de Vladek Spiegelman, rescapé de l’Europe d’Hitler, et de son fils, un dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père. Au témoignage bouleversant de Vladek se mêle un portrait de la relation tendue que l’auteur entretient avec son père vieillissant.

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Mon avis…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’un livre que vous connaissez peut-être déjà. Mais, après tout, il y a probablement aussi une multitude de lecteurs et lectrices qui ne l’ont pas encore découvert… Maus, c’est une bande dessinée, ou plus précisément un roman graphique. C’est donc une œuvre longue, qui s’adresse plutôt aux adultes et à un public averti, habitué à la lecture de BD ou non. Art Spiegelman y raconte l’histoire de son père, Vladek, juif déporté à Auschwitz. Il raconte sa vie, depuis la montée du nazisme jusqu’à la Libération, en passant par la traque des juifs, les rafles, le travail forcé, la vie dans les camps… Pour faire ce récit, Art Spiegelman choisit de représenter les personnages comme des animaux. Les juifs, ici, sont des souris (maus en allemand), et les Allemands des chats. C’est un récit absolument passionnant et complet, réalisé avec beaucoup d’amour et de curiosité de la part d’un fils qui veut mieux comprendre son père.

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J’ai particulièrement aimé ce roman graphique. Tout, absolument tout est merveilleusement bien dessiné et écrit. C’est un chef d’œuvre. Rien n’est inutile. Même les moments où l’on voit le père et le fils échanger ensemble, mettant en scène l’écriture du roman graphique, sont indispensables à la compréhension. Ces moments permettent de mettre en évidence à la fois les séquelles laissées par l’expérience concentrationnaire et l’individualité de Vladek, dont on découvre aussi la personnalité avec plus de relief, à travers le regard de son fils, à la fois tendre et sans indulgence.

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Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman graphique, mais aucune ne saurait dire à quel point cette œuvre est fantastique. Lire Maus est une véritable expérience. Et celle-ci est tout bonnement inoubliable. Il s’agit, et ce n’est pas que mon humble avis, mais bien celui de millions de personnes, d‘une des œuvres qu’il faut à tout prix avoir lues au moins une fois dans sa vie. C’est une œuvre terriblement émouvante, qui interroge sur de nombreux sujets, et en particulier sur le travail de mémoire et l’héritage à conserver de ce terrible épisode de l’Histoire. Maus est un roman graphique chargé en émotions, de la joie à la tristesse, en passant par l’angoisse. Art Spiegelman nous montre l’humanité, dans tout ce qu’elle a de plus horrible et de plus beau, dans un simple livre. Chapeau bas, et merci.

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Carte d’identité du livre

Titre : Maus : un survivant raconte, l’intégrale
Auteur et illustrateur : Art Spiegelman
Traductrice : Judith Ertel
Éditeur : Flammarion
Date de parution : 14 janvier 2012 [1992]

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