#265 Les Mémoires d’un éléphant blanc – Judith Gautier

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Le résumé…

Après avoir été presque une idole, Iravata devient un guerrier ; il est fait prisonnier avec son maître qu’il délivre et sauve de la mort. Puis il est jugé digne d’être le gardien et l’ami de la merveilleuse petite princesse Parvati pour laquelle il invente d’extraordinaires jeux et qui le réduit en un doux esclavage. On verra comment un vilain sentiment qui se glisse dans le cœur d’un bon éléphant, si sage d’ordinaire, le sépare pour longtemps de sa chère princesse, le jette dans des aventures de toutes sortes et lui cause de cuisants chagrins.

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Mon avis…

J’ai découvert par hasard que Théophile Gautier avait une fille, et que celle-ci était aussi écrivaine. Les Mémoires d’un éléphant blanc est ma première lecture de cette auteure. C’est un roman assez agréable à lire, un peu dans le même esprit que Les Mémoires d’un âne de notre chère Comtesse de Ségur, mais en plus exotique. L’histoire se déroule en Inde et on suit les aventures d’un éléphant blanc, rejeté par ses congénères mais vénéré par les hommes qui voient en lui la réincarnation d’un roi défunt. Il est tantôt maltraité, tantôt sacralisé, vivant une vie animée et sans cesse en mouvement. Il nous raconte, de son point de vue, son lien avec les hommes, avec leurs coutumes et leurs traditions. Judith Gautier décrit par ce biais un univers qui la fascine, celui de l’Inde, en le présentant comme un monde coloré et onirique, rempli de superstitions. L’éléphant Iravata lui permet de créer une véritable légende, de livrer à ses lecteurs un conte réussi et très riche. Un petit roman à (re)découvrir si l’on veut explorer les inconnus de la littérature française.

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#246 Le Maître du Jugement dernier – Leo Perutz

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Le résumé…

Tout commence dans la bonne société de Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses – suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent bientôt sur le baron von Yosh, un homme froidement calculateur, étrangement rêveur et notoirement amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff. Mais l’enquête menée en secret par Solgrub, membre lui aussi du petit cercle, bascule soudain dans l’irrationnel le plus complet.

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Leo Perutz

Mon avis…

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, au détour d’une librairie lyonnaise, et le bandeau rouge revendiquant une citation de Jorge Luis Borges à propos de ce livre m’a interpelé : « Un Kafka aventureux ». En effet, Leo Perutz est un écrivain allemand contemporain de Kafka, et on reconnait une certaine proximité entre les styles. Pourtant, dans ce roman, l’absurdité kafkaïenne n’est pas complétement présente, elle s’efface un peu derrière une véritable enquête, relatée par un narrateur plus qu’impliqué puisqu’il est le principal suspect du meurtre qui a été perpétré. J’ai beaucoup apprécié ce livre, car il a tout d’un classique. Il s’agit d’une aventure étrange, mystérieuse, perturbante, et l’auteur nous mène à la baguette du début à la fin.

Le baron von Yosch, narrateur de l’histoire, entreprend de découvrir ce qu’il en est réellement, afin de prouver son innocence. Mais son enquête justificatrice est mise à mal par l’opinion des autres personnages à son sujet : il a tout du parfait coupable. Alors qu’en est-il vraiment ? Le baron von Yosch va-t-il réussir à nous démontrer qu’il n’a rien à voir avec le meurtre ? Va-t-il parvenir à surmonter l’obstacle d’une frontière ténue entre réalité et fantastique ? Leo Perutz utilise toute l’angoisse de son siècle, aussi exploitée par Kafka, pour livrer un récit palpitant et surprenant. La fin est tout simplement magistrale, surfant sur le doute installé dès les premières pages. Autrement dit, ce petit roman est un chef d’œuvre maîtrisé, bien ficelé, à découvrir à tout prix si l’on aime la bonne littérature.

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#237 La peau de l’ours – Joy Sorman

Le résumé…

Le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Exhibé comme une bête de cirque aux quatre coins de la planète, il noue des amitiés fortes avec des personnages difformes et emplis d’humanité. Un livre onirique et cruel, qui surprend par son originalité tout en portant un regard neuf et troublant sur la nature humaine.

Mon avis…

J’ai découvert ce roman à l’occasion de recherches pour mon mémoire de Master, et sur conseil d’une de mes profs. L’histoire est très surprenante, avec un personnage central, aussi narrateur du roman, qui est un animal, plus précisément un ours, mais aussi un homme… Entre deux, hybride par excellence, il nous raconte sa vie, en connaissant par sa naissance contre nature, puisqu’il est issu de l’union d’une femme et d’un ours, puis en détaillant son parcours plus que chaotique. Quelle place peut-on occuper dans le monde lorsque l’on est hors norme ? Quelle place est réservée à l’animal ? Et surtout, que devient la part d’humanité lorsque que celui qui a l’apparence d’un animal mais l’esprit d’un homme est traité, toute sa vie, comme une bête de cirque ? Ce roman laisse un tas de questionnements, de réflexions, de pensées sur le monde et sur la vie. Mais c’est aussi une histoire passionnante, parfois triste, souvent touchante.

La peau de l’ours est un roman français, contemporain, qui représente parfaitement la richesse de la production littéraire actuelle. Joy Sorman est une auteure qui mérite que l’on s’y intéresse, que le grand public la découvre. Son écriture, très riche et originale, permet à cette histoire de se dérouler de façon subtile. Parfois osé, le style est à la fois brut et délicat, toujours en équilibre sur la frontière entre humanité et animalité. A la fin, le roman atteint son but : nous faire hésiter sur une question existentielle… De quel côté est finalement l’humanité ? Quelle différence faire entre animalité et bestialité ?  Ce petit roman est à la fois un moment agréable de lecture et l’occasion de réfléchir sur nous, sur notre rapport à l’autre, à l’animal, à celui qui est différent de nous, également… La peau de l’ours est un livre qui ne laisse pas de marbre.

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#233 Mémoires de porc-épic – Alain Mabanckou

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Le résumé…

Pour tuer ceux qui se dressent sur son chemin, Kibandi fait appel à son double animal : un porc-épic. La petite bête, philosophe, malicieuse, armée de ses redoutables piquants, exécute les souhaits macabres de son maître. Le couple meurtrier sillonne l’Afrique jusqu’au jour où Kibandi rencontre bien plus redoutable que lui…

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Mon avis…

Ce roman, qui a eu le prix Renaudot de 2006, est un petit chef d’œuvre. Il est original à de nombreux égards. D’abord, le narrateur, un animal, nous raconte sa propre histoire, son rôle de double d’un humain qui, pour régler ses problèmes, lui ordonne de tuer ses ennemis – ou simplement ceux qui le dérangent. C’est pourtant un roman plein d’humanité et de philosophie, porté par un porc-épic parfois ironique. Il jette un regard critique sur l’espèce humaine, propose une réflexion sur ce qui constitue l’humain. Mabanckou reprend le rôle typiquement occidental du tueur en série et le porte dans l’univers du conte africain, rempli de traditions. Il allie avec talent modernité et authenticité, proposant un récit passionnant et ouvrant des perspectives nouvelles pour penser le monde dans lequel nous vivons.

J’ai aimé ce livre pour son originalité, bien sûr, mais aussi et surtout car Alain Mabanckou fait partie des auteurs  francophones qui méritent d’être encore plus présents dans nos bibliothèques. S’il est connu de ceux qui ont l’habitude de fréquenter le milieu littéraire, il l’est parfois moins du grand public. Pourtant, son œuvre est à la fois divertissante et teintée d’un style incomparable. Certains pourront trouver abrupte l’écriture de ce roman, notamment car l’auteur s’est évertué à n’utiliser  qu’un signe de ponctuation : la virgule. Ni majuscules, ni points… Tout se lit d’une traite, à la façon de pensées parfois décousues. Mais cela apporte une forme de dynamisme à l’histoire, et une plus grande proximité avec le narrateur-animal. Un peu déconcertant d’abord, ce style finit par s’imposer à l’esprit. Il devient source de richesse pour l’œuvre, comme le choix étonnant d’un porc-épic comme conteur.

Je conseille vivement ce roman aux curieux, qui souhaitent découvrir la littérature africaine francophone, à travers un de ses auteurs incontournables, Alain Mabanckou. Il constitue également une expérience intéressante pour ceux qui veulent envisager le monde d’un autre point de vue. Ce livre mélange les cultures africaine et européenne, offre un regard ironique sur notre société et sur celle dans laquelle se déroule le récit. Le porc-épic, animal touché par tant de clichés, dont les gens se méfient souvent, qui peut inquiéter, prend peu à peu à son compte l’humanité que perd l’homme dont il est le double. Bien que ce soit lui, l’animal, qui commette les crimes, il est aussi celui qui les regrette, les questionne, même s’il les justifie parfois aussi. C’est donc un livre qui mêle habilement crimes et réflexions philosophiques, qui allie les traditions du conte à une écriture moderne et innovante.

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#218 The dog who dared to dream – Sun-Mi Hwang

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Le résumé…

Le personnage principal de ce roman est une chienne nommée Scraggly. Mise à l’écart dès sa naissance à cause de son apparence différente, elle passe la plus grande partie de ses jours dans le jardin rempli de soleil de son propriétaire. Scraggly a des rêves et des aspirations juste comme le reste d’entre nous. Mais chaque hiver, les nuages noirs arrivent et Scraggly fait face à des épreuves qu’elle doit surpasser. Derrière ces nuages et même au-delà du portail du jardin se trouve la possibilité de l’amitié, de la maternité et du bonheur – Scraggly ne rêve que de s’en emparer, de les ramener avec elle dans son jardin pour construire la vie qu’elle désire désespérément. The dog who dared to dream est un conte intelligent sur la relation entre le chien et l’homme, ainsi qu’une célébration de la vie vécue avec courage. Cette œuvre est un classique de Sun-mi Hwang.

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Mon avis…

J’ai trouvé ce petit conte dans un coin de Waterstones. Je ne connaissais pas du tout mais je me suis quand même laissé tenter. Les libraires m’ont dit que j’avais fait un choix excellent, puisqu’un premier livre avait visiblement paru quelques temps avant et avait beaucoup plu… Alors cela m’a conforté et je me suis rapidement lancée dans la lecture, lors d’une journée au calme en Ecosse. Bon, pour être assez claire, l’intrigue – comme vous l’aurez probablement remarqué – est assez simple : un chien rêvasse et ses rêves ne pourront être réalisés qu’en se sauvant de son jardin… mais en y revenant également ! Du coup, forcément, il ne faut pas s’attendre à trois tonnes de rebondissements. L’ensemble est assez sympathique, agréable à lire, mais je m’attendais honnêtement à quelque chose de plus original. J’ai honnêtement été un peu déçue car je pensais que la dimension du rêve serait plus présente. En fait, ce livre nous fait vivre une expérience, puisqu’elle nous met un peu dans la tête du meilleur ami de l’homme, avec toutes les découvertes mais également toute la banalité que cela impose…

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Alors, vous l’aurez compris, Scraggly ne fait pas particulièrement de rêves farfelus, ce sont bien des rêves qu’on peut imaginer dans l’esprit d’un chien… Il est vrai que c’est assez original de centrer un roman sur un animal, en particulier en s’intéressant vraiment à ses pensées, en le faisant personnage principal… Nous suivons son histoire bien avant de suivre celle de son maître… D’ailleurs, j’ai l’impression que l’auteur voulait créer une certaine affection pour le monsieur en question, mais je n’ai pas réussi à m’y attacher… Ce que j’ai trouvé très bien, en revanche, c’est que le récit prenne un peu la forme d’un conte, qu’il nous pousse à réfléchir sur notre animal de compagnie. On ne verra plus jamais notre chien de la même manière ! Cela permet vraiment de rapprocher l’homme de son compagnon… Finalement, le chien est le meilleur ami de l’homme, mais l’inverse est-il vrai ? Ce conte, s’il est enrichissant, est aussi triste… Il y a beaucoup de délicatesse dans l’écriture, renforcée par les illustrations magnifiques, la morale est très sympathique, fait sourire, et nous permet ainsi de ravaler les petites larmes susceptibles de couler… Je vous conseille fortement ce livre si vous avez un chien, si vous voulez découvrir un conte qui est un classique méconnu en France, mais aussi si vous voulez travailler votre anglais comme je l’ai fait, car la traduction est très accessible !

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Ma note…

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Niveau de lecture : Facile

#213 1Q84, Livre 1 : Avril-Juin – Haruki Murakami

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Le résumé…

Entre l’an 1984 et le monde hypnotique de 1Q84, les ombres se reflètent et se confondent. Unies par un pacte secret, les existences de Tengo et d’Aomamé sont mystérieusement nouées au seuil de deux univers, de deux ères… Une odyssée initiatique qui embrasse fantastique, thriller et roman d’amour, composant l’oeuvre la plus ambitieuse de Murakami.

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Mon avis…

Le titre de ce livre, je le connais depuis… des siècles ! Bon, j’exagère peut-être un peu, disons que je le connais depuis longtemps, un temps indéterminé… Je me suis toujours dit qu’un jour, je lirais ce pavé… Il fallait juste que je m’en sente capable ! Et puis j’ai découvert que ce n’était pas un mais trois pavés que je devrais lire car il y a trois tomes… Alors, j’avais intérêt à trouver ça passionnant (ce dont, je dois l’avouer, je doutais un peu). Je ne saurais pas expliquer cet enthousiasme étrangement lié à une certaine réticence ! Ce sentiment paradoxal a vite été oublié… J’avais un peu peur que l’intrigue mette beaucoup de temps à démarrer. A mon grand soulagement, on entre très vite dans l’action, ce qui est vraiment une bonne chose. Pourtant, je ne vais pas vous cacher que cette lecture a été l’une des plus… étranges depuis que mon amour des livres s’est déclaré (c’est-à-dire très très tôt dans ma jeunesse).

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J’étais littéralement plongée dans ce roman, au point de ne pas le lâcher. C’était vital, je devais le continuer, comprendre. Au fil des pages, même si tout est lisible et compréhensible, on se rend compte qu’en fait tout est complètement flou. Il y a quelque chose qui reste imperceptible au lecteur, qui le pousse à continuer la lecture. Je n’ai pas encore percé ce mystère. Si quelques indices sont disséminés au fil de ce premier tome, on se rend vite compte que cela ne fait que rendre l’histoire d’autant plus étrange ! Je ne saurais pas résumer l’intrigue clairement, ou le roman paraîtrait banal, il manquerait de nombreuses choses… Non, c’est un roman qu’il faut lire pour partager ce sentiment, pour comprendre ce que je ressens aujourd’hui en écrivant cette chronique. Ne pas le lire, c’est accepter de rester ignorant sur un grand mystère de la littérature, il me semble. Je n’ai pas encore les tomes 2 et 3, je voulais d’abord voir si j’aimais le premier. A mon retour d’Ecosse, la première chose que je ferais sera de les acheter ! Je veux savoir… De Big Brother aux Little People, il n’y a qu’un pas, qu’Haruki Murakami a franchi et que je veux désormais franchir avec lui.

La suite au tome 2 !

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Ma note…

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#196 Le prince de la brume – Carlos Ruiz Zafon

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Le résumé…

1943, Angleterre. Fuyant la guerre, la famille Carver – les parents et leurs trois enfants, Max, Alicia et Irene – se réfugie dans un village de bord de mer. Leur nouvelle maison appartenait précédemment à un riche couple qui a quitté le pays après la mort de leur petit garçon, Jacob. Peu après son emménagement, la famille Carver est confrontée à de troublants événements. La maison de la plage paraît hantée. Quelque chose ou quelqu’un rôde entre les murs. Max et Alicia commencent à enquêter sur les circonstances obscures de la mort de Jacob. Roland, un adolescent du village, les aide. Il les entraîne dans des plongées autour d’un cargo qui a coulé dans la baie après une tempête, des années auparavant. Autour de cette épave, tout respire la peur : les poissons ne s’y risquent jamais, des ombres paraissent à l’affût derrière les cloisons rouillées et dans les coursives délabrées… Et c’est Roland qu’elles épient, Roland dont elles veulent se saisir. Qui accumule les pièges mortels autour du jeune homme ? Pourquoi Roland est-il l’objet d’une si terrible haine ? En menant leur enquête, Max et Alicia exhument involontairement les secrets du passé. Un passé terrible dont émerge un être machiavélique, le Prince de la Brume… Doté de pouvoirs diaboliques, le Prince de la Brume peut emprunter toutes les formes et tous les visages. Il est le maître d’une troupe de grotesques statues à demi-vivantes qui ont élu domicile dans le jardin de la maison des Carver… Le Prince de la Brume réclame le paiement d’une dette contractée peu avant la naissance de Jacob. Une dette dont Roland est le prix… S’ils veulent sauver leur ami, Max et Alicia doivent affronter l’être maléfique sur son territoire : dans le jardin des statues vivantes mais aussi dans le terrifiant cargo enseveli sous les eaux.

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Mon avis…

Comme les autres romans de Carlos Ruiz Zafon, Le Prince de la Brume est excellent. Et non, je ne tourne pas autour du pot. L’auteur avait pour projet de faire un livre qui s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes, une sorte de conte fantastique pour tous les âges. Je peux d’ores et déjà vous dire que ce pari est amplement réussi. Honnêtement, c’est probablement un des livres fantastiques les plus passionnants que j’ai lu. Il n’est pas extrêmement long mais il est d’une efficacité redoutable. Il fait parfois frissonner, il est toujours très intrigant, constamment prenant. En fait, on ne peut pas s’empêcher de tourner les pages jusqu’à avoir enfin la solution du mystère. Carlos Ruiz Zafon a le talent de créer des personnages attachants, qui pourraient être ses lecteurs, et de les placer dans des situations des plus banales aux plus étranges, jusqu’à les transporter aux confins de la réalité. Le Prince de la Brume est parfaitement réussi, l’ensemble est un concentré du talent de son auteur. Si vous n’avez jamais lu de romans de Carlos Ruiz Zafon, vous pouvez commencer par celui-ci, le prêter à vos frères et soeurs, à vos parents ou à vos enfants… Et vous aurez forcément envie de lire les autres, à commencer par L’ombre du vent. L’avantage de ce roman, c’est qu’il est très efficace, et qu’on ne peut pas être déçu. Je pense vraiment qu’il peut convaincre tout le monde : adultes comme enfants, amateurs de fantastiques comme non-initiés… Je pose un léger bémol si vous avez une terrible phobie des clowns. Nous somme loin de Stephen King et son Ça, je vous rassure, mais il y a un clown qui erre dans le roman et n’est pas toujours très rassurant… Et oui, on est dans le fantastique horrifique mais très subtil et très accessible. Une belle initiation au genre et un plaisir pour les passionnés !

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Ma note…

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#191 Le diable amoureux – Cazotte

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Le résumé…

Lorsque don Alvare évoque Béelzébuth dans les ruines du palais Portici, le démon apparaît sous les traits d’une hideuse créature. Mais l’audacieux Alvare, vite maître de sa terreur, réduit le spectre à l’état d’esclave et en use comme Aladin de son génie. Sous les traits d’une sylphide, la créature n’a désormais plus rien de diabolique. Biondetta ! Comment rêver femme plus désirable, à la fois innocente et perverse, tourmentée et abandonnée ? Imposture ou magie, cette aventure qui se déroule en plein carnaval de Venise présente toutes les facettes d’un divertissement amoureux.

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Mon avis…

Conseillée par un professeur de littérature spécialisé dans le fantastique, Le diable amoureux est une nouvelle de Cazotte, oeuvre fondatrice du mouvement fantastique. Autant dire qu’il s’agit d’une lecture qui est enrichissante, bien que courte. Il faut rappeler que le fantastique, par définition, joue sur la perception des personnages et des lecteurs : qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Là est la question… Cette nouvelle va donc apporter les bases d’une littérature qui séduit encore beaucoup aujourd’hui, et qui me séduit personnellement depuis longtemps et pour encore un bon moment ! Dans Le diable amoureux, nous suivons l’étrange aventure de don Alvare, qui appelle Béelzébuth pour prouver à ses amis qu’il n’a peur de rien, pas même du diable… Cette soirée initiatique devient en réalité un succès car il maîtrise le démon comme personne avant lui… Au point que celui-ci va faire partie de sa vie, abandonner l’Enfer pour lui !

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Le diable peut-il aimer un homme ? La plus terrible image de l’horreur peut-elle devenir la plus délicate image de la vertu et de la beauté ? Cazotte nous entraîne dans une histoire charmante sur fond de mystère, nous manipule comme les petites marionnettes que sont les lecteurs pour de talentueux écrivains… Comme don Alvare, nous laissons sa chance au diable. Après tout, le mal n’a-t-il pas souvent plus d’attrait que le bien ? L’espèce humaine toute entière pourrait être contenue dans le corps et l’esprit d’Alvare. Que de réflexion, tout en prenant plaisir à une bonne lecture. Etant donné la longueur de la nouvelle, je ne peux pas vous dire grand chose sur l’histoire, son déroulement, sans gâcher votre future lecture. Mais, si vous êtes intéressé par le fantastique, si vous êtes intrigué par ce mouvement, ou si vous aimez les classiques originaux et parfois méconnus, n’hésitez pas un seul instant.

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Ma note…

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#173 Les Mille et Une Nuits – trad. par Antoine Galland

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Le résumé…

Bon Dieu ! ma sœur, dit alors Dinarzade, que votre conte est merveilleux ! – La suite est encore plus surprenante, répondit Scheherazade, et vous en tomberiez d’accord, si le sultan voulait me laisser vivre encore aujourd’hui et me donner la permission de vous la raconter la nuit prochaine.  » Schahriar, qui avait écouté Scheherazade avec plaisir, dit en lui-même :  » J’attendrai jusqu’à demain ; je la ferai toujours bien mourir quand j’aurai entendu la fin de son conte. »

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Mon avis…

La traduction d’Antoine Galland est la première en français des Mille et Une Nuits, destinée au public de la cour de Louis XIV. Elle a souvent été accusée, à tort, d’avoir livré une version superficielle du manuscrit arabe, notamment parce qu’il a cherché à atténuer les différences qui existaient entre le peuple oriental et les français… Cependant, on se rend compte qu’il a en réalité privilégié une certaine vraisemblance. Il a souhaité rendre le plus fidèlement possible les mœurs orientales pour les faire comprendre et appréhender au public de son époque. Aujourd’hui, on fait d’autres traductions des Mille et Une Nuits, comme on en a toujours fait depuis Antoine Galland, mais celle-ci est historiquement celle qui permet le mieux d’approcher la manière dont l’oeuvre a été découverte par le monde. On est tout de même très loin de contes occidentalisés comme on a pu avoir plus tard avec des hommes comme Mardrus qui ont cherché à exacerber les différences au point de rendre illisible le recueil.

Il ne faut pas imaginer les Mille et Une Nuits comme la représentation d’un orient féminisé, peuplé de danseuses du ventre et de charmeurs de serpents, loin de là. C’est cette image qu’a créé l’occident au fil des siècles. La version d’Antoine Galland permet de comprendre les ressorts de ce chef d’oeuvre et de sa composition, la complexité de cette littérature arabe qui semble échapper à tout système. Les contes s’enchaînent, se ressemblent, tout en faisant petit à petit découvrir un monde à la fois si proche et si éloigné du nôtre… L’image qu’on s’en fait aujourd’hui est parfois si fausse que c’est une véritable redécouverte que je recommande à tout amateur de littérature qui souhaite ne jamais se limiter à ses croyances et ses à-prioris. Evidemment, cette traduction n’est pas la seule qu’on peut considérer comme bonne, loin de là, mais c’est elle qui a lancé le mouvement de l’orientalisation, qui a permis aux peuples occidentaux comme arabes de redécouvrir ce réservoir d’histoires… La démarche profondément humaine et « humaniste » de Galland permet de pénétrer dans un univers loin de l’idéal que l’on en a, et d’enfin comprendre (ou tenter de comprendre) cet univers onirique des Mille et Une Nuits.

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Ma note…

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#172 Alice de l’autre côté du miroir – Lewis Carroll

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Le résumé… 

Alice, qui s’ennuie, s’endort dans un fauteuil et rêve qu’elle passe de l’autre côté du miroir du salon. Le monde du miroir est à la fois la campagne anglaise, un échiquier, et le monde à l’envers, où il faut courir très vite pour rester sur place. Alice y croise des pièces d’échecs (reine, cavalier) et des personnages de la culture enfantine de l’époque victorienne. On retrouve dans ce roman le mélange de poésie, d’humour et de non-sens qui fait le charme de Lewis Carroll. Il vaut mieux connaître les règles de base du jeu d’échecs pour apprécier toutes les subtilités du roman.

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Mon avis… 

Ce livre fait suite à Alice au pays des merveilles, la partie la plus connue de l’oeuvre de Lewis Caroll. Celle-ci est un peu moins fameuse mais tout aussi originale ! Elle a également le mérite d’avoir suscité de nombreuses interprétations et adaptations dont une à venir au cinéma avec Mia Wasikowska, conçue comme une suite du film dans lequel Johnny Depp incarnait le rôle du Chapelier Fou. J’ai donc avec beaucoup de curiosité continué mon exploration de l’univers originel d’Alice, celui conçu par Lewis Carroll ! Cette deuxième partie est assez enfantine, comme la première, mais c’est exacerbé ! On est dans un monde totalement conçu pour la jeunesse. Et même si c’est parfois agréable de se replonger dans cet âge d’innocence et de douceur, on ne retrouve pas la complexité cachée d’Alice au pays des Merveilles qui permettait aux adultes d’en faire une double lecture significative.

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Je conseille évidemment cette oeuvre car on ne peut pas dire qu’on connaît Alice si l’on n’a pas lu au moins ces deux livres, mais j’avoue avoir été surprise de ne pas être complètement prise dans l’aventure cette fois… J’ai survolé les pages, sans réussir à accrocher totalement. L’univers est onirique comme j’aime, certes, mais pas aussi accrocheur qu’Alice au pays des merveilles… On dirait plutôt que c’est raconté sur le ton de l’anecdote, comme un petit conte narré au coin d’un feu, rien de bien transcendant, et je comprends que cette partie soit un peu moins connue que l’autre… Pour autant, ça reste agréable à lire, car c’est rapide et ça change vraiment les idées sur un petit laps de temps… On découvre des personnages atypiques, encore plus surprenants que ce à quoi on pourrait s’attendre… C’est quand même assez bluffant de découvrir un monde si foisonnant d’imagination…

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Ma note…

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