#359 Hunger – Roxane Gay

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Le résumé…

Si vous êtes une femme et que vous vivez aux États-Unis ou dans un pays occidental ; si vous êtes obsédée par l’idée de manger trop ou de ne pas manger assez (c’est plus rare) ; si vous utilisez des mots comme «craquer» et «péché mignon» – ces mots qui nous inspirent un sentiment de honte et destinés à mettre nos corps au pas, il est fort probable, et ce quelle que soit votre silhouette, que vous entretenez un rapport à la nourriture frisant le fétichisme.
À celles qui rentrent dans ce modèle de plus en plus étriqué, félicitations! Les vêtements sont coupés pour vous, les producteurs de chou kale vous adorent et l’opinion publique avec eux. Les autres risquent de rester dans l’ombre, à l’endroit précis où l’auteur de ce livre voulait se trouver.

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Roxane Gay

Mon avis…

Il y a maintenant plus d’un an, je vous ai parlé d’un roman, un véritable coup de coeur, ou plutôt un énorme choc : Treize jours. À cette occasion, j’ai découvert une autrice exceptionnelle, Roxane Gay. Aujourd’hui, je vous parle d’un autre de ses livres. Il ne s’agit pas d’un roman, attention, mais d’un essai biographique.

« J’aimerais tellement pouvoir écrire un livre sur une perte de poids triomphale, sur la façon dont j’aurais appris à mieux vivre avec mes démons. J’aimerais pouvoir écrire un livre qui raconte que je suis en paix, que je m’aime comme je suis, quelle que soit ma corpulence. À la place, j’ai écrit celui-ci, le plus difficile que j’aie jamais écrit, bien plus difficile que je n’aurais pu l’imaginer. Quand j’ai commencé Hunger, j’étais certaine que les mots me viendraient aussi facilement que d’habitude. Et que pouvait-il y avoir de plus facile que d’écrire sur le corps dans lequel j’avais vécu pendant plus de quarante ans ?« 

Roxane Gay, quand elle avait douze ans, a subi une agression sexuelle. Ce moment a été crucial dans sa vie, et le traumatisme a été profond. Par la suite, elle a ressenti le besoin de se protéger, de devenir invisible. La minceur était le contraire de ça, elle représentait la menace, elle attirait… Alors elle s’est réfugiée dans la nourriture, elle a grossi. Et ce qu’elle fait, dans Hunger, c’est nous raconter l’histoire de son corps, de ce qu’il est devenu après. Son corps, je n’ai pas l’impression qu’elle le déteste. C’est le sien, et elle l’apprécie et l’a accepté dans une certaine mesure, et elle nous explique tout cela.

« Il faut que vous sachiez que ma vie est coupée en deux, pas très proprement. Il y a l’avant et l’après. Avant que je prenne du poids. Après que j’ai pris du poids. Avant qu’on me viole. Après qu’on m’a violée.« 

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre, comme dans Treize jours, c’est le ton de l’autrice : franc, simple, efficace, sans la moindre fioriture. Elle dit les choses, cash, elle s’exprime, prend la parole. La voix qu’elle porte est forte. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé l’expression (et jeu de mot) de Roxane Gay, qui se définit elle-même comme « une femme forte ». Oui, l’humour a aussi sa place ici, mais c’est avant tout un récit très sincère et émouvant.

« J’ai si souvent voulu leur dire que quelque chose n’allait pas, que j’étais en train de mourir à l’intérieur, mais je ne trouvais pas les mots. »

C’est un récit touchant, et aucune phrase ne laisse indifférent. C’est pourquoi j’ai tenu à en mettre quelques-unes dans cet article, pour que vous compreniez la puissance de cet essai. Il est bouleversant, étonnant, et surtout détonnant. C’est une plongée dans l’intériorité de l’autrice, en toute simplicité et honnêteté, mais aussi avec cette brutalité inhérente à son vécu.

« Je suis loin d’être aussi courageuse que ce que les gens croient. En tant qu’auteure, armée de mots, je peux faire tout ce que je veux, mais quand je dois emmener mon corps dans le monde, le courage me manque. »

Ce que j’ai apprécié dans cet essai, c’est aussi les coups de gueule, complétement justifiés, de Roxane Gay. Elle épingle par exemple les magasins de fringues pour le fait qu’ils ignorent toute une part de la population. Elle montre l’exclusion, le rejet, l’indifférence, le mépris… Pour autant, il ne faut pas croire qu’elle s’en prend aux personnes minces ou quoi que ce soit, pas du tout ! Elle offre simplement une voix aux invisibles, à ceux (et surtout à celles) qui se sentent hors de la société, qui occupe beaucoup de place et pourtant n’en ont aucune. Elle ose exprimer sa colère, et ça j’aime beaucoup !

« Parfois, des personnes qui croient bien faire, je pense, me disent que je ne suis pas grosse. Ils lancent des choses comme : « Ne dis pas ça de toi », parce que pour eux « grosse », c’est quelque chose de honteux, d’insultant, alors que pour moi c’est la réalité de mon corps. Quand j’emploie ce mot, je ne suis pas en train de m’insulter. Je me décris.« 

Ce livre, cet essai, permet une prise de conscience, il invite à la réflexion, et ça fait beaucoup de bien. L’autrice aborde beaucoup de sujets : agressions sexuelles, féminisme, grossophobie, et tant d’autres. Non, ce n’est pas un livre déprimant, bien au contraire. C’est un livre qui déborde de vérité, mais qui n’est pas non plus feel-good, évidemment. Mais il nous invite à mieux nous connaître, à écouter notre corps et notre esprit… Ce que je retire de cette lecture, c’est vraiment du positif. J’ai le sentiment qu’un petit quelque chose à changer en moi, et c’est finalement ce qu’on attend d’un bon livre !

« Plus vous êtes gros, plus votre monde rétrécit. »

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Carte d’identité du livre

Titre : Hunger
Autrice : Roxane Gay
Traducteur : Santiago Artozqui
Éditeur : Denoël
Date de parution : 10 janvier 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#355 La sexualité féminine de A à Z – Ovidie

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Le résumé…

Toutes les femmes sont différentes, chacune vit un rapport individuel à son corps et nourrit des fantasmes qui lui sont propres. On ne peut pas affirmer que « les femmes préfèrent ceci… ou cela », « elles sont plus fleurs bleues que les hommes », « elles raffolent toutes du cunnilingus », etc. Ovidie nous convie à une exploration multiple, poussée, ouverte des mille manières de vivre sa sexualité en tant que femme.

À travers une centaine de termes, de A – comme Accouchement – à Z – comme Zones érogènes –, et de concepts traitant de sexualité, de féminité et de féminisme (asexualité, consentement, fidélité, hormones, éjaculation féminine, machisme, coup de foudre, pilosité, ménopause…), Ovidie offre des pistes de réflexions autour des questions que peuvent se poser les femmes, de façon simple et précise.

Mon avis…

Aujourd’hui je ne vous propose pas la chronique d’un roman, mais d’un livre un peu indéfinissable… Le terme « dictionnaire » ne serait pas adapté car il n’a rien de normatif et ne prétend pas livrer des définitions closes et fermées. Il s’agit en effet d’un texte personnel et subjectif dans lequel Ovidie nous livre ses propres opinions et conceptions. Alors, parfois, on est d’accord, parfois non, mais le but est aussi d’ouvrir le débat et d’entamer la réflexion, ce que l’autrice fait très bien ! Les termes (et thèmes) explorés sont extrêmement variés, de l’amour au triolisme, en passant par l’éjaculation masculine… Tantôt avec sérieux, tantôt avec humour, tantôt avec sensualité, Ovidie nous livre le fruit de sa réflexion avec beaucoup de sincérité. Ce livre est la réédition d’un texte d’abord paru en 2010, si bien que la pensée qui en sous-tend la rédaction a évolué, en particulier récemment avec les évènements liés à #MeToo ou l’affaire Weinstein.

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« Non, il n’existe pas UNE sexualité féminine, ni même une seule orientation sexuelle, d’où la nécessité pour traiter de LA sexualité féminine d’aborder une multitude de sujets différents. »

J’ai beaucoup aimé la pertinence de certaines remarques, parfois très instructives. Je dois avouer que l’on découvre des choses susceptibles de changer sur certains points nos propres pratiques – voire de les améliorer… Ovidie nous fait aussi sourire, par exemple lorsqu’elle établit la classification des différents types de baisers dans la notice dédiée. Ainsi, elle distingue « le poutou », « le smack », « le roulage de pelle », « l’échange de chewing-gum », « le French Kiss », « le mordillement des lèvres », « l’aspiration de l’âme » et « le léchage de trogne, version canine »… Et de détailler tout ça, un plaisir à lire ! Mention spéciale pour les citations, parfois complètement décalées, et drôles !

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Et pour finir, cette citation que j’ai personnellement trouvée très juste : « Un amant exceptionnel, c’est celui qui va faire l’amour toute une journée sans arriver au paroxysme. » (Claude Sarraute)

Oui, c’est un livre qui nous fait découvrir beaucoup de choses…

Carte d’identité du livre

Titre : La sexualité féminine de A à Z
Autrice : Ovidie
Éditeur : La Musardine
Date de parution : 25 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions La Musardine pour cette lecture.

#352 Help me ! – Marianne Power

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Le résumé…

Marianne Power a testé les 12 bibles du développement personnel…
Pour le meilleur ou pour le pire ?

« Ce fameux dimanche, une idée m’est venue. Une idée qui, d’épave dépressive, allait me transformer en femme heureuse et efficace : je n’allais plus simplement lire des ouvrages de développement personnel, j’allais les mettre en pratique. Un livre par mois, suivi à la lettre, pour voir si le développement personnel pouvait réellement changer ma vie. J’allais m’y tenir pendant un an – soit douze ouvrages au total. Et j’allais m’attaquer à mes failles avec méthode : argent, angoisses, poids… Arrivée à la fin de l’année, je serais… parfaite ! »

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Marianne Power

Mon avis…

Je pensais naïvement me lancer dans la lecture d’un roman sur le développement personnel, mais j’ai été surprise de constater que ce n’était pas le cas. Help me !, sous-titré Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie, est une histoire vraie. Oui, son autrice a bel et bien lu douze livres incontournables de développement personnel et, oui, elle a appliqué leurs conseils. Projet un peu déjanté s’il en est… J’avoue que je ne lis pas vraiment de développement personnel, donc je ne suis clairement pas une spécialiste de ce domaine, tout comme l’autrice au début du livre. Considérant que sa vie est fade et ratée, elle va se lancer dans ce pari complètement fou : en un an, tester les solutions proposées par ces livres, même si elles sont farfelues, dangereuses ou insensées !

Cela donne un récit à la fois drôle, touchant et exaspérant ! En effet, on se rend compte de l’absurdité de certains conseils, de leur caractère extrême et même de la dimension sectaire de certaines communautés nées de cette « religion » qu’est devenu le développement personnel… Alors, parfois, on en rit, mais il arrive aussi qu’on ait presque envie d’en pleurer… Cependant, Marianne Power lit aussi des textes qui ont une certaine profondeur et ouvrent de véritables réflexions sur la vie, l’être, la société, etc. Dans son égarement, sa fragilité, elle est émouvante. On se reconnaît dans ses errances métaphysiques et ses questionnements existentiels, mais aussi dans la charmante banalité de sa vie. Or, Marianne peut aussi être terriblement agaçante, en particulier quand elle persiste dans sa quête alors que tout s’effondre autour d’elle. Obnubilée par le développement personnel, elle en oublie de vivre et finit par s’éloigner de tout ce qui lui est cher, de tout ce qui lui ressemble et fait sa singularité…

Dans ce livre, réalité oblige, il n’y a pas véritablement de twist final, de rebondissements ou de happy end. Ce texte décortique avec humour et tendresse la quête désespérée de soi, menée avec le désir d’atteindre ce que personne ne semble véritablement capable de définir : le bonheur, la perfection, l’épanouissement total… Cette quête est-elle vaine, ou trouve-t-elle au contraire un aboutissement, une résolution ? Seule la lecture du livre permet de répondre à la question. Marianne Power, en écrivant sur le développement personnel, nous propose en fait son propre livre de développement personnel, car il ouvre sur des interrogations essentielles et utiles. Écrit dans un style très fluide, simple et léger, ce texte prend presque l’apparence d’un roman. Malgré un démarrage assez compliqué et un projet qui perd parfois son sens, on s’attache aux personnages, on les suit avec plaisir, et on explore, avec Marianne en particulier, ces étranges objets de papier qui nous disent comme mieux vivre notre vie…

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Carte d’identité du livre

Titre : Help me ! Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie
Autrice : Marianne Power
Traductrice : Christine Barbaste
Éditeur : Stock
Date de parution : 03 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Stock et à NetGalley pour cette lecture.

 

#340 Qui a tué mon père – Édouard Louis

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Le résumé…

« L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. »

Mon avis…

J’ai enfin lu le très court récit d’Édouard Louis, intitulé Qui a tué mon père. Dans ce texte autobiographique, l’auteur évoque la vie dans les pauvres villages de province, ses obstacles et ses difficultés, et établit un lien direct avec la politique. Il s’agit d’un livre engagé, qui décortique les processus qui ont mené son propre père à avoir l’existence qu’il a eue. Par le biais de la micro-histoire, Édouard Louis interroge la macro-histoire, introduit de la sociologie dans l’anecdote. Il explique les liens qui nous semblent parfois abstraits et invisibles et qui pourtant unissent étroitement notre vie quotidienne et la politique. Non, les décisions prises par ceux qui ont le pouvoir ne sont pas anodines. Elles ont un impact réel.

Qui a tué mon père n’est pas une question, mais une réponse. En lisant ce texte, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au « J’accuse » de Zola. Il y a véritablement une dimension non seulement polémique mais aussi et surtout accusatrice. Édouard Louis ne tait aucun nom. Il ne s’attaque pas vaguement aux « politiques », aux « puissants », ou autres « gouvernements ». Il nomme : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron, Manuel Valls, Myriam El Khomri… Ils y passent tous, et à raison.

Dans ses descriptions de la vie à la campagne, j’ai reconnu le village dans lequel j’ai grandi. D’ailleurs, Édouard Louis et moi venons de la même région, du même « coin », et son expérience semble avoir rencontré la mienne, dans une certaine mesure. Dans sa colère, j’ai aussi retrouvé la mienne. Dans sa vérité, j’ai lu celle dont j’ai toujours eu conscience sans forcément oser la dire au plus grand nombre. Tout comme dans sa volonté d’apostropher le monde, de dénoncer, d’ouvrir des yeux et des oreilles, de crier sur tous les toits ce que beaucoup se refusent à voir et à dire, j’ai retrouvé ma soif de voir les choses changer. Il s’agit d’un texte fort, puissant, agressif. Il déplait à certains, sans surprise. Mais il est une parole qu’il ne faut plus taire, une réalité qu’il faut cesser d’ignorer.

Carte d’identité du livre

Titre : Qui a tué mon père
Autrice : Édouard Louis
Éditeur : Seuil
Date de parution : 03 mai 2018

5 étoiles

#301 Si souvent éloignée de vous – Marlène Schiappa

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Le résumé…

Telle une Madame de Sévigné moderne, Marlène  Schiappa écrit à ses filles dès qu’elle part en déplacement.
On découvre une femme combative sur tous les fronts : une mère dévouée à ses enfants et passionnée  par ses engagements.
Aux confins de l’intime et du politique, ce récit à la fois  exceptionnel et universel nous dévoile le cœur d’une  mère au service du gouvernement à l’heure où la parole  des femmes se libère dans le monde entier.

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Mon avis…

Marlène Schiappa, « secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes » depuis mai 2017, est aussi écrivaine. Certains le savaient depuis longtemps, d’autres l’ont découvert à son élection, d’autres plus récemment encore. Ce livre, Si souvent éloignée de vous, a déjà fait un mini scandale à peine sorti. Comme souvent, il a été critiqué de manière assez virulente par des gens qui, pour certains, ne l’avaient probablement même pas encore lu. Quelques extraits par-ci par-là, et les imaginaires s’emballent. Alors, je me suis dit que j’allais ouvrir ce fameux bouquin et découvrir par moi-même les « lettres » de Marlène Schiappa « à ses filles ». Pourquoi ces guillemets ? Parce qu’à mon humble avis, ces lettres ne sont pas destinées à ses filles (pour certaines, en tout cas, je ne l’espère pas) d’autant que certaines ont recours à un « vous » qui renvoie à… « nous », lecteurs ! Donc, parfois, ce sont des lettres qui nous sont adressées, sachons-le. Marlène Schiappa commence son livre avec un avis à ses lecteurs, qui nous dit notamment :

Avertissement : ce livre n’est ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique, mais un récit purement personnel, partiel et parfois romancé.

En effet, il s’agit d’un récit très personnel, celui de la vie quotidienne d’une femme de 35 ans, qui n’a d’ailleurs pas tout à fait une vie comme celle de n’importe qui. Nécessairement, en tant que femme politique, elle nous parle de politique. Jusqu’ici, c’est logique. Elle nous parle (beaucoup) de ses filles, sujet central du livre (que je n’ose appeler un roman !). Marlène Schiappa nous fait donc son autoportrait, celui d’une femme qui est partie d’en bas pour arriver très haut, qui a réalisé ses rêves : une femme qui a réussi et qui a travaillé pour cela. Honnêtement, ceux qui lui reprocheront de s’en vanter feront probablement preuve d’une certaine hypocrisie. Ce livre est le récit d’un engagement, d’un investissement, et il est très intéressant d’avoir le point de vue personnel de l’autrice et secrétaire d’état. Sur ce plan, j’ai beaucoup aimé le livre.

Oui mais voilà, ce livre n’a pas seulement pour objet de dire comment Marlène Schiappa en est arrivée là. Parfois, on se demande un peu ce qu’on est en train de lire, avec certains passages déconcertants sur du shampoing, des pains au chocolat et des sucrettes… Ce sont des extraits du livre qui, personnellement, m’ont laissée perplexe. Il y a plusieurs Marlène Schiappa dans ce livre. Une qui veut nous prouver par a+b qu’elle a mérité sa place, et qui a raison de le faire : qui ne le ferait pas, honnêtement ? Une aussi qui s’extasie sur les petits moments du quotidien qui font que la vie est belle, et qui nous noie sous son optimisme débordant…  et après tout, pourquoi pas ? C’est le sel de la vie, dirons-nous. Il y a aussi la mère, omniprésente, qui semble ne vivre et ne s’accomplir qu’à travers ses enfants, et c’est son droit. Et puis il y a la femme politique, sur laquelle nous reviendrons. Enfin, il y a la Marlène Schiappa féministe, ou plutôt qui se dit féministe. Elle l’est sous certains aspects, j’imagine. Elle se bat parfois pour l’égalité hommes-femmes, c’est son boulot, après tout. Oui mais voilà, c’est un féminisme légèrement dépassé que semble représenter Schiappa, fortement influencée par Badinter tout en citant en interview King Kong Théorie de Virginie Despentes (livre dans lequel l’autrice s’attaque à cette même Elisabeth Badinter). Petits paradoxes donc… La figure de « l’éternel féminin » contre laquelle se battent tant de féministes est, pour Marlène Schiappa, une figure positive. Elle complimente ainsi Brigitte Macron en utilisant cette expression mot pour mot, et entre guillemets, ce qui laisse supposer qu’elle sait bien à quoi elle fait référence :

Plus tard, le président m’a appelée. J’ai pensé à son épouse. J’étais tellement heureuse pour elle. Enfin, notre pays aurait ce président incroyable, mais il aurait aussi cette femme formidable pour l’encourager entièrement comme elle nous avait tous encouragés pendant cette campagne : avec sa bienveillance, sa gentillesse, son engagement, sa classe naturelle, ses allusions artistiques, son humour ravageur et son sourire irrésistible de « l’éternel féminin ».

Donc ce livre a aussi de quoi faire s’étrangler quelques féministes au coin de ses pages. En même temps, on se doutait déjà depuis un moment que Marlène Schiappa n’était pas la féministe parfaite, et qui l’est ? Mais il est vrai que, parfois, tout cela manque de cohérence. En tant que personnalité publique, censée travailler à l’égalité entre hommes et femmes, on s’attendrait à moins de clichés. Je précise que l’extrait que j’évoque ci-dessus n’en est qu’un exemple. Il y a aussi l’épisode assez choquant du « dragueur » prénommé « Bertrand », qui « a dragué toutes les amies présentes à la conférence » et « ne voit les femmes que comme des objets ». Et voilà Marlène Schiappa, tout d’un coup, « un peu vexée » car Bertrand n’a jamais cherché à la séduire. On pourrait se dire qu’elle devrait être contente d’échapper à un tel homme, mais non ! Elle a un « porte-bébé kangourou rose », ceci explique cela : « ce n’est pas sexy ». Et Marlène Schiappa de conclure, finalement, qu’on est soit mère soit sexy, pas les deux visiblement : « A ce moment-là, me sentir sexy est le cadet de mes soucis. Je me sens bien mieux que ça : je me sens mère. » Bon, personnellement, ce passage m’a beaucoup gêné, car il se finit sur un constat un peu caricatural, et aussi parce que, certes, l’autrice préfère se sentir mère plutôt que sexy, mais quand même, elle aurait bien aimé être draguer par le gros lourd de service… En fait, je crois que le dérangement vient du fait que, avant d’être une lectrice, je suis une femme et que Marlène Schiappa, même si elle est autrice, est aujourd’hui avant tout une femme politique dont le rôle est de changer la place des femmes dans la société. D’où le malaise ambiant…

Bien que ce livre ne soit « ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique », il n’est pas dénué de velléités politiques, loin de là. N’imaginez pas lire uniquement le récit de la vie quotidienne et de la réussite de Marlène Schiappa. Vous verrez aussi un portrait élogieux d’Emmanuel Macron :

Pendant des mois, du matin au soir et du soir au matin, j’ai donné tout mon temps de cerveau disponible, toute mon énergie, tout mon enthousiasme pour faire élire un président de la République qui comprenne le XXIe siècle. Qui comprenne que ma génération n’aspire pas forcément à la « sécurité de l’emploi », mais au contraire à pouvoir prendre des risques encadrés, créer des entreprises, changer de sphère […]. Enfin, quelqu’un réussissait vraiment, profondément, à nous permettre de conjuguer un ensemble d’aspirations pour notre pays. Quelqu’un incarnait l’autorité de l’Etat, la nation, pleinement, absolument.

C’est enthousiaste, ça l’est même un peu trop… Honnêtement, j’ai été dérangée par ces passages qui, pour moi, sont extrêmement politiques et visent à persuader le lecteur du bien-fondé d’une politique. Mais je ne veux pas m’aventurer dans des considérations politiques, ça n’est pas le lieu : chacun ses convictions. Simplement, il convient de prévenir les lecteurs potentiels de ce livre que, oui, il contient bien des propos politiques. Marlène Schiappa, d’ailleurs, n’hésite pas à reproduire ses discours dans le livre, sous le prétexte de les transmettre à ses filles. On a ainsi sa communication lors de la remise du « prix spécial du jury Laïcité 2017 » ou encore son discours à l’ONU.

Pour autant, Marlène Schiappa n’est pas complètement déconnectée du réel, et elle soulève certains problèmes qui lui reviennent d’ailleurs de régler, comme le harcèlement de rue. Tout en défendant sa loi, elle en démontre l’intérêt, en évoquant la réalité des femmes :

Ce n’est pas faute pour mon père de m’avoir répété ad nauseam de ne jamais laisser quelqu’un entrer derrière moi dans un hall d’immeuble ou dans un sas. A part me murmurer en mon for intérieur : « Merde, je n’aurais pas dû tenir la porte » au moment où je comprenais que le type qui entrait derrière moi n’habitait manifestement pas l’immeuble, cela ne m’a pas été d’un grand secours.

Elle évoque aussi les « sifflets », « remarques », « cris », « insultes », « poursuites », que connaissent les femmes et, nécessairement, elle pense à ses filles et à leur avenir. De tels passages sont touchants, évidemment. Marlène Schiappa, dans ce livre, fait preuve d’humanité et assume ses propos. Elle ose dire des choses, elle les écrit, en sachant qu’elles seront nécessairement reprises et commentées. Et, en cela, elle fait montre d’une certaine sincérité que, je pense, il faut savoir apprécier. Evidemment, elle se met en scène et en rajoute souvent, mais certains passages sont marqués par l’honnêteté et par un vécu partagé par de nombreuses femmes. En fait, ce livre a de l’intérêt car il permet de mieux comprendre et connaître la femme sur les épaules de laquelle est censé reposer notre vie future en France. C’est elle qui est supposée déterminer, parmi quelques autres personnes, la façon dont nous, les femmes, évolueront dans les rues et dans la société demain. Elle a un rôle important, c’est indéniable.

Un tel livre peut, au choix, rassurer ou faire paniquer. La réaction dépendra, je l’imagine, des lecteurs ou lectrices. Personnellement, il ne m’a pas spécialement rassurée. Oui, Marlène Schiappa n’a pas l’air d’être une mauvaise personne, elle est humaine, parfois touchante, bien sûr. Mais, finalement, c’est un sentiment de malaise qui reste après la lecture de ce livre. Je ne peux, finalement, m’empêcher de voir la visée apologétique de ce livre qui cherche à justifier des actions, une politique, à faire son propre portrait, élogieux de préférence. Car il est impossible de dissocier la femme, l’autrice et la politicienne. Elle est ces trois personnes en une, évidemment. Il en est de même pour ce livre, à la fois personnel, teinté de poésie et de tendresse, parfois absurde ou déconcertant, mais aussi particulièrement engagé et orienté politiquement.

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En quelques mots…

parfois émouvant
l’histoire d’une femme
trop politique
ambigu : réel ou mise en scène ?
déconcertant

Carte d’identité du livre

Titre : Si souvent éloignée de vous
Autrice : Marlène Schiappa
Éditeur : Stock
Date de parution : 09 mai 2018

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#300 Le Libraire de Wigtown – Shaun Bythell

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Le résumé…

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église… et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite…
Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.
Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint!

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Petite photo perso du panneau de Wigtown, pour que vous ne vous perdiez jamais !

Mon avis…

Pour un 300ème article, il fallait THE livre, THE book, et donc THE BOOK SHOP. J’ai déjà évoqué ce bouquiniste écossais dans lequel j’avais fait beaucoup de trouvailles : j’avais fait un article, une fois, puis j’y suis retournée et je n’ai pas mis tous mes livres sur le blog, mais il y en avait beaucoup ! Car The Book Shop, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Le Libraire de Wigtown est un excellent bouquin, vraiment. En réalité, c’est un journal, celui du bouquiniste qui tient la librairie d’occasion qui est la « largest in Scotland » (oui, j’ai décidé de faire du franglais). Ce que j’adore dans ce livre, c’est que l’on retrouve l’atmosphère du Galloway, avec une touche bien prononcée d’humour. Shaun Bythell est un peu un cynique, autant vous prévenir, il adore se moquer de ses clients et de ses collègues. Il ne les épargne jamais. Ce livre parle, évidemment, de bouquins, de beaucoup beaucoup beaucoup de bouquins, et de lecteurs plus ou moins farfelus. Il raconte la vie quotidienne de ce libraire qui a une vie dont beaucoup rêvent sans en connaître une infime part.

Il y a une dimension sociale dans ce livre, car on plonge dans la société écossaise du Galloway, une région souvent ignorée de l’Ecosse. Il s’agit aussi, pour Shaun Bythell, de montrer au plus grand nombre la réalité d’un métier très difficile en des temps où la concurrence est de plus en plus déloyale. Les clients ne sont pas tous comme moi, à acheter les livres par dizaines sans les négocier ! Certaines situations décrites sont parfois complètement hallucinantes, il faut l’avouer. D’ailleurs, Shaun Bythell m’a probablement croisée, mais je n’ai pas retenu son attention ! Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, vu les clients dont il brosse parfois le portrait dans son livre ! Propriétaire d’un paradis sur terre pour les lecteurs, il nous vend du rêve, tout en nus montrant une dure réalité. Et c’est exactement cela qui est plaisant : sans idéalisation, il se livre, sans filtre, il critique, il se moque, et de temps en temps, il lui arrive d’être tendre.

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La couverture originale

Sa librairie d’occasion est the place to be à Wigtown, et si vous avez l’occasion d’aller en Ecosse, passez-y sans la moindre hésitation ! Vous repartirez les bras chargés. Surtout, allez-y avec des personnes patientes car on peut rester des heures dans The Book Shop. Et, après avoir lu ce livre très drôle et passionnant, on ne peut qu’avoir envie de donner un tas de pounds à cet écossais parfois grincheux mais amoureux des livres. D’ailleurs, en bon lecteur, Shaun Bythell a le sens du romanesque, et son journal se lit comme un bon roman. C’est efficace, sincère, plein de charme, dépaysant. Comme La Cité perdue du Dieu Singe mais en moins… dangereux… quoique ? (Comment ça, aucun rapport ? Je fais ce que je veux !) On ne sait jamais ce qui nous attend dans une telle librairie. D’ailleurs, si l’envie vous en prend, sachez qu’il existe un festival du livre à Wigtown, organisé chaque année, et que si vous êtes très au taquet, vous pourrez peut-être dormir dans le « lit du festival » qui se trouve… au beau milieu de la librairie ! Nooooon ? Siiiiiiii ! 

Enfin, soyons clair : pourquoi faut-il lire ce livre ? Déjà, parce que l’acheter rapportera un peu de sous à un gentil bouquiniste (bien que cynique, je vous l’ai dit) qui ne l’aura pas volé ! Ensuite, et surtout, parce que ce livre est excellent et qu’il ne peut que plaire aux amoureux de books en tous genres. En même temps, vous (re)découvrirez l’Ecosse, la vraie, pas celle des légendes et des folklores. Vous rencontrerez des personnages atypiques mais tout ce qu’il y a de plus réels ! Vous aurez envie d’envoyer des cartes postales, de vous perdre dans des rayonnages, de dormir dans une librairie sans chauffage… Bref, c’est un livre où le rêve côtoie la réalité. J’avais hâte que ce texte soit traduit en français, il l’est enfin, alors j’espère que vous courrez chez vos libraires pour l’acheter !!! C’est aux éditions Autrement, c’est un peu un outsider des rayonnages de nouveautés en ce moment, mais c’est un sacré bon bouquin ! Shaun Bythell, si vous passez par ce blog (on peut toujours rêver), sachez que j’ai travaillé en librairie et que je vous comprends donc d’autant mieux ! Vous m’avez fait découvrir un métier que je ne commençais qu’à appréhender alors merci.

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Petite photo perso de la devanture !

En quelques mots…

cynique et drôle
réaliste
dépaysant
pour les amoureux des livres
comme un roman

Carte d’identité du livre

Titre : Le Libraire de Wigtown
Auteur : Shaun Bythell
Traductrice : Séverine Weiss
Éditeur : Autrement
Date de parution : 04 avril 2018

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Vous ne l’avez pas encore compris ? Mais siiiii, c’est un coup de cœur, bien sûr !

#299 Baroque sarabande – Christiane Taubira

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Le résumé…

Dans cet ouvrage passionnant, Christiane Taubira rend hommage aux livres et aux écrivains qui l’ont façonnée. De son enfance à Cayenne – où les lectures des jeunes filles étaient sévèrement contrôlées – à aujourd’hui, les auteurs et leurs oeuvres défilent : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Gabriel García Márquez, René Char, Yachar Kemal, Simone Weil, Toni Morrison, et tant d’autres…
Éveil de sa conscience sociale par les romans engagés, découverte de la force de renouvellement de la langue, relecture de l’histoire grâce à la pertinence de la littérature, convocation des auteurs au moment de ses grands discours politiques : Christiane Taubira raconte tout ce qu’elle doit aux infinies ressources des livres.
Car la lecture, cette « vie ardente », n’est-elle pas le meilleur moyen de conquérir sa liberté ?

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Mon avis…

Ce livre de Christiane Taubira tient dans la poche, et pourtant il en contient, des richesses. Avant même de commencer, mettons les choses au clair : les opinions politiques de chacun sont ce qu’elles sont et ne devraient pas empêcher d’apprécier un livre, quel qu’il soit, à sa juste valeur. Ce petit bouquin, c’est une ode à la lecture, à la littérature, une déclaration d’amour non pas à « la culture » mais aux cultures. Christiane Taubira nous fait le portrait d’une littérature plurielle, à grand renforts de magnifiques citations et de belles tournures. Ce livre est avant tout un livre pour le plaisir des lecteurs. Christiane Taubira est une grande lectrice, une femme cultivée, elle ne s’en est jamais cachée, et elle en donne ici la preuve. Dans ce texte, pas d’étalage érudit, juste de la pure sensation, du ressenti littéraire. Cette Baroque sarabande nous entraîne, à la fois en mots et en notes, dans une histoire singulière, celle de Christiane Taubira, mais aussi dans des cultures-mondes. On découvre et redécouvre des œuvres, des auteurs, on ressort vite avec une petite liste de textes à lire à tout prix… Ce que j’ai aimé, c’est aussi les propos passionnants de l’autrice sur la politique linguistique. Ce sujet peut sembler abstrait à la plupart des gens, et pourtant il concerne tant de monde. Elle explique l’impact de l’hégémonie de la langue française sur toutes les autres, le poids de cette langue exclusive et uniformisante sur certaines populations, elle parle de son enfance, du créole, de la perte et de la redécouverte des langues maternelles… La réalité de beaucoup de gens, c’est de s’être vus imposer une langue (le français) qui n’est pas la leur naturellement. Et ainsi, parfois, souvent, comme Christiane Taubira, l’amour de la langue française cohabite avec la nostalgie amère de la langue maternelle. L’autrice montre parfaitement cette tension qui relève d’un réel questionnement sociolinguistique, voire politique. Mais, de politique pure et dure, justement, il n’en est que peu question. Là n’est pas le sujet. Le propos est littéraire, culturel, linguistique. Ici, la poétique supplante la politique.

#296 La Cité perdue du Dieu Singe – Douglas Preston

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Le résumé…

Un voyage au cœur d’une des régions les plus sauvages de la planète sur les traces d’une cité mythique et d’une civilisation disparue.

Bienvenue dans l’impénétrable jungle de la Mosquitia, dans le nord-est du Honduras. C’est là que s’est aventuré le romancier et journaliste Douglas Preston aux côtés d’une équipe de scientifiques pour lever le voile sur l’un des derniers mystères de notre temps : la fameuse Cité blanche, ou Cité du dieu singe, qu’évoquait Hernán Cortès au XVIè siècle et que personne à ce jour n’avait réussi à localiser.

Ancienne malédiction, jaguars et serpents mortels, parasites mangeurs de chair et maladie incurable, controverse scientifique… Ce récit digne des aventures d’Indiana Jones et riche d’enseignements sur la plus importante découverte archéologique de ce début de XXIè siècle remet en perspective ce que l’on croyait savoir des civilisations préhispaniques, à l’heure où la mondialisation et le réchauffement climatique menacent de condamner notre monde au sort tragique de cette cité mystérieusement disparue.

« Douglas Preston a écrit, au péril de sa vie, un récit d’aventures puissant et terrifiant. » David Grann, auteur de La Cité perdue de Z.

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Mon avis…

La Cité perdue du Dieu Singe est un livre qui a pour objectif initial de rendre compte des recherches et de la découverte archéologique majeure de la Cité perdue du Dieu Singe, ou Ciudad Blanca, au cœur de la forêt hondurienne. On pourrait s’attendre à un Indiana Jones version faits réels, mais c’est bien plus que ça. Ce texte, qui est un véritable document, est aussi passionnant qu’un roman ! Grâce à ce livre, vous découvrirez le Honduras, probablement un des pays au monde dont on méconnaît le plus l’histoire. Douglas Preston – qui n’est autre que le Preston du duo « Preston & Child » – nous fait quitter le point de vue eurocentré qui est le nôtre, pour nous montrer ce qu’il se passe de l’autre côté du Pacifique. Vous apprendrez les causes de l’effondrement de civilisations telles que celle des Mayas. Vous partagerez les doutes de l’auteur, ses certitudes, ses mésaventures et ses aventures. Vous partirez en zone hostile, au plein coeur de la Mosquitia, avec lui. Vous aurez peur du fer-de-lance, serpent redoutable dont vous saurez presque tout au sortir de ce livre. Et, surtout, vous en sortirez avec une somme de connaissances remarquables et l’esprit grandi !

La Cité perdue du Dieu Singe, c’est une passionnante épopée, qui dépasse de loin la simple quête ou recherche archéologique. C’est l’occasion, pour le lecteur, de découvrir une culture. Malgré sa découverte, cette cité – et la civilisation qui l’a construite – reste encore méconnue. Tout comme les maladies qu’elle a abrité. Le mystère habite ce livre qui, pourtant, cherche à nous en révéler le plus possible. Mais, très vite, on comprend bien que la jungle reste un obstacle insurmontable, et qu’il vaut mieux que cela soit ainsi. En effet, l’auteur n’hésite pas à nous brusquer, à nous révéler ce qu’il a observé : le réchauffement climatique, la déforestation, les trafics, etc. Pour l’intérêt de cette cité, n’aurait-il pas mieux fallu qu’elle reste cachée ? Douglas Preston nous suggère tout de même que cette découverte ne doit pas rester vaine, qu’elle peut occasionner une prise de conscience car notre passé nous parle de notre avenir. Et, aujourd’hui, le passé d’un pays à l’autre bout du monde, comme le Honduras, peut dire beaucoup de ce qui nous attend. Ce livre instruit, fait réfléchir, ne peut pas nous laisser indifférent. C’est une oeuvre riche, foisonnante, qui satisfera le moindre curieux dans un nombre important de domaines : sciences, archéologie, culture, histoire, etc. Et même si l’on ne cherche qu’une aventure à la Indiana Jones, on y trouvera notre compte et bien plus, vous l’aurez compris.

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Coup de cœur

#293 Les joies d’en bas – Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl

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Le résumé…

On s’imagine tout savoir sur l’organe sexuel féminin, car il en est souvent question dans les magazines et sur Internet. Mais voilà que Les Joies d’en bas, écrit par deux futures praticiennes norvégiennes et traduit dans une trentaine de langues, dissipe enfin un ensemble de mythes ou de fausses vérités entourant le sexe. Non, on ne peut pas constater médicalement si une fille est en­core vierge. Non, l’orgasme purement “vaginal” n’existe pas. Et le clitoris n’est pas un bouton magique sur le­quel il suffit d’appuyer…
En faisant état des tout derniers résultats de la re­cherche, ce livre révèle la face cachée du clitoris, retrace la ronde des hormones qui orchestrent les menstrua­tions, fait le tour des différents types de contraception… et met enfin le doigt sur le fameux point G.
Voici un guide réjouissant et utile du “continent noir” qui rappelle une chose essentielle : pour être fière de son sexe, il faut le connaître.

Mon avis…

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un livre qui, à mon sens, fait une petite révolution à lui tout seul : Les joies d’en bas. Cet ouvrage, écrit par deux étudiantes en médecine norvégiennes, aborde un sujet passionnant : le sexe féminin. Préparez-vous pour un voyage dans des contrées souvent méconnues… Même si l’on croit être bien informées sur nos organes génitaux, sachez mesdames que nous ignorons encore beaucoup de choses. Et ce livre vient remédier au problème. Il s’agit ici de tordre le coup aux clichés, de déconstruire les croyances au sujet de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom… Fini les tabous ! Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl nous parlent comme des copines. Elles nous expliquent ce que nous devons savoir au sujet de notre corps, pour mieux le comprendre et ainsi avoir un rapport différent avec lui. Avec des mots simples et des petits dessins, elles nous montrent à quoi ressemble vraiment notre sexe, et tout ce qui en découle : comment avoir à tous les coups un orgasme, par exemple. Votre clitoris, entre autres, n’aura plus de secret pour vous ! Mais ce n’est pas uniquement de sexualité qu’il s’agit, loin de là. Vous comprendrez aussi l’utilité des poils, l’inutilité des règles, et inversement, entre autres choses… Le tout de façon nuancée, bien évidemment. On apprend aussi tout ce qu’il y a à savoir sur des sujets moins gais : le cancer du col de l’utérus, les infections sexuellement transmissibles, etc. Bref, c’est un livre salvateur que nous donnent à lire ces deux autrices. Connais-toi toi-même, apprends donc à connaître ton corps, avec cette bible du sexe féminin !

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Pourquoi « féministe » ? Car il faut connaître son corps pour en avoir la pleine maîtrise.

#292 La femme gelée – Annie Ernaux

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Le résumé…

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un «cadre», mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. C’est-à-dire que, comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante. Tout ce que l’on dit être la condition «normale» d’une femme.

Mon avis…

Je découvre Annie Ernaux par le biais de ce livre. C’est un roman qui n’en est pas vraiment un. C’est en tout cas ce qu’explique l’autrice dans son livre L’écriture comme un couteau (dont je vous parlerais bientôt) : « une exploration d’une réalité qui relève de mon expérience, ici le rôle féminin« . En effet, dans ce livre, Annie Ernaux décompose, décortique, déconstruit la vie de femme. Elle montre dans quelle mesure une femme, même si elle est née dans un milieu qui ne distinguait pas les personnes selon leur genre, peut se retrouver cantonnée à jouer un « rôle », celui de mère, d’épouse, de femme au foyer. Ce que j’aime dans cet ouvrage, c’est que la narratrice pose un regard distancié et critique sur son passé, en montrant de quelle façon les femmes sont conditionnées à devenir ce que la société attend d’elle. L’écriture d’Annie Ernaux, au départ, peut décontenancer. Mais elle est en fait le reflet d’une pensée en mouvement, celle d’un être qui s’analyse et évolue au rythme d’une lecture rétrospective d’elle-même. En quoi ce texte est-il féministe ? C’est une oeuvre qui part du récit d’une individualité, d’une singularité, pour parler de la condition des femmes. C’est un livre inscrit dans une époque, les années 60-70, dans une société, qui nous fait réfléchir sur notre propre vie, sur celle de nos mères… C’est un très beau texte, passionnant bien qu’il ne s’y passe pas grand chose – c’est là tout l’intérêt – et qui nous fait réfléchir, penser notre monde. Annie Ernaux est une autrice à découvrir, à lire au moins une fois, et La femme gelée est une bonne ouverture sur son oeuvre.

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