#357 Le Bois des Ombres – Barbara Dribbusch

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Le résumé…

Lorsque sa grand-mère, Charlotte, décède, Anne Südhausen se rend à Innsbruck pour organiser son enterrement. La vieille dame, avec qui elle a perdu contact depuis près de vingt ans, lui a laissé un bien lourd secret : des journaux intimes, qu’elle a rédigés en 1943, lors de son séjour aux « Bois des Ombres », un étrange établissement, à mi-chemin entre le sanatorium et l’hôpital psychiatrique, théâtre de terribles événements qui changèrent à jamais la vie de Charlotte.
La lecture de ces cahiers va être pour Anne source de révélations sur le passé de sa grand-mère, mais rapidement, celles-ci vont dépasser les simples secrets de famille. Pourquoi deux carnets ont-ils disparu ? Que contenaient-ils de si inquiétant ? Surtout, qui pourrait se sentir menacé par eux ?

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un roman que j’ai beaucoup apprécié, et qui est sorti en poche tout récemment ! Il s’agit du Bois des Ombres de Barbara Dribbusch. C’est l’histoire d’une jeune femme qui apprend la mort de sa grand-mère, qu’elle connaissait assez peu. Elle se rend à Innsbruck afin de procéder aux différents préparatifs de son enterrement et elle découvre de mystérieux carnets, dans lesquels sa grand-mère a raconté son histoire… et en particulier une période de sa vie, pendant la Seconde Guerre mondiale… Le Bois des Ombres, c’est le nom d’un sanatorium où a vécu Charlotte, en 1943. C’est un lieu dont les secrets ne se révèlent qu’au fil de la lecture de ses carnets… Or, quelqu’un ne veut visiblement pas qu’Anne découvre tout le passé de sa grand-mère… Très vite, en effet, les deux derniers carnets, qui révèlent tous les ressorts du secret, qui contiennent l’aboutissement de cette recherche, sont volés.

Cette lecture, Anne la partage avec nous. Nous avons en effet accès à son histoire personnelle à elle, sa quête d’explications quant au passé de sa grand-mère, ses propres aventures, et à l’histoire racontée dans ces carnets. C’est donc un roman à deux trames qui se déploient à plusieurs années d’écart, s’entrecroisent parfois, puis se réunissent… C’est un très beau livre sur la question de la famille, de la résistance personnelle et collective, sur la thématique du secret, et un roman fort d’une intrigue très efficace. En découvrant sa grand-mère, Anne se découvre elle-même, et elle embarque le lecteur dans une aventure marquante et émouvante. En bref, c’est un roman fort et étonnant, particulièrement efficace et enrichissant.

Carte d’identité du livre

Titre : Le Bois des Ombres
Autrice : Barbara Dribbusch
Traducteur : Jean Benard
Éditeur : Les Escales
Date de parution : 05 octobre 2017

5 étoiles

 

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#356 Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

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Le résumé…

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine.

Prix du roman des étudiants 2018.

Mon avis…

Cette année, j’ai eu le bonheur d’être jurée du prix du Roman des Étudiants France Culture / Télérama 2018. A cette occasion, j’ai pu lire Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, Trois enfants du tumulte d’Yves Bichet, Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, La robe blanche de Nathalie Léger et Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu.

« Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse. »

Ce roman, c’est l’histoire d’une femme, Sarah, ou plutôt de deux femmes, Sarah et la narratrice. Deux femmes qui, a priori, n’ont pas grand chose en commun… Une mère célibataire d’un côté, calme et tranquille, la narratrice, et de l’autre côté la fougueuse Sarah, la vibrante Sarah, fugace et frivole. C’est l’histoire de leur rencontre, de leur amour, mais c’est surtout l’histoire d’une découverte. La narratrice découvre la sexualité, son corps, se découvre elle-même. Finalement, est-ce que ça raconte vraiment Sarah ? Je ne suis pas sûre qu’elle soit le personnage principal de ce roman… Si elle est au cœur de l’initiation de la narratrice, d’abord la fin en soi, puis le germe d’autre chose, c’est en fait cette femme, ce « je », qui se révèle petit à petit… En deux parties, ce roman nous montre d’abord un amour fulgurant, bouleversant, déstabilisant, passionné. Puis la rupture, le choc, la fin. Et une renaissance, une redécouverte, rien n’est fini.

J’ai beaucoup aimé le style de l’autrice, particulièrement élaboré même s’il s’agit d’un premier roman. Chaque phrase épouse à la perfection l’émotion qu’elle est supposée retranscrire. C’est émouvant, c’est pertinent. La plume est à la fois douce et acérée, comme les battements d’un cœur qui s’emballe. C’est un livre original, surprenant, très touchant et exceptionnellement bien écrit, à découvrir. Un éveil des sens, tout en délicatesse et en subtilité.

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Carte d’identité du livre

Titre : Ça raconte Sarah
Autrice : Pauline Delabroy-Allard
Éditeur : Éditions de Minuit
Date de parution : 06 septembre 2018

Voilà le livre qui a eu mon vote et qui a, cette année, remporté le prix du Roman des Étudiants France Culture / Télérama 2018. Félicitations, Pauline Delabroy-Allard !

5 étoiles

 

 

#353 Sujet inconnu – Loulou Robert

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Le résumé…

J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là, je suis condamnée à cette histoire.

Sujet inconnu, c’est, dans un style brut et très contemporain, l’histoire d’un amour qui tourne mal. Entre jeux de jambes et jeux de mains, l’héroïne de ce roman boxe, court, tombe, se relève, danse, au rythme syncopé de phrases lapidaires et d’onomatopées. Plus la violence gagne le récit, plus on est pris par cette pulsation qui s’accélère au fil des pages. Un roman écrit d’une seule traite, d’un seul souffle, dans l’urgence de gagner le combat, dans l’urgence de vivre, tout simplement.

Mon avis…

L’exploration de la rentrée littéraire continue avec un roman très singulier : Sujet inconnu de Loulou Robert. Il s’agit d’un texte qui est loin d’être classique, qui est au contraire on ne peut plus contemporain, actuel, et aussi torturé que l’est notre société. Loulou Robert y mêle douceur et brutalité, sensualité et violence, avec un style tout à la fois sec et voluptueux, tranchant et caressant. Accrochez-vous bien, ce texte ne pourra pas vous laisser indifférent. On aime, ou on n’aime pas. Mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a un talent fou. Je vous préviens d’ores et déjà, il faut aimer l’écriture saccadée, rythmée et battante, comme le cœur.

Je dis je. Cette histoire existe. Réelle ou pas. Elle existe. La réalité, on s’en fout. La réalité n’écrit pas d’histoires. Je. Tu. Il. Elle ne vit pas. Elle ne mange pas. Ne ressent pas. Ne baise pas. N’aime pas. Ne meurt pas.

Je ne veux pas être réelle.

Rythme de la vie, panique, excitation, désir, peur, hâte… Loulou Robert livre un texte mimétique de l’âme humaine. La pensée y arrive par vagues, déferlante, envoutante, elle nous engloutit, veut nous noyer, nous pousse à lutter pour respirer. C’est un combat pour la vie, pour cette vie qui nous pénètre et nous anime jusqu’aux cellules les plus enfouies et passives. Tout est mouvement, agitation. Et c’est tout simplement beau, exaltant.

Vivante comme jamais. Même dans les pleurs. Je n’ai jamais autant pleuré que cette année. Autant ri. Bu. Mangé. Joui. Dansé. Je me suis envolée. Je me suis crashée. J’ai eu peur. J’ai toujours peur. La peur stimule. Je cours toujours. Crie plus fort. Va chercher. Le sujet inconnu. Je suis le sujet inconnu.

Loulou Robert nous narre la découverte des autres, mais surtout la découverte de soi. Qui est je ? tu ? il ? elle ? Si l’on n’était pas pleinement dans la vie, on aurait le sentiment que l’autrice fait l’autopsie de notre société, de toutes ces individualités effacées dans un collectif, avec un « je », au milieu de tout ça – elle, peut-être ? – qui lutte pour continuer à exister. Elle nous raconte la rencontre d’un personnage avec elle-même, une autre, une inconnue, qui naît lorsqu’elle arrive dans la capitale, un monde bien différent de sa campagne natale. Le choc. Et le charme qui opère.

Carte d’identité du livre

Titre : Sujet inconnu
Autrice : Loulou Robert
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

rentrée littéraire

#350 Le malheur du bas – Inès Bayard

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Le résumé…

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Mon avis…

Voici un autre roman de la rentrée littéraire 2018, encore un, et pas des moindres. Le malheur du bas, on en a tous et toutes entendu parler… Et, parfois, ce n’est pas forcément une bonne chose. A en entendre trop, on en attend beaucoup… Mais, heureusement, j’ai vite oublié tous ces échos car le roman m’a absorbée. Oubliée la comparaison purement structurelle avec Chanson douce de Leïla Slimani (que j’avais par ailleurs apprécié). Oubliée l’idée que « ça parle d’un viol ». Car c’est bien plus que ça. C’est un texte profond, bouleversant, qui raconte la vie d’une femme qu’une agression sexuelle égare. Elle n’est pas seulement perdue dans cette société qui ne l’empêche pas de se détruire, elle est perdue en elle-même. On n’est pas forcément dans un texte qui a pour vocation de nous montrer la réaction habituelle d’une femme victime de viol, on est ici face à un destin exceptionnel, car il sort du commun, un destin fait de violence et de destruction. Inès Bayard nous propose un récit dont on connaît déjà la fin, il n’y a aucune surprise sur ce plan. Tout l’intérêt est dans le processus : comment Marie va-t-elle en arriver à de tels extrêmes ? L’écriture, incisive et directe, ne permet au lecteur aucun détour ou recours. Emporté dans un tourbillon torturé, il n’a plus d’échappatoires. Et, pour être honnête, je crois que l’on n’a jamais envie de refermer ce livre. Malgré son intensité, sa brutalité, il nous accroche complètement. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, il faut lire ce livre pour comprendre. Sans être un coup de cœur comme Règles douloureuses, il s’agit d’un texte fort, à la fois exceptionnel et utile, qui nous révèle un talent très prometteur, celui d’Inès Bayard. Sujet d’actualité s’il en est, sujet millénaire même, les violences faites aux femmes – qui dépassent le viol, y compris dans ce roman – sont enfin abordées, et c’est une très bonne chose. C’est justement ce que j’ai particulièrement apprécié dans Le malheur du bas : la représentation du caractère divers de ces violences, qui peuvent aussi bien être sexuelles que morales, sociales, professionnelles ou gynécologiques… Vous l’aurez compris, c’est un roman éprouvant mais incontournable en cette rentrée littéraire !

Carte d’identité du livre

Titre : Le malheur du bas
Autrice : Inès Bayard
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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féminismeblog

 

#349 La Purge – Arthur Nesnidal

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Le résumé…

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Mon avis…

Alors alors… voici un roman très particulier pour continuer notre exploration de la rentrée littéraire ! La classe prépa, pour moi, c’est une sorte de mirage. On m’avait toujours dit que j’en ferais une, que j’en étais capable, et j’ai décidé de ne pas y aller, préférant la liberté que m’offrait l’Université. Cette dernière est par ailleurs souvent décriée par les professeurs qui cherchent à former ces « futures élites« … Et, à la lecture de ce livre, je ne regrette aucunement mon choix. La description que nous offre Arthur Nesnidal de la classe prépa, ici Hypokhâgne, ne m’étonne pas du tout, et correspond relativement bien aux échos que j’en ai eu. Le contenu, vous l’aurez compris, est volontiers polémique et particulièrement intéressant.

« Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ses chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus. »

 A la façon d’un Zola du XXIe siècle, Nesnidal nous plonge dans un univers qui parfois confine à la torture psychologique et physique… L’esprit y devient un paysage de guerre. Pour avoir connu des personnes qui ont vécu dans cette atmosphère toute particulière, je reconnais leurs sentiments… Dès les premières lignes, le caractère malsain et répulsif de ce système est souligné. Les images sont rudes, violentes, agressives… Malheureusement, quelque chose n’a pas marché, pour moi, dans ce roman. Je pense que le « problème » vient surtout du style, certes virtuose, mais justement peut-être trop ! Ce livre est écrit avec une érudition parfois pesante, trop soulignée, trop démonstrative. Je n’ai pas ressenti la moindre proximité ou sensibilité avec les personnages, le récit ne m’a particulièrement touchée ou révoltée. C’est bien écrit, oui, et même très bien, mais l’esthétique est omniprésente, parfois au détriment du propos.

Carte d’identité du livre

Titre : La Purge
Auteur : Arthur Nesnidal
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

3 étoiles

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour cette lecture.

Julliard

#347 Cœur battant – Axl Cendres

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Le résumé…

Alex, 17 ans, est un « hors-la vie ». Après avoir essayé d’éteindre son cœur, il se retrouve dans une clinique pour y être « réhabilité à la vie ». Il y rencontre Alice, aussi belle que cynique ; Victor, aussi obèse que candide ; la vieille Colette, aussi espiègle qu’élégante ; et Jacopo, aussi riche que grincheux. À eux cinq, ils décident de s’évader de la clinique, direction le manoir de Jacopo. Le but du voyage ? Se jeter d’une falaise, tous ensemble – ça leur fera un projet commun ! Mais la route va leur réserver plusieurs surprises. Assez pour qu’Alex se demande si, finalement, la vie n’en vaut pas la douleur…

Mon avis…

Voici un roman très original : Cœur battant d’Axl Cendres. J’avais découvert cette autrice avec Dysfonctionnelle, également aux éditions Sarbacane… C’était donc avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture ! C’est avec un style assez léger qu’Axl Cendres nous embarque dans l’histoire de ces personnages. Pourtant, le sujet, à la base, ne prête pas forcément à sourire, puisqu’il est question de suicide… Or, nous rencontrons dans ce roman des « suicidants », donc des gens qui ont raté leurs suicides… La vie, ils ne l’aiment pas. Et leur seul objectif, c’est de mourir, une bonne fois pour toutes ! Alex, Alice, Victor, Colette et Jacopo sont cinq personnages attachants. A la fois décalés et familiers, ils nous emportent dans leur délire, sans jamais nous faire sombrer dans la peine. Ici, la mort est loin d’être déprimante. Elle est un idéal. A la clinique de la Citadelle, ces êtres si différents se rencontrent, et un jour vont décider de partir… pour se suicider, tous ensemble ! Sauf que l’amour et l’amitié rôdent dans les environs, menaçant leur projet ! Ce récit, complètement perché, est en fait d’une poésie folle. J’ai vraiment apprécié ce roman qui, malgré son humour très marqué, est particulièrement touchant. Nous jetons un regard nouveau sur le monde, la vie, les relations qui nous unissent tous. En bref : une histoire inspirante habillée de fraîcheur et de rires ! Un hymne à la mort ? Non, un hymne à la vie. A découvrir !

Carte d’identité du livre

Titre : Cœur battant
Autrice : Axl Cendres
Éditeur : Sarbacane
Date de parution : 05 septembre 2018

5 étoiles

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Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

#343 Règles douloureuses – Kopano Matlwa

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Le résumé…

Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d’elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l’a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s’interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l’opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l’ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l’Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d’un patient étranger blessé lors d’émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes.
En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

Mon avis…

Dans une rentrée littéraire, il y a toujours un trésor, caché au milieu de la masse… Je sentais avant même de lire ce roman qu’il pouvait être cette petite perle. Et je ne m’y suis pas trompée, je crois. Il est de ces lectures qui laissent un goût à la fois doux et amer… Après avoir refermé ce livre, comme il est difficile de passer à un autre… Afrique du Sud, 2015, Masechaba souffre d’endométriose. Sa vie est une constante course d’obstacles. Malgré toutes les difficultés, les épreuves, elle a réussi à devenir médecin. Loin de laisser ses propres douleurs masquer celles du monde qui l’entoure, elle constate la prégnance du racisme, la persistance d’une forme d’apartheid qui se manifeste par une méfiance envers les étrangers… puis des violences qui vont profondément la choquer… Elle décide alors de mener un combat qui va la briser.

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Règles douloureuses de Kopano Matlwa est un roman fort, puissant, révoltant, qui nous retourne l’âme aussi sûrement qu’une tempête. Endométriose, racisme, xénophobie, viol, mort, survie… Les sujets les plus durs sont présents. Tout cela amené avec la tendresse mêlée d’espoir d’une autrice talentueuse. Un choc, une véritable et belle révélation, un roman à la profondeur et à la perfection insondable ! C’est un livre actuel, moderne, dans lequel fleurit une douce révolte là où plus rien de bon ne semblait pouvoir éclore… Exceptionnel.

Carte d’identité du livre

Titre : Règles douloureuses
Autrice : Kopano Matlwa
Traductrice : Camille Paul
Éditeur : Le Serpent à Plumes
Date de parution : 30 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#337 Les prénoms épicènes – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Mon avis…

Je n’étais pas sûre à 100% de lire le dernier Amélie Nothomb… et, finalement, je me suis quand même laissée tenter. Je ne sais pas pourquoi, il s’agit de l’autrice dont, même si elle ne me convainc pas toujours, je ne peux m’empêcher de lire les romans… J’avais apprécié, sans plus, celui de la précédente rentrée littéraire, Frappe-toi le cœur. Là encore, l’éditeur ne s’étend pas sur la quatrième couverture : rien ne sera dit de l’intrigue… Mais bon, on en apprend vite beaucoup plus si l’on ne vit pas dans une grotte ! Cette histoire fait en quelque sorte pendant à l’intrigue de Frappe-toi le cœur. On passe d’une relation mère-fille à une relation père-fille… Évidemment, les rapports humains sont toujours… particuliers… chez Nothomb, vous vous en doutez, ce n’est pas tout rose !

« Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l’aimait pas ? La question ne méritait aucun état d’âme. »

Au début, j’ai eu un peu peur car j’avais la drôle de sensation d’une histoire à la va-vite, un peu « bâclée », car la situation est exposée très rapidement, sans trop approfondir la psychologie des personnages… Ce choix s’explique plus loin dans le roman, heureusement. Passé cette mauvaise première impression, finalement on se prend à l’intrigue. En effet, j’ai plutôt trouvé l’ensemble assez « réaliste« . Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier en partie au personnage principal, et de voir mon père dans le sien… En tout cas, on retrouve le talent de Nothomb pour construire des personnalités fortes. C’est donc, comme toujours, un roman bref et efficace que nous livre l’autrice. Les amateurs y trouveront évidemment leur compte, comme les curieux qui n’ont pas encore tenté l’expérience. Ceux qui attendent de l’originalité folle, cependant, seront déçus. Rien de sensationnellement nouveau dans ce roman, c’est du pur Nothomb, comme on l’aime (ou comme on le déteste).

Carte d’identité du livre

Titre : Les Prénoms épicènes
Autrice : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

4 étoiles

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