#393 L’amour de ma vie – Clare Empson

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Le résumé…

Catherine ne parle plus. Ni à son mari, ni à ses enfants, ni aux médecins, pas même à sa meilleure amie. Elle a été témoin d’une scène terrible et depuis plus un mot. Pourtant, du fond de sa bulle, Catherine se souvient…

Elle se souvient de Lui, Lucian, l’amour de sa vie rencontré à la fac. À cette époque, elle s’était laissé entraîner dans son cercle d’amis, privilégiés et hédonistes. Difficile d’oublier leur rupture, aussi : en une nuit, tout a volé en éclats. Elle l’avait quitté, détruisant leur vie à tous les deux. Sans qu’il n’y comprenne rien.

Elle se souvient surtout de leurs retrouvailles, quatre mois plus tôt : le hasard les a réunis, comme pour leur offrir une seconde chance. La passion a ressurgi immédiatement. Toutefois, impossible d’éviter la question essentielle : pourquoi? Pourquoi Catherine s’était-elle enfuie, cette nuit-là?

Une plongée sombre au cœur du silence, des secrets et des non-dits d’une histoire d’amour.

Mon avis…

Aujourd’hui, je quitte mes bouquins, mon traitement de texte et mes blocs-notes (écriture d’articles pour ma thèse oblige…) pour vous parler d’un bouquin original, à mi-chemin entre romance et thriller ! J’ai nommé : L’amour de ma vie de Clare Empson. Dans ce roman, on découvre l’histoire de Catherine qui, traumatisée par un événement que l’on ignore, ne peut plus parler. Elle est enfermée dans la prison de son esprit, mutique, laissant sa famille et sa meilleure amie dans le désespoir… Mais nous, lecteurs et lectrices, avons accès à la vérité, à travers le récit de Catherine, qui devient narratrice. Elle s’adresse à un « tu », une personne qui est la clé de tout ce mystère. Elle revient aux temps de l’université, au moment où elle a rencontré Lucian, l’homme qui a changé sa vie et lui a fait découvrir la véritable passion… Mais cet homme, elle l’a quitté, sans donner la moindre explication… Suspense multiple donc : que s’est-il passé pour que Catherine devienne muette ? et que s’est-il passé à l’époque de la fac ? Nous avons donc le récit rétrospectif de cette belle histoire d’amour, hanté par l’abandon final dont nous ignorons la cause (jusqu’à la fin du roman), et le récit de ces dernières semaines, qui ont vu se réunir Catherine et Lucian. En alternance avec le récit de Catherine, nous avons également la narration de Lucian, qui raconte sa version, sa vision des événements. C’est donc un roman très riche et rempli de suspense que nous propose ici Clare Empson. J’ai été absolument absorbée par ce récit, et je l’ai dévoré en une nuit, pour vous dire ! J’ai deviné assez vite le nœud de l’histoire mais, finalement, ça n’enlève pas du tout le plaisir de la lecture, au contraire.

Avertissement : je vous déconseille d’aller sur le site de Babelio pour faire une recherche sur ce livre, car le résumé spoile carrément l’histoire, ce qui est vraiment vraiment dommage !

P.S. : La couverture est canon !

Carte d’identité du livre

Titre : L’amour de ma vie
Autrice : Clare Empson
Traductrice : Jessica Shapiro
Éditeur : Denoël
Date de parution : 13 juin 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

denoel

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#386 Il n’est jamais trop tard – Anne Youngson

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Le résumé…

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même.
Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.

Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre?

Mon avis…

Il n’est jamais trop tard est un roman qui, a priori, pouvait vraiment me plaire. J’aime beaucoup les livres originaux et, de nos jours, les romans épistolaires ne sont pas monnaie courante. Je me réjouissais donc de découvrir cet échange entre deux personnages que tout sépare, et en particulier des milliers de kilomètres. Tina Hopgood décide, un jour, d’écrire une lettre à quelqu’un qu’elle admire, le professeur Glob, qui a découvert « l’homme de Tollund ». Cette histoire d’archéologie est tout à fait véridique, je vous mets l’image du bonhomme découvert momifié dans une tourbière ci-dessous. Tina est fascinée par cette découverte, et en particulier par le sourire apaisé qui semble éternellement gravé sur le visage de cet homme. Elle a créé tout un imaginaire autour de ça. Néanmoins, ce n’est pas le professeur Glob, mort depuis un bout de temps, qui répond à sa lettre, mais Anders, le conservateur du musée de Silkeborg, où se trouve conservé l’homme de Tollund. Cette réponse, très formelle, est une invitation à venir visiter le musée danois. Mais Tina fera-t-elle le voyage ? Avant d’avoir la réponse, c’est une longue correspondance qui commence entre les deux personnes.

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« Nous avons parlé ensemble du sens de la vie, et nous nous sommes demandé si nous avions vécu comme nous en avions l’intention ou comme nous aurions choisi de vivre si nous avions su au moment de faire ce choix quelles étaient nos alternatives, mais nous n’avons pas raté notre vie. »

Réunis par l’histoire et l’imagination, Tina et Anders sont deux êtres très différents. Leurs conversations sont tantôt très concrètes – ils se racontent leur vie quotidienne – tantôt philosophiques. Ils abordent tous les sujets qui les préoccupent et deviennent progressivement amis, et peut-être plus. J’ai trouvé beaucoup de charme à la correspondance mais j’avoue que, globalement, la lecture ne m’a pas emballée autant que je l’aurais cru. En effet, le rebondissement suggéré dans la quatrième de couverture (« Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. ») est vraiment moindre. Il n’arrive que tardivement et est très vite évacué. Échange épistolaire oblige, il n’y a aucune action à proprement parler, uniquement des récits d’événements ou des pensées. La lecture peut donc tirer en longueur et devenir parfois un peu ennuyante. J’ai donc beaucoup aimé le postulat de départ, j’ai été séduite par l’idée de réunir ces deux personnages et par certains moments du livre… mais l’impression globale n’est pas excellente, malheureusement. Un petit dommage, donc, malgré le gros potentiel de ce roman qui pourra néanmoins plaire aux lecteurs et lectrices qui aiment les discussions philosophiques, les flux de pensée et les questionnements existentiels… Je sais qu’il en existe beaucoup, et si vous en faites partie, n’hésitez pas à plonger dans Il n’est jamais trop tard.

Carte d’identité du livre

Titre : Il n’est jamais trop tard
Autrice : Anne Youngson
Traductrice : Perrine Chambon
Éditeur : Denoël
Date de parution : 23 mai 2019

3 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

denoel

#385 Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites – Kristan Higgins

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Le résumé…

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de « La liste de choses à faire quand elles seraient minces », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout oser !

Mon avis…

Emerson, Marley et Georgia se sont rencontrées pendant leur adolescence, dans un camp pour jeunes personnes en surpoids. Elles ont passé un fabuleux été, nouant une amitié indéfectible. Un jour, elles ont écrit la liste de toutes les choses qu’elles feront lorsqu’elles seront minces. Des années plus tard, Marley et Georgia sont restées très proches, mais Emerson a pris ses distances et donne moins de nouvelles à ses amies. Les kilomètres qui les séparent n’aident pas… Un jour, les deux jeunes femmes sont appelées pour se rendre auprès d’Emerson, et découvrent qu’elle est désormais atteinte d’obésité morbide et qu’elle va mourir… Le choc est immense : que s’est-il passé ? Avant de partir, elle leur confie un petit bout de papier et leur fait promettre de tout faire. Ignorant les enjeux, ses deux amies acceptent. Ce papier, c’est cette fameuse liste de choses à faire quand elles seraient minces… Sauf que, minces, Marley et Georgia ne le sont toujours pas ! C’est donc le début d’un grand combat pour l’acceptation de soi qu’entament les deux amies.

Ce roman m’a beaucoup surprise. Concrètement, Kristan Higgins n’est pas grosse. Elle ne sait donc probablement pas elle-même ce que c’est, mais elle parvient à créer des personnages aux états d’âme très réalistes. Il est vrai que certains passages ont pu me déranger, mais aussi certaines idées qui sont présentes dans le roman, comme celle selon laquelle il suffirait de manger mieux et moins pour mincir. Ce n’est pas toujours vrai. Néanmoins, Kristan Higgins parvient à ne pas rentrer totalement dans les clichés, et j’ai malgré tout réussi à faire abstraction de cette petite gêne initiale. Par ailleurs, il y a un véritable travail sur la psychologie dans ce roman. Parfois, j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelques longueurs, qu’il ne se passait pas grand chose à certains moments, et en réalité cela ne m’empêchait pas du tout de prendre plaisir à la lecture. Ces moments matérialisaient surtout l’attention très fine portée par l’autrice à l’élaboration de ces personnages. On explore vraiment leurs sentiments, leur intériorité, et on partage en quelque sorte le quotidien de ces jeunes femmes…

Le roman a un bon rythme, car il alterne des chapitres centrés sur Georgia, d’autres sur Marley, et d’autres où l’on retrouve des pages du journal intime d’Emerson. Malgré la mort de cette dernière, donc, le personnage ne cesse pas d’être présent et le trio continue d’exister, d’une autre façon. Chaque chapitre est en quelque sorte concentré, sur le plan des deux copines vivantes, sur la réalisation des points de la liste. Néanmoins, puisque aucune vie ne saurait être réduite à une liste, il va de soi que les deux amies prennent vite leur indépendance vis-à-vis de ces directives et les adapte à ce qu’elles sont devenues. Hors de question, donc, d’attendre d’être mince ! C’est alors un défi encore plus grand que se lancent Georgia et Marley : assumer leur corps tel qu’il est. Et, dans ce long roman, on retrouve toute leur progression, c’est-à-dire leurs hésitations, leurs doutes, leurs peines, mais surtout leurs victoires, même les plus petites, leurs triomphes sur les autres mais surtout sur elles-mêmes. Les personnages secondaires, eux aussi, sont vite contaminés par cette belle initiative, ce qui donne un roman très positif !

Les quelques petites maladresses sur le traitement du surpoids par l’autrice sont donc vite pardonnées, car elle ne bâcle pas ses personnages. On entre dans la vie de Georgia et Marley et on s’attache véritablement à elles. J’ai beaucoup souri pendant cette lecture, j’ai pris du plaisir, et j’avais vraiment envie de savoir comment les choses allaient se finir pour elles. Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites est un roman body positive mais certainement pas moralisateur. Et, rassurez-vous, pas besoin d’être en surpoids pour apprécier cette histoire ! C’est un roman vraiment sympathique, idéal pour les chaudes journées d’été que nous connaissons ces derniers temps. Au programme : de l’amitié, de l’humour, de l’amour, du dépassement de soi et de la sensibilité. Ce roman est aussi un beau pied de nez aux grossophobes, profondément déculpabilisant et bienveillant !

Carte d’identité du livre

Titre : Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites
Autrice : Kristan Higgins
Traductrice : Alexandra Herscovici-Schiller
Éditeur : Harper Collins France
Date de parution : 02 mai 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Harper Collins France pour cette lecture.

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#383 Les Confessions de Frannie Langton – Sara Collins

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Le résumé…

Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques…
Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l’un des couples les plus raffinés d’Angleterre.
Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison.
Meurtrière. Aujourd’hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d’assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouvrer la mémoire, Frannie prend la plume…
Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

Mon avis…

Ce livre, malgré sa couverture colorée, renferme un roman noir dont l’atmosphère gothique marque l’influence sur Sara Collins d’autrices telles que les sœurs Brontë, Mary Shelley, Jean Rhys ou encore Sarah Waters, une autrice contemporaine que j’apprécie énormément et dont je vous parlerais un jour. À l’instar des romans de cette dernière, on retrouve dans Les Confessions de Frannie Langton une histoire d’amour lesbienne en plein Londres du XIXe s. Mais, évidemment, l’intrigue ne se limite pas à cette romance qui, par ailleurs, est tout aussi dure et cruelle que le reste. En effet, nous découvrons Frannie Langton dans une situation plus que compliquée : durant son procès, puisqu’elle est accusée du meurtre de ses deux maîtres, M. et Mrs. Benham. C’est Frannie qui, à la première personne, nous raconte son histoire. Elle revient sur son enfance en Jamaïque, dans la plantation de cannes à sucre où elle est née, sur les horreurs qu’elle a été contrainte de commettre, mais aussi sur l’éducation qu’elle a reçue. Car Frannie est une métisse à qui l’on a appris à lire et à écrire. Mais, au XIXe siècle, dans une société oppressive et esclavagiste, toute connaissance a son revers.

Elle nous raconte son parcours, de sa Jamaïque natale au Londres du XIXe s., au service de M. et Mrs. Benham. C’est avec cette dernière qu’elle nouera une relation aussi passionnée que toxique. Là, elle trouvera une forme de liberté, quittant l’esclavage pour la domesticité, mais elle découvrira les origines de ses souffrances passées, et elle traversera encore des épreuves bouleversantes et perturbantes. Frannie Langton, au fil de ses confessions, apparaît comme un personnage extrêmement complexe, qui semble se déshumaniser au fil du récit, à mesure que les horreurs vécues modifient son être. Est-elle véritablement coupable du meurtre de ses maîtres ? Surtout, a-t-elle tué la femme qu’elle aimait ? Ou n’est-elle la principale suspecte qu’en raison de sa couleur de peau ? Quel est le rôle de cette société coloniale, esclavagiste, raciste et misogyne, dans le meurtre qui a été commis ? Ce livre soulève de nombreuses questions, tant concernant le personnage que l’époque dans laquelle elle évoluait. Il s’agit d’un premier roman intéressant qui, malgré quelques longueurs et une intrigue parfois très foisonnante, parvient à nous captiver.

Carte d’identité du livre

Titre : Les Confessions de Frannie Langton
Autrice : Sara Collins
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Belfond
Date de parution : 18 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

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#382 La chambre des officiers – Marc Dugain

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Le résumé…

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une  » gueule cassée « . Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres.
Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

Mon avis…

J’ai enfin lu La chambre des officiers de Marc Dugain ! De ce roman, qui date de 1999, je n’ai entendu que du bien… Je l’ai dévoré, le temps d’un aller-retour en train. C’est en effet un livre assez court, qui se lit vraiment bien et qui, en cela, me semble vraiment pouvoir s’adresser à tous les publics, y compris les jeunes. Il raconte l’histoire d’Adrien, beau jeune homme qui, mobilisé dans le génie pendant la Première Guerre mondiale, est défiguré par un éclat d’obus dans les premiers jours du conflit, avant même que les combats ne commencent officiellement. Il est le tout premier blessé de la face en France, la toute première « gueule cassée ». Ce roman raconte donc son quotidien à l’hôpital du Val de Grâce, près de Paris, où il ne voit des combats et de la guerre que les nombreux blessés graves qui affluent à l’arrière. La « chambre des officiers », c’est celle dans laquelle on l’installe dès son arrivée. Les blessés sont « classés » selon leur rang. Dans cette salle, il rencontrera d’autres officiers blessés, et construira des amitiés durables. Ce roman montre bien l’esprit de camaraderie qui peut naître, même dans les pires épreuves, mais aussi tous les obstacles que devaient surmonter ces personnes.

Ce roman est passionnant car il nous fait entrer dans la vie d’Adrien, à travers une narration à la première personne qui nous permet d’imaginer, ne serait-ce qu’un peu, ce que devait ressentir une gueule cassée. En cela, le livre de Marc Dugain était assez singulier à l’époque de sa sortie car, en vérité, les blessés de la face, bien que très nombreux, avaient tendance à être invisibilisés en littérature. Depuis, nous avons aussi vu passer Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, dans lequel l’un des personnages principaux, Édouard Péricourt, est aussi une gueule cassée. J’ai beaucoup aimé la présence étonnante d’une femme parmi tous ces blessés. Le roman met en effet en scène la variété des blessures mais aussi celle des victimes, et l’horreur que cela représente. Il permet également de montrer leur retour à la vie civile, parfois extrêmement compliqué, parfois impossible. C’est un roman très fort, écrit avec un style simple et accessible, qui permet de porter un regard profondément humain sur ce conflit dévastateur et précisément marqué par l’inhumanité.

Carte d’identité du livre

Titre : La Chambre des Officiers
Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : 6 janvier 2000

5 étoiles

#378 L’aimée – Renée Vivien

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Le résumé…

Lorély, intellectuelle et salonnière réputée, inspire à la narratrice un amour passionnel et destructeur. Celle-ci en oublie sa tendre amie, Ione, qui en meurt de chagrin. Lorély l’infidèle devient alors celle par qui le drame est arrivé. Viennent d’autres amantes, figures salvatrices ou démons séducteurs, brouillant les pistes dans le jeu amer de tromperie et de pardon qui oppose et réunit tour à tour la narratrice et Lorély.

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Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle non seulement d’un livre, mais aussi d’une maison d’éditions : Talents hauts. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Il s’agit d’une ME jeunesse, créée en 2005, qui choisit de publier des livres qui vont à l’encontre des clichés, des discriminations, des distinctions de genres, etc. L’un de leurs projets est ainsi de proposer la réédition de textes oubliés, car ils sont l’œuvre d’autrices qui, principalement en raison du fait qu’elles étaient des femmes, ont été condamnées à être effacées des histoires littéraires et des rayonnages des librairies. Cette collection très récente s’appelle « Les plumées », pour les raisons que l’on imagine. Vous pouvez y découvrir Isoline, un texte de Judith Gautier (je vous avais déjà parlé de cette autrice en proposant une brève chronique des Mémoires d’un éléphant blanc), ou encore Marie-Claire de Marguerite Audoux, ou bien Trois soeurs rivales de Marie-Louise Gagneur et, un peu plus connu, La Belle et la Bête de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve. Aujourd’hui, c’est d’un autre livre que je vous parle : L’aimée de Renée Vivien. C’est un texte qui avait déjà paru sous le titre Une femme m’apparut, mais qui était depuis tombé dans l’oubli…

« Dans une demi-clarté à la magie singulière, une Femme m’apparut… […] Instinctivement, je redoutai le commandement de son regard, la courbe impérieuse de ses lèvres. Ses cheveux la nimbaient d’un perpétuel clair de lune. »

Alors, avant de rentrer dans le détail de ce magnifique texte, j’aimerais vraiment remercier les éditions Talents hauts pour ce superbe projet, qui est d’une importance capitale dans la vie littéraire actuelle. Mettre en lumière les autrices est tout simplement une nécessité aujourd’hui, et cette maison d’éditions le fait avec beaucoup de goût, de subtilité, de fraîcheur. Merci.

« J’attendais Lorély dans un boudoir glauque où les bibelots semblaient jetés çà et là au gré d’une main impatiente. On y sentait le caprice et le désordre d’un esprit fantasque. Des fleurs éclataient partout en gerbes, en fusées, en masses touffues… C’étaient des lys tigrés ouvrant leurs vastes corolles d’où s’exhalait la violence du parfum, des grappes d’orchidées bleues retombant avec une grâce triste, des gardénias, si fragiles que le frôlement le plus doux les eût flétris, blêmissant à côté de roses blanches. »

Si Talents hauts est une maison d’édition jeunesse, il s’avère que les livres de la collection « Les plumées » sont, dans toutes les librairies dans lesquelles j’ai cherché, rangés dans les rayons de littérature générale. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de textes littéraires assez anciens, peut-être, mais aussi par le vocabulaire, parfois compliqué. Or, je tiens à souligner que l’ensemble est compréhensible y compris d’un lectorat jeune. Tout dépend, je pense, de la maturité des lecteurs et lectrices. Le mieux étant de mettre le livre entre leurs mains et de les laisser décider si cela les intéresse ou non. Ce sont donc aussi des textes qui sont accessibles aux adultes. Bref, il est possible de les lire presque à tout âge. Et je n’ai donc pas boudé mon plaisir.

« Aucune parole de sagesse ne vaut le rire de la folie »

Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans ce « roman », que j’hésite même à appeler ainsi pour cette raison. Il s’agit d’un texte qui aborde les questions de l’amour, de la passion, de la peine qui peut en découler. Renée Vivien traite ici de la relation entre deux femmes, et ce n’est pas pour rien que cette autrice est surnommée Sapho 1900, d’après le nom de la célèbre poétesse de l’Antiquité, qu’elle a traduite et adaptée, contribuant ainsi à en faire le symbole des amours lesbiens. L’aimée, dans lequel on retrouve cette influence, est vraiment un livre absolument splendide, très poétique. L’écriture et le style de l’autrice sont exceptionnels. Il s’agit d’un texte en grande partie autobiographique, car il est inspiré de sa relation avec Nathalie Barney, une femme qu’elle a tendrement aimée et qui l’a beaucoup fait souffrir. Tout cela est fort bien expliqué dans la petite préface de Nicole G. Albert, docteure et spécialiste de la littérature décadente. L’ensemble du livre est assez métaphorique parfois, nimbé de mystère, auréolé de douceur également, comme s’il incarnait le sentiment même de l’amour. J’ai vraiment été séduite par cette lecture, qui mérite en effet d’être redécouverte pour sa grande qualité stylistique et sa profondeur qui n’ont rien à envier aux plus grands chefs d’œuvre reconnus de la littérature.

Carte d’identité du livre

Titre : L’aimée
Autrice : Renée Vivien
Éditeur : Talents Hauts
Date de parution : 21 février 2019

5 étoiles

#376 Bleue – Maja Lunde

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Le résumé…

Norvège, 2017. Depuis son plus jeune âge, Signe a fait passer l’écologie avant tout. Ainsi a-t-elle préféré renoncer à Magnus, dont elle ne partageait pas les idées. Aujourd’hui, elle vit sur un bateau amarré dans un fjord, au plus près de l’eau.  Et c’est pour sauver l’eau qu’elle décide à soixante-sept ans d’entreprendre un dernier périple en mer, lorsqu’elle apprend qu’une opération commerciale, autorisée jadis par Magnus, menace son glacier natal. L’heure est venue pour Signe d’affronter son grand amour perdu. Pour cela, elle doit prendre la direction du sud de la France…

France, 2041. La guerre de l’eau bat son plein. Avec Lou, sa fille aînée, David a fui les Pyrénées ravagées par la sécheresse pour retrouver sa femme et leur bébé, dont il a été séparé. Mais les réfugiés climatiques sont bloqués à la frontière, et les ressources commencent à manquer. Un jour, à des kilomètres de la côte, David et Lou trouvent un voilier au beau milieu d’un champ desséché : le bateau de Signe…

Mon avis…

Après l’excellent Une histoire des abeilles, Maja Lunde revient avec une nouvelle fable dystopique : Bleue. Cette fois, ce ne sont pas trois mais deux trames narratives que nous suivons, l’une en 2017, l’autre en 2041. J’apprécie beaucoup cette construction, qui permet d’avoir plusieurs regards sur l’événement, ici la sécheresse. Si ce roman, comme le précédent, a clairement pour but de nous faire réfléchir aux enjeux écologiques et climatiques de notre époque, c’est aussi un livre passionnant, avec des personnages attachants et une intrigue prenante.

Bleue est un texte magnifique, qui nous montre des temps futurs, où de nombreux européens, français compris, seront obligés de fuir les villes dévastées par des incendies que l’on ne peut plus éteindre par manque d’eau, devenant ainsi des réfugiés climatiques dont, malheureusement, les autres pays ne veulent pas… Triste ironie du sort, me direz-vous… Mais c’est aussi et surtout profondément réaliste. L’eau a disparu, les fleuves se sont taris, l’eau courante est rationnée dans les camps où se réunissent les survivants… Quant à l’histoire qui se déroule vingt-quatre ans plus tôt, elle nous montre un échantillon de la destruction de la planète, de son exploitation à l’excès, tout en proposant un récit individuel, montrant le destin de personnages et leur lien avec ce processus. Ici, ni grand méchant ni grand gentil, juste des êtres humains parfois inconscients, toujours fragiles…

Malgré le caractère dystopique, Maja Lunde injecte de l’espoir tout au long de son roman, au travers de ses êtres de papier, et en particulier de la petite Lou. Comme dans Une histoire des abeilles, le salut du monde se trouve entre les mains des enfants… Loin d’être simpliste et moralisatrice, cette histoire est bien au contraire d’une richesse folle, et remplie de tendresse. Ce roman est encore une fois un véritable coup de cœur, car il mêle avec subtilité réflexions actuelles sur l’avenir du monde et divertissement. Oui, c’est à la fois une lecture plaisir et réflexive, et c’est pour cette raison que je vous conseille vivement ce livre. Il est scientifiquement documenté, certes, mais il amène une touche d’humanité et d’individualité dans ce récit parfois catastrophique de l’avenir qui nous attend si le monde continue à tourner ainsi.

Carte d’identité du livre

Titre : Bleue
Autrice : Maja Lunde
Traductrice : Marina Heide
Éditeur : Presses de la Cité
Date de parution : 09 mai 2019

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Coup de coeur

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Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley pour cette lecture.

Alerte parution : « La fabrique des coïncidences » de Yoav Blum

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L’original roman de Yoav Blum vous attend en librairie, enfin au format poche ! Je vous conseille de vous emparer de cette pépite pour les mois d’été, pour bouquiner à la plage, dans votre jardin ou en terrasse, ou encore dans votre vol long courrier. Enjoy !

Retour sur la chronique que j’avais faite de ce super livre !

Le résumé…

Guy, Emily et Eric sont des agents secrets d’un genre nouveau. Leur mission : créer des coïncidences pour influer sur la vie des gens. Le destin ne relève pas du hasard ou d’une autorité divine mais bel et bien d’une organisation invisible, où l’on débute souvent comme tisseur de rêves ou ami imaginaire jusqu’à accéder à la fonction ultime de faiseur de coïncidences. Aussi, quand Guy se voit assigner une mission spéciale impliquant un mystérieux tueur à gages, ses certitudes volent en éclats, menaçant l’équilibre du trio. Tout en subtilité, ce roman intelligent et captivant interroge autant la notion de libre arbitre que la nature véritable de l’amour.

Mon avis…

« La fabrique des coïncidences » est un livre original, coloré, malicieux. J’ai été un peu déstabilisée au début, car l’histoire est particulièrement décalée, on est dans un tout autre monde tout en étant ancré dans une réalité proche de la nôtre. Dans ce monde-là, il y a des personnages dont le boulot est d’être ami imaginaire ou faiseur de coïncidences. Ce sont ces derniers qui vont faire en sorte que la vie des gens prenne une orientation particulière, de mission en mission. Nous suivons, dans ce roman, trois personnages, et un en particulier : Guy. Il est du genre « gratte-papier », très sérieux, il fait bien son boulot. Alors, quand une mission étrange lui est confiée, il voit sa vie bien droite et bien réglée brutalement secouée en tous sens. Et c’est donc son histoire que l’on suit, son passé que l’on explore, et son futur que l’on fabrique ! Le roman se bonifie au fil des pages. Au début, il faut un peu de temps pour s’habituer à l’univers, aux règles de ce nouveau monde, puis on se laisse emporter, guider. Pas de coïncidences dans ce livre, tout est travaillé, bien construit. J’ai beaucoup aimé le contraste constant entre les propos parfois terre-à-terre et les réflexions philosophiques qui peuvent s’immiscer dans notre esprit. L’auteur nous propose d’adopter un nouveau regard sur notre vie, sur les contraintes de la société, sur notre libre-arbitre également… C’est un texte à la fois divertissant et profond, comme on n’en lit qu’une fois. A découvrir si vous cherchez une lecture qui vous change, dans tous les sens du terme !

En quelques mots…

très original
unique en son genre
se lit et se médite
crescendo
décalé et vif

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Alerte parution : « Comme une mule qui apporte une glace au soleil » de Sarah Ladipo Manyika

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Une fois n’est pas coutume, j’avais vraiment envie de vous signaler une sortie poche, celle de l’excellent roman « Comme une mule qui apporte une glace au soleil » de Sarah Ladipo Manyika. Derrière ce drôle de titre se cache un livre d’une fraîcheur et d’une profondeur remarquable !

Petit retour sur ma chronique de cet excellent bouquin, d’abord paru aux éditions Delcourt et désormais en poche chez 10/18 !

Le résumé…

Le professeur Morayo Da Silva s’apprête à fêter son anniversaire, alors elle sort acheter des fleurs. Cette Mrs Dalloway nigériane porte fièrement ses soixante-quinze printemps et ses turbans aux mille couleurs, et aime par-dessus tout retrouver son petit monde dans les rues de Haight-Hashbury, San Francisco, sa ville de cœur depuis deux décennies. On croise ainsi Dawud, commerçant palestinien ; Mike, un policier apprenti-romancier ; Mme Wong, toujours un balai à la main ; Sunshine, la jeune voisine indienne qu’elle a prise sous son aile ; ou encore Rachel une jeune SDF fan de Grateful Dead… La vie des autres, elle l’expérimente aussi au gré des romans qui tapissent les murs de son appartement et dont les personnages dialoguent entre eux.

Mon avis…

La couverture originale et celle du livre de poche sont à l’image du livre : colorées, enthousiasmantes, solaires… J’ai toujours eu un peu de mal avec ce qu’on appelle couramment les romans feel good. Et, pour la première fois, il y a un livre qui m’a vraiment semblé mériter ce nom, le voici. Dans ce récit, l’autrice nous raconte l’histoire de Morayo Da Silva, une femme de 75 ans qui vient du Nigéria et vit à San Francisco. Dans la vie, c’est une femme vive, pleine de couleurs, qui a le don de provoquer des sourires partout où elle passe. Comme nous, elle est amoureuse des livres et ceux-ci lui rendent bien.

Son anniversaire arrive, elle en profite pour revenir avec calme et philosophie sur son passé et son présent, tout en envisageant son avenir. Elle repense à tous ceux qu’elle a croisés, aux rencontres qu’elle a faites. Mais la vie n’est pas finie pour elle, loin de là. Et des rencontres, elle en fait encore. Son corps fatigue un peu, lui réclame du repos. Ce roman, c’est donc aussi l’histoire d’un duel entre une énergie intérieure et le temps qui passe. Morayo est un personnage inspirant, remplie d’une soif de vie et de découverte qui ne peuvent que nous donner envie de respirer un bon coup et de se laisser entraîner au fil des rues.

Ce roman, c’est le portrait d’une femme, mais aussi le portrait de la société qui fourmille autour d’elle. Une société cosmopolite, variée, qui bouge sans cesse. Dans ce livre, tout est beau. Et une lecture aussi rafraîchissante, gaie, enthousiasmante, ne peut que faire du bien. Comme une mule qui apporte une glace au soleil est un petit roman merveilleux, le premier de l’autrice à être traduit en français. Je conseille vivement la lecture de ce roman pour les vacances, quand on a juste envie d’une lecture douce et apaisante, à la fois légère et profonde. Sarah Ladipo Manyika fait entrer le soleil dans l’esprit de ses lecteurs et leur présente un personnage fort, à raison comparé à la célèbre Mrs Dalloway de Woolf.

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Alerte parution : « Treize jours » de Roxane Gay

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Parfois, il me semble indispensable de vous signaler la sortie en poche de livres absolument exceptionnels.

Alors j’aimerais attirer votre attention sur Treize jours de Roxane Gay. Je vous l’avais chroniqué à sa sortie en 2017. Et c’était un véritable coup de cœur ! Retour sur la chronique :

Le résumé…

Fille de l’un des hommes les plus riches d’Haïti, Mireille Duval Jameson mène une vie confortable aux États-Unis. Mais alors qu’elle est en vacances à Port-au-Prince avec son mari Michael et leur bébé Christophe, Mireille est kidnappée. Ses ravisseurs réclament un million de dollars à son père. Pourtant, ce dernier refuse de payer la rançon, convaincu que toutes les femmes de sa famille seraient alors enlevées les unes après les autres. Pendant treize jours, Mireille vit un cauchemar. Son ravisseur, dit le commandant, est d’une cruauté sans nom. Comment survivre dans de telles conditions et, une fois libérée, comment surmonter le traumatisme, pardonner à son père et recréer une intimité avec son mari ?

Mon avis…

Préparez-vous à découvrir un livre choquant, violent et bouleversant… pour la bonne cause ! L’histoire de Mireille ne peut laisser personne indemne. Ce roman est un véritable chef d’œuvre d’émotions. Roxane Gay dépeint parfaitement la détresse humaine, l’égarement et la colère qu’une femme peut ressentir après avoir vécu les pires épreuves. Et, surtout, ce qui m’a le plus touchée, le vide qui habite un être brisé. C’est une sensation des plus difficiles à rendre, des plus complexes à décrire, et l’autrice a réussi cet exploit… Ce roman, bien qu’il s’agisse d’une fiction, est profondément réaliste dans la souffrance qu’il décrit, comme dans la richesse – et la bassesse – de l’être humain qu’il explore.

C’est un texte passionnant, que l’on dévore, que l’on ne lâche pas. Il prend aux tripes et absorbe totalement l’esprit jusqu’à l’ultime page. Chaque mot est un pas en avant dans la compréhension d’une violence sans nom. Clairement, ce livre secoue, ébranle, perturbe. Il laisse une profonde trace, peut réveiller quelques troubles – selon le vécu de chacun. Mais c’est un roman qui dit des choses essentielles, des choses brutales mais dont chacun devrait prendre conscience un jour. Malgré ce qu’il a bousculé en moi, ce livre m’a plu, pour la force qu’il dégage, l’émotion qu’il communique, l’espoir qu’il redonne, parfois. Roxane Gay donne une voix à des victimes, tout en explorant un territoire, Haïti, en mettant en évidence les problèmes qui secouent le monde, chaque jour. Elle montre jusqu’où la sensation d’être né au mauvais endroit, du mauvais côté de la route, peut mener. Jusqu’à quelles extrémités, quelle violence. En bref, Treize jours est un beau roman, dans tous les sens du terme, et une expérience vibrante, qui laisse une sensation étrange…

Découvrez aussi Hunger, le dernier livre de Roxane Gay.

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