#343 Règles douloureuses – Kopano Matlwa

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Le résumé…

Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d’elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l’a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s’interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l’opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l’ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l’Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d’un patient étranger blessé lors d’émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes.
En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

Mon avis…

Dans une rentrée littéraire, il y a toujours un trésor, caché au milieu de la masse… Je sentais avant même de lire ce roman qu’il pouvait être cette petite perle. Et je ne m’y suis pas trompée, je crois. Il est de ces lectures qui laissent un goût à la fois doux et amer… Après avoir refermé ce livre, comme il est difficile de passer à un autre… Afrique du Sud, 2015, Masechaba souffre d’endométriose. Sa vie est une constante course d’obstacles. Malgré toutes les difficultés, les épreuves, elle a réussi à devenir médecin. Loin de laisser ses propres douleurs masquer celles du monde qui l’entoure, elle constate la prégnance du racisme, la persistance d’une forme d’apartheid qui se manifeste par une méfiance envers les étrangers… puis des violences qui vont profondément la choquer… Elle décide alors de mener un combat qui va la briser.

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Règles douloureuses de Kopano Matlwa est un roman fort, puissant, révoltant, qui nous retourne l’âme aussi sûrement qu’une tempête. Endométriose, racisme, xénophobie, viol, mort, survie… Les sujets les plus durs sont présents. Tout cela amené avec la tendresse mêlée d’espoir d’une autrice talentueuse. Un choc, une véritable et belle révélation, un roman à la profondeur et à la perfection insondable ! C’est un livre actuel, moderne, dans lequel fleurit une douce révolte là où plus rien de bon ne semblait pouvoir éclore… Exceptionnel.

Carte d’identité du livre

Titre : Règles douloureuses
Autrice : Kopano Matlwa
Traductrice : Camille Paul
Éditeur : Le Serpent à Plumes
Date de parution : 30 août 2018

5 étoiles

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#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#337 Les prénoms épicènes – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Mon avis…

Je n’étais pas sûre à 100% de lire le dernier Amélie Nothomb… et, finalement, je me suis quand même laissée tenter. Je ne sais pas pourquoi, il s’agit de l’autrice dont, même si elle ne me convainc pas toujours, je ne peux m’empêcher de lire les romans… J’avais apprécié, sans plus, celui de la précédente rentrée littéraire, Frappe-toi le cœur. Là encore, l’éditeur ne s’étend pas sur la quatrième couverture : rien ne sera dit de l’intrigue… Mais bon, on en apprend vite beaucoup plus si l’on ne vit pas dans une grotte ! Cette histoire fait en quelque sorte pendant à l’intrigue de Frappe-toi le cœur. On passe d’une relation mère-fille à une relation père-fille… Évidemment, les rapports humains sont toujours… particuliers… chez Nothomb, vous vous en doutez, ce n’est pas tout rose !

« Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l’aimait pas ? La question ne méritait aucun état d’âme. »

Au début, j’ai eu un peu peur car j’avais la drôle de sensation d’une histoire à la va-vite, un peu « bâclée », car la situation est exposée très rapidement, sans trop approfondir la psychologie des personnages… Ce choix s’explique plus loin dans le roman, heureusement. Passé cette mauvaise première impression, finalement on se prend à l’intrigue. En effet, j’ai plutôt trouvé l’ensemble assez « réaliste« . Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier en partie au personnage principal, et de voir mon père dans le sien… En tout cas, on retrouve le talent de Nothomb pour construire des personnalités fortes. C’est donc, comme toujours, un roman bref et efficace que nous livre l’autrice. Les amateurs y trouveront évidemment leur compte, comme les curieux qui n’ont pas encore tenté l’expérience. Ceux qui attendent de l’originalité folle, cependant, seront déçus. Rien de sensationnellement nouveau dans ce roman, c’est du pur Nothomb, comme on l’aime (ou comme on le déteste).

Carte d’identité du livre

Titre : Les Prénoms épicènes
Autrice : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

4 étoiles

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#335 Tout homme est une nuit – Lydie Salvayre (audio)

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Le résumé…

Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent. Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.

Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitants d’un paisible village que l’arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte. Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l’incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.

Lydie Salvayre

Mon avis…

Ce roman me faisait assez envie depuis sa sortie, en raison des thèmes qu’il aborde (intolérance, racisme…), si bien que, lorsqu’on m’a proposé de le « lire » en audio, je me suis dit « pourquoi pas ». Et, je dois l’avouer, Tout homme est une nuit est une de mes premières vraies expériences de livre audio, il faut bien un début à tout ! Il m’importe aujourd’hui de diviser ma chronique en deux : d’un côté la question du roman lui-même, et de l’autre celle de l’interprétation de Lazare Herson-Macarel et Alain Granier.

Commençons donc par le roman… Comment dire ? Au début, l’écriture a son charme. On alterne en effet entre les confidences d’Anass, un homme malade d’un cancer qui débarque, pour s’y reposer, dans un petit village du sud de la France où il ne connaît pas un chat, et les paroles mesquines et cruelles des hommes de ce même village, qui se lâchent en obscénités dans le Café des Sports. Cette forme est assez originale et confronte en effet deux manières de voir les choses, les personnes, et le monde en général. Anass est malheureusement victime d’un racisme ordinaire – mais néanmoins très violent – et d’une haine assez inexplicable. Désigné comme un « lettré », c’est sur le plan de la culture que l’autrice semble d’abord opposer les personnages… Jusque là, pourquoi pas. On reconnaît en effet l’hostilité palpable dans de nombreux petits villages à l’arrivée d’étrangers. Ayant moi-même grandi dans l’un d’eux, certains traits ne m’ont pas étonnée, bien que, parfois, on ne puisse s’empêcher d’y voir une forme de caricature. Néanmoins, globalement, c’est assez réaliste.

Ce qui m’a plus posé problème, c’est que le « lecteur » ou, ici, l’auditeur, s’ennuie ferme, mais vraiment ! Au bout d’un moment, ces affrontements verbaux – qui ne se font jamais en face à face, bien sûr – n’ont plus ni queue ni tête. Pourquoi Anass ne s’en va-t-il pas ? On se pose la question… Et, finalement, rien ne nous accroche à l’intrigue – inexistante par ailleurs – ou aux personnages. Ils restent sans grande profondeur, même Anass pour lequel on a apparemment accès aux pensées… C’est donc un roman qui, malheureusement, m’a paru d’une longueur extrême, malgré des points que j’ai apprécié, comme la mise en évidence des raisonnements tronqués, de l’ignorance qui peut mener à la haine gratuite, etc. Mais la justesse de ces aspects n’a pas suffi à me faire aimer le roman… Je m’attendais, en réalité, à peut-être plus de subtilité mais, après tout, la réalité est rarement subtile.

Lazare Herson-Macarel

Maintenant, sur le plan de la forme, je voudrais vraiment remercier les orateurs de ce livre audio ! Ils ont un véritable talent et incarnent parfaitement les différents personnages. Lazare Herson-Macarel joue un Anass convaincant, et parvient à rendre compte de tous les états d’âme qu’il traverse : de l’incompréhension à la tristesse en passant par la colère ou parfois la joie. Cependant, c’est vraiment Alain Granier qui m’a rendue l’écoute de ce livre agréable. Il a parfaitement bien maîtrisé le passage d’un personnage à l’autre – car il incarne les hommes du Café des Sports – sans paraître caricatural pour deux sous. D’ailleurs, l’interprétation permet de donner une autre dimension au roman, en mettant en évidence sa structure très répétitive, l’insistance lancinante de ces honteux propos de comptoir auxquels se livrent quelques villageois… Les voix donnent du rythme au livre qui, comme je l’ai précisé plus haut, m’a paru assez ennuyant sur le plan de l’histoire. On a l’impression, dans la version audio, d’assister à un jeu de ping-pong malsain et insensé, entre des personnages qui, sans savoir pourquoi, se détestent. En tout cas, la performance est appréciable.

Pour conclure, je ne serais pas contre retenter l’expérience du livre audio, malgré l’investissement en durée que ça implique. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai l’impression que 5h28 d’écoute passe bien plus lentement que 5h28 de lecture. Cependant, je n’exclue pas le fait que cette sensation de longueur soit due au fait que le livre ne me plaisait finalement pas. Enfin, même si je n’ai pas du tout aimé Tout homme est une nuit, je n’exclue pas de lire d’autres œuvres de Lydie Salvayre. J’avais entendu de bien d’autres de ses livres, et on peut passer des moments très différents d’un roman à l’autre ! Donc, affaire à suivre, les amis !

Carte d’identité du livre

Titre : Tout homme est une nuit
Autrice : Lydie Salvayre
Éditeur : Sixtrid
Durée : 5 heures et 28 minutes
Interprètes : Lazare Herson-Macarel et Alain Granier
Date de parution : 24 mai 2018

2 étoiles

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Merci à Audible pour cette lecture audio.

#334 Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui

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Le résumé…

Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements.
C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat.
J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre.
Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt.
Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission.
Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale.
Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires.

« J’écris les travées et les silences, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas. J’écris les chemins que l’on évite et ceux que l’on a oubliés. J’étreins les Autres, ceux dont l’histoire se propage dans la mienne, comme le courant d’eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu’ils cessent de me hanter. J’écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s’ils avaient été des enfants. »

Mon avis…

Se souvenir, devenir, être… C’est le parcours que suit Nina Bouraoui dans ce livre. Elle raconte son passé, ses souvenirs d’Algérie, son arrivée en France et la découverte de son homosexualité. Elle s’affirme en tant que femme, en tant qu’être qui, longtemps, se recherche. Elle s’explore, se dit, se raconte. Avec subtilité et talent, Nina Bouraoui nous émeut et livre ici un des textes les plus forts de la rentrée littéraire. C’est un récit intime qui ne saurait laisser quiconque indifférent. Il est d’une incroyable poésie, chaque phrase prenant une saveur douce et tendre, mais aussi parfois amère, touchant cependant toujours le cœur. En quelques mots : profond, puissant, à la fois déchirant et réparateur. Ce livre vient remuer quelque chose. Il nous montre le voyage, l’aller-retour entre deux temps, deux lieux, deux femmes, elle un jour et elle plus tard… C’est ainsi qu’une âme, unique, se dessine et se forge, en faisant la synthèse de ses expériences. Les hommes désirent naturellement savoir est un texte où l’autrice se livre, s’offre à ses lecteurs et lectrices, tout en étant d’une étonnante lucidité et clairvoyance sur tous les êtres humains. Car, oui, nous sommes tous en quête… Amour, identité, âme, bonheur, plaisir, connaissance, nous cherchons tous quelque chose.

Carte d’identité du livre

Titre : Tous les hommes désirent naturellement savoir
Autrice : Nina Bouraoui
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

Merci à JC Lattès et NetGalley France pour cette lecture.

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#331 L’habitude des bêtes – Lise Tremblay

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Le résumé…

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Il y mène une vie solitaire et tranquille, ponctuée par les visites de Rémi, un enfant du pays qui lui rend de menus services, et par la conversation de Mina, une vieille dame sage. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs, dans le parc. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce court roman au décor majestueux.

Mon avis…

Il est certains livres dont on ne peut dire que peu de choses, et L’habitude des bêtes en fait partie. Il s’agit d’un roman qui se savoure, car il nous permet de pénétrer dans une atmosphère toute particulière, où les intrigues sont presque absentes et où pourtant l’ennui n’a pas la moindre place. Nous plongeons en effet dans la vie et les pensées de Benoît Lévesque qui, alors que la mort de son chien approche, décide de procéder à un retour sur son passé, au regard de son présent, tout en étant dans l’impossibilité d’envisager son avenir. Sa propre vieillesse est déjà bien installée. La simple idée qu’un jour il ne puisse plus profiter de la nature et des saisons, l’effraie au plus haut point. C’est dans le regard de la bête que l’être humain se pense. Le chien, animal familier et rassurant, côtoie les loups, sauvages et féroces. Mais le prédateur n’est pas celui que l’on croit, dans ce village perdu au coeur de la forêt. L’habitude des bêtes nous révèle l’être humain dans son animalité, sa brutalité, mais paradoxalement aussi sa tendresse parfois bourrue. En bref, Lise Tremblay nous offre un beau portrait d’hommes et de femmes, mais aussi d’une nature à la fois familière et mystérieusement insondable. C’est un très beau roman que publient ici les éditions Delcourt, dont il faut prendre le temps de goûter le moindre mot, à découvrir absolument.

Carte d’identité du livre

Titre : L’habitude des bêtes
Autrice : Lise Tremblay
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture.

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#323 Moi, l’interdite – Ananda Devi

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Le résumé… 

Murée dans la solitude et le silence pour devenir invisible puisqu’indésirable, une femme est face à elle-même. Les seuls témoins de son existence sont des colonies d’insectes, le regard d’un chien et l’ombre d’un homme…

Mon avis…

Je vous avais parlé, il y a peu, d’un roman magnifique et atypique intitulé Manger l’autre. Cela avait été un véritable coup de coeur ! Et bien, aujourd’hui, j’aimerais vous faire découvrir Moi, l’interdite, qui est un texte plus ancien de la même autrice. Nous plongeons, cette fois aussi, dans la vie d’un personnage rejeté de tous et de toutes car hors norme : une jeune femme avec un bec de lièvre. En raison de cette particularité physique, elle est exclue de la société. C’est donc encore l’occasion, pour Ananda Devi, de parler du corps, d’une femme, d’une société, avec toujours la présence quasi obsessionnelle de la nourriture, de la faim, mais aussi de l’animalité. Là aussi, le roman est d’une poésie envoutante. Chaque phrase pourrait se lire et se relire à l’infini tant elle est belle et subtile. C’est un texte très court mais qui fait vraiment son effet, et qui va forcément marquer les lecteurs par sa force. Si vous avez, comme moi, une forte tendance à l’analyse littéraire – déformation professionnelle ou non – vous y trouverez de quoi vous faire plaisir ! C’est un roman profondément métaphorique, qui a plusieurs niveaux de lecture. Ananda Devi sait parler de la condition féminine, des exclus, de la société, de l’apparence… Vous le verrez, chaque page est un trésor pour le lecteur attentif.

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Instagram @juliette.sa

En quelques mots…

poétique du corps
subtil et profond
absolument magnifique
sur l’exclusion
condition féminine

Carte d’identité du livre

Titre : Moi, l’interdite
Autrice : Ananda Devi
Éditeur : Dapper
Date de parution : 10 septembre 2000

5 étoiles

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Coup de coeur

#309 La Fabrique des coïncidences – Yoav Blum

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Le résumé…

« Notre rôle est précisément de nous tenir à la lisière, dans cette zone grise entre destin et libre arbitre, et de jouer au ping-pong. »

Guy, Emily et Eric sont des agents secrets d’un genre nouveau. Leur mission : créer des coïncidences pour réinventer de la vie des gens. Car, dans le monde de Yoav Blum, le destin ne relève pas d’une autorité divine ou d’un hasard désincarné, mais bel et bien d’une organisation invisible de travailleurs du réel. On y débute souvent comme tisseur de rêves, ami imaginaire, distributeur de chance… jusqu’à accéder, pour les plus zélés, à la fonction de faiseur de coïncidences. Leur rôle consiste le plus souvent à provoquer des rencontres, rassembler des familles, semer les graines de l’inspiration à l’origine d’une oeuvre  d’art, d’une découverte scientifique…

Aussi quand Guy se voit assigner une mission spéciale impliquant un mystérieux tueur à gages fraîchement débarqué en ville,  ses certitudes volent en éclat tout en lui assénant au passage une bonne leçon sur les arcanes du destin, le libre arbitre et la nature véritable de l’amour.

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Mon avis…

Ce roman paru aux éditions Delcourt est très surprenant. Comment celui de Sarah Ladipo Manyika, il s’agit d’un livre original, coloré, malicieux. J’ai été un peu déstabilisée au début, car l’histoire est particulièrement décalée, on est dans un tout autre monde tout en étant ancré dans une réalité proche de la nôtre. Dans ce monde-là, il y a des personnages dont le boulot est d’être ami imaginaire ou faiseur de coïncidences. Ce sont ces derniers qui vont faire en sorte que la vie des gens prenne une orientation particulière, de mission en mission. Nous suivons, dans ce roman, trois personnages, et un en particulier : Guy. Il est du genre « gratte-papier », très sérieux, il fait bien son boulot. Alors, quand une mission étrange lui est confiée, il voit sa vie bien droite et bien réglée brutalement secouée en tous sens. Et c’est donc son histoire que l’on suit, son passé que l’on explore, et son futur que l’on fabrique ! Le roman se bonifie au fil des pages. Au début, il faut un peu de temps pour s’habituer à l’univers, aux règles de ce nouveau monde, puis on se laisse emporter, guider. Pas de coïncidences dans ce livre, tout est travaillé, bien construit. J’ai beaucoup aimé le contraste constant entre les propos parfois terre-à-terre et les réflexions philosophiques qui peuvent s’immiscer dans notre esprit. L’auteur nous propose d’adopter un nouveau regard sur notre vie, sur les contraintes de la société, sur notre libre-arbitre également… C’est un texte à la fois divertissant et profond, comme on n’en lit qu’une fois. A découvrir si vous cherchez une lecture qui vous change, dans tous les sens du terme !

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En quelques mots…

très original
unique en son genre
se lit et se médite
crescendo
décalé et vif

Carte d’identité du livre

Titre : La Fabrique des Coïncidences
Auteur : Yoav Blum
Traductrice : Sylvie Cohen
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 11 avril 2018

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture !

#304 Le Royaume des Deux-Mers – Gilbert Sinoué

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Le résumé…

– Voilà un moment que je t’observe. Tu es insensé. L’éternité à laquelle tu aspires, tu ne la trouveras jamais. Abandonne! Ta quête est vouée à l’échec.
– Non! Je refuse que mon corps redevienne poussière. Non! Je veux continuer à contempler la lumière, je veux encore m’enivrer des splendeurs de la vie! Je veux vivre!
Alors le vieux sage murmura :
– Très bien, je vais te révéler un secret. Il existe une plante. Une plante qui vit ici, au fond des eaux. Elle a des reflets argentés. Si l’on ne prend pas garde, elle écorche les mains comme fait la rose. Si tu parviens à la trouver, alors mange-la et tu obtiendras la vie éternelle.

Entre légende et vérité, Le Royaume des Deux-Mers est un fabuleux voyage initiatique qui nous transporte aux confins de l’une des plus anciennes civilisations du monde : Dilmoun. Dilmoun, le «pays où le soleil se lève», Dilmoun où, d’après la tradition sumérienne, résidait le seul survivant du Déluge. Dilmoun, le jardin d’Éden.

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Mon avis…

Avant de lire ce livre, je ne connaissais absolument pas Dilmoun, même de nom ! C’est pourtant celui d’une grande civilisation depuis longtemps disparue. Gilbert Sinoué nous emmène donc dans ces contrées lointaines – dans l’espace comme dans temps – dans ce qui est aujourd’hui Bahreïn. Tout en nous donnant des informations historiques sur cette civilisation, il nous fait le récit passionnant des épreuves que traverse Yakine, vers le XVIIIe siècle avant JC. Ce personnage est un médecin particulièrement sceptique. Il refuse d’adhérer aux croyances et aux superstitions de ses compatriotes. Pour lui, la médecine est au-dessus de cela. Mais, un jour, il est forcé de constater que ses talents scientifiques ne peuvent rien face à la maladie de sa femme. Son ami, Shakrumash, lui suggère progressivement, au fil des jours, de suivre les traces de Gilgamesh et de partir en quête de la vie éternelle pour sa bien-aimée. Mais Yakine est détesté des exorcistes de Dilmoun, car il remet en cause leur fond de commerce : les superstitions. Ils décident de s’en prendre à lui, mais aussi de renverser le royaume tout entier. Yakine se retrouve pris au milieu d’intrigues qui le dépassent avec, à l’esprit, une seule idée : celle de protéger sa famille.

Gilbert Sinoué mêle avec beaucoup de talent des éléments nous permettant de découvrir une époque lointaine, particulièrement méconnue, et une histoire absolument passionnante. On découvre en effet les pêcheurs de perles de Dilmoun, qui apportent la prospérité à la contrée. Le Royaume des Deux-Mers est un roman d’apprentissage, autant pour le lecteur que pour les personnages. J’ai eu, tout au long de cette lecture, le sentiment de parcourir un roman qui se trouvait à mi-chemin entre La Perle de Steinbeck et Le Périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Certes, ces récits n’ont pas grand chose à voir, mais ils ont en commun de faire voyager leurs lecteurs et de les faire grandir intérieurement, tout en les divertissant. J’ai beaucoup aimé la variété de ce roman, qui oscille sans cesse entre réalité et légendes, comme c’est le propre de la fiction. A la fois roman historique, roman d’aventures, oeuvre spirituelle, Le Royaume des Deux-Mers est un texte très agréable à lire, prenant, dont on a envie de connaître la fin tout en savourant chaque phrase.

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En quelques mots…

une civilisation perdue
quête de l’éternité
entre légendes et réalité
à la croisée des genres
une belle découverte

Carte d’identité du livre

Titre : Le Royaume des Deux-Mers
Auteur : Gilbert Sinoué
Éditeur : Denoël
Date de parution : 03 mai 2018

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Un grand merci aux éditions Denoël pour cette lecture.