#246 Le Maître du Jugement dernier – Leo Perutz

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Le résumé…

Tout commence dans la bonne société de Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses – suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent bientôt sur le baron von Yosh, un homme froidement calculateur, étrangement rêveur et notoirement amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff. Mais l’enquête menée en secret par Solgrub, membre lui aussi du petit cercle, bascule soudain dans l’irrationnel le plus complet.

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Leo Perutz

Mon avis…

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, au détour d’une librairie lyonnaise, et le bandeau rouge revendiquant une citation de Jorge Luis Borges à propos de ce livre m’a interpelé : « Un Kafka aventureux ». En effet, Leo Perutz est un écrivain allemand contemporain de Kafka, et on reconnait une certaine proximité entre les styles. Pourtant, dans ce roman, l’absurdité kafkaïenne n’est pas complétement présente, elle s’efface un peu derrière une véritable enquête, relatée par un narrateur plus qu’impliqué puisqu’il est le principal suspect du meurtre qui a été perpétré. J’ai beaucoup apprécié ce livre, car il a tout d’un classique. Il s’agit d’une aventure étrange, mystérieuse, perturbante, et l’auteur nous mène à la baguette du début à la fin.

Le baron von Yosch, narrateur de l’histoire, entreprend de découvrir ce qu’il en est réellement, afin de prouver son innocence. Mais son enquête justificatrice est mise à mal par l’opinion des autres personnages à son sujet : il a tout du parfait coupable. Alors qu’en est-il vraiment ? Le baron von Yosch va-t-il réussir à nous démontrer qu’il n’a rien à voir avec le meurtre ? Va-t-il parvenir à surmonter l’obstacle d’une frontière ténue entre réalité et fantastique ? Leo Perutz utilise toute l’angoisse de son siècle, aussi exploitée par Kafka, pour livrer un récit palpitant et surprenant. La fin est tout simplement magistrale, surfant sur le doute installé dès les premières pages. Autrement dit, ce petit roman est un chef d’œuvre maîtrisé, bien ficelé, à découvrir à tout prix si l’on aime la bonne littérature.

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#245 Du feu de l’enfer – Sire Cédric

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et soeur. Un jour, l’une des combines d’Ariel tourne mal
et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s’accumulent autour d’eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s’intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l’épreuve les liens du sang.

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Sire Cédric

Mon avis…

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai jamais été déçue par Sire Cédric, et ce n’est certainement pas Du feu de l’enfer qui y changera quelque chose… Il s’agit véritablement d’un coup de cœur, à en juger par le déchirement que j’ai ressenti quand la fatigue s’est avérée plus forte et m’a obligée à fermer le livre pour dormir… A peine réveillée, je n’ai pas pu m’empêcher de le reprendre et de le finir. Autant vous dire que Sire Cédric a, encore une fois, réussi à me surprendre du début à la fin. Il m’a baladée, et pas à moitié. En fait, je crois qu’il comprend (presque trop) bien l’âme humaine, connait ses attentes, ses désirs, ses comportements les plus instinctifs et les plus inexplicables. Alors il crée des personnages complexes, animés par une soif de vérité, mais en même temps atteints par une sorte de folie animale, et il exploite même les faiblesses de ses lecteurs, les manipulant à sa guise. Et cela donne simplement un moment de lecture exceptionnel, comme on les aime.

Du feu de l’enfer est un thriller palpitant et cruel, rempli de désirs refoulés – ou non – et d’horreur. Il explore les tréfonds de l’âme humaine, les bas-fonds de la société et ses sphères les plus hautes, il tisse une toile aux ramifications complexes et surprenantes. Les victimes deviennent les bourreaux, et les bourreaux se mêlent à la foule. Et, jusqu’à la dernière page, rien n’est fini. Même la fin n’en est pas vraiment une… Que dire de plus ? Lire ce livre a été un des meilleurs moments que j’ai passé depuis des mois, une émouvante retrouvaille avec un de mes auteurs préférés, qui a compris que le côté sadique de ses lecteurs leur donne envie de sensations très, très, très fortes. Après tout, en tant qu’amateurs de lecture, que demande-t-on de plus que de se faire mener par le bout du nez ? Sire Cédric a un petit côté machiavélique, malgré toute sa gentillesse… et c’est ce qui en fait un des meilleurs auteurs de thriller de ces dernières années ! Du feu de l’enfer constitue à mes yeux une forme d’aboutissement de son style, de sa patte, d’une écriture qui lui est propre. Mais je ne doute pas que son prochain roman sera tout aussi riche en émotions…

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Revue Acéphale de G. Bataille

 

#242 La main de la nuit – Susan Hill

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Le résumé…

« C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »

Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante… Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

 

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Mon avis…

Susan Hill est assez connue pour La dame en noir (chronique ici), roman d’épouvante adapté au cinéma avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal. Mais elle est l’auteure de nombreuses œuvres, toutes plus ou moins dans ce même genre, et La main de la nuit en fait partie. J’avais vraiment envie de lire un autre roman d’elle, car j’avais aimé La dame en noir. Susan Hill écrit des romans un peu vintage, des classiques du genre, avec ce qu’il faut de mystère et de frisson. On retrouve la touche inquiétante qui rendait La dame en noir passionnant. A la lecture, on regarde un peu autour de nous, on sent une présence inquiétante, tout comme le narrateur. Le lecteur est baigné dans le suspense et le surnaturel.

Pourtant, j’avoue avoir été un peu déçue, car j’avais peut-être de trop grandes attentes. Je n’ai pas autant frissonné que je l’aurais souhaité. On lit généralement ce genre de romans pour se faire une belle frousse, mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Certes, le mystère était présent, l’atmosphère inquiétante aussi, mais rien d’aussi terrifiant que La dame en noir. Le livre souffre en effet de beaucoup de longueurs, provoquant parfois tout sauf l’effet escompté, et donc plutôt de l’ennui… Ce qui est dommage, vous en conviendrez ! Finalement, l’ensemble perd de son efficacité. Les moments vraiment forts, avec un bon potentiel d’horreur, se révèlent noyés dans des périodes de lecture inintéressante. Parfois, le personnage principal réfléchit trop, se questionne trop, laisse passer trop de temps avant de se décider à résoudre le mystère. Cela rend le roman incohérent. L’horreur de la situation devrait le pousser à chercher la solution, à vouloir s’en sortir, mais il passe finalement plus de temps à attendre que ça passe…

Pour conclure, je dois avouer que, malgré mes attentes – et sûrement à cause d’elles –, j’ai été assez déçue par cette lecture. Même si j’ai retrouvé le style de Susan Hill, j’ai trouvé qu’elle n’exploitait pas suffisamment le potentiel horrifique de cette histoire. L’effet terrifiant attendu est annulé par le nombre trop important de longueurs, de réflexions sans fin… L’ensemble devient un peu superficiel et le roman perd un peu du réalisme qui contribue à provoquer des frissons. On ne croit plus trop à ce que nous raconte Susan Hill, bien que l’on sente l’intention première de nous faire peur.

 

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#241 Into the water (Au fond de l’eau) – Paula Hawkins

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Le résumé…

Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n’a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d’être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, Julia est effrayée à l’idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D’affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu’elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c’est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

Julia, Lena, Nel : avec ce superbe portrait de trois femmes en quête d’elles mêmes, aux prises avec les pesanteurs du passé, on retrouve l’infinie compréhension pour ses personnages dont témoignait déjà Paula Hawkins dans La Fille du train. On y retrouve, surtout, sa virtuosité et un talent incroyable pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’ultime rebondissement, qui marquera tous les esprits.

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Mon avis…

Ce livre, très attendu, est le nouveau roman de Paula Hawkins, qui a connu un très grand succès avec son premier thriller intitulé The girl on the train, en français La fille du train (chronique ici). J’avais beaucoup aimé et c’est donc avec beaucoup d’impatience que j’ai commencé Into the water, traduit Au fond de l’eau. Il s’agit là encore d’un thriller, avec un mode d’écriture très semblable puisque chaque chapitre correspond à un narrateur différent. La subjectivité est de mise. L’auteure joue sur les différences de point de vue et donc sur la difficulté à se faire une opinion précise des faits. Les morts dont il est question s’apparentent a priori à des suicides, des femmes se seraient délibérément jetées dans la rivière. Mais l’histoire du lieu hante le roman, avec ses condamnations de sorcières. De plus, certaines morts sont suspectes. Souvent, certes, comprendre la raison véritable du suicide est difficile. Mais qu’en est-il quand la personne qui s’est donné la mort n’avait aucune raison apparente de le faire ? Et c’est sans compter les secrets que chaque habitant du village garde au fond de lui. Des secrets souvent honteux.

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Paula Hawkins propose une nouvelle fois un roman dont le mystère se fonde sur les non-dits, les apparences trompeuses, les intuitions… Les femmes sont au cœur de ce thriller, chacune enfermée dans ce qu’elle sait ou ne sait pas, dans ce qu’elle voit ou ne voit pas. Dans ce village, la haine et les rancœurs viennent perturber l’enquête, et même ceux qui ont intérêt à la voir résolue en ralentissent l’avancée. Paula Hawkins confirme son talent pour pénétrer la complexité de l’esprit humain. Elle déploie un suspense parfait, distillant par petites touches les révélations. Pour avoir le fin mot de l’histoire, il faut attendre les dernières pages de ce livre addictif. Tout en restant dans une certaine continuité avec La fille du train, sur le plan technique, l’auteure propose un roman tout de même différent, moins violent psychologiquement mais très prenant et subtil. Si vous avez aimé son premier roman, lancez vous dans ce second thriller très réussi. Et si vous n’avez pas encore découvert Paula Hawkins, qu’attendez-vous donc ?

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#240 Marina – Carlos Ruiz Zafon 

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Le résumé…

Oscar Drai, quinze ans, a disparu pendant une semaine du pensionnat où il est interne. Où est-il allé et que lui est-il arrivé ? Quand l’histoire commence, Oscar vagabonde à travers Barcelone. Attiré par une mystérieuse maison apparemment abandonnée, il pénètre à l’intérieur. Se croyant seul, il commence ses investigations. Alors qu’il est en train d’examiner une curieuse montre à gousset laissée sur une table, il se rend compte que quelqu’un l’observe. Terrorisé, il s’enfuit. En rentrant au pensionnat, il s’aperçoit qu’il a gardé la montre. Tenaillé par les remords, il retourne quelques jours plus tard dans la grande maison. Il y fait alors la connaissance de Marina, fille du propriétaire. Elle a son âge, de l’audace et une intelligence très vive. Elle entraîne son nouveau compagnon dans l’élucidation d’un secret qui la tourmente : au cœur du plus vieux cimetière de Barcelone, une vieille femme voilée visite une tombe anonyme sur laquelle figure le dessin d’un papillon noir. Qui est-elle, et qui dort sous la pierre tombale ? En menant leur enquête, les deux adolescents franchissent les limites d’une propriété privée délaissée. Dans la serre qui la jouxte, des pantins en partie amputés de leurs membres pendent dans les airs. Soudain, ils descendent lentement et semblent s’animer. Une odeur pestilentielle envahit la serre… Sur le fronton, un papillon noir identique à celui de la tombe paraît contempler l’épouvantable scène. Parcourant les plus effrayants endroits de Barcelone, s’égarant dans les entrailles de souterrains où vivent des créatures de cauchemar, s’enfonçant dans les coulisses d’un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d’une tragédie vieille de plusieurs décennies. La vengeance est en route, mue par une armée de fantômes, guidée par un savant de génie et une amoureuse désespérée. Entraînés dans la folie homicide de ces ombres tout droit sorties du passé, Oscar et Marina frôlent la mort. Pourtant, celle-ci les attaquera où ils ne l’attendaient pas…

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Mon avis…

Je suis une grande lectrice de Carlos Ruiz Zafón, et une admiratrice de son travail exceptionnel. Rentrer dans chacun de ses romans est un plaisir immense. Ses œuvres mélangent habilement fantastique, mystère et poésie, et Marina ne fait pas exception à cette règle. Il s’agit d’un classique parmi les nombreux romans de cet auteur. L’atmosphère sombre et enivrante de la Barcelone des années 70 est terriblement prenante. Comment vous expliquer ? Marina est typiquement le roman que l’on ne peut pas lâcher après l’avoir commencé. Tout y est possible, comme dans beaucoup de livres de Carlos Ruiz Zafón. L’angoisse est toujours présente en arrière-plan, les frissons sont constants, et à cette ambiance particulière s’ajoute le talent fou de l’auteur pour créer des personnages extrêmement attachants. J’avoue que la Barcelone que nous décrit Carlos Ruiz Zafón m’intrigue terriblement, j’ai l’impression au fil des romans qu’il en construit la légende. Marina est un des piliers de cette légende de la Barcelone moderne. Malgré la jeunesse des personnages, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un roman pour enfants… Il s’agit plutôt de confronter le lecteur à des fantasmes adolescents, à ce goût pour l’aventure qui nous anime tous, tout en proposant une histoire à la fois horrifique et enchanteresse.

Marina est un conte. Il s’agit d’une histoire où le merveilleux et le fantastique côtoient la réalité. C’est un roman où les sentiments sont puissants, vifs, foudroyants. L’envie d’aller plus loin est omniprésente. Le désir de savoir, de comprendre, d’explorer au plus profond les mystères du passé, est le moteur de ce livre. Je crois qu’il s’agit probablement d’un des romans les plus passionnants qu’il m’a été donné de lire. J’aime toujours autant le mélange des genres qui caractérise l’écriture de Carlos Ruiz Zafón. Il réveille les rêves d’enfant que chaque lecteur a en lui, il ranime sa soif de danger, d’aventure. Le suspense est total, l’histoire est d’une richesse enivrante… Marina devient elle-même un personnage de légende, une sorte de fée tout aussi sombre que lumineuse. Oscar, lui, incarne cet esprit libre et intrigué du lecteur qui a soif de mystères à résoudre. Je suis particulièrement admiratrice des descriptions de Carlos Ruiz Zafón, qui crée des paysages d’un esthétisme fou, avec des scènes inquiétantes au réalisme perturbant. On voit sous nos yeux se développer des images dignes des plus grands cinéastes, avec une originalité à la Guillermo del Toro.

Chers lecteurs et chères lectrices, si vous n’avez encore jamais lu de romans de Carlos Ruiz Zafón, sachez qu’il n’est pas trop tard. Mais préparez-vous à devenir accro… C’est un auteur incontournable, à lire absolument, qui tient au bout de sa plume un talent fou, une capacité à susciter dans notre esprit les plus belles et les plus terribles images à la fois. Préparez-vous à connaître des sensations de lecture sans précédents…

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#239 Coco givrée – Nadine Monfils

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Le résumé…

Un chapeau melon, un nez en carotte, une hache à la main… Voilà le drôle de bonhomme de neige qui enlève les petites filles de Pandore, à la tombée de la nuit. Mais est-ce le même cinglé qui, ces derniers temps, abandonne cadavre après cadavre, dans des mises en scène inspirées des toiles de Magritte ? Et pourquoi la chienne Tequila se met-elle à pisser des hiéroglyphes ? Est-ce vraiment une bonne idée d’héberger une pute chez soi ? Autant de questions glaçantes que les enquêteurs Lynch et Barn vont devoir s’atteler à dégivrer…

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La boîte de Pandore – Magritte

Mon avis…

Une petite balade dans ma librairie préférée, et ce livre m’a tout de suite attirée. La couverture, sans doute, assez intrigante. Puis le résumé, qui m’a fait sourire. Du policier un peu absurde ? C’est pour moi ! Et je dois dire que je n’ai pas été déçue, j’ai commencé ce roman le soir même et l’ai fini… le soir-même, enfin la nuit plutôt… J’avais un peu peur tout de même, car l’absurdité que l’on devine dans  le résumé aurait vite pu tourner au ridicule, au gros navet même ! Mais loin de là. L’intrigue policière est belle et bien présente, elle est complexe à souhait, tout à fait sérieuse et digne d’un bon thriller. Et, au milieu de tout ça, Nadine Monfils diffuse quelques notes d’humour, de trash parfois, de ce qu’on croit être de l’absurde mais qui en fait trouve toujours son sens… Rien n’est laissé au hasard pour faire passer un bon moment au lecteur.

Coco givrée est un excellent roman de vacances, pour changer un peu, ne pas se prendre la tête tout en lisant une histoire passionnante. Les personnages, à la fois déjantés et complexes, sont tant de silhouettes qui se croisent dans un récit prenant et frôlant le fantastique. L’imaginaire n’est jamais bien loin, on peut s’attendre à tout : des bonhommes de neige tueurs, des chiens médiums… Et c’est sans compter les personnages riches en couleur qui traversent le roman, comme la mémé de Coco, vraie fan de Johnny… mais pas Johnny Hallyday, non, son sosie : Johnny Cadillac. C’est un roman efficace, pour amateurs de romans policiers qui ont soif de changement, et pour ceux qui n’ont pas envie de se plonger dans une histoire trop trop flippante, même si Nadine Monfils nous offre quand même une bonne dose d’émotions. Le problème (ou l’avantage) de tout oser, c’est que c’est dans tous les sens du terme ! Du plus trash au plus gore, du plus farfelu au plus comique… Allez, laissez-vous tenter par ce roman complètement givré, c’est les vacances, le moment de faire des folies et des découvertes !

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Johnny Cadillac et Nadine Monfils

#236 Le chien – Eric-Emmanuel Schmitt

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Le résumé…

 » Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l’homme. »

Quel est donc le secret qui cadenasse l’âme de Samuel Heymann, ce médecin apprécié de tous mais qui reste un inconnu même aux yeux de sa fille ? Quelle est l’admirable relation qui le lie depuis 40 ans à ses chiens ?

Mené comme une enquête policière, ce texte émouvant traite de la communication entre les êtres, de la vengeance et du pardon : une surprenante et bouleversante leçon d’humanité.

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Mon avis…

La couverture laisse deviner le sujet du livre… Dans cette histoire, il y a des animaux et des hommes, les deux se rencontrant à un des moments les plus terribles de l’Histoire. Cette rencontre laisse une trace durable dans la vie de Samuel qui, à la mort de son chien, se suicide… Mais, bien que la relation entre l’homme et son animal domestique soit étroite, profonde, qu’est-ce qui peut pousser le maître à s’ôter la vie après avoir perdu son chien ? C’est cette question qui va pousser sa fille ainsi que son voisin à son enquêter… Jusqu’à se rendre compte qu’il ne connaissait pas si bien Samuel, qu’il cachait des secrets, parmi les plus douloureux… Eric-Emmanuel Schmitt, comme à son habitude, nous conte l’histoire d’une vie, avec un point de vue original, une subtilité remarquable, et surtout beaucoup de douceur. Livrer une leçon d’humanité, tout en délicatesse, à travers un récit touchant et simple, est tout ce qui fait le talent de Schmitt, qui a déjà œuvré dans ce sens avec des livres comme Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, ou encore Oscar et la Dame Rose.

J’aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt pour sa capacité à doser parfaitement tous les ingrédients de ses œuvres. Il offre un moment de lecture agréable, tout en distillant de petites pensées qui veulent rendre le monde meilleur, sans naïveté pour autant. Le chien, c’est avant tout un livre qui adopte un point de vue intéressant, original, qui approche un pan de l’Histoire de façon inattendue. Derrière les apparences, le vernis s’effrite et la réalité se révèle, le passé prend le dessus sur le présent, pour mieux envisager le futur. Comprendre, c’est l’objectif premier de la fille de Samuel et de son voisin, et aussi celui du lecteur. Ce petit roman se lit à une vitesse inimaginable, environ une heure, car il est court, comme beaucoup de livres d’Eric-Emmanuel Schmitt, mais il est surtout prenant ! Une fois ouvert, le roman se déroule, les pages se tournent, et le lecteur ressent le besoin irrépressible de connaître le fin mot de l’histoire.

#233 Mémoires de porc-épic – Alain Mabanckou

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Le résumé…

Pour tuer ceux qui se dressent sur son chemin, Kibandi fait appel à son double animal : un porc-épic. La petite bête, philosophe, malicieuse, armée de ses redoutables piquants, exécute les souhaits macabres de son maître. Le couple meurtrier sillonne l’Afrique jusqu’au jour où Kibandi rencontre bien plus redoutable que lui…

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Mon avis…

Ce roman, qui a eu le prix Renaudot de 2006, est un petit chef d’œuvre. Il est original à de nombreux égards. D’abord, le narrateur, un animal, nous raconte sa propre histoire, son rôle de double d’un humain qui, pour régler ses problèmes, lui ordonne de tuer ses ennemis – ou simplement ceux qui le dérangent. C’est pourtant un roman plein d’humanité et de philosophie, porté par un porc-épic parfois ironique. Il jette un regard critique sur l’espèce humaine, propose une réflexion sur ce qui constitue l’humain. Mabanckou reprend le rôle typiquement occidental du tueur en série et le porte dans l’univers du conte africain, rempli de traditions. Il allie avec talent modernité et authenticité, proposant un récit passionnant et ouvrant des perspectives nouvelles pour penser le monde dans lequel nous vivons.

J’ai aimé ce livre pour son originalité, bien sûr, mais aussi et surtout car Alain Mabanckou fait partie des auteurs  francophones qui méritent d’être encore plus présents dans nos bibliothèques. S’il est connu de ceux qui ont l’habitude de fréquenter le milieu littéraire, il l’est parfois moins du grand public. Pourtant, son œuvre est à la fois divertissante et teintée d’un style incomparable. Certains pourront trouver abrupte l’écriture de ce roman, notamment car l’auteur s’est évertué à n’utiliser  qu’un signe de ponctuation : la virgule. Ni majuscules, ni points… Tout se lit d’une traite, à la façon de pensées parfois décousues. Mais cela apporte une forme de dynamisme à l’histoire, et une plus grande proximité avec le narrateur-animal. Un peu déconcertant d’abord, ce style finit par s’imposer à l’esprit. Il devient source de richesse pour l’œuvre, comme le choix étonnant d’un porc-épic comme conteur.

Je conseille vivement ce roman aux curieux, qui souhaitent découvrir la littérature africaine francophone, à travers un de ses auteurs incontournables, Alain Mabanckou. Il constitue également une expérience intéressante pour ceux qui veulent envisager le monde d’un autre point de vue. Ce livre mélange les cultures africaine et européenne, offre un regard ironique sur notre société et sur celle dans laquelle se déroule le récit. Le porc-épic, animal touché par tant de clichés, dont les gens se méfient souvent, qui peut inquiéter, prend peu à peu à son compte l’humanité que perd l’homme dont il est le double. Bien que ce soit lui, l’animal, qui commette les crimes, il est aussi celui qui les regrette, les questionne, même s’il les justifie parfois aussi. C’est donc un livre qui mêle habilement crimes et réflexions philosophiques, qui allie les traditions du conte à une écriture moderne et innovante.

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#229 The Janus Stone – Elly Griffiths

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Le résumé…

Cela fait à peine quelques mois que l’archéologue Ruth Galloway s’est personnellement retrouvée impliquée dans une affaire de personnes disparues, s’en sortant de justesse en vie. Mais quand des travailleurs dans le bâtiment démolissent une très grande maison victorienne et découvrent les os d’un enfant enterré sous le pas de la porte – le crâne manquant – Ruth est de nouveau appelée à enquêter. Est-ce un sacrifice rituel de l’ère romaine, ou le meurtrier est-il encore à portée de main ?

Ruth et le détective Harry Nelson voudraient le découvrir – et très vite. Quand ils se rendent compte que la maison était auparavant un orphelinat, ils remontent jusqu’au prêtre catholique qui en était le directeur. Le Père Hennessey raconte la disparition de deux enfants quarante ans auparavant – un garçon et une fille. Ils n’ont jamais été retrouvés. Quand la datation carbone prouve que les os de l’enfant sont plus anciens que l’orphelinat et remontent à un temps où la maison était une propriété familiale, Ruth est entraînée encore plus profondément dans cette affaire. Mais, alors que le printemps se transforme doucement en été, il devient clair que quelqu’un essaye très sérieusement de l’éloigner de la piste en les effrayant, elle et son enfant à naître, en les poussant vers la mort.

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Mon avis…

J’ai découvert Elly Griffiths grâce à mon partenariat avec les Presses de la cité qui m’avaient envoyé, en échange d’un article, un excellent livre intitulé Les disparues du marais. J’avais beaucoup aimé ce premier roman qui, avec le recul, m’a vraiment marqué ! Je m’en souviens encore parfaitement aujourd’hui, j’y pense régulièrement… Parfois, on ne sait pas pourquoi, mais des romans nous marquent durablement. C’était le cas de celui-ci. Lors de mon séjour en Ecosse, je suis tombée sur la suite, le tome 2 d’une très longue série suivant Ruth Galloway, archéologue très attachante et talentueuse. Encore une fois, j’ai été totalement séduite. The Janus Stone est dans la même veine que Les disparues du marais (ou en anglais, The crossing places). Il est tout aussi passionnant, tout aussi bien mené… Les personnages encore une fois m’ont totalement séduite, l’intrigue elle aussi était excellente : mêler thriller et archéologie est une idée merveilleuse qu’Elly Griffiths met parfaitement en scène.

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Après avoir lu le deuxième tome, je me dis que je n’aurais jamais pu attendre sa sortie française, car j’ai déjà envie de lire tous les autres ! Ce que j’aime vraiment dans ce livre, c’est que l’intrigue historique se mêle à l’intrigue policière. On se rend compte que même des crimes anciens peuvent nous paraître aussi terribles que ce qui nous semble plus proche. J’avoue que j’ai un petit faible pour les histoires touchant à l’ésotérique, et The Janus Stone en fait partie. Si vous souhaitez lire ce livre, je vous conseille cependant fortement de commencer par le premier tome, car les deux histoires sont très liées. En fait, les intrigues criminelles, en soi, n’ont pas vraiment de lien, mais le récit tournant autour des personnages principaux Ruth Galloway et Harry Nelson occupe une place importante dans le roman, ce qui est aussi très plaisant. J’ai ressenti un immense plaisir à retrouver ces personnages qui m’avaient déjà une fois bluffée. Et j’ai hâte de me relancer une troisième fois dans la lecture d’un livre d’Elly Griffiths. Un conseil : ne manquez pas cette auteure et cette série fantastique de livres !

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Ma note…

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Niveau de lecture : Facile

 

#228 La fille du train / The girl on the train – Paula Hawkins

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Le résumé…

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8h04 le matin, le 17h56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

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Mon avis…

Comment parler de ce livre sans trop en dire ? Vous avez sûrement entendu parler du premier roman de Paula Hawkins, un véritable succès de librairie, un des thrillers de l’année, à coup sûr… J’ai retenu mon envie de l’acheter en français, j’attendais avec impatience de l’avoir en anglais, pour le découvrir en VO bien sûr ! Et, comment vous expliquer ? J’ai adoré ! C’est un véritable coup de cœur car je n’ai pas réussi à lâcher ce roman un seul instant… Ce que j’ai apprécié, c’est l’alternance des narratrices, des trois femmes centrales dans le roman, nous rapportant leur version des faits (parfois douteuse, parfois moins). C’est vraiment un procédé très intelligent pour amener petit à petit les révélations et conserver le suspense jusqu’au dernier moment ! Les personnages sont plus ou moins attachants, et on se rend compte à la fin du roman qu’on n’aurait pas dû se fier aux premières impressions, qui ne sont pas toujours les bonnes… Désormais, ce qui est certain, c’est que je ne verrais plus mes trajets en train de la même manière !

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Contrairement à la plupart de mes dernières lectures de thriller, je n’ai pas deviné le dénouement trop vite, bien au contraire. Paula Hawkins a réussi à me porter page après page, à me mener là où elle voulait, à me faire douter sur tout et tout le monde, sauf sur les bonnes choses ! L’auteure est maligne, ça c’est sûr. Je ne peux pas vous expliquer un élément de l’intrigue sans risquer de trop vous révéler, mais je peux en tout cas vous dire que vous raterez quelque chose d’énorme si vous ne lisez pas ce livre ! N’attendez pas le film, surtout, ce serait trop facile et vous le regretterez. Le style de l’auteure est excellent et, ça, vous ne le retrouverez pas à l’écran. Car, oui, La fille du train va être adapté au cinéma, la bande-annonce est même déjà sortie (c’est de là que je tire certaines des images de cet article) mais, n’oubliez pas, rien ne remplace le plaisir de la lecture. Pour ma part, j’irais voir le film, c’est certain, pour la simple et bonne raison que je veux à tout prix partager cette histoire audacieuse avec ma mère qui, elle, ne lit pas… Allez, dépêchez-vous de vous lancer dans ce roman : vous ne le regretterez pas, c’est promis !

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Ma note…

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Niveau de lecture : Facile