#313 Souvenirs effacés – Arno Strobel

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Le résumé…

Et si vous aviez été rayée de la mémoire de vos proches ?

L’enlèvement de son fils… Sa fuite nocturne a travers le parc… Le coup sur la tête… A son réveil d’un coma de deux mois, Sibylle a l’impression de se souvenir de tout. Elle a 34 ans, vit avec son mari dans une ville voisine.
Étrangement, le médecin a son chevet lui assure qu’elle n’a jamais eu d’enfant. Sibylle décide alors de fuir l’hôpital en pleine nuit pour rentrer chez elle.
Une automobiliste stoppe et la raccompagne jusqu’a son domicile. Mais, lorsque son mari ouvre la porte, il ne la reconnaît pas, malgré les détails intimes qu’elle lui livre.
A qui Sibylle peut-elle faire encore confiance ? Et qui est-elle vraiment ?

Mon avis…

Un soir, comme tous les soirs, j’ai eu besoin de lire quelques pages d’un livre. Sans ça, impossible de m’endormir paisiblement. Oui mais voilà, ce soir-là, je n’ai pas choisi le bon livre. J’ai choisi un de ces romans qui, une fois commencé, est en fait impossible à lâcher. Moi qui ne suis pas très fan des histoires d’amnésie, j’ai pourtant bien accroché à ce roman où l’effet est inversé : ce n’est pas le personnage principal qui a tout oublié mais tous ceux qui partagent sa vie. Le suspense est total jusqu’aux dernières pages quant à la résolution de l’intrigue. C’est un roman très prenant, qui nous accroche tout de suite grâce aux questionnements qu’il implique : comment est-ce possible qu’une personne soit oubliée de tous du jour au lendemain ? est-ce une vaste machination dirigée contre elle ? ou devient-elle folle ? est-ce elle qui a un problème ? peut-on imaginer totalement sa vie ? peut-on oublier jusqu’à l’existence d’un de ses proches ? Bref, le lecteur est dans l’indécision et l’ignorance la plus totale. Arno Strobel joue avec les ambiguïtés de ses personnages : fiables ou non ? On ne sait plus, comme Sibylle, à qui se fier. On entre alors dans un jeu d’échecs machiavélique dans lequel, malheureusement, nous sommes les pions ! Je dis « malheureusement », mais c’est en fait pour notre plus grand plaisir, car l’auteur nous balade, et il n’y a rien de plus agréable pour un lecteur. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman dont on peut en fait dire assez peu de choses quant à l’intrigue. En tout cas, tout est parfaitement construit et bien ficelé pour nous faire passer un excellent moment. L’ensemble est suffisamment imprévisible pour que la surprise soit au rendez-vous. Je vous conseille vivement ce thriller qui saura, à mon avis, satisfaire le plus grand nombre !

En quelques mots…

amnésie généralisée
quête de soi
suspense total
à qui peut-on se fier ?
un excellent thriller

 

Carte d’identité du livre

Titre : Souvenirs effacés
Auteur : Arno Strobel
Traductrice : Céline Maurice
Éditeur : l’Archipel
Date de parution : 06 juin 2018

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Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture !

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#312 Le club des philosophes amateurs – Alexander McCall Smith

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Le résumé…

Isabel Dalhousie, quadragénaire célibataire et financièrement indépendante, vit à Édimbourg où elle est rédactrice en chef de la très respectée Revue d’éthique appliquée. Elle préside aussi le club des philosophes amateurs qui se rassemble chez elle. Isabel s’intéresse à des problèmes qui, à parler franc, ne la regardent en aucune façon – à commencer par ceux qui sont du ressort de la police. Elle est convaincue que la mort d’un jeune homme pendant un concert dans l’Usher Hall est bien plus suspicieuse qu’une chute innocente. Isabel mène l’enquête où brouillard, meurtre et devoir moral fusionnent en un seul et même sujet.

Mon avis…

Après l’avoir tant croisé en librairie, j’ai enfin lu Le club des philosophes amateurs d’Alexander McCall Smith. Il s’agit ici d’une édition avec une traduction révisée de François Rosso, en poche, avec une couverture plutôt sympa (ce qui ne gâche rien). C’était une grande découverte pour moi. L’ensemble se passe en Ecosse, donc dans un pays que je connais plutôt bien, et que j’ai pris plaisir à retrouver. Isabel Dalhousie est un personnage assez attachant, qui assiste malgré elle à une mort suspecte, et décide donc de mener sa petite enquête. J’ai personnellement trouvé que cette démarche était un peu déplacée et assez mal justifiée dans le roman. J’ai même l’impression que l’auteur lui-même en avait conscience car il évoque régulièrement l’illégitimité d’Isabel à mener cette enquête (ce qui tourne presque à la curiosité malsaine parfois). Pour un premier tome, j’ai trouvé beaucoup de lacunes, avec justement cette enquête parfois injustifiée, son dénouement sans originalité et en fait très prévisible, ses personnages globalement assez superficiels… Il y a aussi beaucoup de longueurs, avec des développements de théories philosophiques dans lesquels on se perd parfois… Mais, c’est tout de même un début de série de qualité, qui nous accroche quand même, malgré la petite déception finale. On a quand même envie d’avoir la résolution de tout ça. D’autres petites intrigues sont insérées, ce qui est aussi appréciable. Donc, pour conclure, c’est un roman pour moi assez moyen, qui ne laissera pas une trace impérissable dans mon esprit. Je ne pense pas lire le tome suivant, car j’ai trouvé l’enquête trop basique, peu surprenante, et la narration finalement assez plate. Malgré tout, ça se lit et peut plaire aux lecteurs en soif d’enquêtes terre à terre et d’érudition.

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En quelques mots…

une enquête
ambiance écossaise
quelques longueurs
philosophique et érudit

Carte d’identité du livre

Titre : Le club des philosophes amateurs
Auteur : Alexander McCall Smith
Traducteur : François Rosso
Éditeur : Le Masque (poche)
Date de parution : 30 mai 2018

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 Merci aux éditions du Masque pour cette lecture.

 

#311 L’île des absents – Caroline Eriksson

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Le résumé…

On l’appelle le Cauchemar. C’est un lac à l’eau noire et stagnante, quelque part en Suède, dont la légende raconte qu’il est maudit. Au milieu du Cauchemar, il y a un îlot. Sur cet îlot, Alex et la petite Smilla vont faire une promenade, tandis que Greta les attend dans la barque amarrée au rivage, puis s’endort. À son réveil, la nuit tombe et seuls retentissent au loin les cris lugubres des oiseaux aquatiques. L’homme et la fillette ont disparu. De retour dans le cottage que la petite famille occupe au village, Greta fouille chaque pièce et tente en vain de joindre Alex. En proie à la panique, elle décide de se rendre au commissariat. Seulement, sur place, un policier lui annonce qu’elle n’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfants. Qui sont Alex et Smilla ?

Mon avis…

Ce roman me tentait, pour plusieurs raisons : sa couverture (je l’avoue, je la trouve plutôt bien faite et assez mystérieuse) et son résumé. J’ai été étonnée de voir qu’il s’agissait d’un livre peu épais. Cela rend justement l’ensemble très intense. Tout va particulièrement vite. Peut-être trop vite d’ailleurs… Les pensées de Greta s’emmêlent, n’ont pas beaucoup de sens. Tout est très confus car, en fait, la narratrice n’est pas fiable. Donc le lecteur, nécessairement, ne comprend pas grand chose à ce qu’il se passe, et il ne peut pas vraiment faire confiance à Greta pour changer cet état de fait. Tout cela a une explication dans l’intrigue. La confusion et l’aspect même chaotique du récit ont un but ! Sauf que, à force d’être perdu et d’être dans le flou, le lecteur peut vite se lasser… En fait, on en a vite marre des faux suspenses, des rebondissements qui n’en sont pas du type « oh une ombre… ah c’est un chat ! » (ceci n’est pas une citation du livre, je précise, au cas où…) et qui d’ailleurs deviennent très prévisibles. Mais le livre est court, donc on continue la lecture. En fait, l’histoire est plutôt bonne, la narration cohérente avec l’intrigue, mais quelque chose ne prend pas. L’ensemble paraît un peu superficiel, parfois exagéré, attendu… Je ne saurais expliquer à quoi est due cette sensation. C’est dommage, j’ai eu d’excellentes lectures grâce aux Presses de la Cité comme les romans de Sire Cédric, et des découvertes exceptionnelles telles que ceux d’Elly Griffiths, que je vous recommande vivement. Mais, malheureusement, ce texte de Caroline Eriksson n’a pas fait mouche… Sans être un mauvais bouquin, ce n’est clairement pas le livre qui laissera une marque indélébile…

En quelques mots…

thriller psychologique
une narration très confuse
parfois un peu agaçant
ça se lit quand même

Carte d’identité du livre

Titre : L’île des absents
Autrice : Caroline Eriksson
Traductrice : Laurence Mennerich
Éditeur : Presses de la Cité
Date de parution : 07 juin 2018

presse cité

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture.

#308 Réveille-toi ! – François-Xavier Dillard

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Le résumé…

Basile Caplain est un greffé du cœur qui vit reclus, sans travail ni perspective. Sa seule obsession : dormir le moins possible, car ses nuits sont peuplées de cauchemars. Son unique ami, Ali, le gérant d’une station-service, est passionné par les faits divers. Un soir, ce dernier lui parle du meurtre barbare d’une jeune femme. Or, ce crime atroce, c’est exactement le rêve que Basile a fait deux jours plus tôt…

Paul est un paraplégique de dix-huit ans, génie de l’informatique, qui développe pour la police scientifique un programme baptisé Nostradamus – un algorithme révolutionnaire devant permettre de réaliser des portraits-robots hyperréalistes des criminels présumés.

Alors que des meurtres sauvages sont perpétrés à Paris, la police judiciaire met sur le coup son meilleur atout : le Dr Nicolas Flair, psychiatre mentaliste, qui a déjà résolu de nombreuses affaires.

Lorsque les chemins de ces trois protagonistes se croiseront, l’Inconscient, la Science et la Psychiatrie vont devoir collaborer pour essayer d’arrêter le pire des monstres…

Mon avis…

Réveille-toi ! est mon tout premier roman de François-Xavier Dillard. Une découverte donc. Au début, j’ai été assez perturbée par les multiples histoires croisées, car je m’y perdais. J’avais du mal à me repérer entre les différents personnages, mais on s’y fait vite. Ensuite, l’ensemble avance et suis un rythme haletant, avec de nombreux rebondissements. On ne sait pas où on va, mais on y fonce ! Je pense que l’auteur a probablement voulu perdre un peu ses lecteurs, pour les mettre dans la situation de ses personnages, eux-mêmes tous un peu paumés ! J’ai été agréablement surprise de retrouver dans ce roman la petite touche de fantastique et de surnaturel qui m’avait charmée dans des titres comme ceux de Sire Cédric, par exemple. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Avec tes yeux. Pour être honnête, c’est un livre dont on ne peut pas parler longuement car en dire trop entamerait le suspense ! Alors je pèse mes mots… Simplement, je dirais que c’est un très bon thriller, qui nous accroche du début à la fin, de manière efficace. Le tout est suffisamment complexe pour qu’on se torture l’esprit ! La fin est assez surprenante et (presque) imprévisible jusqu’aux dernières pages. En tout cas, Réveille-toi ! m’a donné envie de lire d’autres livres de François-Xavier Dillard, donc c’est plutôt un bilan très positif et une agréable découverte !

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François-Xavier Dillard

En quelques mots…

à la frontière de l’irréel
un bon thriller
histoires croisées
une fin presque imprévisible

Carte d’identité du livre

Titre : Réveille-toi !
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Date de parution : 07 juin 2018

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#305 L’Echange – Rebecca Fleet

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Le résumé…

Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle…

Mon avis…

L’Echange est un thriller dont la base est très simple : un couple procède à un échange de maisons avec une personne qu’ils ne connaissent pas, par le biais d’un site internet. Oui, comme dans The Holiday, mais en moins romantique. Car, très vite, il apparaît que le rapport entre les deux parties est inégal. L’inconnu qui passe la semaine chez Caroline et Francis semble en savoir beaucoup sur eux. Beaucoup trop, même. La tension augmente au fil du récit, lorsque Caroline découvre des éléments très perturbants lui rappelant son passé, un passé qu’elle aurait aimé laisser derrière elle. Mais, en fait, tout est plus compliqué qu’il n’y paraît. En alternant le récit au présent de cette semaine de vacances avec les souvenirs de Caroline, mais aussi quelques instantanés des pensées de l’inconnu qui loge chez elle, Rebecca Fleet distille des indices, et ménage ainsi le suspense. Le roman en lui-même n’est pas un chef d’oeuvre, très honnêtement. C’est un thriller plaisant à lire, qui n’est pas sans rappeler d’autres romans à succès dans le même genre. Autrement dit, on repassera pour l’originalité. Mais il permet de passer un bon moment et, d’ailleurs, il joue bien son rôle de page-turner. Mais je n’ai personnellement pas ressenti l’effet waouh tant attendu. Ce ne sera pas le livre de l’année, en tout cas, mais il fait bien son job : nous tenir en haleine jusqu’au bout. Cela n’empêche pas une petite pointe de déception à la fin, on s’était attendu à mieux…

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En quelques mots…

un drôle d’invité
une lecture plaisante
sans prétention
simple et efficace
pas LE livre de l’année

Carte d’identité du livre

Titre : L’Echange
Autrice : Rebecca Fleet
Traductrice :  Cécile Ardilly
Éditeur : Robert Laffont
Date de parution : 07 juin 2018

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#302 Le Labyrinthe des Esprits – Carlos Ruiz Zafón

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Le résumé…

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

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Mon avis…

Il y a de ces livres que l’on aime avant même de les avoir ouverts. Le Labyrinthe des Esprits en fait partie pour moi. Pour quelle raison ? Car il s’agit du quatrième volume de la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón. Première chose à rappeler : ces livres, même s’ils appartiennent à une même saga et explorent globalement les vies des mêmes personnages, peuvent se lire dans le désordre. Donc rien ne vous oblige à commencer par L’Ombre du Vent, le premier tome, même si – évidemment – c’est préférable. L’auteur a conçu sa série pour qu’elle soit un labyrinthe à plusieurs entrées. Donc à vous de faire votre propre expérience ! Ce dernier roman en date, très attendu, nous replonge dans l’atmosphère envoûtante et inquiétante qui nous a séduit dans les précédents tomes. On retrouve avec plaisir et impatience la Barcelone sombre et mystérieuse que Carlos Ruiz Zafón sait si bien peindre. Cette fois, on découvre de nouveaux personnages, et en particulier Alicia Gris, une femme d’une beauté froide, brisée par de multiples aspects et pourtant si vivante. Le talent de l’auteur pour construire des psychologies complexes est toujours là, évidemment. C’est encore un personnage attachant et puissant qu’il nous fait découvrir, aux côtés d’autres tout aussi investis d’âmes : Mauricio Valls, Fernandito, Vargas…

Le roman est un véritable trésor de mises en abymes et d’intrigues entrelacées… Le lecteur est plongé dans véritable jeu de pistes sans fin. Le livre refermé, il ne nous reste plus qu’à (re)lire les autres tomes du Cimetière des Livres Oubliés pour les (re)découvrir. J’ai éprouvé tellement de plaisir à retrouver les personnages des précédents romans, en particulier Fermin, qui se caractérise par sa verve et ses bons mots. Car, oui, les livres de Carlos Ruiz Zafón sont aussi des textes qu’il faut lire quand on aime les livres et la littérature ! Ils sont tout simplement jouissifs sur un plan littéraire. De belles phrases, de belles tournures… Son traducteur français habituel, François Maspero, est mort avant d’avoir pu se charger de ce roman. L’auteur lui rend un magnifique hommage, montrant l’importance souvent oubliée des traducteurs, qui retranscrivent pour nous, pour notre plaisir, des œuvres magnifiques. Maria Vila Casas, qui a traduit Le Labyrinthe des Esprits, a rélevé le défi très compliqué de rendre compte de la prose magique de Carlos Ruiz Zafón. Et je l’en remercie. Car, grâce à son talent, j’ai pu passer un de mes meilleurs moments de lecture de l’année.. et de ma vie !

Le coup de cœur pour les romans de Carlos Ruiz Zafón est dangereux pour le lecteur, car il marque le début d’une addiction. Et, surtout, vous chercherez à trouver des équivalents, à revivre des lectures semblables, tout aussi riches… Je n’ai pas encore réussi à retrouver les émotions que m’a fait ressentir cet auteur dans d’autres livres… si ce n’est les siens ! Et je me prends, parfois, à relire L’Ombre du Vent, Marina, Le Prince de la Brume, Le Jeu de l’Ange, et les autres… A chaque fois, je découvre de nouvelles choses. Le Labyrinthe des Esprits n’y fera pas exception, d’autant qu’il éclaire d’un nouveau jour ces mêmes textes que je viens d’évoquer. J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans cette lecture. Les romans de Carlos Ruiz Zafón, ce dernier compris, regroupent différents genres littéraires, ils sont inclassables. Ils évoquent la société espagnole, mais ce sont de véritables livres d’aventure, avec une pointe de fantastique, d’horreur parfois, avec toujours une enquête qui nous plonge dans un suspense insoutenable, des histoires d’amour, d’amitié, de haine aussi, avec des personnages complexes, qui ne sont pas juste blancs ou noirs. L’auteur comprend et peint à la perfection les différentes facettes de l’être humain, des plus obscures aux plus lumineuses. L’ensemble est poétique, émouvant, frappant, haletant. Et, cela, toujours avec des livres, une multitude de livres.

Franco quittant la cathédrale de Barcelone

En quelques mots…

aventure(s) livresque(s)
on aimerait ne jamais le finir
labyrinthique
riche et foisonnant
à lire, relire et faire lire

Carte d’identité du livre

Titre : Le Labyrinthe des Esprits
Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Traductrice : Maria Vila Casas
Éditeur : Actes Sud
Date de parution : 02 mai 2018

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Coup de cœur, évidemment

 

Télérama contre Franck Thilliez : ma réaction

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Devrais-je avoir honte de lire Franck Thilliez ? Si l’on se fie à la journaliste de Télérama, Marine Landrot, oui. Remettons tout cela en contexte. D’abord, l’autrice de l’article « En vacances avec Franck Thilliez » se réjouit du résultat d’un sondage montrant que « 80 % des Français n’envisagent pas de partir sans un livre. » Oui mais voilà, pour mériter le respect de cette éminente journaliste de Télérama, il faudrait lire des textes élitistes sinon rien :

« Tout de suite, on imagine des hordes de touristes, la poche avant du sac à dos carrelée d’un bouquin prêt à prendre l’eau et les yeux, voire les deux à la fois quand ça larmoie. Qui La Tache de Philip Roth, qui Lambeaux de Charles Juliet, qui Manuscrit zéro de Yoko Ogawa, qui Just Kids de Patti Smith. De la variété, de l’appétit, de l’élévation. »

Dommage pour elle, ce ne sont pas ces ouvrages qui sont lus par la plupart des vacanciers, mais ceux de Musso, Dicker, Chattam et… Thilliez, auquel elle s’attaque avec virulence. Avec tout le respect que je dois à cette journaliste, le mépris qui suinte de cet article est tout simplement scandaleux. Si 80% des gens interrogés n’envisagent pas de partir en vacances sans un livre, réjouissons-nous ! Et si ce livre doit être de Franck Thilliez, où est le problème ? D’abord, rappelons que cet auteur écrit très bien. Il aurait été très facile de trouver de mauvais romans, alors j’avoue que ce choix m’étonne. J’imagine que, pour cette journaliste de Télérama, c’est la littérature populaire qui pose problème. Les qualités littéraires ne sont pas en question. Pour une journaliste comme celle-ci, il est probablement toujours plus flatteur de dire « cet été, j’ai lu Lambeaux de Charles Juliet » que de dire « cet été, j’ai lu Sharko de Franck Thilliez ». J’aimerais dire une chose : je suis étudiante en Lettres, je vais faire un doctorat, j’ai lu Lambeaux de Juliet, je lis énormément d’œuvres que cette journaliste jugeraient probablement comme étant d’excellentes lectures, suffisamment exigeantes pour avoir son approbation. Mais j’adore Franck Thilliez, et je n’en ai aucunement honte.

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Franck Thilliez procure, grâce à ses livres, du plaisir à l’état pur. Il répond aux désirs de ses lecteurs d’être emportés dans des fictions passionnantes, bien menées, maîtrisées. C’est du divertissement, oui, et de qualité. Je l’ai dit dans ma chronique du Manuscrit inachevé, j’ai adoré sa façon de faire réfléchir le lecteur, de le rendre acteur du roman. Avec Thilliez, je suis devenue, à mon tour, le temps de ma lecture, une enquêtrice. J’ai récolté les indices, je me suis interrogée, je me suis retourné l’esprit, et j’ai adoré ça ! Je ne hiérarchise pas mes lectures, et encore moins celle des autres. Mépriser ceux qui aiment la littérature « populaire », parce que nous lisons nous-mêmes des œuvres parfois très complexes et qui n’ont rien de « populaire », est tout simplement intolérable. Et la journaliste d’associer le nom du personnage Sharko à l’ancien président Sarkozy puis à la maladie de Charcot, et de se lancer quelques fleurs, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même concernant les flatteries. Pour moi, les deux dernières phrases résument à la perfection la terrible réalité qui se cache derrière cet article :

« Voilà ce que c’est que d’avoir une pensée en arborescence. Il en résulte des difficultés de concentration, que visiblement la jeune lectrice du métro n’a pas, captivée comme elle est. »

Mépris. Voilà le mot qui caractérise cet article. Cette journaliste, parce qu’elle a lu – ou plutôt parce qu’elle mentionneLambeaux de Charles Juliet ou La Tache de Philip Roth (auquel elle pense probablement parce qu’il vient de nous quitter), se considère donc comme supérieure à ces lecteurs qui se contentent de Thilliez ou Chattam. Elle a « une pensée en arborescence », et bien je lui dis : félicitations. Et de s’opposer à cette « jeune lectrice du métro », qu’elle juge sur la base d’un seul livre qu’elle lui voit dans les mains. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es, n’est-ce pas ? Peut-être, mais réduire une personne à une seule de ses lectures revient à un jugement hâtif et inapproprié. La mépriser pour cette lecture est totalement honteux.

Parler d’un auteur, Thilliez, que l’on n’a probablement jamais lu et décider de le mépriser parce qu’il se vend bien, n’est pas digne d’une journaliste. Ce billet d’humeur de Marine Landrot est dérangeant, car il témoigne d’un mépris de classe. Etre journaliste à Télérama, il y a pire dans la vie. C’est une situation professionnelle plutôt confortable, et la chance de fréquenter des milieux privilégiés n’est pas donnée à tout le monde. Alors, en étant journaliste à Télérama, il semblerait que l’on ne doive pas lire de littérature populaire. Libre à elle de lire ce qu’elle veut, et libre à chacun de lire ce qu’il veut. Charles Juliet et Franck Thilliez peuvent se côtoyer dans une bibliothèque ou dans une valise. Et j’ajouterais qu’ils sont tout simplement incomparables et que, finalement, tout le développement de cet article est aporétique. Comment opposer deux œuvres qui n’ont absolument rien à voir l’une avec l’autre ?

franckthilliez

Je voulais revenir sur cet article, car je considère qu’il est symptomatique d’une réalité de notre société. Au quotidien, je vois tant de gens qui pensent gagner en prestige en achetant les œuvres de Philip Roth en Pléiade par exemple, pour les poser sur leurs étagères et laisser leurs invités en contempler les tranches dorées. Mais je préfère largement avoir de longues conversations avec les lecteurs passionnés de polars, qui ont lu le dernier Thilliez et l’ont adoré, qui veulent acheter le nouveau Giébel ou encore imaginent l’intrigue du prochain Norek ! Mentionner des œuvres en les élevant comme parangon de la bonne littérature, de celle qu’il faut lire, ne suffit pas à l’intelligence. Apprenez, madame la journaliste, qu’il n’y a pas de « il faut » qui vaille en littérature.

Alors, non, je n’ai pas honte d’aimer Thilliez. Et j’encourage chacun à lire les auteurs qu’il souhaite lire, à glisser dans son sac à dos Sharko ou un autre roman populaire, ou un Balzac, un Roth, un Juliet, un Atwood, un Chattam, un Musso, un Darrieussecq ou n’importe quel livre. L’important, c’est la curiosité, le plaisir tiré de la lecture.

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#295 Sang famille – Michel Bussi

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Le résumé…

« Tel un soleil brutal, la lumière du phare des Enchaînés inonde la pièce. Une seconde à peine. Puis l’obscurité reprend le dessus, simplement percée du halo des lampes torches.
Je vais mourir ici.
C’est une certitude.
Une seule question me hante, la dernière : jusqu’où sont-ils prêts à aller pour me faire avouer ?  A fouiller ma mémoire, comme s’ils pouvaient en arracher les souvenirs qu’ils convoitent ?
Tout est allé si vite, à peine quatre jours.
Je n’étais alors qu’un adolescent parmi d’autres.
Un orphelin.
C’est du moins ce qu’on avait toujours voulu me faire croire…
 »

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Mon avis…

Commençons par une remarque importante : Sang famille n’est pas un nouveau roman de Michel Bussi. Il a déjà paru il y a un certain nombre d’années, en 2009 précisément, mais c’est ici le Sang famille 2.0 que nous avons sous les yeux : retravaillé par l’auteur, mais aussi accompagné d’une petite préface resituant ce livre, son intrigue, etc. Comme toujours (un exemple : Le temps est assassin), l’auteur nous propose une plongée dans une atmosphère estivale : ici un camp de vacances sur une île imaginaire au large de la Normandie. Au menu : chasse au trésor, criminels en liberté, tromperies et complots, méchants gangsters… La méfiance est de mise. Ce roman m’a un peu fait retomber en enfance, en raison de son ambiance un peu « club des cinq ». C’est simple, sans prétention, mais ça fait son effet. On se divertit, on passe un bon moment de lecture, on essaie nous aussi de déchiffrer les énigmes… Sang famille est un bon polar d’été comme sait les faire Michel Bussi. C’est léger, animé, plutôt bien écrit, dépaysant et reposant. On se laisse entraîner sans problème dans ce récit, guidé par des personnages simples et efficaces, le tout est bien construit… Un bon Bussi comme on les aime.
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ancienne couverture de Sang famille

#294 Le Manuscrit inachevé – Franck Thilliez

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Le résumé…

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. À la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre dernières années écoulées.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d’autres se pose : vers qui, vers quoi se tourner, quand l’unique vérité est que tout vous devient étranger ?

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Mon avis…

Le Manuscrit inachevé est le tout dernier roman de Franck Thilliez. Autant dire qu’il était très très attendu ! Une fois que je l’ai eu entre les mains, je l’ai littéralement dévoré. Il s’agit, pour moi, d’un des meilleurs livres de Franck Thilliez. C’est un one-shot, ou roman indépendant. Du début à la fin, le lecteur est donc plongé dans une atmosphère nouvelle et inédite, accompagné de personnages inconnus et suscitant de nombreuses interrogations. Dans ce roman, la mémoire faillit, les esprits doutent, les hypothèses se croisent et s’entremêlent, les discours se contredisent et les secrets se façonnent… Franck Thilliez nous montre plusieurs façons de mener l’enquête : celle du personnage principal Léane l’autrice de thrillers, celle de Vic et Vadim, deux enquêteurs du sud de la France, et celle de Colin, un flic berckois. C’est un livre riche en points de vue, en rebondissements, en retournements de situation… Le tout est construit sur la base d’une mise en abyme : ce n’est pas « vraiment » le livre de Franck Thilliez que nous lisons mais celui d’un certain Caleb Traskman, racontant lui-même l’histoire d’Enaël Miraure, nom de plume de Léane, qui a écrit un livre intitulé… Le Manuscrit inachevé ! En bref, un récit machiavélique et complexe, à la manière d’un jeu de piste pour les personnages comme pour le lecteur. Tant de questions se bousculent dans notre esprit, et le suspense reste entier jusqu’au bout. Franck Thilliez nous propose de mener l’enquête à notre tour, en semant une multitude d’indices et de références, dans un roman participatif absolument labyrinthique comme l’on en fait rarement ! La lecture est active, elle devient un véritable jeu ! Nous voici acteurs du Manuscrit inachevé. A nous d’en écrire la fin ?

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Coup de cœur

#290 Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giébel

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Le résumé…

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais…
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés.
Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…
Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?
Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.
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Mon avis…

Je disais il y a peu que le talent de Karine Giébel reposait essentiellement dans son efficacité, dont elle fait la démonstration dans ses histoires courtes, telles que Chiens de sang et D’ombre et de silence. Mais ici, l’autrice nous propose un véritable pavé. Un bon gros livre ! Et je finis par me dire que le talent de Karine Giébel n’a en fait besoin d’aucune condition particulière pour exister. Toutes blessent, la dernière tue est un livre choc qui ne laissera très certainement aucun lecteur indemne.

C’est un thriller psychologique qui s’inscrit dans une réalité souvent ignorée et méconnue, dont on parle très peu : l’esclavage domestique. Aujourd’hui, en France comme dans d’autres pays, des personnes sont exploitées, réduites en servitude. Ce livre, c’est leur histoire. Le récit des longues années de séquestration et de sévices de l’héroïne est si violent que l’on aimerait n’y voir que de la fiction. Pourtant, c’est l’innommable du réel qu’exploite Karine Giébel, comme l’a fait Olivier Norek, dans un autre registre, avec son excellentissime Entre deux mondes.

Grâce à des personnages très forts, elle construit un roman tout à fait passionnant, étoffé, impossible à lâcher jusqu’à la dernière page. On n’a certainement pas l’impression de lire un livre de plus de 700 pages ! Totalement saisissante, étonnante et bouleversante, cette plongée dans les méandres et les vicissitudes de l’esprit humain est diaboliquement orchestrée par la maîtresse du machiavélisme réaliste. En bref, un roman à ne pas mettre dans toutes les mains mais qui, pourtant, devrait être lu de tous ! Paradoxe ? Oui et non.

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