#309 La Fabrique des coïncidences – Yoav Blum

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Le résumé…

« Notre rôle est précisément de nous tenir à la lisière, dans cette zone grise entre destin et libre arbitre, et de jouer au ping-pong. »

Guy, Emily et Eric sont des agents secrets d’un genre nouveau. Leur mission : créer des coïncidences pour réinventer de la vie des gens. Car, dans le monde de Yoav Blum, le destin ne relève pas d’une autorité divine ou d’un hasard désincarné, mais bel et bien d’une organisation invisible de travailleurs du réel. On y débute souvent comme tisseur de rêves, ami imaginaire, distributeur de chance… jusqu’à accéder, pour les plus zélés, à la fonction de faiseur de coïncidences. Leur rôle consiste le plus souvent à provoquer des rencontres, rassembler des familles, semer les graines de l’inspiration à l’origine d’une oeuvre  d’art, d’une découverte scientifique…

Aussi quand Guy se voit assigner une mission spéciale impliquant un mystérieux tueur à gages fraîchement débarqué en ville,  ses certitudes volent en éclat tout en lui assénant au passage une bonne leçon sur les arcanes du destin, le libre arbitre et la nature véritable de l’amour.

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Mon avis…

Ce roman paru aux éditions Delcourt est très surprenant. Comment celui de Sarah Ladipo Manyika, il s’agit d’un livre original, coloré, malicieux. J’ai été un peu déstabilisée au début, car l’histoire est particulièrement décalée, on est dans un tout autre monde tout en étant ancré dans une réalité proche de la nôtre. Dans ce monde-là, il y a des personnages dont le boulot est d’être ami imaginaire ou faiseur de coïncidences. Ce sont ces derniers qui vont faire en sorte que la vie des gens prenne une orientation particulière, de mission en mission. Nous suivons, dans ce roman, trois personnages, et un en particulier : Guy. Il est du genre « gratte-papier », très sérieux, il fait bien son boulot. Alors, quand une mission étrange lui est confiée, il voit sa vie bien droite et bien réglée brutalement secouée en tous sens. Et c’est donc son histoire que l’on suit, son passé que l’on explore, et son futur que l’on fabrique ! Le roman se bonifie au fil des pages. Au début, il faut un peu de temps pour s’habituer à l’univers, aux règles de ce nouveau monde, puis on se laisse emporter, guider. Pas de coïncidences dans ce livre, tout est travaillé, bien construit. J’ai beaucoup aimé le contraste constant entre les propos parfois terre-à-terre et les réflexions philosophiques qui peuvent s’immiscer dans notre esprit. L’auteur nous propose d’adopter un nouveau regard sur notre vie, sur les contraintes de la société, sur notre libre-arbitre également… C’est un texte à la fois divertissant et profond, comme on n’en lit qu’une fois. A découvrir si vous cherchez une lecture qui vous change, dans tous les sens du terme !

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En quelques mots…

très original
unique en son genre
se lit et se médite
crescendo
décalé et vif

Carte d’identité du livre

Titre : La Fabrique des Coïncidences
Auteur : Yoav Blum
Traductrice : Sylvie Cohen
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 11 avril 2018

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture !

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#302 Le Labyrinthe des Esprits – Carlos Ruiz Zafón

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Le résumé…

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

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Mon avis…

Il y a de ces livres que l’on aime avant même de les avoir ouverts. Le Labyrinthe des Esprits en fait partie pour moi. Pour quelle raison ? Car il s’agit du quatrième volume de la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón. Première chose à rappeler : ces livres, même s’ils appartiennent à une même saga et explorent globalement les vies des mêmes personnages, peuvent se lire dans le désordre. Donc rien ne vous oblige à commencer par L’Ombre du Vent, le premier tome, même si – évidemment – c’est préférable. L’auteur a conçu sa série pour qu’elle soit un labyrinthe à plusieurs entrées. Donc à vous de faire votre propre expérience ! Ce dernier roman en date, très attendu, nous replonge dans l’atmosphère envoûtante et inquiétante qui nous a séduit dans les précédents tomes. On retrouve avec plaisir et impatience la Barcelone sombre et mystérieuse que Carlos Ruiz Zafón sait si bien peindre. Cette fois, on découvre de nouveaux personnages, et en particulier Alicia Gris, une femme d’une beauté froide, brisée par de multiples aspects et pourtant si vivante. Le talent de l’auteur pour construire des psychologies complexes est toujours là, évidemment. C’est encore un personnage attachant et puissant qu’il nous fait découvrir, aux côtés d’autres tout aussi investis d’âmes : Mauricio Valls, Fernandito, Vargas…

Le roman est un véritable trésor de mises en abymes et d’intrigues entrelacées… Le lecteur est plongé dans véritable jeu de pistes sans fin. Le livre refermé, il ne nous reste plus qu’à (re)lire les autres tomes du Cimetière des Livres Oubliés pour les (re)découvrir. J’ai éprouvé tellement de plaisir à retrouver les personnages des précédents romans, en particulier Fermin, qui se caractérise par sa verve et ses bons mots. Car, oui, les livres de Carlos Ruiz Zafón sont aussi des textes qu’il faut lire quand on aime les livres et la littérature ! Ils sont tout simplement jouissifs sur un plan littéraire. De belles phrases, de belles tournures… Son traducteur français habituel, François Maspero, est mort avant d’avoir pu se charger de ce roman. L’auteur lui rend un magnifique hommage, montrant l’importance souvent oubliée des traducteurs, qui retranscrivent pour nous, pour notre plaisir, des œuvres magnifiques. Maria Vila Casas, qui a traduit Le Labyrinthe des Esprits, a rélevé le défi très compliqué de rendre compte de la prose magique de Carlos Ruiz Zafón. Et je l’en remercie. Car, grâce à son talent, j’ai pu passer un de mes meilleurs moments de lecture de l’année.. et de ma vie !

Le coup de cœur pour les romans de Carlos Ruiz Zafón est dangereux pour le lecteur, car il marque le début d’une addiction. Et, surtout, vous chercherez à trouver des équivalents, à revivre des lectures semblables, tout aussi riches… Je n’ai pas encore réussi à retrouver les émotions que m’a fait ressentir cet auteur dans d’autres livres… si ce n’est les siens ! Et je me prends, parfois, à relire L’Ombre du Vent, Marina, Le Prince de la Brume, Le Jeu de l’Ange, et les autres… A chaque fois, je découvre de nouvelles choses. Le Labyrinthe des Esprits n’y fera pas exception, d’autant qu’il éclaire d’un nouveau jour ces mêmes textes que je viens d’évoquer. J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans cette lecture. Les romans de Carlos Ruiz Zafón, ce dernier compris, regroupent différents genres littéraires, ils sont inclassables. Ils évoquent la société espagnole, mais ce sont de véritables livres d’aventure, avec une pointe de fantastique, d’horreur parfois, avec toujours une enquête qui nous plonge dans un suspense insoutenable, des histoires d’amour, d’amitié, de haine aussi, avec des personnages complexes, qui ne sont pas juste blancs ou noirs. L’auteur comprend et peint à la perfection les différentes facettes de l’être humain, des plus obscures aux plus lumineuses. L’ensemble est poétique, émouvant, frappant, haletant. Et, cela, toujours avec des livres, une multitude de livres.

Franco quittant la cathédrale de Barcelone

En quelques mots…

aventure(s) livresque(s)
on aimerait ne jamais le finir
labyrinthique
riche et foisonnant
à lire, relire et faire lire

Carte d’identité du livre

Titre : Le Labyrinthe des Esprits
Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Traductrice : Maria Vila Casas
Éditeur : Actes Sud
Date de parution : 02 mai 2018

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Coup de cœur, évidemment

 

#256 Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq

Le résumé…

Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme.

Mon avis… 

Notre vie dans les forêts est probablement un des livres que j’attendais le plus pour cette rentrée littéraire. Marie Darrieussecq y renoue avec le style de son premier roman, Truismes, et nous présente un récit dystopique à la première personne, très troublant, sous la forme d’un journal écrit dans les dernières heures d’une vie bien étrange… On ne sait pas trop à quelle époque tout cela se passe, mais elle n’est pas si éloignée de nous. Reprenant le thème très actuel du transhumanisme, l’auteure nous présente un monde où les hommes ont trouvé la solution pour vivre éternellement. Les plus riches ont leur clone attitré, un réservoir d’organes à leur disposition pour pallier à tout problème de santé… La narratrice semble en faire partie. Mais tout n’est pas si simple. Sa vie touche à sa fin, ce qui n’aurait jamais dû advenir… Qu’en est-il vraiment ? Comment a-t-elle atterri dans cette forêt, à se terrer comme une bête traquée, à nous raconter avec confusion son histoire ?

Ce roman est teinté d’inquiétude, d’angoisse, d’incompréhension. Les personnages sont confrontés à des choses qu’ils ne parviennent pas à appréhender. Ils sont constamment connectés à tout : leurs mains sont devenus des souris, leur esprit des ordinateurs, leurs yeux des écrans… Qu’est-ce qui les différencie désormais des robots ? Toute la question est là. Marie ou Viviane, la narratrice, s’interroge. Elle éprouve d’étranges sentiments pour son clone, qu’elle a tendance à voir comme une sœur jumelle, une sœur parfaite, sans tous les défauts qu’elle a elle-même. Elle ne la rencontre que dans une atmosphère aseptisée, elle est sans cesse surveiller, mais le lien grandit. La grande question dans ce roman, c’est finalement la place qu’il reste pour l’humanité, dans un monde où l’humain peut vivre éternellement, s’il en a les moyens. Et, d’ailleurs, où commence l’humanité d’un être ? Toutes ces questions se bousculent dans l’esprit de la narratrice, puis dans le nôtre. Progressivement, Marie Darrieussecq nous suggère quelques éléments de réponse, nous décrit le monde tristement réaliste qu’elle a imaginé, use de son talent pour nous accrocher à son récit. On ne lâche pas ce livre avant de l’avoir fini. Une perle de cette rentrée littéraire, définitivement.

rentrée littéraire

#253 C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

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Coup de cœur

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Le résumé…

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.

À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

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Margaret Atwood

Mon avis…

Et oui, Margaret Atwood n’est pas que l’auteure de La Servante écarlate, loin de là ! Son dernier  livre, C’est le cœur qui lâche en dernier, vient de sortir en France… Il reste un peu dans la même lignée, avec un style exceptionnel, toujours dans la dystopie et la satire des vices de l’espèce humaine. L’histoire est tout aussi originale. Aux Etats-Unis, la crise a laissé de nombreuses personnes dans la misère quotidienne. Quand Stan et Charmaine ont l’opportunité de changer de vie, ils se disent que rien ne peut être pire que ce qu’ils ont connu… Ont-ils raison ? Toute la question est là… L’être humain, chez Margaret Atwood, n’a pas bon fond. La générosité est loin de guider les actes. Alors que cache Consilience ? Derrière toutes ces opportunités, des secrets inavoués hantent les murs de la prison… Chacun révèle ses défauts et ses vices, en croyant y gagner une meilleure vie.

Progressivement, Stan et Charmaine s’enfoncent dans une étrange histoire, de plus en plus obscure, sur fond d’adultère, de sexe et de trahisons… Le sexe, parlons-en… Encore une fois, au centre de l’œuvre… En même temps, avec l’argent, n’est-ce pas ce qui guide le monde ? Margaret Atwood n’a pas peur des mises en scène tordues et envisage avec une certaine clairvoyance les fantasmes parfois très malsains des êtres humains… Tout cela dans un univers, malgré tout, moins grave que dans La Servante écarlate, avec plus d’humour et d’ironie, à coup de Marylin Monroe et d’Elvis Presley ! Elle manipule avec talent les bons et surtout les mauvais côtés d’une société en déclin, questionne la force de l’espoir, les sacrifices que l’on est prêt à consentir pour obtenir une meilleure vie… Elle montre un monde en déclin, où les criminels deviennent les sauveurs, où les trahisons s’apparentent à des opportunités, où les vices prennent la forme des vertus. Original, parfois drôle, souvent malsain, et terriblement addictif.

rentrée littéraire

#250 La Maison des Epreuves – Jason Hrivnak

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Le résumé…

Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.

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Jason Hrivnak

Mon avis…

Je trouve presque toujours quelque chose pour rattraper un livre que j’ai moyennement aimé… Souvent, je me dis simplement que l’écriture n’était pas faite pour moi. C’est peut-être le cas ici, je ne sais pas trop. La Maison des épreuves est un roman qui, a priori, aurait pu me plaire, si l’on se fie au résumé, aux premières pages… Mais, malgré l’acharnement qui m’a permis de finir ce livre, je dois dire que je n’ai pas aimé. Peut-être parce qu’il ne se passe pas vraiment grand chose, bien que cela ne me dérange pas toujours habituellement. Peut-être à cause de l’effet liste numérotée, jeu de rôle, qui fait partie (trop) intégrante du roman. En fait, je ne saurais même pas dire si c’est vraiment un roman ? Je dirais plus que c’est un exercice de style… Du coup, loin d’être passionnant pour moi.

La Maison des épreuves est typiquement le genre de livres pour lequel je ne sais pas trop quoi dire… J’aimerais trouver quelque chose pour le “sauver” dans mon esprit, mais rien n’y fait. Même quand je n’aime pas, je parviens souvent à voir à quels lecteurs tel ou tel livre pourrait plaire… ce qui n’est pas le cas non plus ici. Alors que faire ? A part vous dire que, si la curiosité est plus forte que tout, allez-y, laissez-vous tenter… qu’avez-vous à perdre à part quelques euros et quelques heures ? Bon, j’imagine que je ne dois pas vous donner envie… Mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas, je n’ai pas du tout aimé et ne trouve rien à sauver dans ce livre… Ce sera peut-être différent pour vous ! Alors, si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire pourquoi vous avez aimé (ou non).

#247 La Servante écarlate – Margaret Atwood

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Le résumé…

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps ou les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’œuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. « Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. » (Télérama)

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Margaret Atwood

Mon avis…

Qui n’a pas entendu parler de La Servante écarlate ? Redevenue “à la mode” depuis l’élection de Trump et la sortie de la série télévisée adaptée de ce chef-d’œuvre, cette dystopie dangereusement réaliste revient en force sur les étals des libraires. Et c’est une excellente nouvelle, car voilà une occasion de (re)découvrir un livre incontournable, dans la droite lignée de 1984 ou Fahrenheit 451. C’est une histoire perturbante, pour la simple et bonne raison que l’auteure s’est appliquée à ne rien inventer… Je m’explique… Comment rendre réaliste une dystopie ? Une doctrine dictatoriale et religieuse qui contrôle la vie du moindre des habitants d’un pays ? Comment insinuer dans l’esprit du lecteur la pensée que, oui, cela pourrait bel et bien arriver ? Margaret Atwood a trouvé la réponse. De tout ce qu’elle décrit dans le livre, rien n’est “inédit”, tous les comportements humains et inhumains du roman se sont déjà produits, d’une façon ou d’une autre. Elle ne montre que des choses dont l’homme est, hélas, capable.

Prière à Dieu, p.325-326 : « Garde les autres en sécurité, s’ils sont sauf. Ne les laisse pas trop souffrir. S’ils doivent mourir, fais que ce soit rapide. Tu pourrais même leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. L’Enfer, nous pouvons nous le fabriquer nous-mêmes. »

Cette histoire, c’est celle d’une dérive. Et le plus choquant, ce qui laisse d’ailleurs une véritable marque dans l’esprit du lecteur, c’est qu’on en semble pas si loin. On se dit que, oui, tout est possible et pourquoi pas ça ? Margaret Atwood construit tout un monde, souvent trop proche du nôtre, rarement assez éloigné, et nous y plonge sans aucune hésitation. Les femmes qui lisent ce livre auront peut-être plus de mal à effacer ce roman de leur esprit, tant la place des femmes y est centrale. Mais les hommes aussi y trouveront de quoi penser. C’est un livre qui, certes, offre un divertissement, comme toute oeuvre de fiction, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir. C’est un de ces textes qui marquent profondément des générations, qui incitent à la prudence et à la réflexion, qui perturbent dans le bon sens du terme. A lire absolument, pour ne pas passer à côté d’un chef-d’œuvre, et pour mieux comprendre notre société à travers le portrait d’une autre.

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#246 Le Maître du Jugement dernier – Leo Perutz

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Le résumé…

Tout commence dans la bonne société de Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses – suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent bientôt sur le baron von Yosh, un homme froidement calculateur, étrangement rêveur et notoirement amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff. Mais l’enquête menée en secret par Solgrub, membre lui aussi du petit cercle, bascule soudain dans l’irrationnel le plus complet.

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Leo Perutz

Mon avis…

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, au détour d’une librairie lyonnaise, et le bandeau rouge revendiquant une citation de Jorge Luis Borges à propos de ce livre m’a interpelé : « Un Kafka aventureux ». En effet, Leo Perutz est un écrivain allemand contemporain de Kafka, et on reconnait une certaine proximité entre les styles. Pourtant, dans ce roman, l’absurdité kafkaïenne n’est pas complétement présente, elle s’efface un peu derrière une véritable enquête, relatée par un narrateur plus qu’impliqué puisqu’il est le principal suspect du meurtre qui a été perpétré. J’ai beaucoup apprécié ce livre, car il a tout d’un classique. Il s’agit d’une aventure étrange, mystérieuse, perturbante, et l’auteur nous mène à la baguette du début à la fin.

Le baron von Yosch, narrateur de l’histoire, entreprend de découvrir ce qu’il en est réellement, afin de prouver son innocence. Mais son enquête justificatrice est mise à mal par l’opinion des autres personnages à son sujet : il a tout du parfait coupable. Alors qu’en est-il vraiment ? Le baron von Yosch va-t-il réussir à nous démontrer qu’il n’a rien à voir avec le meurtre ? Va-t-il parvenir à surmonter l’obstacle d’une frontière ténue entre réalité et fantastique ? Leo Perutz utilise toute l’angoisse de son siècle, aussi exploitée par Kafka, pour livrer un récit palpitant et surprenant. La fin est tout simplement magistrale, surfant sur le doute installé dès les premières pages. Autrement dit, ce petit roman est un chef d’œuvre maîtrisé, bien ficelé, à découvrir à tout prix si l’on aime la bonne littérature.

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#242 La main de la nuit – Susan Hill

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Le résumé…

« C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »

Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante… Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

 

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Mon avis…

Susan Hill est assez connue pour La dame en noir (chronique ici), roman d’épouvante adapté au cinéma avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal. Mais elle est l’auteure de nombreuses œuvres, toutes plus ou moins dans ce même genre, et La main de la nuit en fait partie. J’avais vraiment envie de lire un autre roman d’elle, car j’avais aimé La dame en noir. Susan Hill écrit des romans un peu vintage, des classiques du genre, avec ce qu’il faut de mystère et de frisson. On retrouve la touche inquiétante qui rendait La dame en noir passionnant. A la lecture, on regarde un peu autour de nous, on sent une présence inquiétante, tout comme le narrateur. Le lecteur est baigné dans le suspense et le surnaturel.

Pourtant, j’avoue avoir été un peu déçue, car j’avais peut-être de trop grandes attentes. Je n’ai pas autant frissonné que je l’aurais souhaité. On lit généralement ce genre de romans pour se faire une belle frousse, mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Certes, le mystère était présent, l’atmosphère inquiétante aussi, mais rien d’aussi terrifiant que La dame en noir. Le livre souffre en effet de beaucoup de longueurs, provoquant parfois tout sauf l’effet escompté, et donc plutôt de l’ennui… Ce qui est dommage, vous en conviendrez ! Finalement, l’ensemble perd de son efficacité. Les moments vraiment forts, avec un bon potentiel d’horreur, se révèlent noyés dans des périodes de lecture inintéressante. Parfois, le personnage principal réfléchit trop, se questionne trop, laisse passer trop de temps avant de se décider à résoudre le mystère. Cela rend le roman incohérent. L’horreur de la situation devrait le pousser à chercher la solution, à vouloir s’en sortir, mais il passe finalement plus de temps à attendre que ça passe…

Pour conclure, je dois avouer que, malgré mes attentes – et sûrement à cause d’elles –, j’ai été assez déçue par cette lecture. Même si j’ai retrouvé le style de Susan Hill, j’ai trouvé qu’elle n’exploitait pas suffisamment le potentiel horrifique de cette histoire. L’effet terrifiant attendu est annulé par le nombre trop important de longueurs, de réflexions sans fin… L’ensemble devient un peu superficiel et le roman perd un peu du réalisme qui contribue à provoquer des frissons. On ne croit plus trop à ce que nous raconte Susan Hill, bien que l’on sente l’intention première de nous faire peur.

 

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#240 Marina – Carlos Ruiz Zafon 

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Le résumé…

Oscar Drai, quinze ans, a disparu pendant une semaine du pensionnat où il est interne. Où est-il allé et que lui est-il arrivé ? Quand l’histoire commence, Oscar vagabonde à travers Barcelone. Attiré par une mystérieuse maison apparemment abandonnée, il pénètre à l’intérieur. Se croyant seul, il commence ses investigations. Alors qu’il est en train d’examiner une curieuse montre à gousset laissée sur une table, il se rend compte que quelqu’un l’observe. Terrorisé, il s’enfuit. En rentrant au pensionnat, il s’aperçoit qu’il a gardé la montre. Tenaillé par les remords, il retourne quelques jours plus tard dans la grande maison. Il y fait alors la connaissance de Marina, fille du propriétaire. Elle a son âge, de l’audace et une intelligence très vive. Elle entraîne son nouveau compagnon dans l’élucidation d’un secret qui la tourmente : au cœur du plus vieux cimetière de Barcelone, une vieille femme voilée visite une tombe anonyme sur laquelle figure le dessin d’un papillon noir. Qui est-elle, et qui dort sous la pierre tombale ? En menant leur enquête, les deux adolescents franchissent les limites d’une propriété privée délaissée. Dans la serre qui la jouxte, des pantins en partie amputés de leurs membres pendent dans les airs. Soudain, ils descendent lentement et semblent s’animer. Une odeur pestilentielle envahit la serre… Sur le fronton, un papillon noir identique à celui de la tombe paraît contempler l’épouvantable scène. Parcourant les plus effrayants endroits de Barcelone, s’égarant dans les entrailles de souterrains où vivent des créatures de cauchemar, s’enfonçant dans les coulisses d’un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d’une tragédie vieille de plusieurs décennies. La vengeance est en route, mue par une armée de fantômes, guidée par un savant de génie et une amoureuse désespérée. Entraînés dans la folie homicide de ces ombres tout droit sorties du passé, Oscar et Marina frôlent la mort. Pourtant, celle-ci les attaquera où ils ne l’attendaient pas…

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Mon avis…

Je suis une grande lectrice de Carlos Ruiz Zafón, et une admiratrice de son travail exceptionnel. Rentrer dans chacun de ses romans est un plaisir immense. Ses œuvres mélangent habilement fantastique, mystère et poésie, et Marina ne fait pas exception à cette règle. Il s’agit d’un classique parmi les nombreux romans de cet auteur. L’atmosphère sombre et enivrante de la Barcelone des années 70 est terriblement prenante. Comment vous expliquer ? Marina est typiquement le roman que l’on ne peut pas lâcher après l’avoir commencé. Tout y est possible, comme dans beaucoup de livres de Carlos Ruiz Zafón. L’angoisse est toujours présente en arrière-plan, les frissons sont constants, et à cette ambiance particulière s’ajoute le talent fou de l’auteur pour créer des personnages extrêmement attachants. J’avoue que la Barcelone que nous décrit Carlos Ruiz Zafón m’intrigue terriblement, j’ai l’impression au fil des romans qu’il en construit la légende. Marina est un des piliers de cette légende de la Barcelone moderne. Malgré la jeunesse des personnages, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un roman pour enfants… Il s’agit plutôt de confronter le lecteur à des fantasmes adolescents, à ce goût pour l’aventure qui nous anime tous, tout en proposant une histoire à la fois horrifique et enchanteresse.

Marina est un conte. Il s’agit d’une histoire où le merveilleux et le fantastique côtoient la réalité. C’est un roman où les sentiments sont puissants, vifs, foudroyants. L’envie d’aller plus loin est omniprésente. Le désir de savoir, de comprendre, d’explorer au plus profond les mystères du passé, est le moteur de ce livre. Je crois qu’il s’agit probablement d’un des romans les plus passionnants qu’il m’a été donné de lire. J’aime toujours autant le mélange des genres qui caractérise l’écriture de Carlos Ruiz Zafón. Il réveille les rêves d’enfant que chaque lecteur a en lui, il ranime sa soif de danger, d’aventure. Le suspense est total, l’histoire est d’une richesse enivrante… Marina devient elle-même un personnage de légende, une sorte de fée tout aussi sombre que lumineuse. Oscar, lui, incarne cet esprit libre et intrigué du lecteur qui a soif de mystères à résoudre. Je suis particulièrement admiratrice des descriptions de Carlos Ruiz Zafón, qui crée des paysages d’un esthétisme fou, avec des scènes inquiétantes au réalisme perturbant. On voit sous nos yeux se développer des images dignes des plus grands cinéastes, avec une originalité à la Guillermo del Toro.

Chers lecteurs et chères lectrices, si vous n’avez encore jamais lu de romans de Carlos Ruiz Zafón, sachez qu’il n’est pas trop tard. Mais préparez-vous à devenir accro… C’est un auteur incontournable, à lire absolument, qui tient au bout de sa plume un talent fou, une capacité à susciter dans notre esprit les plus belles et les plus terribles images à la fois. Préparez-vous à connaître des sensations de lecture sans précédents…

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#221 The Invisible Library – Genevieve Cogman

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Le résumé…

Irène est une espionne professionnelle pour la très mystérieuse Bibliothèque, qui récolte des fictions de différentes réalités. Avec son nouvel assistant Kai, particulièrement énigmatique, elle est envoyée dans un Londres alternatif. Leur mission : récupérer un livre dangereux. Mais, quand ils arrivent, il a déjà été volé. Les différentes factions qui divisent Londres semblent prêtes à combattre jusqu’à la mort pour trouver ce livre. En plus de ce péril, le monde dans lequel sont envoyés Irène et Kai est infesté par le chaos : les lois de la nature ont été renversées, des créatures surnaturelles et une magie imprévisible vont se dresser contre eux. Le nouvel assistant d’Irène a un secret bien à lui… Alors, très vite, elle va se retrouvée submergée par les dangers, les indices, les sociétés secrètes… Mais l’échec n’est pas une option : la réalité elle-même est en jeu.

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Mon avis…

J’ai trouvé ce livre, comme beaucoup d’autres, à Waterstones, où l’on m’a dit qu’il était excellent ! Alors, évidemment, je l’ai très vite commencé. Que rêver de mieux pour une lectrice qu’une bibliothèque immense remplie de livres venant de réalités multiples ? Ce livre prend place, vous l’aurez deviné, dans plusieurs mondes imaginaires, des mondes parallèles. J’ai toujours beaucoup aimé le genre fantastique, et ici on trouve également une dimension steampunk qui rend d’autant plus dépaysante la lecture. Les règles de la Bibliothèque et du voyage entre les mondes sont très bien élaborées, il n’y a pas d’incohérences, comme parfois dans certains livres fantastiques qui ne parviennent pas à être remarquables… En effet, Harry Potter, Ewilan, et bien d’autres, ont inspiré de nombreux auteurs, qui souvent ne sont pas à la hauteur… Ici, Genevieve Cogman invente une histoire vraiment originale, très créative, en s’inspirant des standards du genre tout en innovant. Honnêtement, The Invisible Library fait partie des livres qu’on ne peut pas lâcher une fois qu’on les a commencés. Il se lit très bien, les personnages ne sont pas très nombreux mais excellemment développés, attachants et intrigants en même temps. L’auteure a réussi un trouver un juste milieu dans la création de son monde : ni trop simple, ni trop compliqué.

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J’ai beaucoup aimé l’intervention d’un personnage dans le monde parallèle dans lequel sont envoyés Kai et Irène, il s’agit d’un détective me faisant vraiment penser à Sherlock Holmes. Cela ajoute une touche d’inspiration victorienne qui s’associe parfaitement avec la pointe de steampunk que l’on retrouve surtout dans les obstacles auxquels doivent faire face nos héros. Ce livre étant le premier tome d’un dyptique, j’ai été très heureuse à la fin de constater que l’auteure avait trouvé un excellent moyen d’introduire une suite sans faire de répétition, sans donner l’impression au lecteur de lire une deuxième fois la même chose. Je vous chroniquerais très vite le deuxième tome, ne vous inquiétez pas. Pour le moment, le livre n’est pas paru en français, et je ne sais pas s’il va être traduit ou non. En revanche, il est assez connu et réputé outre-Manche et outre-Atlantique. Alors, si vous savez lire en anglais, n’hésitez pas une seule seconde à vous lancer. En prenant votre temps, vous découvrirez une histoire très séduisante, divertissante, qui nous envoie dans un Londres alternatif particulièrement passionnant.

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Ma note…

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Niveau de lecture : Moyen