#341 Le suivant sur la liste, tome 1 – Manon Fargetton

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Le résumé…

Adolescent surdoué, Nathan est percuté mortellement par un automobiliste devant son collège. Témoin de la scène grâce à sa vision exceptionnelle, Izia sait que le chauffeur a agi intentionnellement. Non loin de là, Morgane, une irrésistible jeune fille, rend visite à sa mère internée et y rencontre Timothée, que le moindre contact physique avec autrui fait souffrir. Bientôt, tous trois reçoivent des messages posthumes de Nathan. Réunis puis traqués, ils découvrent qu’ils sont nés dans la même clinique par procréation médicalement assistée. De quelles manipulations ont-ils été cobayes ?

Mon avis…

Voici un livre pour les 12 ans et plus… ça tombe bien, j’en ai 24 ! Pour être honnête, ça fait du bien de se plonger dans des histoires pour ados même si on n’en est plus une… C’est reposant tout en nous permettant d’entrer dans des textes pleins de rebondissements ! Ici, on est dans une intrigue au croisement du thriller, de la SF et de l’histoire d’espionnage. C’est simple et efficace. Quatre adolescents se retrouvent liés, pour le meilleur… enfin, surtout pour le pire, en réalité ! Les personnages sont assez attachants, en ayant chacun leur propre caractère, avec une psychologie assez bien construite. Le lecteur ado n’aura aucun mal à s’identifier à l’un d’eux et à s’intégrer à leur groupe… Le roman est assez court, mais fait bien le job, il accroche suffisamment pour qu’on ait envie de passer au second tome et suivre plus longuement les aventures de ces jeunes gens ! Je conseille aux ados qui cherchent une petite série à commencer, avec du suspense et de l’action ! A découvrir…

Carte d’identité du livre

Titre : Le suivant sur la liste (tome 1)
Autrice : Manon Fargetton
Éditeur : Rageot
Date de parution : 16 août 2018

4 étoiles

Merci à Rageot et NetGalley pour cette lecture.

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#316 Autonome – Annalee Newitz

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Le résumé…

2144. Jack Chen, une ancienne scientifique et militante antibrevets, synthétise désormais des médicaments pirates. Robin des bois des temps modernes, elle sillonne les océans dans son sous-marin, vendant ses produits à bas prix aux populations incapables de s’offrir les molécules originales. Mais sa dernière «création», dérivée du Zacuity, une pilule qui augmente l’attrait pour son travail, semble provoquer une addiction très rapide, et les morts se multiplient. Toutes les victimes se sont, littéralement, tuées à la tâche.
Persuadée que ce n’est pas elle qui est coupable, mais la molécule originale, Jack va tout mettre en œuvre pour le prouver et trouver un remède. Mais, afin de la faire taire définitivement, on a lancé à ses trousses un biobot militaire, Paladin, dont c’est la première mission sur le terrain.

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Mon avis…

Je n’avais pas lu de science-fiction depuis très, très longtemps. Si bien qu’en voyant ce roman dans le catalogue des éditions Denoël, je me suis dit : et pourquoi ne pas m’y remettre un peu ? Autonome est un roman qui demande quelques pages d’adaptation car, comme souvent avec la SF, le lecteur est transporté dans un monde régi par des lois bien différentes de celles que nous connaissons. Il faut en découvrir le fonctionnement politique, économique, social, en comprendre l’organisation, la géographie, les moeurs, et parfois même parcourir des décennies d’histoires en quelques lignes. Cela fait beaucoup de renseignements à assimiler et peut décourager certains lecteurs. Ce passage est plutôt bien ménagé dans Autonome. L’autrice parvient à ne pas trop nous perdre. C’est dans notre monde que se déroule cette histoire, plus d’un siècle dans le futur. Tout est loin d’avoir évolué dans le bon sens. Les humains, comme les robots, sont asservis et, s’ils peuvent parfois gagner leur autonomie, ce n’est pas donné à tout le monde. Les médicaments sont réservés aux plus riches, en raison d’une politique des brevets très douteuse, et ils sont désormais capables de tout modifier dans le corps humain. C’est à une crise de ce système que fait face Jack Chen : après avoir copié un médicament et en avoir fourni la version pirate à des populations modestes, elle réalise que celui-ci pousse à la mort ses utilisateurs. Elle va très vite se rendre compte que ce n’est pas la copie du médicament qui pose problème mais bien l’original.

Ce roman possède clairement une dimension critique importante et nous permet de réfléchir aux dysfonctionnements de notre propre société. Celle décrite dans Autonome est en effet un des scénarii probables s’inscrivant dans le prolongement du monde dans lequel nous vivons. J’ai tout particulièrement apprécié cette porte ouverte sur une réflexion à la fois philosophique et concrète. L’univers du roman n’est pas si éloigné du nôtre. Pourtant, j’avoue avoir eu du mal, au début, à me sentir réellement impliquée dans l’intrigue. Je ne saurais exactement dire pourquoi. J’avais l’impression de lire l’ensemble avec une certaine distance. Cela s’est progressivement amélioré quand l’autrice a su faire tomber les barrières et me laisser approcher et apprécier la psychologie des personnages. En même temps, on se familiarise de plus en plus avec ce possible futur, on l’apprivoise et on le comprend mieux. Si bien que la lecture, petit à petit, se fait plus légère. Je ne saurais que conseiller ce roman aux amateurs de SF, et éventuellement à ceux qui n’en ont pas l’habitude, à condition qu’ils soient attirés par la 4e de couverture. Sans s’accrocher à cette histoire, on peut vite s’égarer et perdre le plaisir de la lecture. Aux amateurs de robots et à ceux qui ne craignent pas les problématiques scientifiques, je recommande ce livre. 

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En quelques mots…

Science-Fiction
sur la question de la liberté
humains et robots
parfois complexe
une écriture maîtrisée

Carte d’identité du livre

Titre : Autonome
Autrice : Annalee Newitz
Traducteur : Gilles Goullet
Éditeur : Denoël
Date de parution : 07 juin 2018

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Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

#314 Autre-Monde, tome 1 : l’Alliance des Trois – Maxime Chattam

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Le résumé…

Personne ne l’a vue venir. La Grande Tempête : un ouragan de vent et de neige qui plonge le pays dans l’obscurité et l’effroi. D’étranges éclairs bleus rampent le long des immeubles, à la recherche de leurs proies, qu’ils tuent ou transforment… Après leur passage, Matt et Tobias se retrouvent sur une Terre ravagée, différente. Désormais seuls, ils vont devoir s’organiser. Pour comprendre. Pour survivre… à cet Autre-Monde.

Mon avis…

Je suis sûre que certains vont hurler « Whaaat ? t’avais jamais lu Autre-Monde ??? » et je leur réponds : et oui, je n’avais jamais ouvert un seul livre de cette saga… Et, comme je fais les choses bien (en tout cas j’essaie), j’ai décidé de commencer par le premier ! Tant qu’à faire. Pour être honnête, j’avais déjà eu une expérience assez mitigée avec Maxime Chattam, ou plutôt avec un de ses livres, car je n’ai encore jamais rencontré le bonhomme ! Mais vu que je ne suis pas du tout du genre à m’arrêter sur une impression contrastée, j’ai décidé de retenter ma chance, mais avec un autre univers, et donc un Autre-Monde ! Et, en effet, à ma grande surprise : rien à voir avec le thriller que j’avais lu. Ici, j’ai eu l’impression d’avoir de nouveau 16 ans. Mais d’ailleurs ça fait sacrément du bien de rajeunir comme ça, dites donc ! Autre-Monde, c’est un peu un mix d’Harry Potter, du Seigneur des Anneaux et du Labyrinthe. La deuxième référence est indubitable, Maxime Chattam l’a voulue, et ça se ressent bien ! J’aime beaucoup cet esprit très fantasy mêlé à de la dystopie, car on est à la fois dans un monde très proche du nôtre, tout du moins qui le réfléchit, et dans un univers complètement différent. Au début, j’avoue que j’ai cru que j’allais avoir du mal avec les personnages adolescents, en raison de mon âge. Je ne suis pas une mamie, loin de là, mais je suis sortie de l’adolescence, ça c’est certain. Et, pourtant, j’avoue que la maturité de l’intrigue a rattrapé cette crainte ! J’ai même plutôt apprécié ce retour quelques années en arrière. Autre-Monde est tout à fait une saga qui aurait pu bercer mes années de teenager, c’est certain ! En tout cas, ce premier tome m’a fait passer un excellent moment sans aucune prise de tête, le temps d’une lecture simple, efficace, dépaysante. Bref, qu’on soit jeune, moins jeune, presque ou déjà adulte, on peut se plonger dans ce roman sans problème ! En tout cas, je vais vite acquérir le deuxième tome et les suivants suivront très probablement…

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En quelques mots…

retour vers le futur
entre fantasy et dystopie
tous publics
divertissant et agréable

 

Carte d’identité du livre

Titre : Autre-Monde, tome 1 : L’Alliance des Trois
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 31 octobre 2012

#309 La Fabrique des coïncidences – Yoav Blum

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Le résumé…

« Notre rôle est précisément de nous tenir à la lisière, dans cette zone grise entre destin et libre arbitre, et de jouer au ping-pong. »

Guy, Emily et Eric sont des agents secrets d’un genre nouveau. Leur mission : créer des coïncidences pour réinventer de la vie des gens. Car, dans le monde de Yoav Blum, le destin ne relève pas d’une autorité divine ou d’un hasard désincarné, mais bel et bien d’une organisation invisible de travailleurs du réel. On y débute souvent comme tisseur de rêves, ami imaginaire, distributeur de chance… jusqu’à accéder, pour les plus zélés, à la fonction de faiseur de coïncidences. Leur rôle consiste le plus souvent à provoquer des rencontres, rassembler des familles, semer les graines de l’inspiration à l’origine d’une oeuvre  d’art, d’une découverte scientifique…

Aussi quand Guy se voit assigner une mission spéciale impliquant un mystérieux tueur à gages fraîchement débarqué en ville,  ses certitudes volent en éclat tout en lui assénant au passage une bonne leçon sur les arcanes du destin, le libre arbitre et la nature véritable de l’amour.

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Mon avis…

Ce roman paru aux éditions Delcourt est très surprenant. Comment celui de Sarah Ladipo Manyika, il s’agit d’un livre original, coloré, malicieux. J’ai été un peu déstabilisée au début, car l’histoire est particulièrement décalée, on est dans un tout autre monde tout en étant ancré dans une réalité proche de la nôtre. Dans ce monde-là, il y a des personnages dont le boulot est d’être ami imaginaire ou faiseur de coïncidences. Ce sont ces derniers qui vont faire en sorte que la vie des gens prenne une orientation particulière, de mission en mission. Nous suivons, dans ce roman, trois personnages, et un en particulier : Guy. Il est du genre « gratte-papier », très sérieux, il fait bien son boulot. Alors, quand une mission étrange lui est confiée, il voit sa vie bien droite et bien réglée brutalement secouée en tous sens. Et c’est donc son histoire que l’on suit, son passé que l’on explore, et son futur que l’on fabrique ! Le roman se bonifie au fil des pages. Au début, il faut un peu de temps pour s’habituer à l’univers, aux règles de ce nouveau monde, puis on se laisse emporter, guider. Pas de coïncidences dans ce livre, tout est travaillé, bien construit. J’ai beaucoup aimé le contraste constant entre les propos parfois terre-à-terre et les réflexions philosophiques qui peuvent s’immiscer dans notre esprit. L’auteur nous propose d’adopter un nouveau regard sur notre vie, sur les contraintes de la société, sur notre libre-arbitre également… C’est un texte à la fois divertissant et profond, comme on n’en lit qu’une fois. A découvrir si vous cherchez une lecture qui vous change, dans tous les sens du terme !

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En quelques mots…

très original
unique en son genre
se lit et se médite
crescendo
décalé et vif

Carte d’identité du livre

Titre : La Fabrique des Coïncidences
Auteur : Yoav Blum
Traductrice : Sylvie Cohen
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 11 avril 2018

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture !

#302 Le Labyrinthe des Esprits – Carlos Ruiz Zafón

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Le résumé…

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

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Mon avis…

Il y a de ces livres que l’on aime avant même de les avoir ouverts. Le Labyrinthe des Esprits en fait partie pour moi. Pour quelle raison ? Car il s’agit du quatrième volume de la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón. Première chose à rappeler : ces livres, même s’ils appartiennent à une même saga et explorent globalement les vies des mêmes personnages, peuvent se lire dans le désordre. Donc rien ne vous oblige à commencer par L’Ombre du Vent, le premier tome, même si – évidemment – c’est préférable. L’auteur a conçu sa série pour qu’elle soit un labyrinthe à plusieurs entrées. Donc à vous de faire votre propre expérience ! Ce dernier roman en date, très attendu, nous replonge dans l’atmosphère envoûtante et inquiétante qui nous a séduit dans les précédents tomes. On retrouve avec plaisir et impatience la Barcelone sombre et mystérieuse que Carlos Ruiz Zafón sait si bien peindre. Cette fois, on découvre de nouveaux personnages, et en particulier Alicia Gris, une femme d’une beauté froide, brisée par de multiples aspects et pourtant si vivante. Le talent de l’auteur pour construire des psychologies complexes est toujours là, évidemment. C’est encore un personnage attachant et puissant qu’il nous fait découvrir, aux côtés d’autres tout aussi investis d’âmes : Mauricio Valls, Fernandito, Vargas…

Le roman est un véritable trésor de mises en abymes et d’intrigues entrelacées… Le lecteur est plongé dans véritable jeu de pistes sans fin. Le livre refermé, il ne nous reste plus qu’à (re)lire les autres tomes du Cimetière des Livres Oubliés pour les (re)découvrir. J’ai éprouvé tellement de plaisir à retrouver les personnages des précédents romans, en particulier Fermin, qui se caractérise par sa verve et ses bons mots. Car, oui, les livres de Carlos Ruiz Zafón sont aussi des textes qu’il faut lire quand on aime les livres et la littérature ! Ils sont tout simplement jouissifs sur un plan littéraire. De belles phrases, de belles tournures… Son traducteur français habituel, François Maspero, est mort avant d’avoir pu se charger de ce roman. L’auteur lui rend un magnifique hommage, montrant l’importance souvent oubliée des traducteurs, qui retranscrivent pour nous, pour notre plaisir, des œuvres magnifiques. Maria Vila Casas, qui a traduit Le Labyrinthe des Esprits, a rélevé le défi très compliqué de rendre compte de la prose magique de Carlos Ruiz Zafón. Et je l’en remercie. Car, grâce à son talent, j’ai pu passer un de mes meilleurs moments de lecture de l’année.. et de ma vie !

Le coup de cœur pour les romans de Carlos Ruiz Zafón est dangereux pour le lecteur, car il marque le début d’une addiction. Et, surtout, vous chercherez à trouver des équivalents, à revivre des lectures semblables, tout aussi riches… Je n’ai pas encore réussi à retrouver les émotions que m’a fait ressentir cet auteur dans d’autres livres… si ce n’est les siens ! Et je me prends, parfois, à relire L’Ombre du Vent, Marina, Le Prince de la Brume, Le Jeu de l’Ange, et les autres… A chaque fois, je découvre de nouvelles choses. Le Labyrinthe des Esprits n’y fera pas exception, d’autant qu’il éclaire d’un nouveau jour ces mêmes textes que je viens d’évoquer. J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans cette lecture. Les romans de Carlos Ruiz Zafón, ce dernier compris, regroupent différents genres littéraires, ils sont inclassables. Ils évoquent la société espagnole, mais ce sont de véritables livres d’aventure, avec une pointe de fantastique, d’horreur parfois, avec toujours une enquête qui nous plonge dans un suspense insoutenable, des histoires d’amour, d’amitié, de haine aussi, avec des personnages complexes, qui ne sont pas juste blancs ou noirs. L’auteur comprend et peint à la perfection les différentes facettes de l’être humain, des plus obscures aux plus lumineuses. L’ensemble est poétique, émouvant, frappant, haletant. Et, cela, toujours avec des livres, une multitude de livres.

Franco quittant la cathédrale de Barcelone

En quelques mots…

aventure(s) livresque(s)
on aimerait ne jamais le finir
labyrinthique
riche et foisonnant
à lire, relire et faire lire

Carte d’identité du livre

Titre : Le Labyrinthe des Esprits
Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Traductrice : Maria Vila Casas
Éditeur : Actes Sud
Date de parution : 02 mai 2018

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Coup de cœur, évidemment

 

#256 Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq

Le résumé…

Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme.

Mon avis… 

Notre vie dans les forêts est probablement un des livres que j’attendais le plus pour cette rentrée littéraire. Marie Darrieussecq y renoue avec le style de son premier roman, Truismes, et nous présente un récit dystopique à la première personne, très troublant, sous la forme d’un journal écrit dans les dernières heures d’une vie bien étrange… On ne sait pas trop à quelle époque tout cela se passe, mais elle n’est pas si éloignée de nous. Reprenant le thème très actuel du transhumanisme, l’auteure nous présente un monde où les hommes ont trouvé la solution pour vivre éternellement. Les plus riches ont leur clone attitré, un réservoir d’organes à leur disposition pour pallier à tout problème de santé… La narratrice semble en faire partie. Mais tout n’est pas si simple. Sa vie touche à sa fin, ce qui n’aurait jamais dû advenir… Qu’en est-il vraiment ? Comment a-t-elle atterri dans cette forêt, à se terrer comme une bête traquée, à nous raconter avec confusion son histoire ?

Ce roman est teinté d’inquiétude, d’angoisse, d’incompréhension. Les personnages sont confrontés à des choses qu’ils ne parviennent pas à appréhender. Ils sont constamment connectés à tout : leurs mains sont devenus des souris, leur esprit des ordinateurs, leurs yeux des écrans… Qu’est-ce qui les différencie désormais des robots ? Toute la question est là. Marie ou Viviane, la narratrice, s’interroge. Elle éprouve d’étranges sentiments pour son clone, qu’elle a tendance à voir comme une sœur jumelle, une sœur parfaite, sans tous les défauts qu’elle a elle-même. Elle ne la rencontre que dans une atmosphère aseptisée, elle est sans cesse surveiller, mais le lien grandit. La grande question dans ce roman, c’est finalement la place qu’il reste pour l’humanité, dans un monde où l’humain peut vivre éternellement, s’il en a les moyens. Et, d’ailleurs, où commence l’humanité d’un être ? Toutes ces questions se bousculent dans l’esprit de la narratrice, puis dans le nôtre. Progressivement, Marie Darrieussecq nous suggère quelques éléments de réponse, nous décrit le monde tristement réaliste qu’elle a imaginé, use de son talent pour nous accrocher à son récit. On ne lâche pas ce livre avant de l’avoir fini. Une perle de cette rentrée littéraire, définitivement.

rentrée littéraire

#253 C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

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Coup de cœur

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Le résumé…

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.

À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

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Margaret Atwood

Mon avis…

Et oui, Margaret Atwood n’est pas que l’auteure de La Servante écarlate, loin de là ! Son dernier  livre, C’est le cœur qui lâche en dernier, vient de sortir en France… Il reste un peu dans la même lignée, avec un style exceptionnel, toujours dans la dystopie et la satire des vices de l’espèce humaine. L’histoire est tout aussi originale. Aux Etats-Unis, la crise a laissé de nombreuses personnes dans la misère quotidienne. Quand Stan et Charmaine ont l’opportunité de changer de vie, ils se disent que rien ne peut être pire que ce qu’ils ont connu… Ont-ils raison ? Toute la question est là… L’être humain, chez Margaret Atwood, n’a pas bon fond. La générosité est loin de guider les actes. Alors que cache Consilience ? Derrière toutes ces opportunités, des secrets inavoués hantent les murs de la prison… Chacun révèle ses défauts et ses vices, en croyant y gagner une meilleure vie.

Progressivement, Stan et Charmaine s’enfoncent dans une étrange histoire, de plus en plus obscure, sur fond d’adultère, de sexe et de trahisons… Le sexe, parlons-en… Encore une fois, au centre de l’œuvre… En même temps, avec l’argent, n’est-ce pas ce qui guide le monde ? Margaret Atwood n’a pas peur des mises en scène tordues et envisage avec une certaine clairvoyance les fantasmes parfois très malsains des êtres humains… Tout cela dans un univers, malgré tout, moins grave que dans La Servante écarlate, avec plus d’humour et d’ironie, à coup de Marylin Monroe et d’Elvis Presley ! Elle manipule avec talent les bons et surtout les mauvais côtés d’une société en déclin, questionne la force de l’espoir, les sacrifices que l’on est prêt à consentir pour obtenir une meilleure vie… Elle montre un monde en déclin, où les criminels deviennent les sauveurs, où les trahisons s’apparentent à des opportunités, où les vices prennent la forme des vertus. Original, parfois drôle, souvent malsain, et terriblement addictif.

rentrée littéraire

#250 La Maison des Epreuves – Jason Hrivnak

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Le résumé…

Après le suicide de son amie d’enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire et terrible. À la fois lettre d’amour, tentative de rédemption et manuel de survie à nos pulsions autodestructrices, La Maison des Épreuves est un rêve fiévreux à ranger aux côtés de La Foire aux atrocités de J. G. Ballard et de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski.

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Jason Hrivnak

Mon avis…

Je trouve presque toujours quelque chose pour rattraper un livre que j’ai moyennement aimé… Souvent, je me dis simplement que l’écriture n’était pas faite pour moi. C’est peut-être le cas ici, je ne sais pas trop. La Maison des épreuves est un roman qui, a priori, aurait pu me plaire, si l’on se fie au résumé, aux premières pages… Mais, malgré l’acharnement qui m’a permis de finir ce livre, je dois dire que je n’ai pas aimé. Peut-être parce qu’il ne se passe pas vraiment grand chose, bien que cela ne me dérange pas toujours habituellement. Peut-être à cause de l’effet liste numérotée, jeu de rôle, qui fait partie (trop) intégrante du roman. En fait, je ne saurais même pas dire si c’est vraiment un roman ? Je dirais plus que c’est un exercice de style… Du coup, loin d’être passionnant pour moi.

La Maison des épreuves est typiquement le genre de livres pour lequel je ne sais pas trop quoi dire… J’aimerais trouver quelque chose pour le “sauver” dans mon esprit, mais rien n’y fait. Même quand je n’aime pas, je parviens souvent à voir à quels lecteurs tel ou tel livre pourrait plaire… ce qui n’est pas le cas non plus ici. Alors que faire ? A part vous dire que, si la curiosité est plus forte que tout, allez-y, laissez-vous tenter… qu’avez-vous à perdre à part quelques euros et quelques heures ? Bon, j’imagine que je ne dois pas vous donner envie… Mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas, je n’ai pas du tout aimé et ne trouve rien à sauver dans ce livre… Ce sera peut-être différent pour vous ! Alors, si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire pourquoi vous avez aimé (ou non).

#247 La Servante écarlate – Margaret Atwood

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Le résumé…

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps ou les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’œuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. « Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. » (Télérama)

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Margaret Atwood

Mon avis…

Qui n’a pas entendu parler de La Servante écarlate ? Redevenue “à la mode” depuis l’élection de Trump et la sortie de la série télévisée adaptée de ce chef-d’œuvre, cette dystopie dangereusement réaliste revient en force sur les étals des libraires. Et c’est une excellente nouvelle, car voilà une occasion de (re)découvrir un livre incontournable, dans la droite lignée de 1984 ou Fahrenheit 451. C’est une histoire perturbante, pour la simple et bonne raison que l’auteure s’est appliquée à ne rien inventer… Je m’explique… Comment rendre réaliste une dystopie ? Une doctrine dictatoriale et religieuse qui contrôle la vie du moindre des habitants d’un pays ? Comment insinuer dans l’esprit du lecteur la pensée que, oui, cela pourrait bel et bien arriver ? Margaret Atwood a trouvé la réponse. De tout ce qu’elle décrit dans le livre, rien n’est “inédit”, tous les comportements humains et inhumains du roman se sont déjà produits, d’une façon ou d’une autre. Elle ne montre que des choses dont l’homme est, hélas, capable.

Prière à Dieu, p.325-326 : « Garde les autres en sécurité, s’ils sont sauf. Ne les laisse pas trop souffrir. S’ils doivent mourir, fais que ce soit rapide. Tu pourrais même leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. L’Enfer, nous pouvons nous le fabriquer nous-mêmes. »

Cette histoire, c’est celle d’une dérive. Et le plus choquant, ce qui laisse d’ailleurs une véritable marque dans l’esprit du lecteur, c’est qu’on en semble pas si loin. On se dit que, oui, tout est possible et pourquoi pas ça ? Margaret Atwood construit tout un monde, souvent trop proche du nôtre, rarement assez éloigné, et nous y plonge sans aucune hésitation. Les femmes qui lisent ce livre auront peut-être plus de mal à effacer ce roman de leur esprit, tant la place des femmes y est centrale. Mais les hommes aussi y trouveront de quoi penser. C’est un livre qui, certes, offre un divertissement, comme toute oeuvre de fiction, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir. C’est un de ces textes qui marquent profondément des générations, qui incitent à la prudence et à la réflexion, qui perturbent dans le bon sens du terme. A lire absolument, pour ne pas passer à côté d’un chef-d’œuvre, et pour mieux comprendre notre société à travers le portrait d’une autre.

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#246 Le Maître du Jugement dernier – Leo Perutz

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Le résumé…

Tout commence dans la bonne société de Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses – suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent bientôt sur le baron von Yosh, un homme froidement calculateur, étrangement rêveur et notoirement amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff. Mais l’enquête menée en secret par Solgrub, membre lui aussi du petit cercle, bascule soudain dans l’irrationnel le plus complet.

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Leo Perutz

Mon avis…

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard, au détour d’une librairie lyonnaise, et le bandeau rouge revendiquant une citation de Jorge Luis Borges à propos de ce livre m’a interpelé : « Un Kafka aventureux ». En effet, Leo Perutz est un écrivain allemand contemporain de Kafka, et on reconnait une certaine proximité entre les styles. Pourtant, dans ce roman, l’absurdité kafkaïenne n’est pas complétement présente, elle s’efface un peu derrière une véritable enquête, relatée par un narrateur plus qu’impliqué puisqu’il est le principal suspect du meurtre qui a été perpétré. J’ai beaucoup apprécié ce livre, car il a tout d’un classique. Il s’agit d’une aventure étrange, mystérieuse, perturbante, et l’auteur nous mène à la baguette du début à la fin.

Le baron von Yosch, narrateur de l’histoire, entreprend de découvrir ce qu’il en est réellement, afin de prouver son innocence. Mais son enquête justificatrice est mise à mal par l’opinion des autres personnages à son sujet : il a tout du parfait coupable. Alors qu’en est-il vraiment ? Le baron von Yosch va-t-il réussir à nous démontrer qu’il n’a rien à voir avec le meurtre ? Va-t-il parvenir à surmonter l’obstacle d’une frontière ténue entre réalité et fantastique ? Leo Perutz utilise toute l’angoisse de son siècle, aussi exploitée par Kafka, pour livrer un récit palpitant et surprenant. La fin est tout simplement magistrale, surfant sur le doute installé dès les premières pages. Autrement dit, ce petit roman est un chef d’œuvre maîtrisé, bien ficelé, à découvrir à tout prix si l’on aime la bonne littérature.

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