#287 King Kong Théorie – Virginie Despentes

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Le résumé…

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas. » En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.

Mon avis…

Despentes, c’est Vernon Subutex, c’est Baise-moi, mais c’est aussi King Kong Théorie. Un peu moins connu que ses romans, ce livre est un manifeste, un essai loin d’être chiant, un bouquin sans filtre, dans lequel la voix de Despentes résonne avec vivacité. Ce livre, c’est l’occasion de parler de sujets tabous. J’aimerais dire que ces tabous sont du passé, et pourtant, ce n’est pas le cas. Mais, chez Despentes, ces sujets ont droit de cité : prostitution et viol ont leur place dans ces lignes. Ce texte est rafraîchissant, vivifiant. Pourquoi ? Parce que c’est un trésor de franchise et de sincérité. Despentes prend la parole, pour elle mais aussi pour toutes les femmes. Elle ne prend aucune pincette. Oui, on a l’impression qu’elle gueule, qu’elle nous engueule, c’est vrai. Mais qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est jouissif de vérité, c’est l’expression d’un post-féminisme terriblement actuel, qui met des mots sur ce que nous vivons, sur notre société hypocrite. Despentes ose dire ce que nous taisons en permanence. Elle parle du haut de son expérience, elle nous secoue, avec un style direct et incomparable. C’est drôle, c’est choquant parfois (mais qu’est-ce qu’on s’en fout, d’ailleurs), c’est du Despentes, et c’est du vrai. Beauvoir, Woolf, Cixous, elles sont fondatrices, incontournables, oui. Mais, Despentes, c’est aujourd’hui, c’est le présent et l’avenir. C’est notre monde, notre société, nos ressentis, notre réalité, à nous, femmes du XXIe siècle.

Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais jamais me remettre.

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#286 Sexe et mensonges – Leïla Slimani

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Le résumé…

Sexe et mensonges, c’est la parole, forte et sincère, d’une jeunesse marocaine bâillonnée dans un monde arabe où le sexe se consomme pourtant comme une marchandise. Les femmes que Leïla Slimani a rencontrées lui ont confié sans fard ni tabou leur vie sexuelle, entre soumission et transgression. Car, au Maroc, la loi punit et proscrit toute forme de relations sexuelles hors mariage, tout comme l’homosexualité et la prostitution. Dans cette société fondée sur l’hypocrisie, la jeune fille et la femme n’ont qu’une alternative : vierge ou épouse. Sexe et mensonges est une confrontation essentielle avec les démons intimes du Maroc et un appel vibrant à la liberté universelle d’être, d’aimer et de désirer.

Mon avis…

Leïla Slimani, nous la connaissons surtout pour ses romans : Dans le jardin de l’ogre, premier livre exceptionnel et très prometteur, ainsi que, bien évidemment, Chanson douce, qui a eu le prix Goncourt. Aujourd’hui, la notoriété qu’elle a acquise permet à Leïla Slimani de s’attaquer à des sujets délicats, sous une forme plus documentaire. Après avoir touché à la fiction, elle s’attaque à la réalité. Sexe et mensonges, c’est le fruit de plusieurs rencontres. Elles sont tantôt touchantes et émouvantes, tantôt drôles et rebelles. Parfois, elles sont résignées, mais souvent, elles affirment la volonté d’un changement. Ce que narre l’autrice dans ce livre, c’est la façon dont la sexualité est vue au Maroc, mais surtout la façon dont elle est vécue. Et la différence entre les deux. L’hypocrisie. C’est un livre qui est écrit avec un style fluide, qui nous accroche tout de suite. A la lecture aussi facile qu’un roman, ce livre recueille des témoignages multiples et enrichissants. Une synthèse de nombreux regards différents sur une seule et même question, permettant de se faire ainsi une idée complète et développée sur le sujet. Leïla Slimani, en chef d’orchestre, prend le lecteur par la main pour l’accompagner dans ce parcours de voix qui se croisent et se rencontrent parfois. C’est un plaisir de lire un tel ouvrage, de découvrir une réalité souvent ignorée. C’est le portrait d’un pays, à travers ses pratiques sexuelles, à travers sa jeunesse. Avec ses regrets et ses espoirs. Sans fioritures, sans détours, le sujet est abordé avec tact et sensibilité à la fois. Vraiment, aucune erreur dans ce livre abordable et didactique.

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