#407 Le réveil des sorcières – Stéphanie Janicot

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Le résumé…

Et si en commençant son nouveau roman sur la magie noire par un accident de voiture fatal, la narratrice avait provoqué la mort de son amie Diane, guérisseuse et médium ?
Dans la forêt de Brocéliande, où elles se retrouvaient l’été, les légendes celtes, la pratique de la sorcellerie sont toujours prégnantes. Le mystère grandit autour de Diane, sa tragique disparition et ses pouvoirs exceptionnels dont semble avoir hérité sa fille cadette, Soann, une adolescente sombre et troublante, hantée par le deuil et la certitude que sa mère a été assassinée.

Mon avis…

Nous sommes le 8 mars, et en cette journée internationale des droits des femmes, quoi de mieux qu’un roman féministe ? Je vous présente ce livre, sorti pendant la rentrée littéraire de janvier qui, loin de surfer sur la vague du retour en force des sorcières, renouvelle la vision que l’on porte sur ces femmes mystérieuses. Stéphanie Janicot nous propose un roman absolument passionnant, qui se passe dans un cadre à la fois enchanteur et désenchanté : la forêt de Brocéliande, en Bretagne. Personnellement, j’adore cet endroit, et j’avoue avoir retrouvé son charme, tout en découvrant une autre facette, plus sombre et désabusée. Dans ces pages marquées par le réalisme, l’autrice nous entraîne dans une Bretagne profonde qui vit grâce aux touristes attirés par les secrets des sorcières et les légendes nombreuses qui habitent ces lieux. Cette plongée dans la culture bretonne, dont Stéphanie Janicot nous narre quelques récits plus ou moins connus, et bien souvent transmis de façon erronée et ici rétablis, est des plus plaisantes.

Dans ce roman, les personnages féminins sont mis en avant et occupent une place absolument centrale. Ici, l’amour d’un ou plusieurs hommes ne viendra pas sauver les héroïnes, car elles vont tenter de se sauver elles-mêmes. La narratrice arrive dans la région à la suite de la mort de Diane. Cette dernière, une guérisseuse, autrement dit une sorcière, laisse derrière elle deux filles : Soann et Viviane. La narratrice, elle, ne sait pas trop si elle croit en la sorcellerie. Elle vit à Paris, elle est journaliste et, même si elle a grandi en Bretagne, elle a fini par oublier l’atmosphère qui y règne et les mystères qui s’y déroulent. Elle est désormais plus terre-à-terre, plus réaliste. Mais la mort de Diane la fait douter, et tout ce qu’elle pensait savoir est remis en question. Très vite, elle est confrontée à une évidence : la mort de Diane n’est pas accidentelle. Avec Soann, elle enquête et découvre que son amie la sorcière dérangeait visiblement quelqu’un, mais qui ? Entre peinture sociale et roman noir, ce livre féministe nous fait découvrir le destin de quatre femmes uniques, étroitement lié à Brocéliande, lieu de tous les mystères…

Carte d’identité du livre

Titre : Le Réveil des sorcières
Autrice : Stéphanie Janicot
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 02 janvier 2020

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Coup de coeur

#404 Miroir de nos peines – Pierre Lemaitre

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Le résumé…

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Mon avis…

Ceux et celles qui ont l’habitude de passer sur ce blog ou de discuter avec moi connaissent mon amour inconditionnel pour les romans de Pierre Lemaitre. Je vous ai déjà parlé ici d’Alex, de Trois jours et une vie, et évidemment d’Au revoir là-haut – sur lequel j’ai même eu l’occasion de travailler lors de recherches universitaires – et de sa suite Couleurs de l’incendie. Et bien c’est le tome 3 de la trilogie Les Enfants du désastre que je vous présente aujourd’hui. Après les aventures d’Albert Maillard et Édouard Péricourt, les deux soldats de la Grande Guerre, et celles de Madeleine Péricourt, jeune femme hors-norme piégée dans un monde d’hommes, c’est désormais l’histoire de Louise qui nous est relatée. Si vous avez lu Au revoir là-haut, ce prénom ne devrait pas vous être inconnu. C’est en effet la fille de la logeuse d’Édouard et Albert que nous rejoignons ici dans les rues de Paris.

Comme pour Couleurs de l’incendie, il convient de préciser qu’il n’est aucunement indispensable d’avoir lu les précédents livres pour comprendre celui-ci. Les trois tomes sont complètement indépendants et le lecteur novice se voit rappeler les quelques liens entre chaque roman, qui ne jouent en réalité aucun rôle dans leurs intrigues respectives. Après nous avoir fait visiter le Paris des années 20, puis celui des années 30, direction les années 40 avec Louise, désormais trentenaire. Institutrice célibataire, elle semble bien perdue dans sa vie au moment où l’un des plus gros bouleversements du siècle est sur le point d’advenir. Avec elle, nous découvrons la drôle de guerre, ces tous premiers mois du conflit, caractérisés par leur étrangeté et leur absence de ressemblance avec tout ce qui était connu avant.

Pierre Lemaitre nous fait également vivre l’exode, à la fois avec Louise qui nous permet de connaître celui des populations pauvres et modestes, et avec Gabriel et Raoul, qui nous entraînent dans la débâcle, cette fuite des forces armées devant la redoutable avancée allemande. D’autres personnages, tous aussi intéressants, viennent se greffer à eux, comme le garde mobile Fernand, qui doit escorter des prisonniers vers une destination inconnue, et qui illustre à lui seul l’égarement et le désarroi de l’état français en cette période troublée. Pierre Lemaitre ajoute aussi sa pointe d’excentricité avec, là encore, un personnage subversif – bien qu’ils le soient tous un peu -, à savoir Désiré : un homme qui change sans cesse d’identité pour s’attribuer tous les rôles qu’il souhaite. Ce caméléon un brin arnaqueur devient tantôt médecin, censeur, avocat ou encore curé, ne se lassant jamais de changer de peau.

Encore une fois, c’est une fresque complexe mais savamment orchestrée que nous livre Pierre Lemaitre. Tous les personnages évoluent selon leurs propres trajectoires, jusqu’à la très attendue rencontre finale. Portrait fidèle d’une époque, ce roman charmera très certainement les amateurs de romans historiques et sociaux. Tout en suivant les aventures rocambolesques et passionnantes de tous ces personnages, le lecteur découvre ces années d’inquiétude et de chaos, peinte avec beaucoup de réalisme et de fidélité. Ce qui m’a été le moins agréable dans cette lecture, pour être honnête, c’est de savoir que ce roman était le dernier de la trilogie… J’ai eu le sentiment de voir se clore un épisode de ma vie, durant lequel j’attendais avec excitation la sortie de ces précieuses pages. Je me dis néanmoins que cette aventure laissera, je l’espère, place à une autre.

En attendant, je peux d’ores et déjà vous dire que les trois romans des Enfants du désastre sont tous des chefs d’œuvre. Si cela vous intrigue et que vous ne connaissez pas, n’hésitez pas à vous y plonger, vous n’en ressortirez pas déçus, je vous l’assure. Vous pouvez soit commencer par Au revoir là-haut, le premier tome, et lire les romans de façon chronologique, comme je l’ai fait moi-même, ou choisir celui dont la thématique vous parle le plus. Ce troisième tome, malgré toutes ses qualités, est peut-être celui que j’ai le moins aimé, car il n’a pas la même fraicheur et la même audace que les deux précédents. Mais je pense que cela est aussi lié à la volonté de réalisme de Pierre Lemaitre, qui souhaitait coller à l’esprit de l’époque. Ce sont en effet des temps sombres qui s’ouvrent dans Miroir de nos peines. Et même si je suis très attachée à Au revoir là-haut, qui est un roman avec lequel j’ai une grosse histoire personnelle, je dois avouer que mon préféré reste Couleurs de l’incendie, notamment pour ses thématiques liées à la place des femmes dans la société, qui sont d’ailleurs reprises ici avec l’histoire de Louise. Maintenant, à vous de vous faire votre opinion de cette trilogie qui, à coup sûr, aura sa place dans l’histoire littéraire du XXIe siècle. Bonne lecture !

Carte d’identité du livre

Titre : Miroir de nos peines
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 02 janvier 2020

5 étoiles

#363 Une sirène à Paris – Mathias Malzieu

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Le résumé…

« Surprisiers : ceux dont l’imagination est si puissante qu’elle peut changer le monde – du moins le leur, ce qui constitue un excellent début. »

Nous sommes en juin 2016, la Seine est en crue. De nombreuses disparitions sont signalées sur les quais. Attiré par un chant aussi étrange que beau, Gaspard Snow découvre le corps d’une sirène blessée, inanimée sous un pont de Paris.
Il décide de la ramener chez lui pour la soigner, mais tout ne passe se pas comme prévu. La sirène explique à Gaspard que les hommes qui entendent sa voix tombent si intensément amoureux d’elle qu’ils en meurent tous en moins de trois jours. Quant à elle, il lui sera impossible de survivre longtemps loin de son élément naturel…

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Mon avis…

Quel bonheur de retrouver la magie des romans de Mathias Malzieu. Depuis son Journal d’un vampire en pyjama, j’attendais avec impatience le jour où je pourrais me replonger dans son imagination débridée et infiniment poétique. Cet auteur est à mes yeux l’un des plus grands poètes de notre temps, un homme qui a une conception particulièrement aiguë de l’art. Ce roman, en effet, sera bientôt suivi d’un film, et un album de Dionysos viendra couronner le tout. Art total ? Peut-être, oui. Mathias Malzieu est, comme son personnage Gaspard Snow, un « surprisier » car, oui, son « imagination est si puissante qu’elle peut changer le monde« , le sien, le nôtre. Ou, si elle ne change pas le monde, elle en transforme au moins la vision que l’on en a. Il apparaît plus beau, plus brillant, plus touchant, plus vivant. C’est toujours une vague de vie et de bonheur qui me submerge quand je lis les pages écrites par cet auteur.

« Il pleuvait en plein soleil sur Paris, ce 3 juin 2016. La tour Eiffel se laissait pousser les arcs-en-ciel, le vent coiffait leurs crinières de licorne. Les grelots de pluie rythmaient la métamorphose du fleuve. Les embarcadères se transformaient en plages de bitume.  L’eau montait, montait et montait encore. Comme si quelqu’un avait oublié de fermer le robinet de la Seine. »

Dès ces premières lignes, le plaisir était déjà total. Dans ce roman, hymne à la Seine et à la scène, le lecteur est entraîné dans un tourbillon de musique et d’amour, mais aussi parfois de peine. Ce livre est comme un conte dans lequel on peut se plonger avec un esprit enfantin, se laissant aller aux surprises et aux étonnements. Mais il est aussi profondément métaphorique et témoigne avec justesse de notre époque. En ces temps bouleversés que nous connaissons, où la magie semble disparaître du monde, Mathias Malzieu nous propose de retrouver le sourire à travers l’art, la littérature, la poésie. Ses ingrédients sont simples : de la tendresse, de l’espoir, de la folie, de la joie. Que des choses que l’on peut puiser en soi-même.

« Comme Paris, son cœur avait sombré ! Mais comme Paris, lui non plus ne céderait rien à la nuit. Fluctuat nec mergitur ! »

L’intrigue de ce roman est une véritable plongée dans le merveilleux, tout en restant dans le Paris du XXIe siècle. C’est un conte des temps modernes. C’est un récit enjoué, farfelu, époustouflant, tout en étant d’une simplicité folle. Gaspard Snow ressemble beaucoup à son auteur : il est chanteur, joue du ukulélé, rêve beaucoup, garde toujours espoir… Le cœur du roman, c’est cette histoire d’amour impossible entre un homme et une sirène, celle-ci risquant de tuer le premier à tout moment en lui faisant exploser le cœur. Mais Gaspard, qui a eu si souvent le cœur brisé, se croit immunisé… Autour de cette histoire se greffe la beauté des mots, les évocations, les images, les perceptions… C’est tout un univers coloré et pétillant qui s’offre à nous dans Une sirène à Paris.

« Progressivement, Gaspard réalisait ce qui était en train de se passer dans sa salle de bain. Une sirène. Plus belle que la lune en personne. Qui foutait de l’eau partout. Et ne le quittait pas des yeux. »

Ce roman est une déclaration d’amour à Paris, c’est vrai, mais aussi et surtout à la vie. C’est un texte qui veut nous montrer que l’on peut encore rêver, que l’on peut encore s’évader à travers les mots. Voilà ce que j’aime dans les livres de Mathias Malzieu : le triomphe de la poésie et de la vie. L’art. L’évasion. Oui, oui, et encore oui au plaisir, tout simplement. J’aime ces lectures qui éblouissent et qui réchauffent. On aimerait en avoir plus souvent entre les mains…

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Mathias Malzieu en concert à l’aquarium de Paris.

Carte d’identité du livre

Titre : Une sirène à Paris
Auteur : Mathias Malzieu
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 06 février 2019

5 étoiles

#351 Le Signal – Maxime Chattam

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Le résumé…

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient….
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…
Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite?
Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

 

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre qui a toute sa place à côté de votre citrouille sculptée et de vos toiles d’araignées factices… Halloween oblige, on a envie de se faire peur ! Et il n’est pas si facile de trouver LE livre qui nous fera frissonner… Et quand je dis « frissonner », je veux même dire plus : le roman qui nous fait avoir peur du noir, qui nous fait regarder tout autour de nous, vérifier que les portes sont bien fermées… rien que ça… Bref, de l’horreur ! Malgré mon exigence, j’ai trouvé mon compte avec Le Signal, qui distille l’angoisse avec beaucoup de subtilité, toujours au bon moment. Si l’on ne relève pas beaucoup d’originalité dans les éléments constitutifs du roman d’horreur, on est face à une valeur sûre. Maxime Chattam reprend clairement les incontournables du genre, et les maîtrise parfaitement. Même si l’on croit connaître les ressorts de ce genre de récits, on se fait quand même avoir, car l’auteur sait nous surprendre avec ces ingrédients pourtant simples.

Des apparitions de ce qui semble être des fantômes, des histoires de sorcières, des épouvantails qui prennent vie et veulent tuer les enfants, des créatures qui se dissimulent dans l’ombre, des êtres désarticulés… Tout y est, et pourtant ça ne fait pas trop ! C’était un pari risqué, et Chattam l’a fait. Cette histoire m’a personnellement fait penser à l’excellent roman de Peter James, The House on Cold Hill, que les lecteurs de VO devraient s’empresser de dévorer. Les amateurs de Stephen King apprécieront aussi ce roman qui rend hommage au maître du suspense… Quelques scènes, en effet, ne sont pas sans évoquer les livres du romancier américain. Méfiez-vous des voix qui sortent des canalisations… Bref, Maxime Chattam nous propose un texte foisonnant, qu’on pourrait lire d’une traite si la tentation de faire quelques pauses pour calmer l’imagination qui s’emballe n’était pas plus forte ! Donc, si vous voulez vous faire peur, plongez dans ce roman habile et bluffant, car Chattam ne nous épargne pas. Notre cœur n’est jamais à l’abri, voilà ce qui rend ce livre délicieux…

Carte d’identité du livre

Titre : Le Signal
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 24 octobre 2018

5 étoiles

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#350 Le malheur du bas – Inès Bayard

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Le résumé…

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Mon avis…

Voici un autre roman de la rentrée littéraire 2018, encore un, et pas des moindres. Le malheur du bas, on en a tous et toutes entendu parler… Et, parfois, ce n’est pas forcément une bonne chose. A en entendre trop, on en attend beaucoup… Mais, heureusement, j’ai vite oublié tous ces échos car le roman m’a absorbée. Oubliée la comparaison purement structurelle avec Chanson douce de Leïla Slimani (que j’avais par ailleurs apprécié). Oubliée l’idée que « ça parle d’un viol ». Car c’est bien plus que ça. C’est un texte profond, bouleversant, qui raconte la vie d’une femme qu’une agression sexuelle égare. Elle n’est pas seulement perdue dans cette société qui ne l’empêche pas de se détruire, elle est perdue en elle-même. On n’est pas forcément dans un texte qui a pour vocation de nous montrer la réaction habituelle d’une femme victime de viol, on est ici face à un destin exceptionnel, car il sort du commun, un destin fait de violence et de destruction. Inès Bayard nous propose un récit dont on connaît déjà la fin, il n’y a aucune surprise sur ce plan. Tout l’intérêt est dans le processus : comment Marie va-t-elle en arriver à de tels extrêmes ? L’écriture, incisive et directe, ne permet au lecteur aucun détour ou recours. Emporté dans un tourbillon torturé, il n’a plus d’échappatoires. Et, pour être honnête, je crois que l’on n’a jamais envie de refermer ce livre. Malgré son intensité, sa brutalité, il nous accroche complètement. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, il faut lire ce livre pour comprendre. Sans être un coup de cœur comme Règles douloureuses, il s’agit d’un texte fort, à la fois exceptionnel et utile, qui nous révèle un talent très prometteur, celui d’Inès Bayard. Sujet d’actualité s’il en est, sujet millénaire même, les violences faites aux femmes – qui dépassent le viol, y compris dans ce roman – sont enfin abordées, et c’est une très bonne chose. C’est justement ce que j’ai particulièrement apprécié dans Le malheur du bas : la représentation du caractère divers de ces violences, qui peuvent aussi bien être sexuelles que morales, sociales, professionnelles ou gynécologiques… Vous l’aurez compris, c’est un roman éprouvant mais incontournable en cette rentrée littéraire !

Carte d’identité du livre

Titre : Le malheur du bas
Autrice : Inès Bayard
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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féminismeblog

 

#337 Les prénoms épicènes – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Mon avis…

Je n’étais pas sûre à 100% de lire le dernier Amélie Nothomb… et, finalement, je me suis quand même laissée tenter. Je ne sais pas pourquoi, il s’agit de l’autrice dont, même si elle ne me convainc pas toujours, je ne peux m’empêcher de lire les romans… J’avais apprécié, sans plus, celui de la précédente rentrée littéraire, Frappe-toi le cœur. Là encore, l’éditeur ne s’étend pas sur la quatrième couverture : rien ne sera dit de l’intrigue… Mais bon, on en apprend vite beaucoup plus si l’on ne vit pas dans une grotte ! Cette histoire fait en quelque sorte pendant à l’intrigue de Frappe-toi le cœur. On passe d’une relation mère-fille à une relation père-fille… Évidemment, les rapports humains sont toujours… particuliers… chez Nothomb, vous vous en doutez, ce n’est pas tout rose !

« Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l’aimait pas ? La question ne méritait aucun état d’âme. »

Au début, j’ai eu un peu peur car j’avais la drôle de sensation d’une histoire à la va-vite, un peu « bâclée », car la situation est exposée très rapidement, sans trop approfondir la psychologie des personnages… Ce choix s’explique plus loin dans le roman, heureusement. Passé cette mauvaise première impression, finalement on se prend à l’intrigue. En effet, j’ai plutôt trouvé l’ensemble assez « réaliste« . Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier en partie au personnage principal, et de voir mon père dans le sien… En tout cas, on retrouve le talent de Nothomb pour construire des personnalités fortes. C’est donc, comme toujours, un roman bref et efficace que nous livre l’autrice. Les amateurs y trouveront évidemment leur compte, comme les curieux qui n’ont pas encore tenté l’expérience. Ceux qui attendent de l’originalité folle, cependant, seront déçus. Rien de sensationnellement nouveau dans ce roman, c’est du pur Nothomb, comme on l’aime (ou comme on le déteste).

Carte d’identité du livre

Titre : Les Prénoms épicènes
Autrice : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

4 étoiles

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Ma wishlist de la rentrée littéraire – août 2018

rentrée littéraire

Et oui, nous entrons bientôt dans une saison délicieuse pour les lecteurs et lectrices de tous horizons… la rentrée littéraire ! Cette année, encore de belles découvertes en perspective. Pour ma part, j’ai déjà craqué sur quelques titres.

Voici ma wishlist pour cette rentrée littéraire d’automne 2018, en commençant par le mois d’août ! Maintenant, le porte-monnaie suivra-t-il ? J’en doute…

Parutions du 16 août 2018

Les cigognes sont éternelles – Alain Mabanckou (Seuil)

Résumé : À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge. Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

Frère d’âme – David Diop (Seuil)

Résumé : Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Les heures rouges – Leni Zumas (Presses de la Cité)

Résumé : États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeur célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivor, exploratrice islandaise du XIXe siècle. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture… Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

La guérilla des animaux – Camille Brunel (Alma)

Résumé : Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher. La colère d’Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

Parutions du 22 août 2018

Chien-loup – Serge Joncour (Flammarion)

Résumé : L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecoeur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale.
Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières.
Ça, c’était en arrivant. Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au coeur de nos existences civilisées, comme un chien-loup.

Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui (JC Lattès)

Résumé : Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat. J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre. Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux coeurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt. Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission. Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale. Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires.

Le malheur du bas – Ines Bayard (Albin Michel)

Résumé : « Au coeur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples ». Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

L’habitude des bêtes – Louise Tremblay (Delcourt)

Résumé :  « J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Il y mène une vie solitaire et tranquille, ponctuée par les visites de Rémi, un enfant du pays qui lui rend de menus services, et par la conversation de Mina, une vieille dame sage. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs, dans le parc. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce court roman au décor majestueux.

Parutions du 23 août

Le roman de Jeanne – Lidia Yuknavitch (Denoël)

Résumé : Anéantie par les excès de l’humanité et des guerres interminables, la Terre n’est plus que cendres et désolation. Seuls les plus riches survivent, forcés de s’adapter à des conditions apocalyptiques. Leurs corps se sont transformés, albinos, stériles, les survivants se voient désormais contraints de mourir le jour de leurs cinquante ans. Tous vivent dans la peur, sous le joug du sanguinaire Jean de Men. Christine Pizan a quarante-neuf ans. La date fatidique approche . Rebelle, artiste, elle adule le souvenir d’une héroïne, Jeanne, prétendument morte sur le bûcher. Jeanne serait la dernière à avoir osé s’opposer au tyran. En bravant les interdits et en racontant l’histoire de Jeanne, Christine parviendra-t-elle à faire sonner l’heure de la rébellion ?

Le bûcher – György Dragomán (Gallimard)

Résumé : La Roumanie vient tout juste de se libérer de son dictateur. Les portraits du camarade général ont été brûlés dans la cour de l’internat où Emma, treize ans, arrivée après la mort tragique de ses parents, cherche encore à s’orienter. Quand une inconnue se présente comme étant sa grand-mère, elle n’a d’autre choix que de la suivre dans sa ville natale. Cette femme étrange partage sa maison avec l’esprit de son mari défunt et pratique la sorcellerie. Mais Emma comprend vite qu’il y a d’autres raisons à l’accueil malveillant que lui réservent les habitants de la ville. Peu à peu, elle découvre les secrets de sa famille. Profondément traumatisée et compromise par l’histoire qu’a traversée son pays, sa grand-mère a utilisé les pouvoirs de la magie pour surmonter des décennies dominées par la peur, la manipulation et la terreur. Et c’est cette force-là qu’Emma tente à son tour de libérer en elle pour trouver sa place dans un monde de nouveau bouleversé.

Parutions du 30 août 2018

L’Ange de l’histoire – Rabih Alameddine (Escales)

Résumé : Le temps d’une nuit, dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique, Jacob, poète d’origine yéménite, revient sur les événements qui ont marqué sa vie : son enfance dans un bordel égyptien, son adolescence sous l’égide d’un père fortuné, puis sa vie d’adulte homosexuel à San Francisco dans les années 1980, point culminant de l’épidémie du sida. Mais Jacob n’est pas seul : Satan et la Mort se livrent un duel et se disputent son âme, l’un le forçant à se remémorer son passé douloureux, l’autre le poussant à oublier et à renoncer à la vie. En dressant le portrait bouleversant et tout en finesse d’un homme hanté par les souvenirs, Rabih Alameddine livre un texte éblouissant d’érudition et d’imagination, imprégné à la fois d’humour, de violence et de tendresse. Surtout, il nous rappelle l’urgence et la nécessité de se confronter au passé et de ne pas céder à l’oubli.

Règles douloureuses – Kopano Matlwa (Le Serpent à Plumes)

Résumé : Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d’elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l’a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s’interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l’opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l’ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l’Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d’un patient étranger blessé lors d’émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes. En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

Le complexe d’Hoffman – Colas Gutman (éditions de l’Olivier)

Résumé : « Le petit Hoffman, il vous dira rien de sa maman. Il dit qu’elle est morte mais quand tu vas chez elle, tu vois bien qu’elle est vivante. Il m’a choisi pour me raconter son histoire. Elle n’est franchement pas triste. Je suis Lakhdar CM1, et certains disent que je suis dix-lexique. Le petit Hoffman, il a reçu une lettre dans son école. Des lois anti-alsaciennes, qu’il n’a pas le droit de faire du sport, d’aller au square ou même aux toilettes. Le petit Hoffman, quand il chasse pas les nazis de son école ou qu’il fait l’assistant respiratoire pour sa maman dépressionnaire, il écrit un livre : 83 ans. C’est l’histoire d’un type qui ne peut pas mourir avant cet âge fatal, mais ce n’est pas du tout une histoire pour enfants, parce que de l’enfance, Simon Hoffman, il n’en a jamais eu. » Burlesque, émouvant, et parfaitement irrespectueux, Le complexe d’Hoffman décrit un monde où la bonté est rare et la sécurité absente.

Et vous, avez-vous repéré des titres auxquels vous ne résisterez pas ?

Rendez-vous le mois prochain pour la sélection de septembre !

#270 Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

9782226400192-j

Le résumé…

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
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Mon avis…

Ce roman de la rentrée littéraire est un livre étonnant. Passé malheureusement assez inaperçu dans la masse des sorties de fin d’année, Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire passionnante, narrant le destin de femmes qui rompent avec ce qu’elles sont pour prendre en main leur destin. Emmanuelle Favier nous fait découvrir une coutume très particulière et méconnue, celle des « vierges jurées », mais en excluant toute volonté documentaire, pour nous plonger dans une fiction prenante. Les personnages, attachants, doivent combattre pour se faire leur place dans la société, tout en restant en accord avec leur être intérieur. Un vrai combat. Il s’agit d’un livre très poétique mais réaliste, nous emmenant dans des paysages froids et rudes. Manushe et Adrian, à la fois forts et fragiles, sont des êtres de papier qui prennent vie sous nos yeux et dans nos esprits. Ils se transforment page après page, évoluent, cherchent leur voie et nous surprennent sans cesse. De l’amour, de l’amitié, beaucoup d’émotions… Un livre à découvrir absolument, pour sa beauté et son inventivité. Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire qu’on ne peut pas vraiment raconter, sous peine de gâcher le plaisir de la lecture. La surprise est, en effet, au rendez-vous.

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