#369 La maison Okola et autres contes délicats – Clémentine Ferry et Sanoe

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Le résumé…

Aimez-vous les gourmandises chocolatées ? Les desserts sucrés ? Les gâteaux décorés ? Alors entrez donc : la Maison Okola, fameuse chocolaterie, vous ouvre ses portes ! Vous y croiserez une tortue dévouée, un moineau inquiet ou un chat qui fait les meilleures tasses de chocolat. Voici les aventures de dix petits héros, à croquer… comme du cacao !

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Mon avis…

En ce lundi de Pâques, je vous propose une chronique de circonstance, autour du chocolat. Voici un très joli livre pour enfants, à partir de 7-8 ans. Vous y trouverez pas moins de dix petits contes sur le chocolat, de quoi ravir les gourmands. Chaque récit est très original et permet de découvrir des personnages singuliers. Les sujets sont actuels et recherchés. J’ai par exemple beaucoup aimé l’histoire de la souris Amandine, qui souhaite confectionner des emballages de bonbons en papier recyclé. Les contes sont très bien écrits et se lisent aisément. Je peux tout à fait imaginer les enfants et les parents savourer ensemble chacune de ces pages. Et que dire des illustrations ? Elles sont belles, très riches et travaillées. Dans ce recueil, vous trouverez d’ailleurs un cahier central, intitulé « Les carnets de la maison Okola », avec de splendides illustrations en couleur et même une recette de gâteau au chocolat (miam) ! Je trouve vraiment fantastique de pouvoir faire découvrir aux enfants le monde magique de la pâtisserie à travers de si jolies histoires, et de pouvoir prolonger le plaisir en cuisinant avec eux. Vous l’aurez compris, c’est un recueil de contes plein de charme que nous ont confectionné Clémentine Ferry et Sanoe. Il s’agit d’un livre qui ne prend pas les enfants pour des idiots, et qui leur propose des contes qui les feront grandir en leur faisant découvrir de belles valeurs, telles que le vivre ensemble, la tolérance, l’entraide, la bienveillance, et tant d’autres.

Vous pouvez feuilleter quelques pages du livre ici.

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Carte d’identité du livre

Titre : La maison Okola et autres contes délicats
Autrice : Clémentine Ferry
Illustratrice : Sanoe
Éditeur : Lumignon
Date de parution : 27 mars 2019

5 étoiles

Merci aux éditions du Lumignon pour cette lecture.

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#331 L’habitude des bêtes – Lise Tremblay

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Le résumé…

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Il y mène une vie solitaire et tranquille, ponctuée par les visites de Rémi, un enfant du pays qui lui rend de menus services, et par la conversation de Mina, une vieille dame sage. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs, dans le parc. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce court roman au décor majestueux.

Mon avis…

Il est certains livres dont on ne peut dire que peu de choses, et L’habitude des bêtes en fait partie. Il s’agit d’un roman qui se savoure, car il nous permet de pénétrer dans une atmosphère toute particulière, où les intrigues sont presque absentes et où pourtant l’ennui n’a pas la moindre place. Nous plongeons en effet dans la vie et les pensées de Benoît Lévesque qui, alors que la mort de son chien approche, décide de procéder à un retour sur son passé, au regard de son présent, tout en étant dans l’impossibilité d’envisager son avenir. Sa propre vieillesse est déjà bien installée. La simple idée qu’un jour il ne puisse plus profiter de la nature et des saisons, l’effraie au plus haut point. C’est dans le regard de la bête que l’être humain se pense. Le chien, animal familier et rassurant, côtoie les loups, sauvages et féroces. Mais le prédateur n’est pas celui que l’on croit, dans ce village perdu au coeur de la forêt. L’habitude des bêtes nous révèle l’être humain dans son animalité, sa brutalité, mais paradoxalement aussi sa tendresse parfois bourrue. En bref, Lise Tremblay nous offre un beau portrait d’hommes et de femmes, mais aussi d’une nature à la fois familière et mystérieusement insondable. C’est un très beau roman que publient ici les éditions Delcourt, dont il faut prendre le temps de goûter le moindre mot, à découvrir absolument.

Carte d’identité du livre

Titre : L’habitude des bêtes
Autrice : Lise Tremblay
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture.

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#280 L’ours est un écrivain comme les autres – William Kotzwinkle

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Le résumé…

Il était une fois un ours qui voulait devenir un homme… et qui devint écrivain. Ayant découvert un manuscrit caché sous un arbre au fin fond de la forêt du Maine, un plantigrade comprend qu’il a sous la patte le sésame susceptible de lui ouvrir les portes du monde humain – et de ses supermarchés aux linéaires débordants de sucreries… Le livre sous le bras, il s’en va à New York, où les éditeurs vont se battre pour publier l’œuvre de cet écrivain si singulier – certes bourru et imprévisible, mais tellement charismatique ! Devenu la coqueluche du monde des lettres sous le nom de Dan Flakes, l’ours caracole bientôt en tête de liste des meilleures ventes…

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William Kotzwinkle

Mon avis…

Dans la lignée de John Fante et Paul Auster, William Kotzwinkle nous offre une aventure farfelue et palpitante, celle d’un ours qui décide, du jour au lendemain, de devenir écrivain à succès. Grâce à la maladresse et au manque de chance du véritable auteur, il met en effet la patte sur un manuscrit qui s’avère ne pas être mauvais du tout. Très vite, il trouve sa place dans la société humaine, tout le monde n’y voit que du feu ! C’est un écrivain taciturne que cet ours. Pourtant, personne ne semble s’interroger sur sa drôle d’allure et sa peu de maîtrise des normes sociales. On se dit que c’est un original, cet écrivain, et ça plait ! Tandis que l’ours prend la place de l’humain, l’auteur du roman à succès reste, lui, dans le Maine. Progressivement, à son tour, il imite l’ursidé. William Kotzwinkle écrit un livre plein d’humour, très riche et foisonnant, à l’intrigue amusante et fouillée, dans lequel il se moque avec singularité et malice du monde littéraire, de sa folie conventionnelle et de ses folles conventions ! Au programme, de l’ironie, un récit complètement décalé et divertissant, un bon roman à l’américaine, portrait d’une société qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et réflexion sur l’humanité, sur l’animalité. C’est fou, frais, perché et c’est aussi moqueur, et parfois, il faut le reconnaître, ça fait du bien de se laisser porter par les mots et les pages !

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#235 Truismes – Marie Darrieussecq

Le résumé…

Difficile d’écrire son histoire lorsqu’on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu’on est devenue une truie. Car telle est l’extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l’hôtesse très spéciale… Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l’égérie du futur président de la République avant d’être la maîtresse d’un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l’assiette de sa propre mère. Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir. Le récit de cette modification se double donc d’un conte moral où l’œuvre d’imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d’emblée sous l’égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l’humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin.

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Mon avis…

Comment aborder ce roman atypique ? Vous l’avez probablement compris, à la lecture du résumé, Truismes est un livre original. Il s’agit du premier roman de Marie Darrieussecq, et il faut dire qu’elle n’y est pas allée de main morte. Le motif de la métamorphose, on le connaît, on l’a vu et revu, en passant par Ovide, Apulée ou Kafka, mais l’auteure relève le défini de le renouveler. Le personnage principal, une femme, remarque de drôles de transformations sur son corps, jusqu’à devenir, au fil du roman, une véritable truie. Elle est crue, ose dire – et faire – les pires insanités. Marie Darrieussecq n’hésite pas à plonger tête baissée dans les clichés misogynes, racistes, sexistes, et l’effet est surprenant. N’attendez pas de délicatesse ou de légèreté dans le style, l’ensemble est lourd et « gras », mais c’est justement ce qui fait le charme du livre !

En effet, Truismes, c’est surtout l’histoire d’une femme qui ne pense pas vraiment par elle-même, qui n’est pas très cultivée ni spirituelle… Puis, en se métamorphosant, son esprit change et, loin de s’animaliser dans le sens que l’on imagine, elle gagne petit à petit en distance sur le monde dans lequel elle évolue. Et ce monde, dystopique à souhait, est étouffant, écrasant, tant pour la femme qu’elle était que pour l’animal qu’elle devient. Marie Darrieussecq mélange ainsi réflexion philosophique et humour décadent, parfois trash. Elle ose tout, et c’est en vérité assez jouissif. Truismes est un drôle de roman, que l’on dévore et qui nous grignote un peu l’esprit aussi : à la fin, on ne sait plus trop où l’on en est… C’est un livre qui laisse un sentiment particulier, parfois positif, parfois négatif. Dans tous les cas, il ne laisse pas indifférent.

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Truismes, adaptation théâtrale d’Alfredo Arias au Rond-Point.