#420 Les sorcières de la littérature – Taisia Kitaiskaia et Katy Horan

Le résumé…

Le livre pour célébrer les magiciennes de la littérature !

30 ensorcelantes écrivaines qui ont marqué leur époque, reconnues ou injustement oubliées, illustrées et racontées dans toute leur puissance.

Toni Morrison, Virginia Woolf, Emily Dickinson, mais aussi María Sabina, Audre Lorde, Yumiko Kurahashi, Octavia E. Butler… Alchimistes du verbe, elles nous emportent dans un envoûtant tour du monde et révèlent le pouvoir des femmes de lettres.

Toni Morrison, représentée par Katy Horan.

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre absolument magnifique : Les sorcières de la littérature : 30 écrivaines aux pouvoirs extraordinaires. C’est un très joli ouvrage qui regroupent les portraits de 30 femmes d’exception, toutes autrices et parfois militantes féministes. Sur la page de gauche, une superbe illustration signée Katy Horan, et sur la page de droite, un texte poétique de Taisia Kitaiskaia, les deux permettant de mieux comprendre et percevoir l’essence et le style de chacune de ces autrices. En dessous du texte, vous trouverez également une courte biographie, avec quelques conseils de lecture pour vous orienter dans votre découverte.

Le vague à l’âme, Anaïs rédige son journal sur les flots. Les pages s’écrasent sur les rochers, éclaboussent la lune, giclent sur les chaussures des voyageurs.euses qui se promènent sur la grève. Sa conscience lacrymale vient noyer les joues iodées des sirènes.

Extrait du portrait poétique d’Anaïs Nin, par Taisia Kitaiskaia

J’ai été très surprise par ce livre. Au début, j’étais un peu dubitative, car une double page me semblait assez peu pour parler de ces écrivaines. Mais en fait, j’ai vite compris en parcourant ce livre que le but n’était pas de tout nous dire de ces écrivaines. Ce n’est pas un ouvrage encyclopédique du tout. L’objectif, c’est tout simplement, pour Katy Horan et Taisia Kitaiskaia, de rendre hommage à ces femmes à travers leurs propres œuvres (leurs portraits et leurs poèmes ici), et de nous donner, à nous lecteurs et lectrices, un aperçu de ce qui nous attend si nous décidons d’aller plus loin. Elles nous proposent un échantillon du ressenti à la lecture de ces autrices. Chacun de ces portraits a pour but d’intriguer, de susciter la curiosité. Et, honnêtement, ça marche !

Forugh Farrokhzad, représentée par Katy Horan.

J’ai découvert avec ce livre quelques autrices que je connaissais pas du tout. Chacune possède même un surnom poétique, qui nous en révèle beaucoup sur son pouvoir de sorcière de la littérature. Shirley Jackson est la « Sorcière des villages, des horreurs domestiques et des mauvais présages », Flannery O’Connor la « Prophétesse des paons, des gens bizarres et des yeux de verre », Forugh Farrokhzad la « Rebelle de l’amour sensuel, des jardins verdoyants et des parfums envoutants ». Et, lorsque je les connaissais, j’ai trouvé les illustrations et les textes très justes, et très proches de ce que j’ai pu ressentir à la lecture de leurs écrits. Je pense en particulier à Emily Brontë (ici la « Gardienne des landes, du fantastique et des romances douloureuses ») ou encore Virginia Woolf (« Sentinelle des eaux, des bibelots de porcelaine et de la grammaire »). Vous retrouverez aussi, notamment, et en vrac : Emily Dickinson, Charlotte Perkins Gilman, Sylvia Plath, Janet Frame, Joy Harjo, Jamaica Kincaid, Audre Lorde, etc. En bref, quelques noms connus, certes, mais surtout énormément de belles découvertes.

Eileen Chang, représentée par Katy Horan.

Ce livre, préfacé par Chloé Delaume, a vraiment l’avantage de donner un tas d’idées de lectures pour les amateur.rice.s d’autrices et de féminisme. Tous ces portraits ensorcelants nous font rêver, et nous plongent dans une littérature envoutante et magique. Je pense vraiment que Les Sorcières de la littérature pourrait bien être une excellente idée de cadeau de Noël pour tou.te.s les curieux.ses, et en particulier les féministes ! Un beau livre, qui en appelle d’autres, portant les valeurs de la sororité, de l’indépendance et de la liberté créatrice. Découvrez-le vite !

Carte d’identité du livre

Titre : Les Sorcières de la littérature
Autrices : Taisia Kitaiskaia et Katy Horan
Traductrice : Cécile Roche
Éditeur : Autrement
Date de parution : 06 novembre 2019

#378 L’aimée – Renée Vivien

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Le résumé…

Lorély, intellectuelle et salonnière réputée, inspire à la narratrice un amour passionnel et destructeur. Celle-ci en oublie sa tendre amie, Ione, qui en meurt de chagrin. Lorély l’infidèle devient alors celle par qui le drame est arrivé. Viennent d’autres amantes, figures salvatrices ou démons séducteurs, brouillant les pistes dans le jeu amer de tromperie et de pardon qui oppose et réunit tour à tour la narratrice et Lorély.

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Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle non seulement d’un livre, mais aussi d’une maison d’éditions : Talents hauts. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Il s’agit d’une ME jeunesse, créée en 2005, qui choisit de publier des livres qui vont à l’encontre des clichés, des discriminations, des distinctions de genres, etc. L’un de leurs projets est ainsi de proposer la réédition de textes oubliés, car ils sont l’œuvre d’autrices qui, principalement en raison du fait qu’elles étaient des femmes, ont été condamnées à être effacées des histoires littéraires et des rayonnages des librairies. Cette collection très récente s’appelle « Les plumées », pour les raisons que l’on imagine. Vous pouvez y découvrir Isoline, un texte de Judith Gautier (je vous avais déjà parlé de cette autrice en proposant une brève chronique des Mémoires d’un éléphant blanc), ou encore Marie-Claire de Marguerite Audoux, ou bien Trois soeurs rivales de Marie-Louise Gagneur et, un peu plus connu, La Belle et la Bête de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve. Aujourd’hui, c’est d’un autre livre que je vous parle : L’aimée de Renée Vivien. C’est un texte qui avait déjà paru sous le titre Une femme m’apparut, mais qui était depuis tombé dans l’oubli…

« Dans une demi-clarté à la magie singulière, une Femme m’apparut… […] Instinctivement, je redoutai le commandement de son regard, la courbe impérieuse de ses lèvres. Ses cheveux la nimbaient d’un perpétuel clair de lune. »

Alors, avant de rentrer dans le détail de ce magnifique texte, j’aimerais vraiment remercier les éditions Talents hauts pour ce superbe projet, qui est d’une importance capitale dans la vie littéraire actuelle. Mettre en lumière les autrices est tout simplement une nécessité aujourd’hui, et cette maison d’éditions le fait avec beaucoup de goût, de subtilité, de fraîcheur. Merci.

« J’attendais Lorély dans un boudoir glauque où les bibelots semblaient jetés çà et là au gré d’une main impatiente. On y sentait le caprice et le désordre d’un esprit fantasque. Des fleurs éclataient partout en gerbes, en fusées, en masses touffues… C’étaient des lys tigrés ouvrant leurs vastes corolles d’où s’exhalait la violence du parfum, des grappes d’orchidées bleues retombant avec une grâce triste, des gardénias, si fragiles que le frôlement le plus doux les eût flétris, blêmissant à côté de roses blanches. »

Si Talents hauts est une maison d’édition jeunesse, il s’avère que les livres de la collection « Les plumées » sont, dans toutes les librairies dans lesquelles j’ai cherché, rangés dans les rayons de littérature générale. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de textes littéraires assez anciens, peut-être, mais aussi par le vocabulaire, parfois compliqué. Or, je tiens à souligner que l’ensemble est compréhensible y compris d’un lectorat jeune. Tout dépend, je pense, de la maturité des lecteurs et lectrices. Le mieux étant de mettre le livre entre leurs mains et de les laisser décider si cela les intéresse ou non. Ce sont donc aussi des textes qui sont accessibles aux adultes. Bref, il est possible de les lire presque à tout âge. Et je n’ai donc pas boudé mon plaisir.

« Aucune parole de sagesse ne vaut le rire de la folie »

Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans ce « roman », que j’hésite même à appeler ainsi pour cette raison. Il s’agit d’un texte qui aborde les questions de l’amour, de la passion, de la peine qui peut en découler. Renée Vivien traite ici de la relation entre deux femmes, et ce n’est pas pour rien que cette autrice est surnommée Sapho 1900, d’après le nom de la célèbre poétesse de l’Antiquité, qu’elle a traduite et adaptée, contribuant ainsi à en faire le symbole des amours lesbiens. L’aimée, dans lequel on retrouve cette influence, est vraiment un livre absolument splendide, très poétique. L’écriture et le style de l’autrice sont exceptionnels. Il s’agit d’un texte en grande partie autobiographique, car il est inspiré de sa relation avec Nathalie Barney, une femme qu’elle a tendrement aimée et qui l’a beaucoup fait souffrir. Tout cela est fort bien expliqué dans la petite préface de Nicole G. Albert, docteure et spécialiste de la littérature décadente. L’ensemble du livre est assez métaphorique parfois, nimbé de mystère, auréolé de douceur également, comme s’il incarnait le sentiment même de l’amour. J’ai vraiment été séduite par cette lecture, qui mérite en effet d’être redécouverte pour sa grande qualité stylistique et sa profondeur qui n’ont rien à envier aux plus grands chefs d’œuvre reconnus de la littérature.

Carte d’identité du livre

Titre : L’aimée
Autrice : Renée Vivien
Éditeur : Talents Hauts
Date de parution : 21 février 2019

5 étoiles

#293 Les joies d’en bas – Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl

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Le résumé…

On s’imagine tout savoir sur l’organe sexuel féminin, car il en est souvent question dans les magazines et sur Internet. Mais voilà que Les Joies d’en bas, écrit par deux futures praticiennes norvégiennes et traduit dans une trentaine de langues, dissipe enfin un ensemble de mythes ou de fausses vérités entourant le sexe. Non, on ne peut pas constater médicalement si une fille est en­core vierge. Non, l’orgasme purement “vaginal” n’existe pas. Et le clitoris n’est pas un bouton magique sur le­quel il suffit d’appuyer…
En faisant état des tout derniers résultats de la re­cherche, ce livre révèle la face cachée du clitoris, retrace la ronde des hormones qui orchestrent les menstrua­tions, fait le tour des différents types de contraception… et met enfin le doigt sur le fameux point G.
Voici un guide réjouissant et utile du “continent noir” qui rappelle une chose essentielle : pour être fière de son sexe, il faut le connaître.

Mon avis…

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un livre qui, à mon sens, fait une petite révolution à lui tout seul : Les joies d’en bas. Cet ouvrage, écrit par deux étudiantes en médecine norvégiennes, aborde un sujet passionnant : le sexe féminin. Préparez-vous pour un voyage dans des contrées souvent méconnues… Même si l’on croit être bien informées sur nos organes génitaux, sachez mesdames que nous ignorons encore beaucoup de choses. Et ce livre vient remédier au problème. Il s’agit ici de tordre le coup aux clichés, de déconstruire les croyances au sujet de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom… Fini les tabous ! Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl nous parlent comme des copines. Elles nous expliquent ce que nous devons savoir au sujet de notre corps, pour mieux le comprendre et ainsi avoir un rapport différent avec lui. Avec des mots simples et des petits dessins, elles nous montrent à quoi ressemble vraiment notre sexe, et tout ce qui en découle : comment avoir à tous les coups un orgasme, par exemple. Votre clitoris, entre autres, n’aura plus de secret pour vous ! Mais ce n’est pas uniquement de sexualité qu’il s’agit, loin de là. Vous comprendrez aussi l’utilité des poils, l’inutilité des règles, et inversement, entre autres choses… Le tout de façon nuancée, bien évidemment. On apprend aussi tout ce qu’il y a à savoir sur des sujets moins gais : le cancer du col de l’utérus, les infections sexuellement transmissibles, etc. Bref, c’est un livre salvateur que nous donnent à lire ces deux autrices. Connais-toi toi-même, apprends donc à connaître ton corps, avec cette bible du sexe féminin !

féminismeblog

Pourquoi « féministe » ? Car il faut connaître son corps pour en avoir la pleine maîtrise.