L’interview en 5 questions de… Bruno Lonchampt

 

interview 5 questions

Voici une nouvelle interview en 5 questions que j’ai eu envie de faire car elle était pour moi indispensable ! J’ai beaucoup aimé « Bloc de haine », qui est un vrai livre engagé ! Le message m’a vraiment touché et c’est un roman que je considère comme un incontournable, comme un de ceux qu’on DOIT lire car on en sort changé. L’auteur Bruno Lonchampt a eu la gentillesse d’accepter de répondre à mes questions et de rendre son message encore plus fort.

Bruno Lonchampt

Bruno Lonchampt

1. D’abord, je tenais à vous remercier pour ce livre que j’ai trouvé merveilleux. D’où vous est venue l’inspiration pour cette histoire ?

Merci à vous. Votre article sur Bloc de Haine m’a beaucoup touché. C’est exactement ce que je cherchais à produire chez le lecteur. Alors, avoir un retour aussi précis est réellement très motivant.

Sinon, pour répondre à la question… Le racisme et la haine grandissent en France comme un adolescent en plein pic de croissance. Ça va vite, très vite. Chez-nous, on mélange tout, on amalgame, et surtout, on ne cherche pas assez à comprendre l’autre, son histoire, sa culture. La tolérance ne peut venir que de la connaissance, et d’une réflexion profonde sur la société. Ça n’a rien d’évident, et tout un tas de personnes se perdent en acceptant les réponses les plus simplistes.

La haine est devenue palpable, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour trouver l’inspiration. Les gens ne se cachent plus, il suffit d’ouvrir bien grand les oreilles.

2. A qui s’adresse avant tout ce livre pour vous ?

A ceux qui en ont besoin. Ils sont bien nombreux, beaucoup plus qu’on ne le croit. Un propos ou une pensée raciste est rarement assumée comme telle. J’ai écris ce livre pour provoquer la réflexion, choquer, aller jusqu’au bout du racisme, jusqu’au bout de l’idée. Alex, mon personnage est extrême, il a puisé dans la haine tout ce qu’elle avait à donner, et le résultat…

3. Le message que vous faîtes passer est très fort… Pourquoi avoir choisi le point de vue de quelqu’un de raciste pour votre histoire ?

En général, on a le point de vue de la victime. C’est tellement habituel que ce n’est plus très marquant. Avec un anti-héros, j’avais la possibilité de provoquer le lecteur, d’être percutant. Un personnage raciste permet aussi d’exprimer d’autres choses, d’avoir des réponses, de comprendre pourquoi, et comment on en arrive, là.

4. Avez-vous d’autres projets d’écriture et sont-ils dans un style tout aussi engagé ?

Il y a pas mal de sujets sur lesquels j’aimerais écrire, pour la plupart, ils sont très vagues : quelques idées, quelques images… Mais depuis deux-trois mois, je travaille la trame d’un roman sur le thème de la folie, la paranoïa pour être plus précis. Je souhaite montrer la souffrance des malades, mais pas que. Jouer aussi sur le côté loufoque de ce mal, essayer d’être drôle, détendre le lecteur avec une « vraie histoire » pour que les passages plus durs marquent encore plus les esprits.

Oui, j’aime transmettre des idées par l’écriture, le divertissement pur ne m’intéresse pas. Pour moi, un bon livre doit faire voyager, mais pas forcément au Club Med. Il y a des choses à voir et à vivre ailleurs, avec peut-être plus de passion.

5. Et enfin, la passion de la littérature nous réunit. Quelles sont VOS incontournables en terme d’auteur, de livres… ?

Les auteurs : Yasmina Khadra, pour le fond et la forme. Cet homme (au pseudo de femme) arrive à transmettre son intelligence avec une générosité rare. Sa plume, quoique souvent très lyrique, me plaît aussi beaucoup. Daniel Pennac, pour l’univers et les images burlesques et décalées. Edward Bunquer, pour son réalisme, son témoignage net et précis d’une époque et d’un milieu. Amin Maalouf, parce qu’il m’a fait aimer l’Histoire.

Les livres : Dernier stade de la soif – Fred Exley, A quoi rêve les loups – Yasmina Khadra, Fuck America – Edgar Hilsenrath, Les sept plumes de l’aigle – Henri Gougaud, Coeur Cousu – Carole Martinez, Le Saule – Hubert Shelby Jr, American Prophet – Paul Beatty…

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Je tiens à remercier les éditions Sarbacane, la collection Exprim’ et Bruno Lonchampt bien sûr qui m’ont permis cette jolie interview. Je tiens à souligner une nouvelle fois l’intérêt de lire ce livre vraiment exceptionnel car il soulève un problème de société qui n’a jamais été aussi actuel. J’ai hâte de découvrir les prochaines œuvres de l’auteur en espérant qu’elles pourront m’émouvoir autant que « Bloc de Haine ».

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Pour découvrir ma chronique de Bloc de Haine, cliquez ici.

 

 

 

#33 Bloc de Haine – Bruno Lonchampt

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Le résumé…

Incarcéré à la centrale d’Arles pour homicide, Alex s’acharne sur les haltères dans l’espoir d’expulser sa haine. Une haine qui le poursuit depuis des années, le consume et le torture. Car c’est bien la haine – et le racisme – qui l’a attiré lentement vers le gouffre. Vient le jour où Abid, un môme un peu frêle tombé « par erreur », intègre sa cellule : le souffre-douleur est tout trouvé. Sauf qu’au fond de lui, Alex sait bien qu’il ne pourra pas toujours se voiler la face, s’il veut pouvoir sortir la tête des décombres de son passé. Il devra affronter cette rage, cette haine qui ont fini par le recouvrir entièrement. La liberté passe par là.

Centre d'arrêt d'Arles

Centre d’arrêt d’Arles

Mon avis…

Je commence ce partenariat avec les éditions Sarbacane par la lecture de ce roman issu de la collection Exprim’ qui a pour but, comme son nom l’indique, de faire passer des messages, des opinions, et de faire réagir. J’ai tout de suite été tentée par ce livre en raison de mon propre engagement contre le racisme et la haine en règle générale. J’ai trouvé que la parution de ce livre, après les élections municipales et un peu en avance sur les élections européennes, tombait très bien. Dans ce livre, on a le point de vue d’Alex, un jeune qui se retrouve en prison sans qu’on en sache la raison exacte avant un petit moment dans le livre. Il nous raconte sa vie en prison, la colère qu’il garde en lui et qu’il rejette sur son compagnon de cellule. On découvre aussi sa vie d’avant, de son enfance à son emprisonnement, on comprend progressivement ce qui l’a mis là, et ce qui a contribué à former ce bloc de haine dans son cœur.

Haine

Haine

On oscille entre l’affection pour Alex qui nous exprime ses sentiments et entre le mépris et l’incompréhension. Pourquoi tant de haine ? Et finalement, l’auteur va nous montrer petit à petit d’où vient ce racisme et quelles en sont les conséquences, dans des scènes d’une violence certaine, mais extrêmement bien décrites et bien amenées. Il n’y a pas de violence gratuite dans ce livre, dans le sens où chacun des instants décrivant la haine qui déferle d’Alex est là à un moment pour une raison. Et on comprend très vite l’absurdité de cette violence, tout en voyant qu’elle s’insinue par des dizaines d’interstices dans le cœur d’Alex : son père, sa copine, ses fréquentations, son employeur, l’arabe du coin qui gagne au PMU… Tous ont contribué d’une manière ou d’une autre, volontairement ou non, à cette explosion de rage. Pendant tout le livre, Alex rumine cette haine. Il a beau être en prison, il continue à ressentir cette haine et à vivre par elle.

Marseille

Marseille

Bloc de Haine est un livre qui en est rempli, de rage et de colère. C’est une histoire très dure, portée par une écriture simplement géniale. L’auteur a su écrire de la manière qui correspondait à la situation, en respectant la personnalité d’Alex, son origine sociale et ses sentiments. Chaque phrase est portée par la force de la rage du personnage et on le ressent au fond de nous. Mais au lieu de nous rallier à Alex, l’auteur parvient à faire tout le contraire. Il nous montre d’où viennent le racisme et la haine pour mieux les combattre. Ils s’imposent comme une maladie, alors qu’ils n’ont pas lieu d’être. Et j’ai vraiment aimé tout le message du livre, sa portée, sa force. Honnêtement, si j’étais prof au collège ou au lycée, je ferais lire ce livre à mes élèves afin de les faire réagir et comprendre les enjeux actuels. La haine ne mène à rien, et ce livre le montre parfaitement. Je le conseille vivement à tous et à toutes, qu’on aime ou non les livres engagés, celui-ci est loin d’être ennuyant. Chacun devrait le lire pour comprendre… C’est pour moi un vrai coup de cœur, un incontournable ! Ce livre a bien réussi son pari et correspond totalement à l’esprit de la collection Exprim’ des éditions Sarbacane : faire passer un message. En lisant ce livre, vous vous sentirez changé. Merci pour cette belle lecture.

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Ma note :

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Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

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