#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#337 Les prénoms épicènes – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Mon avis…

Je n’étais pas sûre à 100% de lire le dernier Amélie Nothomb… et, finalement, je me suis quand même laissée tenter. Je ne sais pas pourquoi, il s’agit de l’autrice dont, même si elle ne me convainc pas toujours, je ne peux m’empêcher de lire les romans… J’avais apprécié, sans plus, celui de la précédente rentrée littéraire, Frappe-toi le cœur. Là encore, l’éditeur ne s’étend pas sur la quatrième couverture : rien ne sera dit de l’intrigue… Mais bon, on en apprend vite beaucoup plus si l’on ne vit pas dans une grotte ! Cette histoire fait en quelque sorte pendant à l’intrigue de Frappe-toi le cœur. On passe d’une relation mère-fille à une relation père-fille… Évidemment, les rapports humains sont toujours… particuliers… chez Nothomb, vous vous en doutez, ce n’est pas tout rose !

« Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l’aimait pas ? La question ne méritait aucun état d’âme. »

Au début, j’ai eu un peu peur car j’avais la drôle de sensation d’une histoire à la va-vite, un peu « bâclée », car la situation est exposée très rapidement, sans trop approfondir la psychologie des personnages… Ce choix s’explique plus loin dans le roman, heureusement. Passé cette mauvaise première impression, finalement on se prend à l’intrigue. En effet, j’ai plutôt trouvé l’ensemble assez « réaliste« . Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier en partie au personnage principal, et de voir mon père dans le sien… En tout cas, on retrouve le talent de Nothomb pour construire des personnalités fortes. C’est donc, comme toujours, un roman bref et efficace que nous livre l’autrice. Les amateurs y trouveront évidemment leur compte, comme les curieux qui n’ont pas encore tenté l’expérience. Ceux qui attendent de l’originalité folle, cependant, seront déçus. Rien de sensationnellement nouveau dans ce roman, c’est du pur Nothomb, comme on l’aime (ou comme on le déteste).

Carte d’identité du livre

Titre : Les Prénoms épicènes
Autrice : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 22 août 2018

4 étoiles

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#332 Les heures rouges – Leni Zumas

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Le résumé…

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du XIXe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture… Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

Mon avis…

Ce livre s’inscrit dans la lignée des romans de Margaret Atwood et de Maggie Nelson, entre autres, et le revendique. En effet, la proximité est palpable. Leni Zumas explore ici un futur bien sombre, en particulier pour les femmes, et surtout pour elles en réalité. Les personnages sont tous très différents et singuliers, pourtant ils se rejoignent tous à travers une chose : le genre féminin. Susan, Ro, Mattie, Gin… Elles subissent toutes les mêmes conditions, les mêmes règles et les mêmes contraintes. Mais elles se distinguent par leurs réactions variées. Si, au début, je n’ai pas complétement accroché à l’intrigue, car j’avais du mal à percevoir les personnalités de chacune. Mais, petit à petit, on comprend qu’aucune n’est prévisible. Ce sont des êtres de papier doués de leur propre volonté, qui sont en lutte contre un système qui cherche à les figer et les brider.

Après un certain nombre de pages, donc, j’ai enfin pu éprouver du plaisir à la lecture, me laisser aller aux lois de la complexité humaine que reproduit à la perfection l’autrice. C’est en fait quand chacune commence à prendre son destin en main, à sa façon, et à questionner le monde dans lequel elles vivent, que le récit devient plus intéressant. Là, on ressent l’envie de voir où les mènera leur lutte, ou au contraire l’absence de celle-ci. Car Leni Zumas décrit des combats féminins dans leur multiplicité, dans leur singularité. Aucun combat ne ressemble à un autre. Et c’est ce qui fait toute la beauté de ce roman. Tout en jouant avec des références au passé, comme les fameux procès de sorcellerie de Salem, l’autrice aborde notre futur avec clairvoyance et pertinence. Entre la femme au foyer que les pages désignent comme « l’épouse », la professeure et biographe qui désespère d’avoir un enfant, la jeune fille intelligente et promise à un grand avenir qui se retrouve malgré elle enceinte, et la guérisseuse qui ne cherche qu’à aider les femmes qui le lui demandent mais finit accusée d’être une sorcière, quel espace reste-t-il pour la liberté ? pour l’autodétermination ? pour l’individualité ? Et, in fine, les questions que soulève le roman, et auxquelles nous sommes invités à trouver une réponse, ce sont aussi : Quelle place pour LES femmeS dans le futur que nous construisons pour notre monde ? Enfin, pour quels droits voulons-nous, aujourd’hui, nous battre ? A méditer.

Carte d’identité du livre

Titre : Les heures rouges
Autrice : Leni Zumas
Traductrice : Anne Rabinovitch
Éditeur : Presses de la Cité
Date de parution : 16 août 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley France pour cette lecture.

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#331 L’habitude des bêtes – Lise Tremblay

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Le résumé…

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Il y mène une vie solitaire et tranquille, ponctuée par les visites de Rémi, un enfant du pays qui lui rend de menus services, et par la conversation de Mina, une vieille dame sage. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs, dans le parc. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce court roman au décor majestueux.

Mon avis…

Il est certains livres dont on ne peut dire que peu de choses, et L’habitude des bêtes en fait partie. Il s’agit d’un roman qui se savoure, car il nous permet de pénétrer dans une atmosphère toute particulière, où les intrigues sont presque absentes et où pourtant l’ennui n’a pas la moindre place. Nous plongeons en effet dans la vie et les pensées de Benoît Lévesque qui, alors que la mort de son chien approche, décide de procéder à un retour sur son passé, au regard de son présent, tout en étant dans l’impossibilité d’envisager son avenir. Sa propre vieillesse est déjà bien installée. La simple idée qu’un jour il ne puisse plus profiter de la nature et des saisons, l’effraie au plus haut point. C’est dans le regard de la bête que l’être humain se pense. Le chien, animal familier et rassurant, côtoie les loups, sauvages et féroces. Mais le prédateur n’est pas celui que l’on croit, dans ce village perdu au coeur de la forêt. L’habitude des bêtes nous révèle l’être humain dans son animalité, sa brutalité, mais paradoxalement aussi sa tendresse parfois bourrue. En bref, Lise Tremblay nous offre un beau portrait d’hommes et de femmes, mais aussi d’une nature à la fois familière et mystérieusement insondable. C’est un très beau roman que publient ici les éditions Delcourt, dont il faut prendre le temps de goûter le moindre mot, à découvrir absolument.

Carte d’identité du livre

Titre : L’habitude des bêtes
Autrice : Lise Tremblay
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 22 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture.

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Challenge 1% rentrée littéraire 2018

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Bonjour à tous et à toutes !

Cette année, j’ai décidé de ne pas faire les choses dans mon coin et de participer au challenge 1 % rentrée littéraire 2018 organisé par le blog Délivrer des livres !

Alors vous me demanderez… mais en quoi ça consiste ?

Et bien, tout simplement, il s’agit de lire 1% des livres de cette rentrée littéraire, qui va nous amener dans les rayons pas moins de 567 nouveaux bouquins ! Donc, pour ce challenge, il faudra lire 6 livres, et bien évidemment il n’est pas interdit de viser plus haut encore.

Le challenge est ouvert d’août 2018 (consultez ma sélection aoûtienne ici !) au 31 janvier 2019. Cela donnera lieu à un bilan en septembre et à mi-parcours.

La liste des participant.e.s est présente sur blog Délivrer des livres, et vous trouverez sur le groupe Facebook les liens des chroniques publiées !

rentrée littéraire

Mes chroniques de la rentrée littéraire : 

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