#288 La Punition – Tahar Ben Jelloun

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Le résumé…

La punition raconte le calvaire, celui de dix-neuf mois de détention, sous le règne de Hassan II, de quatre-vingt-quatorze étudiants punis pour avoir manifesté pacifiquement dans les rues des grandes villes du Maroc en mars 1965. Sous couvert de service militaire, ces jeunes gens se retrouvèrent quelques mois plus tard enfermés dans des casernes et prisonniers de gradés dévoués au général Oufkir qui leur firent subir vexations, humiliations, mauvais traitements, manœuvres militaires dangereuses sous les prétextes les plus absurdes. Jusqu’à ce que la préparation d’un coup d’État (celui de Skhirat le 10 juillet 1971) ne précipite leur libération sans explication.
Le narrateur de La punition est l’un d’eux. Il raconte au plus près ce que furent ces longs mois qui marquèrent à jamais ses vingt ans, nourrirent sa conscience et le firent secrètement naître écrivain.

Mon avis…

Je pensais lire un nouveau roman de Tahar Ben Jelloun. Que nenni. L’auteur m’a emmené dans son passé, dans le Maroc des années 60, celui d’Hassan II, celui des rêves de liberté. La seconde moitié de cette décennie est celle des grands changements, des nouveaux espoirs. La nouvelle génération qui arrive, celle qui veut une autre vie et une autre société, Tahar Ben Jelloun en fait partie. Et il nous raconte comment il s’est retrouvé entraîné, un peu malgré lui, dans une violence sans nom. Il nous dit ce que c’est, d’avoir 20 ans sous Hassan II. Après une manifestation, Tahar se retrouve convoqué par l’armée. Il doit s’y rendre, il n’a pas le choix. Il expérimente alors une torture qui ne dit pas son nom. Ce livre, c’est le récit d’une expérience d’emprisonnement, de privations, de brutalité. C’est la peur, la terreur. La jeunesse bridée. Mais c’est aussi une deuxième naissance. C’est le récit des moments qui forgeront le destin de l’auteur, qui feront de lui l’écrivain qu’il est devenu. C’est un texte très émouvant que La Punition, qui nous emmène sur un terrain dont on aurait peut-être préféré ignorer l’existence, mais qu’on ne regrette pas de connaître pourtant. On découvre le passé d’un auteur, d’un homme, sa jeunesse, ses espoirs, et ce qu’ils sont devenus par la suite : une oeuvre magnifique. On ne peut pas sortir indemne de ce livre. La Punition, c’est un témoignage de fragilité, de sensibilité, tout en étant une preuve de force. C’est une revanche envers ce Maroc qui l’a brutalisé, et un hommage à ces années qui l’ont changé à tout jamais. Bref, c’est beau, tout simplement. Touchant et indispensable. Ecrit comme un roman, ce texte a le goût amer de la réalité, de l’Histoire.

Umberto Eco est mort…

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Le grand écrivain et homme de lettres Umberto Eco est mort aujourd’hui, le 20 février 2016. Cela a été un très grand choc pour moi car, depuis plus de deux ans, cet auteur m’accompagne dans mes études littéraires. Il a en effet écrit des ouvrages devenus des références pour les lettrés, et sa réflexion est d’une grande importance pour ceux qui veulent étudier le roman. Je suis actuellement en pleine lecture du Cimetière de Prague, en parallèle de L’oeuvre ouverte, l’un pour mon plaisir, l’autre pour ma culture, les deux allant de pair avec Umberto Eco. Pour lui rendre hommage, j’ai choisi un certain nombre de ses phrases qui, pour moi, ont le plus de résonance.

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« Si Dieu existait, il serait une bibliothèque. »

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« L’importance, ce n’est pas tellement d’avoir des souvenirs, c’est toujours de régler ses comptes avec eux. »

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« Tous les grands écrivains sont des grands lecteurs de dictionnaires : ils nagent à travers les mots. »

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« Tu n’élimines pas le rire en éliminant le livre. »

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« Du livre pourrait naître l’aspiration à détruire la mort à travers l’affranchissement de la peur. »

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« Il y a deux sortes de livres, celui que l’auteur écrit et celui dont le lecteur prend possession. »

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« Le bien, pour un livre, c’est d’être lu. Un livre est fait de signes qui parlent d’autres signes, lesquels à leur tour parlent des choses. Sans un œil qui le lit, le livre est porteur de signes qui ne produisent pas de concepts, et donc il est muet. »

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« Une collection de livres est un phénomène masturbatoire, solitaire, et vous trouvez rarement des gens qui peuvent partager votre passion. »

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« La bibliothèque se défend toute seule, insondable comme la vérité qu’elle héberge, trompeuse comme le mensonge qu’elle enserre. Labyrinthe spirituel, c’est aussi un labyrinthe terrestre. Vous pourriez entrer et vous pourriez ne plus sortir. »

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« C’est votre père qui est votre obligé, et non point le contraire : vous payez de bien des années de larmes un sien moment de plaisant chatouillement. »

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« Mon père en rentrant fit remarquer à ma mère que je lisais trop et que je devrais sortir davantage. Et moi, au contraire, je me désintoxiquais de trop d’espace. »

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« Le diable est l’arrogance de l’esprit, la foi sans sourire, la vérité qui n’est jamais effleurée par le doute. »

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« Le prix à payer pour avoir Einstein d’un côté, c’est d’avoir un imbécile de l’autre côté ! »

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« L’humanité ne supporte pas la pensée que l’homme est né par hasard, par erreur, seulement parce que quatre atomes insensés se sont tamponnés sur l’autoroute mouillée. Et alors, il faut trouver un complot cosmique, Dieu, les anges ou les diables. »

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« Celui qui ne lit pas aura vécu une seule vie. Celui qui lit, aura vécu 5000 ans. La lecture est une immortalité en sens inverse. »

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Après ces fabuleux mots d’esprit, que pouvons-nous dire de plus ? Si humble, si pauvre de mots, alors que je suis passionnée, je ne peux que souhaiter qu’Umberto Eco est quelque part avec Dieu, et donc avec une bibliothèque !

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