#393 L’amour de ma vie – Clare Empson

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Le résumé…

Catherine ne parle plus. Ni à son mari, ni à ses enfants, ni aux médecins, pas même à sa meilleure amie. Elle a été témoin d’une scène terrible et depuis plus un mot. Pourtant, du fond de sa bulle, Catherine se souvient…

Elle se souvient de Lui, Lucian, l’amour de sa vie rencontré à la fac. À cette époque, elle s’était laissé entraîner dans son cercle d’amis, privilégiés et hédonistes. Difficile d’oublier leur rupture, aussi : en une nuit, tout a volé en éclats. Elle l’avait quitté, détruisant leur vie à tous les deux. Sans qu’il n’y comprenne rien.

Elle se souvient surtout de leurs retrouvailles, quatre mois plus tôt : le hasard les a réunis, comme pour leur offrir une seconde chance. La passion a ressurgi immédiatement. Toutefois, impossible d’éviter la question essentielle : pourquoi? Pourquoi Catherine s’était-elle enfuie, cette nuit-là?

Une plongée sombre au cœur du silence, des secrets et des non-dits d’une histoire d’amour.

Mon avis…

Aujourd’hui, je quitte mes bouquins, mon traitement de texte et mes blocs-notes (écriture d’articles pour ma thèse oblige…) pour vous parler d’un bouquin original, à mi-chemin entre romance et thriller ! J’ai nommé : L’amour de ma vie de Clare Empson. Dans ce roman, on découvre l’histoire de Catherine qui, traumatisée par un événement que l’on ignore, ne peut plus parler. Elle est enfermée dans la prison de son esprit, mutique, laissant sa famille et sa meilleure amie dans le désespoir… Mais nous, lecteurs et lectrices, avons accès à la vérité, à travers le récit de Catherine, qui devient narratrice. Elle s’adresse à un « tu », une personne qui est la clé de tout ce mystère. Elle revient aux temps de l’université, au moment où elle a rencontré Lucian, l’homme qui a changé sa vie et lui a fait découvrir la véritable passion… Mais cet homme, elle l’a quitté, sans donner la moindre explication… Suspense multiple donc : que s’est-il passé pour que Catherine devienne muette ? et que s’est-il passé à l’époque de la fac ? Nous avons donc le récit rétrospectif de cette belle histoire d’amour, hanté par l’abandon final dont nous ignorons la cause (jusqu’à la fin du roman), et le récit de ces dernières semaines, qui ont vu se réunir Catherine et Lucian. En alternance avec le récit de Catherine, nous avons également la narration de Lucian, qui raconte sa version, sa vision des événements. C’est donc un roman très riche et rempli de suspense que nous propose ici Clare Empson. J’ai été absolument absorbée par ce récit, et je l’ai dévoré en une nuit, pour vous dire ! J’ai deviné assez vite le nœud de l’histoire mais, finalement, ça n’enlève pas du tout le plaisir de la lecture, au contraire.

Avertissement : je vous déconseille d’aller sur le site de Babelio pour faire une recherche sur ce livre, car le résumé spoile carrément l’histoire, ce qui est vraiment vraiment dommage !

P.S. : La couverture est canon !

Carte d’identité du livre

Titre : L’amour de ma vie
Autrice : Clare Empson
Traductrice : Jessica Shapiro
Éditeur : Denoël
Date de parution : 13 juin 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

denoel

#386 Il n’est jamais trop tard – Anne Youngson

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Le résumé…

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même.
Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.

Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre?

Mon avis…

Il n’est jamais trop tard est un roman qui, a priori, pouvait vraiment me plaire. J’aime beaucoup les livres originaux et, de nos jours, les romans épistolaires ne sont pas monnaie courante. Je me réjouissais donc de découvrir cet échange entre deux personnages que tout sépare, et en particulier des milliers de kilomètres. Tina Hopgood décide, un jour, d’écrire une lettre à quelqu’un qu’elle admire, le professeur Glob, qui a découvert « l’homme de Tollund ». Cette histoire d’archéologie est tout à fait véridique, je vous mets l’image du bonhomme découvert momifié dans une tourbière ci-dessous. Tina est fascinée par cette découverte, et en particulier par le sourire apaisé qui semble éternellement gravé sur le visage de cet homme. Elle a créé tout un imaginaire autour de ça. Néanmoins, ce n’est pas le professeur Glob, mort depuis un bout de temps, qui répond à sa lettre, mais Anders, le conservateur du musée de Silkeborg, où se trouve conservé l’homme de Tollund. Cette réponse, très formelle, est une invitation à venir visiter le musée danois. Mais Tina fera-t-elle le voyage ? Avant d’avoir la réponse, c’est une longue correspondance qui commence entre les deux personnes.

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« Nous avons parlé ensemble du sens de la vie, et nous nous sommes demandé si nous avions vécu comme nous en avions l’intention ou comme nous aurions choisi de vivre si nous avions su au moment de faire ce choix quelles étaient nos alternatives, mais nous n’avons pas raté notre vie. »

Réunis par l’histoire et l’imagination, Tina et Anders sont deux êtres très différents. Leurs conversations sont tantôt très concrètes – ils se racontent leur vie quotidienne – tantôt philosophiques. Ils abordent tous les sujets qui les préoccupent et deviennent progressivement amis, et peut-être plus. J’ai trouvé beaucoup de charme à la correspondance mais j’avoue que, globalement, la lecture ne m’a pas emballée autant que je l’aurais cru. En effet, le rebondissement suggéré dans la quatrième de couverture (« Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. ») est vraiment moindre. Il n’arrive que tardivement et est très vite évacué. Échange épistolaire oblige, il n’y a aucune action à proprement parler, uniquement des récits d’événements ou des pensées. La lecture peut donc tirer en longueur et devenir parfois un peu ennuyante. J’ai donc beaucoup aimé le postulat de départ, j’ai été séduite par l’idée de réunir ces deux personnages et par certains moments du livre… mais l’impression globale n’est pas excellente, malheureusement. Un petit dommage, donc, malgré le gros potentiel de ce roman qui pourra néanmoins plaire aux lecteurs et lectrices qui aiment les discussions philosophiques, les flux de pensée et les questionnements existentiels… Je sais qu’il en existe beaucoup, et si vous en faites partie, n’hésitez pas à plonger dans Il n’est jamais trop tard.

Carte d’identité du livre

Titre : Il n’est jamais trop tard
Autrice : Anne Youngson
Traductrice : Perrine Chambon
Éditeur : Denoël
Date de parution : 23 mai 2019

3 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

denoel

#380 L’Oiseau moqueur et autres nouvelles – Jean Rhys

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Le résumé…

Porte d’entrée magnifique dans l’œuvre de Jean Rhys, ce recueil de nouvelles, restées longtemps inédites en français, nous entraîne dans la bohème de l’Europe d’avant guerre, Vienne la magnifique, Paris et ses cafés, puis plus loin encore, au-delà des océans, vers les souvenirs d’enfance ensoleillés des Caraïbes.
Poète, lady, rêveur pathétique ou amoureuse éperdue, les personnages de Jean Rhys arpentent la vie avec pour seul bagage la nostalgie, le bonheur enfui, et toujours cet humour sombre, si bien dosé.

Mon avis…

Il y a certains livres que l’on voudrait vraiment aimer, dès qu’on apprend leur existence. C’est exactement ce qui m’est arrivé pour ce recueil de nouvelles de Jean Rhys. J’ai découvert cette autrice il y a quelques années avec La Prisonnière des Sargasses (Wide Sargasso Sea), inspiré de Jane Eyre, le célèbre roman de Charlotte Brontë. Donc, quand j’ai vu ce recueil dans le catalogue des éditions Denoël, je n’ai pas hésité un seul instant, et j’ai sauté dessus ! Ces nouvelles relatent de petites histoires qui se passent au XXe siècle, en particulier à Paris et à Vienne. Mais plusieurs autres lieux sont explorés. Pour être très honnête, je m’attendais à retrouver une forme de révolte assez marquée dans ces textes, et des émotions plus profondément explorées… Néanmoins, j’ai trouvé l’ensemble de ces nouvelles assez plates et, avec le recul de la lecture, aucune ne me reste véritablement en mémoire, sauf peut-être « Le Sidi ». Certaines nouvelles sont vraiment agréables à lire, mais l’ensemble n’est pas marquant… Je n’ai pas retrouvé la plume de Jean Rhys dans La Prisonnière des Sargasses. Ce sont néanmoins des nouvelles intéressantes à découvrir si l’on connaît déjà un peu l’écriture de Jean Rhys, car elles permettent d’en voir l’évolution. Vous l’aurez compris, c’est une petite déception pour moi, malheureusement… Je n’ai encore jamais été déçue depuis le début de mon partenariat avec les éditions Denoël mais, comme quoi, tout peut arriver !

Carte d’identité du livre

Titre : L’Oiseau moqueur et autres nouvelles
Autrice : Jean Rhys
Traducteur : Jacques Tournier
Préface : Christine Jordis
Éditeur : Denoël
Date de parution : 23 mai 2019

3 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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L’interview en 5 questions de… Nathalie Cohen

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Aujourd’hui, je vous propose d’embarquer pour la Rome antique avec l’autrice Nathalie Cohen. Son roman La Secte du Serpent, premier tome d’une série policière intitulée Modus Operandi, est sorti au début du mois d’avril chez mon partenaire, les éditions Denoël ! Je vous propose de découvrir son interview.

Nathalie Cohen © Philippe Matsas / Denoël

Question1

La Secte du Serpent est le premier tome d’une série de romans policiers, Modus Operandi, qui se déroule dans l’Antiquité romaine… Cela rend votre livre particulièrement singulier. D’où vous est venue cette idée ?

J’adore les séries policières et les enquêteurs qui traquent les coupables et veulent rendre la justice. Il y a quelque chose d’anti-tragique dans cette démarche. Et comme d’un autre côté, je connais bien l’Antiquité romaine et que je veux la transmettre, j’ai pensé qu’une série-polar antique serait bienvenue.

Question2

À la lecture de votre roman, un aspect peut étonner : le langage parfois familier et résolument moderne. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce choix ?

Chez les Romains, le langage de tous les jours n’était ni fleuri, ni poétique, quelles que soient les catégories sociales. En plus, mes personnages évoluent dans un univers militaire ou dans les arcanes de la politique ; raison de plus pour leur faire adopter souvent un langage familier. Quant à la modernité des expressions, elle est le plus souvent calquée sur des expressions latines très proches (on dit beaucoup de gros mots, on jure par tous les dieux chez un auteur comme Plaute, par exemple), et elle permet aussi d’actualiser l’histoire et de montrer que l’Antiquité était tout sauf ringarde.

Question3

Parlons un peu de Marcus Tiberius Alexander, le personnage principal de votre roman. C’est un jeune homme, pompier de son métier, franc, honnête, dont le comportement est guidé par l’éthique… Pourquoi et comment avez-vous créé ce personnage ?

Des jeunes comme Marcus, j’en vois partout autour de moi ! A trente ans, bien des jeunes hommes ont comme lui une haute exigence morale ; ce sont des purs un peu naïfs, alors que souvent au même âge les jeunes femmes sont moins entières, plus rompues à la complexité des relations humaines. D’autre part, en ce milieu du premier siècle de l’ère chrétienne à Rome, certains développent une pensée très morale. Malgré l’omniprésence de la violence, des Romains sont sensibles à la morale stoïcienne qui prône des valeurs comme le courage, la modération et l’égalité entre les esclaves et les hommes libres. C’est le cas de Marcus. D’autre part, le judéo-christianisme avec les dix commandements commence à faire beaucoup d’adeptes.

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Vous enseignez le grec et le latin, et vous avez déjà écrit un essai, mais La Secte du Serpent est votre premier roman. Comment vous êtes-vous documentée ? Quelles ont été vos sources d’inspiration, historiques ou littéraires ?

Je connaissais déjà assez bien la période ; et puis j’ai lu ou relu les historiens romains (Tacite, Suétone, Dion Cassius), Sénèque, qui est un personnage de mon roman, et les auteurs de l’époque (Ovide, Horace, Martial, Juvénal..). J’ai aussi consulté des thèses sur la police ou les pompiers de l’époque. J’ai évidemment été inspirée par des auteurs classiques de polar, (Conan-Doyle, Agatha Christie, Simenon), mais aussi par la série « Rome » et d’autres films. Et puis certaines figures familiales…

Question5

Et, pour finir, je suis certaine que nous avons en commun notre passion de la lecture et de l’écriture. Parlez-vous un peu de vos références en littérature, les livres, auteurs ou autrices, que vous considérez comme incontournables. 

Je ne me lasse pas des grands textes de l’Antiquité : L’Epopée de Gilgamesh, L’Iliade, L’Odyssée, Eschyle, Sophocle et Euripide, et la Bible. J’adore également le théâtre de Shakespeare, et Don Quichotte. Il y a tout dans ces textes. Et puis le grand roman réaliste du XIXè français : Hugo, Dumas, Stendhal, Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant. Simenon aussi est très important pour moi. Tous disent à leur manière la vérité des hommes la complexité du monde.

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Je remercie sincèrement Nathalie Cohen de s’être prêtée au jeu de l’interview en 5 questions, et je voudrais aussi exprimer toute ma gratitude aux éditions Denoël pour leur collaboration et leur sympathie.

Bonne lecture !

Vous pouvez retrouver ma chronique de M.O., Modus Operandi, tome 1 : La Secte du Serpent en cliquant sur la couverture du livre ci-dessous.

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#375 La femme sans ombre – Christine Féret-Fleury

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Le résumé…

Sa passion? L’opéra. Son métier? Tueuse à gages. Elle n’a pas de nom. Se tient à distance, de tout et d’abord d’elle-même. Restauratrice le jour, elle se transforme, la nuit, en machine à tuer. Quand elle n’obéit pas aux ordres de ses commanditaires, elle court le monde, d’opéra en salle de concerts, pour écouter les œuvres de son compositeur fétiche, Richard Strauss. Son prochain contrat? Une cheffe d’orchestre à la célébrité naissante…

Elle s’appelle Hope Andriessen. D’origine rwandaise, elle a assisté au massacre d’une grande partie de sa famille. Depuis, la musique est son foyer et sa seule raison de vivre. Après des années d’efforts acharnés, elle vient enfin d’être nommée à la tête d’un grand orchestre ; juste avant Noël, elle dirigera un opéra de Strauss, La Femme sans ombre.

Deux femmes que tout sépare, sauf leur passion pour la musique.
Et le fait que la première va devoir tuer la seconde…

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un thriller original, dont l’intrigue se passe dans le milieu de l’opéra. La victime, c’est Hope Andriessen, cheffe d’orchestre. La meurtrière, c’est une femme sans nom, une tueuse professionnelle et méthodique, et accessoirement propriétaire d’un restaurant à succès. Petit problème : cette dernière va devoir assassiner une femme qu’elle admire… Vous l’aurez compris, mais je pense qu’il faut le souligner : nous avons affaire ici à un thriller 100% féminin. Et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai adoré ce livre. Pourtant, j’avais quelques craintes. En effet, je n’y connais personnellement rien en musique classique. Mon domaine, c’est le rock, le métal, éventuellement le rap, un peu de musiques du monde, mais certainement pas Strauss ! Et pourtant, cela ne m’a pas empêchée d’être captivée par ce roman. Bien au contraire. L’autrice sait rendre ce milieu accessible à ses lecteurs et lectrices. Donc, aucune inquiétude à avoir sur ce point. Autre petite crainte : le style d’écriture, étonnant, puisqu’une grande partie du livre est écrit à la deuxième personne du singulier ! Un personnage, ou le narrateur, s’adresse à la tueuse, en lui disant « tu ». C’est déstabilisant dans les premières pages, puis c’est séduisant, car maîtrisé à la perfection.

« Ist dies etwa der Tod ? Serait-ce déjà la mort… ou quelque chose qui y ressemble ? »

Concernant l’intrigue, comme pour tout bon thriller qui se respecte, difficile de la résumer sans risquer de gâcher le plaisir. Je peux juste vous dire qu’elle est tout à fait surprenante et suffisamment complexe pour faire de ce livre un roman vraiment subtil. L’autrice joue sur les détails, si bien que le dénouement est inattendu tout en étant dans le prolongement de tout le récit, et donc satisfaisant. Même si j’ai mis un peu de temps à accrocher au début, l’écriture et l’action se bonifient au fil des pages, et j’ai pris de plus en plus de plaisir. J’aurais quand même aimé en savoir un peu plus sur le personnage principal, la tueuse, sur ce qui l’a menée où elle en est aujourd’hui, car certains détails restent flous. Je vois néanmoins dans La femme sans ombre un thriller très moderne et actuel, qui mérite vraiment de ne pas passer inaperçu sur les étals des libraires ! Je vous encourage à le découvrir, que vous aimiez ou non la musique, si vous êtes sensible à la place des femmes en littérature et dans les milieux artistiques, si vous voulez simplement lire un bon thriller efficace et maîtrisé, et si vous avez envie d’être surpris.e ! Christine Féret-Fleury, que je découvre avec ce titre, est une autrice que je vais continuer à suivre avec attention, car elle a tout à fait sa place dans le beau monde des polars et thrillers français, qui n’a jamais été aussi bien représenté que ces dernières années.

Carte d’identité du livre

Titre : La femme sans ombre
Autrice : Christine Féret-Fleury
Éditeur : Denoël
Date de parution : 16 mai 2019

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#374 M. O. Modus operandi, tome 1 : La secte du Serpent – Nathalie Cohen

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Le résumé…

Rome, en l’an 54, sous le règne de Néron. De riches pères de famille, atteints d’un mal étrange, trouvent la mort le soir chez eux dans divers quartiers de la ville. L’homme qui se charge de l’enquête découvre petit à petit que ces disparitions sont l’œuvre concertée d’un mystérieux groupe de jeunes gens qui suivent toujours le même mode opératoire.
L’enquêteur, Marcus Tiberius Alexander, est un vigile gradé des patrouilles dites « les yeux de Rome», chargées de circonscrire les incendies et la délinquance nocturne. Il est aux prises avec Lucius Cornelius Lupus, un jeune et ambitieux fils de sénateur, dévoré par la passion du jeu. Le premier, d’origine étrangère, met tout en œuvre pour resserrer l’étau sur le second, favorisé par son rang. Mais la vérité qu’il met au jour est terrifiante.

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle du premier tome d’une série intitulée Modus Operandi. Cette expression latine, une fois traduite en français, veut dire : mode opératoire… Vous l’aurez compris, il s’agir d’un « polar », sauf qu’il est assez original ! En effet, il s’agit d’un polar antique, dont l’intrigue se déroule à Rome, au 1er siècle après JC. L’empereur Néron prend le pouvoir à la suite de Claude, à partir de l’an 54 et, dans ce tome, nous découvrons les premiers mois tumultueux de son règne. Le contexte historique est donc assez étonnant pour un roman policier et change de ce que l’on a l’habitude de voir. Nous sommes dix ans avant le grand incendie de Rome, et c’est justement un pompier que nous suivons dans son enquête. Le jeune homme, Marcus Tiberius Alexander, est un étranger à Rome et subit les brimades et les moqueries de beaucoup de personnes, y compris de son « frère adoptif ». Il représente un peu l’outsider à qui l’on donne enfin l’occasion de briller et de montrer sa valeur.

Je dois avouer que la lecture des premières pages m’a un peu perturbée. En effet, j’ai été très surprise par le style de l’autrice, et en particulier le niveau de langue adopté. Il est vrai qu’on ne s’attend pas nécessairement à trouver un vocabulaire parfois familier dans la bouche de personnages de l’Antiquité. Néanmoins, une fois que l’on est habitué, je trouve que cela sert l’intrigue dans sa globalité. En effet, nous nous sentons ainsi plus proche des personnages, et cela tranche avec l’idée parfois stéréotypée que l’on se fait de la société romaine. J’imagine que les hommes de l’Antiquité avaient, eux aussi, une manière plus « populaire » de s’exprimer que le latin classique tel qu’on le connaît. Ce serait une question à poser à Nathalie Cohen, puisqu’elle enseigne justement le latin ! Elle est passionnée par l’Antiquité et, en effet, cela se ressent. Elle nous emporte dans un univers singulier et assez méconnu, et je trouve qu’elle nous permet de mieux connaitre la société romaine, que l’on a parfois du mal à appréhender, en tant que lecteurs du XXIe siècle. J’ai appris des choses sur le fonctionnement de la cité, à travers un roman qui se lit vraiment très bien ! Il n’y a pas de descriptions inutiles, au contraire, il y a un certain nombre de dialogues, et l’enquête est prenante. Je dirais enfin que c’est un premier tome qui intrigue, qui installe des bases solides pour une série prometteuse ! Affaire à suivre, donc.

Carte d’identité du livre

Titre : M.O. : Modus Operandi, tome 1 : La secte du serpent
Autrice : Nathalie Cohen
Éditeur : Denoël
Date de parution : 11 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#366 Kukolka – Lana Lux

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Le résumé…

Dans un orphelinat d’Ukraine des années quatre-vingt-dix, Samira, sept ans, rencontre Marina. Samira, depuis longtemps victime de brimades à cause de sa peau mate de Tzigane, trouve en la blonde Marina une alliée inattendue. Aussi, lorsque sa seule amie est adoptée par un couple allemand, la petite Samira décide de la rejoindre à Berlin et prend la fuite. Elle est alors recueillie par un groupe de vagabonds, qui vivent dans une maison sans électricité, eau courante ni toilettes. Elle croit avoir enfin trouvé un refuge, malgré tout : elle dort sur son propre canapé, des amis plus âgés qu’elle lui apprennent la vie et on commence enfin à la remarquer, notamment Rocky, le seul vrai adulte de la bande. D’autant plus que ses yeux verts et sa voix enjôleuse font d’elle une mendiante très efficace. La fillette est loin d’imaginer que commence pour elle un long calvaire dans les milieux interlopes d’Europe de l’Est avant de pouvoir retrouver sa seule vraie famille : Marina.

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Lana Lux, autrice de Kukolka

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous propose une chronique compliquée… Vous vous demandez probablement pourquoi. Je vous dirais tout simplement que ce livre a été un véritable choc pour moi. Il faut donc trouver les bons mots pour vous en parler. Kukolka, qui veut dire « petite poupée » en russe, est un roman qui nous raconte, à la première personne, l’histoire de Samira. Cette petite fille, que l’on découvre au début du roman à l’âge de sept ans, a une amie, Marina. Elle est la seule personne qui ne se moque pas d’elle et la traite avec respect. Alors, quand Marina s’en va en Allemagne avec ses parents adoptifs, Samira, très vite, ne tient plus : elle prend la fuite et part à la gare pour rejoindre sa copine. Sauf qu’elle n’imagine pas un seul instant qu’elle ne peut pas aussi simplement partir dans un autre pays… C’est alors qu’elle est abordée par Rocky. Cet homme au nom étrange lui propose de l’héberger, le temps qu’elle trouve l’argent pour voyager en Allemagne…

Cette rencontre avec Rocky marque le début d’un récit initiatique particulièrement douloureux et éprouvant pour Samira. Kukolka est un Oliver Twist des temps modernes, beaucoup plus trash et violent que l’original de Dickens. Lana Lux nous livre le portrait de personnages féminins soumis, exploités, fragiles, car toutes sont des jeunes filles qu’un homme à la morale douteuse a pris sous son aile. Dascha, Lydia et Samira sont les victimes d’un système qui les dépasse. « Kukolka », c’est le surnom un brin dérangeant dont hérite la petite fille à son arrivée dans la maison de Rocky, qui abrite des jeunes mendiants, pickpockets ou cambrioleurs… Samira a embarqué dans une terrible odyssée, toujours surprenante, toujours terrible. Nous voilà entraînés dans une quête, avec elle : quête de Marina, du bonheur, d’une famille, d’une existence, d’une identité, avec pour horizon les pays d’Europe de l’ouest, cet occident qui fait rêver.

Kukolka est un roman qui nous propose la description d’une Ukraine sordide et malsaine. Lana Lux nous entraîne, à travers ce récit, dans les méandres de la pauvreté extrême, de l’exploitation des mineurs, allant jusqu’à évoquer le thème de la prostitution infantile. L’usage de la première personne dans ce récit amène un ressenti très particulier au lecteur… Le « je », celui de Samira, est teinté de naïveté… C’est un regard enfantin, tandis que l’histoire racontée est d’une violence certaine. C’est ce qui fait la particularité de ce roman. La plongée dans l’esprit de Samira est particulièrement éprouvante. C’est un récit à la fois tendre, plein d’espoir, et terriblement perturbant. Ce roman est passionnant, se lit très bien, car nous suivons avec intérêt la quête de Samira. Nous nous attachons à elle et nous voulons connaître son destin, pour le meilleur et pour le pire. Âmes sensibles s’abstenir, sauf si elles veulent être éprouvées, tout comme je l’ai été.

Carte d’identité du livre

Titre : Kukolka
Autrice : Lana Lux
Traducteur : Brice Germain
Éditeur : Denoël
Date de parution : 07 mars 2019

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Coup de coeur

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#361 Nos vies d’après – Thomas Pierce

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Le résumé…

Jim Byrd a une vie normale, jusqu’au jour où il fait un arrêt cardiaque. Revenu à lui, il apprend qu’il est resté mort cinq minutes entières. Pourtant, il n’a vu ni lumière blanche accueillante ni chœur de séraphins, juste le vide, l’absence. Grâce à un réseau électrique installé autour de son cœur, il ne risque plus rien et peut même suivre les battements et les crises de son cœur sur une appli smartphone. Cette impression de tenir son propre cœur dans sa main le fait réfléchir, d’autant plus que, alors qu’il se trouve dans un restaurant, il découvre les preuves d’une existence surnaturelle, une voix qui appelle dans un escalier et plonge les vivants dans une tristesse profonde. Jim décide alors d’enquêter sur l’origine de cette voix : peut-être existe-t-il d’autres formes de vie après la mort que la lumière blanche au bout du tunnel ? Peut-être sa propre expérience lui donne-t-elle accès à quelque chose au-delà du monde des vivants ?

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Mon avis…

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un roman coup de cœur. C’est un livre très riche, foisonnant, qui évoque des thématiques inépuisables avec justesse et délicatesse : la mort, l’amour, l’après, la peur, l’avenir, le passé… Quelles traces laissons-nous de notre passage sur terre ? En laissons-nous seulement ? Y a-t-il quelque chose après la mort, ou plutôt après la vie ? Ces questions angoissantes, nous nous les sommes tous et toutes posées un jour… Et personne n’aura probablement jamais les réponses. Thomas Pierce ne se propose pas d’en donner, mais il nous plonge dans l’histoire de personnages qui partent en quête de ces réponses.

Jim Byrd, le personnage principal, est presque mort, un jour. Ou plutôt, il est mort quelques minutes, puis il est revenu. Mais ce qu’évoquent certaines personnes – la lumière blanche, le tunnel, les êtres aimés qui nous attendent -, il ne l’a pas vu. Rien. Il doit continuer sa vie avec l’idée qu’après, c’est peut-être le vide. Il tombe amoureux, il construit son existence malgré le doute. Et pourtant, un jour, avec sa nouvelle compagne Annie, il entend une voix dans un escalier. Une voix qui vient d’ailleurs, et d’ici en même temps. La voix d’une personne qui est là sans être là… Tous deux décident d’enquêter pour comprendre d’où vient ce phénomène. En partant à la recherche d’un fantôme, ils se lancent à la poursuite de leur passé et de leur avenir.

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J’ai trouvé ce roman passionnant. L’intrigue est absolument prenante, le mystère est entier et maintenu jusqu’à la fin.  Les personnages sont attachants, en raison de leurs faiblesses mais aussi de leurs forces respectives. L’ensemble se déroule dans un monde en plein progrès, un peu futuriste, à la fois distant et très proche de celui que nous connaissons aujourd’hui : des hologrammes marchent dans les rues, aux côtés des vivants, rien ne permet de les différencier des êtres humains ; une scientifique travaille à une machine permettant de réunir vivants et morts ; des hackers essaient de prendre le contrôle des cœurs artificiels de malheureux patients… Le monde semble un peu déconner, et c’est dans une quête de stabilité et de certitude que se lancent les personnages. En trouveront-ils ? Rien n’est moins sûr.

Suspense, héros et héroïne attachant.e.s, philosophie, action, questions existentielles… Tout y est pour passer un bon moment de lecture. Je n’ai pas déploré une seule longueur, un seul moment de flottement. Chaque instant m’a semblé utile à l’intrigue et au déroulement du roman. Je n’ai pas pu le lâcher jusqu’à la fin, que j’avais envie de connaître tout en regrettant qu’elle arrive… Un peu comme la mort, peut-être : on ne voudrait pour rien au monde qu’elle vienne nous trouver, et pourtant on se demande tous et toutes à quoi elle peut bien ressembler… Mais ne vous inquiétez pas, rien de déprimant dans ce roman, au contraire ! Comme la couverture le laisse deviner, c’est un livre qui parle plus des couleurs de la vie que de l’obscurité de la mort. Vivant, voilà ce qu’est ce roman. Laissez-vous porter.

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Carte d’identité du livre

Titre : Nos vies d’après
Auteur : Thomas Pierce
Traductrice : Héloïse Esquié
Éditeur : Denoël
Date de parution : 14 février 2019

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Coup de cœur

5 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#354 Le Diable dans la peau – Paul Howarth

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Le résumé…

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique. Témoin impuissant des ravages que laisse la petite troupe dans son sillage, Tommy ouvrira les yeux sur le vrai visage de la colonisation australienne.

Mon avis…

Grâce aux éditions Denoël, je me suis aventurée dans une lecture un peu atypique pour moi… Depuis que je suis petite, j’ai une certaine aversion pour les histoires du genre « western« , avec seulement de rares exceptions… Pourtant, je me suis laissée tenter par ce roman qui m’a séduite grâce à sa très belle couverture mais aussi en raison de son résumé et des thèmes qu’il aborde. Son côté « thriller » et le propos sur la colonisation m’a beaucoup intéressée. Voici donc ma chronique de ce roman.

Nous plongeons dans l’Australie de la fin du XIXe siècle, on est à peine quelques décennies après la colonisation et la création du Queensland. Nous découvrons une famille qui subit de plein fouet la sécheresse alors que les terres voisines, qui appartiennent à John Sullivan, prospèrent… Tout de suite, une atmosphère de malaise est introduite. On perçoit la tension entre le père McBride et Sullivan, qui semblent se détester, même si le premier cherche à tout prix à éviter le contact avec le second. On est aussi en pleine ségrégation raciale, et assez régulièrement le roman suggère même l’ethnocide en cours en Australie, avec une volonté plus ou moins assumée d’éliminer les Aborigènes du territoire…

« Ces indigènes, de ce que j’en ai vu, on leur a donné toutes les opportunités, mais ils refusent toujours de changer. Le travail, l’éducation : on a tout fait pour les civiliser, mais ils ont la sauvagerie dans le sang. J’ai même entendu dire qu’ils mangent leurs propres enfants, pour l’amour du ciel. Et pourtant ils sont tout autour de nous, on les fait entrer dans notre maison ! »

On a donc d’un côté un contexte « individuel », une situation très délicate pour une famille blanche qui va être brutalement détruite, et d’un autre côté un contexte global, historique, qui nous montre la violence de la colonisation. Ce dernier point est développe à travers plusieurs points de vue, dans le cadre d’un roman très polyphonique: certains haïssent purement et simplement les Aborigènes, les considèrent comme des animaux, d’autres veulent les éliminer sous couvert de théories scientifiques telles que l’évolutionnisme, etc. Le romancier parvient donc à nous montrer toute la complexité de ce contexte historique, ce qui est tout à fait bienvenu.

D’ailleurs, le personnage de Tommy est parfaitement exploité. Il est jeune, est encore influençable et il a pourtant déjà certaines convictions… Il est obligé de regarder et de participer à cette violence. On n’a pas affaire à un simple « gentil » qui s’opposeraient à plein de personnages racistes très méchants ! Il n’y a aucune simplification. Ce roman, malgré sa violence crue et sanguinolente, se caractérise par une certaine subtilité. Il ne faut pas oublier, enfin, le suspense toujours présent dans ce livre, car on est dans une sorte de thriller. C’est aussi le roman d’une vengeance, après tout !

Même si je n’ai pas eu un coup de cœur pour ce livre, c’est clairement un texte que je n’hésiterais pas à conseiller à ceux que ces problématiques intéressent, et aux amateurs de « western » (bien que le terme soit peu adapté étant donné la situation géographique). Bref, vous l’aurez compris grâce à cette chronique, c’est encore une belle découverte avec les éditions Denoël.

Carte d’identité du livre

Titre : Le Diable dans la peau
Auteur : Paul Howarth
Traductrice : Héloïse Esquié
Éditeur : Denoël
Date de parution : 18 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

#316 Autonome – Annalee Newitz

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Le résumé…

2144. Jack Chen, une ancienne scientifique et militante antibrevets, synthétise désormais des médicaments pirates. Robin des bois des temps modernes, elle sillonne les océans dans son sous-marin, vendant ses produits à bas prix aux populations incapables de s’offrir les molécules originales. Mais sa dernière «création», dérivée du Zacuity, une pilule qui augmente l’attrait pour son travail, semble provoquer une addiction très rapide, et les morts se multiplient. Toutes les victimes se sont, littéralement, tuées à la tâche.
Persuadée que ce n’est pas elle qui est coupable, mais la molécule originale, Jack va tout mettre en œuvre pour le prouver et trouver un remède. Mais, afin de la faire taire définitivement, on a lancé à ses trousses un biobot militaire, Paladin, dont c’est la première mission sur le terrain.

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Mon avis…

Je n’avais pas lu de science-fiction depuis très, très longtemps. Si bien qu’en voyant ce roman dans le catalogue des éditions Denoël, je me suis dit : et pourquoi ne pas m’y remettre un peu ? Autonome est un roman qui demande quelques pages d’adaptation car, comme souvent avec la SF, le lecteur est transporté dans un monde régi par des lois bien différentes de celles que nous connaissons. Il faut en découvrir le fonctionnement politique, économique, social, en comprendre l’organisation, la géographie, les moeurs, et parfois même parcourir des décennies d’histoires en quelques lignes. Cela fait beaucoup de renseignements à assimiler et peut décourager certains lecteurs. Ce passage est plutôt bien ménagé dans Autonome. L’autrice parvient à ne pas trop nous perdre. C’est dans notre monde que se déroule cette histoire, plus d’un siècle dans le futur. Tout est loin d’avoir évolué dans le bon sens. Les humains, comme les robots, sont asservis et, s’ils peuvent parfois gagner leur autonomie, ce n’est pas donné à tout le monde. Les médicaments sont réservés aux plus riches, en raison d’une politique des brevets très douteuse, et ils sont désormais capables de tout modifier dans le corps humain. C’est à une crise de ce système que fait face Jack Chen : après avoir copié un médicament et en avoir fourni la version pirate à des populations modestes, elle réalise que celui-ci pousse à la mort ses utilisateurs. Elle va très vite se rendre compte que ce n’est pas la copie du médicament qui pose problème mais bien l’original.

Ce roman possède clairement une dimension critique importante et nous permet de réfléchir aux dysfonctionnements de notre propre société. Celle décrite dans Autonome est en effet un des scénarii probables s’inscrivant dans le prolongement du monde dans lequel nous vivons. J’ai tout particulièrement apprécié cette porte ouverte sur une réflexion à la fois philosophique et concrète. L’univers du roman n’est pas si éloigné du nôtre. Pourtant, j’avoue avoir eu du mal, au début, à me sentir réellement impliquée dans l’intrigue. Je ne saurais exactement dire pourquoi. J’avais l’impression de lire l’ensemble avec une certaine distance. Cela s’est progressivement amélioré quand l’autrice a su faire tomber les barrières et me laisser approcher et apprécier la psychologie des personnages. En même temps, on se familiarise de plus en plus avec ce possible futur, on l’apprivoise et on le comprend mieux. Si bien que la lecture, petit à petit, se fait plus légère. Je ne saurais que conseiller ce roman aux amateurs de SF, et éventuellement à ceux qui n’en ont pas l’habitude, à condition qu’ils soient attirés par la 4e de couverture. Sans s’accrocher à cette histoire, on peut vite s’égarer et perdre le plaisir de la lecture. Aux amateurs de robots et à ceux qui ne craignent pas les problématiques scientifiques, je recommande ce livre. 

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En quelques mots…

Science-Fiction
sur la question de la liberté
humains et robots
parfois complexe
une écriture maîtrisée

Carte d’identité du livre

Titre : Autonome
Autrice : Annalee Newitz
Traducteur : Gilles Goullet
Éditeur : Denoël
Date de parution : 07 juin 2018

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Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.