Zoom sur… Oscar Wilde

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Mon histoire d’amour avec Oscar Wilde…

Pour ceux qui ont l’habitude de se balader sur mon blog ou qui me connaissent un peu, mon admiration pour Oscar Wilde ne leur a surement pas échappé. Et je voulais absolument faire un petit article sur lui, en plus de lui avoir consacré une catégorie entière, que je compte bien étoffer avec le temps, afin de vous faire découvrir toutes ses œuvres mais aussi toutes celles qui parlent de lui (dans la limite du possible bien sûr car cet auteur a beaucoup fait parler… ou écrire !).

Oscar Wilde et moi, c’est une aventure qui dure depuis des années, depuis que je suis toute petite et depuis que j’ai commencé à fréquenter les bibliothèques, c’est-à-dire très tôt ! Je n’arrêtais pas d’emprunter « Le fantôme de Canterville », sa célèbre nouvelle, que je trouve merveilleuse ! J’ai grandis avec cette histoire qui m’a donnée l’amour de la littérature. Dès que j’ai eu le niveau de lire les grands classiques, je me suis attaquée au « Portrait de Dorian Gray », qui a fini de me convaincre que cet auteur était le plus grand de tous (oui, je l’idolâtre !).

Ce petit article que je vous prépare depuis un moment et que vous êtes à présent en train de lire, je l’ai écrit afin de vous faire découvrir cet auteur dont on connait parfois les œuvres mais moins bien la vie, aussi complexes que celles de ses personnages.

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Mais qui est-il, ce monument de la littérature ?

Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde (quel nom, et il en était fier !) est né le 16 octobre 1854 (on fêtera les 160 ans de sa naissance cette année !). Sa famille était très en vue, puisque son père était le chirurgien officiel de la reine Victoria et sa mère est une représentante du féminisme irlandais. Oscar Wilde a grandi dans un univers littéraire puisque sa mère était elle-même poétesse (connue sous le nom de Speranza) et nièce de l’écrivain Charles Maturin. Elle souhaitait notamment l’émancipation de l’Irlande vis-à-vis de la tutelle britannique et le droit de vote des femmes. Son père, lui, écrivait dans une revue scientifique et publiait des récits de voyage.

Oscar Wilde rejoindra en 1871 le Trinity College de Dublin. Il est particulièrement remarqué par sa conversation et par son allure de dandy. Oscar Wilde en impose, avec son extravagance ! En 1874, Oscar Wilde, qui ne fait pourtant pas partie de l’aristocratie et qui n’est pas particulièrement fortuné, va être admis au Magdalen College, un établissement rarement ouvert aux roturiers. Il y suit l’enseignement de John Ruskin, qui va particulièrement influencer sa manière de penser : il était en effet porte-parole du mouvement « esthète » qui voudrait que l’art ne soit que recherche du Beau, en dehors de toute préoccupation morale et sociale.

Tombe d'Oscar Wilde

Tombe d’Oscar Wilde

Après une déception amoureuse, Oscar Wilde a publié ses premiers poèmes dans des revues anglaises et irlandaises. Il a même obtenu un prix avec l’un d’eux, nommé « Ravenna ». Il s’installa à Londres où il commença à fréquenter les milieux littéraires et aristocratiques, se rendant célèbre par sa personnalité et son apparence originales. Il obtint le soutien du « grand monde » pour certaines de ses œuvres, mais pas toujours puisque certaines ont été « censurées ». Par exemple, Véra ou Les Nihilistes, une pièce de 1880, a été retirée de l’affiche la veille de la première, puisqu’elle a été vue comme une incitation à la révolte dans une Irlande soumise aux tensions avec l’Angleterre.

« Je n’ai rien à déclarer en dehors de mon génie. »

Après un voyage aux Etats-Unis, il revint en Europe et plus précisément à Paris, où il rencontra Verlaine, Zola, Hugo, Mallarmé, Marcel Proust, André Gide, se liant d’amitié avec certains. A Dublin, il fit la connaissance d’une admiratrice du nom de Constance Lloyd, qu’il épousa en 1884. Leur maison de Chelsea devint très vite le lieu de réunion des artistes londoniens. Il eut avec elle plusieurs garçons : Cyril et Vyvyan. Il commença alors à écrire des contes pour enfants : Le fantôme de Canterville, Le crime de Lord Arthur Savile, etc. Mais Oscar Wilde découvrit aussi ses préférences homosexuelles ! Il deviendra également rédacteur en chef du magazine féministe « The Woman’s World » en 1887.

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Constance Wilde et un de leurs fils

En 1890, Oscar Wilde publia dans une revue son chef d’œuvre, son unique roman, « Le Portrait de Dorian Gray ». Il a été immédiatement accusé de corrompre la jeunesse, ce à quoi il répondra : « Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout. » Le livre a remporté un succès énorme. Oscar Wilde a dit : « La meilleure façon de résister à la tentation, c’est d’y céder » : voilà le paradoxe autour duquel tourne son roman, mais aussi sa propre vie. Ce livre permet de comprendre la personnalité de Dorian Gray car il est en partie autobiographique !

Analyse !

* Basil Hallward, le peintre, est comme Oscar Wilde, un artiste souffrant de ses passions, de ses attirances (notamment homosexuelles), de ses désirs, les exprimant dans son art. Il est ce qu’Oscar Wilde croit être.
* Lord Henry Wotton est un dandy qui vit ses désirs sans s’en cacher, tel un épicurien. Il est ce que le monde voit d’Oscar Wilde.
* Dorian Gray, lui, est un idéal esthétique. Tout le monde le désire, il peut être beau, en profiter, sans considérations morales. Il est ce qu’Oscar Wilde aimerait être.

L’œuvre a été largement « censurée » et édulcorée. Le manuscrit original a été rendu public en 2011 seulement ! On découvre alors à quel point Oscar Wilde ignorait la morale et les lois.

Oscar Wilde et Lord Alfred Douglas

Oscar Wilde et Lord Alfred Douglas

Oscar Wilde rencontra Lord Alfred Douglas. Ils devinrent vite inséparables et leur amitié se transforma vite en relation amoureuse. Le père de son compagnon, en désaccord avec leurs relations, commença à attaquer Oscar Wilde sur son homosexualité. L’auteur porta plainte en diffamation en mars 1895. Ce fut une grosse erreur car son comportement désinvolte ira en sa défaveur. Les jurés ne l’appréciaient pas, et même le public le laissa tomber. Il n’était plus victime mais accusé. Il fut alors condamné à 2 ans de travaux forcés et fut emprisonné à Reading.

Il rédigea en prison « La Ballade de la geôle de Reading », un magnifique poème qui révèle beaucoup de son expérience en tant que prisonnier. Je vous encourage à le lire, car c’est merveilleux !

Prison de Reading

Prison de Reading

En quoi sa vie a-t-elle influencée son œuvre ?

Comme je vous l’ai expliqué précédemment, Le Portrait de Dorian Gray est son seul roman, et est probablement en partie autobiographique. Il y exprime ses désirs, ses propres valeurs, à travers trois personnages qui, réunis, lui ressemblent particulièrement. Mais ce que je voudrais voir maintenant, c’est : pourquoi Oscar Wilde a-t-il cessé d’écrire après son emprisonnement ?

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Oscar Wilde, à sa sortie de prison, est un homme brisé, ruiné. Il a perdu sa famille, qui a quitté le pays après le scandale. Il a perdu sa fortune, sa renommée. Il part s’installer à Dieppe et prend un nouveau nom : Sébastien Melmoth. Mais très vite, il s’ennuie et veut retrouver son amant. Il retourne à Paris et continue à fréquenter des artistes : Gide, Alfred Jarry, Toulouse-Lautrec, Rodin, Sara Bernhardt. Mais il ne reprend pas l’écriture et tout finit par tomber en ruines autour et à l’intérieur de lui. Il ne veut plus écrire. En prison, il s’est rendu compte de ce qu’était vraiment la vie, la souffrance, et que toutes les belles paroles qu’il a prononcé avant ne valaient peut-être pas grand-chose comparées à ce qu’il vivait en prison.

Oscar Wilde, qui avait connu le faste du grand monde quand il vivait dans le succès, devient presque un vagabond et erre dans les rues de Paris, ruiné, ignoré par tous. Une infection qu’il avait développée en prison, suite à une blessure à l’oreille, finira par le faire mourir le 30 novembre 1900. L’otite s’était transformée en méningo-encéphalite suite à une récidive de syphilis. Ses vices l’avaient rattrapé. Oscar Wilde, l’écrivain déchu, est mort à quarante-six ans, seul, ruiné, oublié.

Tombe d'Oscar Wilde

Tombe d’Oscar Wilde

Je veux lire de l’Oscar Wilde, je lis quoi ?

Pour une première approche, les contes me semblent l’idéal ! Certes, ils visaient à l’origine des enfants, mais restent quand même d’un certain niveau littéraire (c’est Oscar Wilde tout de même !). Le fantôme de Canterville, mon préféré, est celui que je vous conseille mais les autres sont particulièrement beaux également.

Et bien sûr, il faut absolument avoir lu « Le Portrait de Dorian Gray », parce que c’est un véritable chef d’œuvre, celui d’une vie, celui d’un homme. Vous découvrirez une des plus grandes histoires de la littérature mais vous comprendrez également mieux la personnalité du dandy Oscar Wilde avant son emprisonnement.

« La ballade de la geôle de Reading », bien qu’elle soit un poème, reste très facile à lire même si elle est très longue. On en trouve facilement des extraits, et l’intégrale existe dans plusieurs éditions. C’est une œuvre merveilleuse, particulièrement touchante et perturbante. Que vous vous intéressiez à l’auteur ou à l’Angleterre victorienne, ou aux deux, vous serez très probablement touché par ce poème exceptionnel, auquel Oscar Wilde a réfléchi durant deux ans, dans un environnement hostile où il ne pouvait ni regarder dehors ni écrire.

Si vous voulez découvrir Oscar Wilde d’une autre manière, la série des Grands Détectives des éditions 10/18. Gyles Brandreth propose des enquêtes menées par Oscar Wilde, dont l’amitié avec Arthur Conan Doyle est bien connue (il aurait inspiré Sherlock Holmes). C’est une autre vision de l’auteur, elle aussi très enrichissante et peut-être plus actuelle.

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Les chroniques

Le Portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

Oscar Wilde et le mystère de Reading – Gyles Brandreth

 

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#15 Oscar Wilde et le mystère de Reading – Gyles Brandreth

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Coup de cœur

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Le résumé…

Tout juste libéré de la prison de Reading, où il a été enfermé deux ans, Oscar Wilde, se réfugie à Dieppe. Il croise la route d’un mystérieux étranger manifestement très intéressé par son histoire. Jour après jour, Wilde entame le récit de son calvaire, des corvées endurées, de la censure… sans oublier le double meurtre qu’il lui a fallu résoudre. Car dans une affaire si délicate, à quel saint se vouer, si ce n’est au détenu le plus célèbre de Reading Goal ?

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Mon avis…

Ce livre, lorsque je l’ai aperçu en librairie, m’a tout de suite interpelé. Oscar Wilde, mon auteur classique préféré, personnage principal d’un livre policier ? Je n’ai pas pu résister ! Malgré tout, j’étais très sceptique. Autant vous dire que pour moi, Oscar Wilde est un pur génie ! Et j’ai vraiment eu peur que le roman ne respecte ni son univers ni sa manière de manier les mots (en effet, en plus d’être le héros de ce livre, il en est aussi le narrateur !). Et finalement, j’ai été très agréablement surprise.

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Oscar Wilde

Oscar Wilde

L’auteur a récolté un lot important d’informations et s’est beaucoup documenté sur la « conversation » d’Oscar Wilde. Et très vite, on sent cette richesse dans les dialogues comme dans la narration. On imagine parfaitement chaque mot sortir de la plume ou de la bouche d’Oscar Wilde. La plupart de l’oeuvre est base sur les notes de Robert Sherard, ami et confident d’Oscar Wilde, auquel il aurait confié l’histoire de ses deux années en prison – confessions ensuite retranscrites dans la biographie de Wilde par Sherard un moment après sa mort. Et Gyles Brandreth, l’auteur du livre, dans tout ça ? Il a romancé l’ensemble sous forme d’aventure dans un style policier très bien construit.

Robert Sherard, ami et confident d'Oscar Wilde

Robert Sherard, ami et confident d’Oscar Wilde

« Oscar Wilde était une fête – c’était une fête d’être avec lui, une fête de le connaître. Il aimait la vie : il la savourait. »

– Robert Sherard

Pour ceux qui connaissent bien la vie d’Oscar Wilde, son amitié avec Arthur Conan Doyle n’est pas un secret. Et pour mon plus grand bonheur, la grande fan que je suis a retrouvé dans ce livre une aventure digne des meilleurs Sherlock Holmes (d’ailleurs, on nous rappelle bien dans ce livre qu’Oscar Wilde aurait servi de modèle pour le plus célèbre détective de la littérature.)

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Gyles Brandreth

Gyles Brandreth

Pour moi, ce livre est un vrai trésor. Il m’a permis de découvrir d’une autre manière cet auteur si cher à mon coeur. L’intrigue est très bien ficelée, on ne s’ennuie pas une seconde et on se cultive ! On découvre le système carcéral de l’Angleterre victorienne de l’intérieur (avec en bonus un petit document très détaillé à la fin du livre montrant bien le dur réglement imposé dans cet enfer.) Surtout, on se sent plus proche d’Oscar Wilde, qui comprend mieux la vie après son séjour en prison, qui remet en question tout ce qu’il savait jusque là. On partage la souffrance du poète enfermé là où aucun mot n’est autorisé.

« Nous tuons, tous, ceux que nous aimons… »

– Oscar Wilde

Prison de Reading

Prison de Reading

Je partais clairement dubitative dans la lecture de ce livre, en tant qu’admiratrice résolument exigeante du dandy so british, auteur entre autre du magnifique « Portrait de Dorian Gray »… Et pourtant, ce livre va se frayer une place dans le rang d’honneur de mes romans préférés. A lire une fois (au moins) dans sa vie !

« Il n’est qu’une seule horrible en ce monde, l’ennui. C’est le seul péché irrémissible. »

– Oscar Wilde

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Ma note…

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