#324 Le magasin jaune – Marc Trévidic

magasin jaune

Le résumé…

Au début de l’année 1929, un jeune couple rachète un magasin de jouets en faillite dans le quartier de Pigalle. Gustave et Valentine pensent qu’à vendre le bonheur, on ne peut que le trouver soi-même. Ils repeignent la boutique couleur mimosa : le magasin jaune naît. C’est un soleil. Les parents et les enfants tournent autour ; les jouets s’animent ; la vitrine s’illumine. Les odeurs et les bruits de la rue meurent à sa porte.
Mais au-dehors, le monde change. La crise financière puis politique obscurcit tout. Arrivent la guerre, l’Occupation allemande.
Le Magasin jaune sera-t-il préservé de la violence et de l’horreur ? Ou n’est-il qu’une prison d’illusions et de mensonges ? Gustave s’y enferme et y garde ses secrets. Valentine veut s’en échapper. Les enfants, seuls, continuent de jouer le jeu, avec à leur tête la princesse du Magasin jaune. Ils recréent le monde, l’imitent parfois, mais toujours préfèrent l’innocence du rêve à la violence du cauchemar.
De 1929 à 1942, de l’Art déco aux chars d’assaut, de Cole Porter à la musique militaire, Le Magasin jaune retrace l’histoire d’un lieu où joies et désespoirs se succèdent, où la résignation fait place à la résistance, tandis que le regard énigmatique et froid d’Arlequin nous met en garde : le bonheur est fragile comme une poupée de porcelaine.

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Marc Trévidic

Mon avis…

Le Magasin jaune est un roman dont l’intrigue s’étend essentiellement de l’entre-deux guerre à la période de la Seconde Guerre mondiale. On retrouve cependant des échos de la Grande Guerre, à travers la figure du père de Gustave notamment, et Marc Trévidic suggère avec subtilité les liens qui unissent les deux conflits. Il nous montre ainsi que l’Histoire est en quelque sorte un cycle, un éternel recommencement. Il situe son intrigue dans un cadre original : celui d’un charmant magasin de jouet, symbolisant l’enfance et sa persistance dans l’âme de chacun. Ainsi, il nous fait le portrait d’une époque violente, en la mettant en regard avec un univers tout à la fois féérique et attendrissant. Marc Trévidic joue sur les contrastes. Certains personnages, adultes, restent jeunes au fond d’eux, gardent l’espoir. D’autres, parfois des enfants, incarnent la cruauté du XXe siècle. L’auteur n’hésite pas à concevoir des êtres de papier complexes sur le plan psychologique. Leurs actes sont parfois inattendus, imprévisibles, à la manière de vraies personnes. Cela les rend d’autant plus attachants qu’ils sont imparfaits, comme nous tous. C’est pourquoi le récit familial prend toute son ampleur ici, on a envie de suivre les aventures de ces personnages, de la famille Pilon et de tous ceux qui l’entourent, du début à la fin.

Dans ce livre, j’ai beaucoup apprécié le regard tendre que pose l’auteur sur le monde qu’il nous décrit. Il est animé par l’espoir, l’optimisme, malgré les horreurs décrites ou suggérées. On a en effet un portrait fidèle de l’atmosphère parisienne sous l’Occupation, avec des scènes parfois brutales et toujours réalistes. Mais il y a surtout, dans ce roman, de véritables incarnations de la résistance, ou plutôt des résistances sous toutes leurs formes ! J’ai aimé que l’auteur sache rendre compte de la complexité et de la variété des réactions dans une telle situation. Tous les personnages agissent différemment, et chacun a ses propres motivations, ses raisons, ses buts. L’amour est au coeur de tout, bien sûr. Vous allez me dire que ça peut avoir l’air idéaliste tout ça, et je vous dirais oui, peut-être un peu. Et alors ? Après tout, la littérature est aussi là pour nous montrer que la lumière est toujours là, quelque part, même dans l’obscurité la plus profonde. En parlant de la Seconde Guerre mondiale, Marc Trévidic nous parle aussi d’aujourd’hui, de notre propre époque, de nous-mêmes. En bref, c’est un récit simple, fluide, tout à fait prenant, aux significations belles et profondes.

jouet

En quelques mots…

parcours d’une famille
quand l’enfance rencontre l’horreur
résistance(s)
une très belle écriture
la petite histoire dans l’Histoire

Carte d’identité du livre

Titre : Le magasin jaune
Autrice : Marc Trévidic
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 07 mars 2018

5 étoiles

#315 La Dernière Reine – Philippa Gregory

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Le résumé…

« Il veut que je meure. L’unique raison pour laquelle il m’accuse d’un crime passible de la peine de mort est qu’il veut me tuer. Henri, qui a fait exécuter deux de ses femmes et qui attendit qu’on lui annonce la mort de deux autres, entend désormais me faire subir le même sort. »

À trente et un ans, Catherine Parr est une jeune veuve et vit l’idylle parfaite avec Thomas Seymour. Mais lorsque Henri VIII, le souverain d’Angleterre qui a conduit quatre de ses femmes au tombeau, l’invite à l’épouser, elle doit se résigner à un choix qui n’en est pas un. Brillante et indépendante d’esprit, elle est une cible toute désignée pour ses adversaires politiques qui l’accusent d’hérésie, crime puni par le bûcher et dont l’ordre d’exécution est signé… par le roi. Catherine devra déjouer les pièges de la Cour si elle veut un jour retrouver son amant.

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Couverture anglaise

Mon avis…

Depuis des années, je lis avec passion les romans historiques de Philippa Gregory, surtout en anglais. Je connaissais donc The Taming of the Queen (littéralement « l’apprivoisement de la reine ») que le traducteur a choisi d’appeler La Dernière Reine. L’autrice nous fait découvrir, à travers tous ses romans, l’histoire d’Angleterre, avec par exemple Deux sœurs pour un roi qui raconte le destin d’Anne et Marie Boleyn (vous connaissez peut-être le film avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana) mais aussi des livres sur la guerre des Deux Roses avec les querelles entre les York et les Lancaster.  Une série a été également tirée de son oeuvre, The White Queen puis The White Princess. Clairement, Philippa Gregory est la reine du roman historique et, surtout, celle qui redonne leur place aux femmes dans l’Histoire. C’est un plaisir que de parcourir les pages qu’elle écrit, dont voici un nouvel exemple traduit en français !

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Ici, on est chez les Tudor, encore, avec Henry VIII et sa nouvelle femme Catherine Parr. Le roi est clairement moins glamour qu’Eric Bana, il n’est plus tout jeune et a en fait tout d’un vieux dégueulasse ! Avant elle sont passées d’autres épouses, et leur destin a toujours été funeste. Aussi, ce n’est pas sans crainte qu’elle se marie avec le roi mais, évidemment, elle n’a de toute façon pas le choix. A mon avis, ce roman rend justice au personnage de Catherine Parr, assez méconnu en général. On reconnaît d’ailleurs le propos assez féministe de Philippa Gregory qui centre ses romans sur les femmes qui ont fait l’Histoire. Cette épouse d’Henry VIII était une femme forte, qui avait le courage de ses opinions et qui s’est démarquée par sa volonté et son érudition. C’est un roman qui, comme toujours avec Philippa Gregory, est tout simplement passionnant. Elle sait allier avec talent faits historiques et adaptation romanesque. La fiction côtoie la réalité et elle redonne vie à des êtres dont on a finalement peu écouté ou imaginé les sentiments. Elle le montre, les femmes en ce temps étaient essentiellement des instruments au service du pouvoir des hommes, des outils politiques comme d’autres. Sans trahir l’Histoire, elle réintroduit la sensibilité, les émotions, sort des simples dates et faits pour rendre compte d’une époque et de ses mentalités. La Dernière Reine est, comme tous les autres romans de Philippa Gregory que j’ai pu lire, une magnifique porte d’entrée sur l’Histoire d’Angleterre, qui a déjà en elle-même un énorme potentiel romanesque que l’autrice a su saisir.

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Catherine Parr

En quelques mots…

Histoire d’Angleterre
l’épouse injustement oubliée
Henry VIII ou Barbe-Bleue
un roman passionnant
instructif et plaisant

Carte d’identité du livre

Titre : La Dernière Reine
Autrice : Philippa Gregory
Traducteur : Alain Sainte-Marie
Éditeur : Milady
Date de parution : 13 mai 2018

milady

Merci aux éditions Milady pour cette lecture.

#273 Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin! – Eliane Viennot

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Le résumé…

Le long effort des grammairiens et des académiciens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique.

La domination du genre masculin sur le genre féminin initiée au XVIIe siècle ne s’est en effet imposée qu’à la fin du XIXe avec l’instruction obligatoire. Depuis, des générations d’écolières et d’écoliers répètent inlassablement que « le masculin l’emporte sur le féminin », se préparant ainsi à occuper des places différentes et hiérarchisées dans la société.

Ce livre retrace l’histoire d’une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Riche en exemples empruntés aux deux camps, il nous convie à un parcours plein de surprises où l’on en apprend de belles sur la « virilisation » des noms de métier, sur les usages qui prévalaient en matière d’accords, sur l’utilisation des pronoms ou sur les opérations « trans-genre » subies par certains mots.

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Mon avis…

Ces derniers temps, la question du féminisme fait de plus en plus parler d’elle, en marge des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc. Les débats se sont agités autour du sujet de l’écriture inclusive… Bref, l’actualité nous amène à nous interroger sur notre propre implication dans le mouvement féministe. Et, parfois, pour y voir plus clair, quelques livres peuvent aider… Celui-ci est tout indiqué. Elianne Viennot nous propose une mise au point à la fois limpide, synthétique et érudite sur la fameuse règle grammaticale selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Ce livre me paraît presque indispensable, pour plusieurs raisons. D’abord, il permet de remettre certaines choses au clair : non, il ne s’agit pas de féminiser la langue, mais de la dé-masculiniser. Et pour comprendre cela, il faut retracer l’historique de cette règle contestable, montrer qu’elle est étroitement en lien avec la domination masculine. Comment s’est-elle imposée ? Pourquoi ? Les locuteurs l’ont-ils naturellement accepté ? (la réponse à cette dernière question est non). Bref, cela permet une chose : se rendre compte que revenir en arrière, dans le bon sens, n’est pas impossible ! Et ne brutalisera aucunement la langue. Je ne peux pas vraiment en dire plus car je dirais moins bien qu’Eliane Viennot, et ce serait bien dommage… J’aimerais vraiment remercier les éditions iXe pour leur implication et l’originalité salvatrice de leur démarche. L’autrice pratique l’accord de proximité, l’écriture inclusive, et nous prouve ainsi que le changement est possible !

féminismeblog

#236 Le chien – Eric-Emmanuel Schmitt

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Le résumé…

 » Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l’homme. »

Quel est donc le secret qui cadenasse l’âme de Samuel Heymann, ce médecin apprécié de tous mais qui reste un inconnu même aux yeux de sa fille ? Quelle est l’admirable relation qui le lie depuis 40 ans à ses chiens ?

Mené comme une enquête policière, ce texte émouvant traite de la communication entre les êtres, de la vengeance et du pardon : une surprenante et bouleversante leçon d’humanité.

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Mon avis…

La couverture laisse deviner le sujet du livre… Dans cette histoire, il y a des animaux et des hommes, les deux se rencontrant à un des moments les plus terribles de l’Histoire. Cette rencontre laisse une trace durable dans la vie de Samuel qui, à la mort de son chien, se suicide… Mais, bien que la relation entre l’homme et son animal domestique soit étroite, profonde, qu’est-ce qui peut pousser le maître à s’ôter la vie après avoir perdu son chien ? C’est cette question qui va pousser sa fille ainsi que son voisin à son enquêter… Jusqu’à se rendre compte qu’il ne connaissait pas si bien Samuel, qu’il cachait des secrets, parmi les plus douloureux… Eric-Emmanuel Schmitt, comme à son habitude, nous conte l’histoire d’une vie, avec un point de vue original, une subtilité remarquable, et surtout beaucoup de douceur. Livrer une leçon d’humanité, tout en délicatesse, à travers un récit touchant et simple, est tout ce qui fait le talent de Schmitt, qui a déjà œuvré dans ce sens avec des livres comme Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, ou encore Oscar et la Dame Rose.

J’aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt pour sa capacité à doser parfaitement tous les ingrédients de ses œuvres. Il offre un moment de lecture agréable, tout en distillant de petites pensées qui veulent rendre le monde meilleur, sans naïveté pour autant. Le chien, c’est avant tout un livre qui adopte un point de vue intéressant, original, qui approche un pan de l’Histoire de façon inattendue. Derrière les apparences, le vernis s’effrite et la réalité se révèle, le passé prend le dessus sur le présent, pour mieux envisager le futur. Comprendre, c’est l’objectif premier de la fille de Samuel et de son voisin, et aussi celui du lecteur. Ce petit roman se lit à une vitesse inimaginable, environ une heure, car il est court, comme beaucoup de livres d’Eric-Emmanuel Schmitt, mais il est surtout prenant ! Une fois ouvert, le roman se déroule, les pages se tournent, et le lecteur ressent le besoin irrépressible de connaître le fin mot de l’histoire.