#288 La Punition – Tahar Ben Jelloun

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Le résumé…

Mon avis…

Je pensais lire un nouveau roman de Tahar Ben Jelloun. Que nenni. L’auteur m’a emmené dans son passé, dans le Maroc des années 60, celui d’Hassan II, celui des rêves de liberté. La seconde moitié de cette décennie est celle des grands changements, des nouveaux espoirs. La nouvelle génération qui arrive, celle qui veut une autre vie et une autre société, Tahar Ben Jelloun en fait partie. Et il nous raconte comment il s’est retrouvé entraîné, un peu malgré lui, dans une violence sans nom. Il nous dit ce que c’est, d’avoir 20 ans sous Hassan II. Après une manifestation, Tahar se retrouve convoqué par l’armée. Il doit s’y rendre, il n’a pas le choix. Il expérimente alors une torture qui ne dit pas son nom. Ce livre, c’est le récit d’une expérience d’emprisonnement, de privations, de brutalité. C’est la peur, la terreur. La jeunesse bridée. Mais c’est aussi une deuxième naissance. C’est le récit des moments qui forgeront le destin de l’auteur, qui feront de lui l’écrivain qu’il est devenu. C’est un texte très émouvant que La Punition, qui nous emmène sur un terrain dont on aurait peut-être préféré ignorer l’existence, mais qu’on ne regrette pas de connaître pourtant. On découvre le passé d’un auteur, d’un homme, sa jeunesse, ses espoirs, et ce qu’ils sont devenus par la suite : une oeuvre magnifique. On ne peut pas sortir indemne de ce livre. La Punition, c’est un témoignage de fragilité, de sensibilité, tout en étant une preuve de force. C’est une revanche envers ce Maroc qui l’a brutalisé, et un hommage à ces années qui l’ont changé à tout jamais. Bref, c’est beau, tout simplement. Touchant et indispensable. Ecrit comme un roman, ce texte a le goût amer de la réalité, de l’Histoire.

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#258 « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

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A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »
L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

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Valentine Goby

Mon avis…

“Je me promets d’éclatantes revanches” est une citation de Charlotte Delbo. Cette femme, que l’on connaît parfois seulement de nom, devient ici le sujet d’un livre. Valentine Goby nous raconte sa rencontre avec Charlotte Delbo, à travers ses textes, les souvenirs qu’elle livre des années de guerre, du temps passé à Auschwitz. Il y a deux facettes à ce livre. D’une part, l’auteure nous raconte, à sa façon, la vie de Charlotte Delbo. D’autre part, elle nous parle de la littérature, et des histoires qui peuvent naître de la lecture d’un livre. C’est un message d’amour à la littérature, à une auteure et une femme exceptionnelle. Valentine Goby nous donne envie de (re)découvrir Charlotte Delbo, d’apprendre à mieux la connaître, à reconsidérer son oeuvre et son rôle dans la transmission mémorielle de la seconde guerre mondiale. “Je me promets d’éclatantes revanches” est un très beau texte et un plaidoyer pour que cette femme soit mise en avant, qu’on lui restitue une place de choix dans le discours historique comme dans la littérature. Valentine Goby a en tout cas réussi son pari me concernant, car j’ai la ferme intention de m’emparer des oeuvres de Charlotte Delbo, que je connaissais déjà un peu, mais pas suffisamment à mon avis !

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Charlotte Delbo

rentrée littéraire

#240 Marina – Carlos Ruiz Zafon 

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Le résumé…

Oscar Drai, quinze ans, a disparu pendant une semaine du pensionnat où il est interne. Où est-il allé et que lui est-il arrivé ? Quand l’histoire commence, Oscar vagabonde à travers Barcelone. Attiré par une mystérieuse maison apparemment abandonnée, il pénètre à l’intérieur. Se croyant seul, il commence ses investigations. Alors qu’il est en train d’examiner une curieuse montre à gousset laissée sur une table, il se rend compte que quelqu’un l’observe. Terrorisé, il s’enfuit. En rentrant au pensionnat, il s’aperçoit qu’il a gardé la montre. Tenaillé par les remords, il retourne quelques jours plus tard dans la grande maison. Il y fait alors la connaissance de Marina, fille du propriétaire. Elle a son âge, de l’audace et une intelligence très vive. Elle entraîne son nouveau compagnon dans l’élucidation d’un secret qui la tourmente : au cœur du plus vieux cimetière de Barcelone, une vieille femme voilée visite une tombe anonyme sur laquelle figure le dessin d’un papillon noir. Qui est-elle, et qui dort sous la pierre tombale ? En menant leur enquête, les deux adolescents franchissent les limites d’une propriété privée délaissée. Dans la serre qui la jouxte, des pantins en partie amputés de leurs membres pendent dans les airs. Soudain, ils descendent lentement et semblent s’animer. Une odeur pestilentielle envahit la serre… Sur le fronton, un papillon noir identique à celui de la tombe paraît contempler l’épouvantable scène. Parcourant les plus effrayants endroits de Barcelone, s’égarant dans les entrailles de souterrains où vivent des créatures de cauchemar, s’enfonçant dans les coulisses d’un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d’une tragédie vieille de plusieurs décennies. La vengeance est en route, mue par une armée de fantômes, guidée par un savant de génie et une amoureuse désespérée. Entraînés dans la folie homicide de ces ombres tout droit sorties du passé, Oscar et Marina frôlent la mort. Pourtant, celle-ci les attaquera où ils ne l’attendaient pas…

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Mon avis…

Je suis une grande lectrice de Carlos Ruiz Zafón, et une admiratrice de son travail exceptionnel. Rentrer dans chacun de ses romans est un plaisir immense. Ses œuvres mélangent habilement fantastique, mystère et poésie, et Marina ne fait pas exception à cette règle. Il s’agit d’un classique parmi les nombreux romans de cet auteur. L’atmosphère sombre et enivrante de la Barcelone des années 70 est terriblement prenante. Comment vous expliquer ? Marina est typiquement le roman que l’on ne peut pas lâcher après l’avoir commencé. Tout y est possible, comme dans beaucoup de livres de Carlos Ruiz Zafón. L’angoisse est toujours présente en arrière-plan, les frissons sont constants, et à cette ambiance particulière s’ajoute le talent fou de l’auteur pour créer des personnages extrêmement attachants. J’avoue que la Barcelone que nous décrit Carlos Ruiz Zafón m’intrigue terriblement, j’ai l’impression au fil des romans qu’il en construit la légende. Marina est un des piliers de cette légende de la Barcelone moderne. Malgré la jeunesse des personnages, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un roman pour enfants… Il s’agit plutôt de confronter le lecteur à des fantasmes adolescents, à ce goût pour l’aventure qui nous anime tous, tout en proposant une histoire à la fois horrifique et enchanteresse.

Marina est un conte. Il s’agit d’une histoire où le merveilleux et le fantastique côtoient la réalité. C’est un roman où les sentiments sont puissants, vifs, foudroyants. L’envie d’aller plus loin est omniprésente. Le désir de savoir, de comprendre, d’explorer au plus profond les mystères du passé, est le moteur de ce livre. Je crois qu’il s’agit probablement d’un des romans les plus passionnants qu’il m’a été donné de lire. J’aime toujours autant le mélange des genres qui caractérise l’écriture de Carlos Ruiz Zafón. Il réveille les rêves d’enfant que chaque lecteur a en lui, il ranime sa soif de danger, d’aventure. Le suspense est total, l’histoire est d’une richesse enivrante… Marina devient elle-même un personnage de légende, une sorte de fée tout aussi sombre que lumineuse. Oscar, lui, incarne cet esprit libre et intrigué du lecteur qui a soif de mystères à résoudre. Je suis particulièrement admiratrice des descriptions de Carlos Ruiz Zafón, qui crée des paysages d’un esthétisme fou, avec des scènes inquiétantes au réalisme perturbant. On voit sous nos yeux se développer des images dignes des plus grands cinéastes, avec une originalité à la Guillermo del Toro.

Chers lecteurs et chères lectrices, si vous n’avez encore jamais lu de romans de Carlos Ruiz Zafón, sachez qu’il n’est pas trop tard. Mais préparez-vous à devenir accro… C’est un auteur incontournable, à lire absolument, qui tient au bout de sa plume un talent fou, une capacité à susciter dans notre esprit les plus belles et les plus terribles images à la fois. Préparez-vous à connaître des sensations de lecture sans précédents…

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#177 D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

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Le résumé…

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

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Mon avis…

J’avoue avoir entendu parler de ce roman notamment grâce au prix Renaudot qu’il a remporté cette année… Cette lecture s’inscrivait dans un état d’esprit de lectrice désireuse d’explorer la littérature et ses facettes. En effet, ces derniers temps, j’aime me plonger dans des oeuvres qui réfléchissent le rapport à l’écriture, à la lecture, tout en restant divertissantes et loin des théories, bien que passionnantes, parfois un peu lourdes, des linguistes, sémiologues et autres chercheurs. D’après une histoire vraie est justement le genre de livres qui pousse le lecteur à réfléchir, à grandir dans sa pratique de sa lecture, et ce de façon très douce et progressive, sans même s’en rendre compte en réalité. On se plonge littéralement dans une histoire passionnante, on ne sait absolument pas où elle va nous mener, mais on sait que Delphine de Vigan est là, qu’elle nous accompagne au fil de ce parcours qu’elle a sans doute elle-même déjà suivi… Puis tout doucement les doutes s’éveillent, le mystère est si omniprésent que tout est interrogé, de l’intériorité, du plus intime, au plus vaste et universel : l’humanité elle-même.

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 On a du mal, au moment de clore le livre, à savoir ce qu’on vient de lire : autobiographie, roman, essai ? Peut-être tout en même temps, d’autant que l’appellation « roman » sur la couverture est là pour nous rappeler que la fiction est là, d’une manière ou d’une autre. Et c’est justement la question de cette présence qui est posée. Les limites entre réel et fiction sont interrogées, leur écho dans l’écriture surtout, la façon dont ils la pénètrent, parfois indépendamment de la volonté de l’auteur (ou de celle du lecteur). Delphine de Vigan explore aussi l’intertextualité, montre la ligne invisible mais pourtant bien présente qui relie notre état d’esprit, notre culture, notre expérience, nos peurs, nos rêves, nos projets, notre inconscient, notre entourage, finalement tout ce qui constitue l’être humain. Cette ligne est le fil conducteur du récit, le moteur de l’écriture, et ce livre est le résultat d’une expérience exceptionnelle pour l’auteure comme pour le lecteur. En effet, tant de romans nous sont passés entre les mains sans que nous nous soyons interrogés sur ce qui se déroulait dans notre esprit à ce moment-là, sans se demander ce que ces lectures devenaient par la suite, ce qu’il en restait, ni même sans chercher à savoir d’où vient cette histoire qui nous touche autant (ou au contraire nous déplaît)…

Delphine de Vigan nous livre ici un texte multiple, à la fois pseudo-autobiographie, thriller psychologique, dont certaines parties nous rappellent les essais sur la littérature qu’on a pu lire ou dont on a entendu parler… On ne peut pas sortir indemne d’une telle lecture car elle parle à toute personne qui côtoie le livre, la littérature, l’écriture… Je ne peux que conseiller ce roman et féliciter son auteure pour les prix qu’elle a reçus, et qu’elle a amplement mérités…

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Ma note…

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