#335 Tout homme est une nuit – Lydie Salvayre (audio)

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Le résumé…

Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent. Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.

Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitants d’un paisible village que l’arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte. Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l’incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.

Lydie Salvayre

Mon avis…

Ce roman me faisait assez envie depuis sa sortie, en raison des thèmes qu’il aborde (intolérance, racisme…), si bien que, lorsqu’on m’a proposé de le « lire » en audio, je me suis dit « pourquoi pas ». Et, je dois l’avouer, Tout homme est une nuit est une de mes premières vraies expériences de livre audio, il faut bien un début à tout ! Il m’importe aujourd’hui de diviser ma chronique en deux : d’un côté la question du roman lui-même, et de l’autre celle de l’interprétation de Lazare Herson-Macarel et Alain Granier.

Commençons donc par le roman… Comment dire ? Au début, l’écriture a son charme. On alterne en effet entre les confidences d’Anass, un homme malade d’un cancer qui débarque, pour s’y reposer, dans un petit village du sud de la France où il ne connaît pas un chat, et les paroles mesquines et cruelles des hommes de ce même village, qui se lâchent en obscénités dans le Café des Sports. Cette forme est assez originale et confronte en effet deux manières de voir les choses, les personnes, et le monde en général. Anass est malheureusement victime d’un racisme ordinaire – mais néanmoins très violent – et d’une haine assez inexplicable. Désigné comme un « lettré », c’est sur le plan de la culture que l’autrice semble d’abord opposer les personnages… Jusque là, pourquoi pas. On reconnaît en effet l’hostilité palpable dans de nombreux petits villages à l’arrivée d’étrangers. Ayant moi-même grandi dans l’un d’eux, certains traits ne m’ont pas étonnée, bien que, parfois, on ne puisse s’empêcher d’y voir une forme de caricature. Néanmoins, globalement, c’est assez réaliste.

Ce qui m’a plus posé problème, c’est que le « lecteur » ou, ici, l’auditeur, s’ennuie ferme, mais vraiment ! Au bout d’un moment, ces affrontements verbaux – qui ne se font jamais en face à face, bien sûr – n’ont plus ni queue ni tête. Pourquoi Anass ne s’en va-t-il pas ? On se pose la question… Et, finalement, rien ne nous accroche à l’intrigue – inexistante par ailleurs – ou aux personnages. Ils restent sans grande profondeur, même Anass pour lequel on a apparemment accès aux pensées… C’est donc un roman qui, malheureusement, m’a paru d’une longueur extrême, malgré des points que j’ai apprécié, comme la mise en évidence des raisonnements tronqués, de l’ignorance qui peut mener à la haine gratuite, etc. Mais la justesse de ces aspects n’a pas suffi à me faire aimer le roman… Je m’attendais, en réalité, à peut-être plus de subtilité mais, après tout, la réalité est rarement subtile.

Lazare Herson-Macarel

Maintenant, sur le plan de la forme, je voudrais vraiment remercier les orateurs de ce livre audio ! Ils ont un véritable talent et incarnent parfaitement les différents personnages. Lazare Herson-Macarel joue un Anass convaincant, et parvient à rendre compte de tous les états d’âme qu’il traverse : de l’incompréhension à la tristesse en passant par la colère ou parfois la joie. Cependant, c’est vraiment Alain Granier qui m’a rendue l’écoute de ce livre agréable. Il a parfaitement bien maîtrisé le passage d’un personnage à l’autre – car il incarne les hommes du Café des Sports – sans paraître caricatural pour deux sous. D’ailleurs, l’interprétation permet de donner une autre dimension au roman, en mettant en évidence sa structure très répétitive, l’insistance lancinante de ces honteux propos de comptoir auxquels se livrent quelques villageois… Les voix donnent du rythme au livre qui, comme je l’ai précisé plus haut, m’a paru assez ennuyant sur le plan de l’histoire. On a l’impression, dans la version audio, d’assister à un jeu de ping-pong malsain et insensé, entre des personnages qui, sans savoir pourquoi, se détestent. En tout cas, la performance est appréciable.

Pour conclure, je ne serais pas contre retenter l’expérience du livre audio, malgré l’investissement en durée que ça implique. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai l’impression que 5h28 d’écoute passe bien plus lentement que 5h28 de lecture. Cependant, je n’exclue pas le fait que cette sensation de longueur soit due au fait que le livre ne me plaisait finalement pas. Enfin, même si je n’ai pas du tout aimé Tout homme est une nuit, je n’exclue pas de lire d’autres œuvres de Lydie Salvayre. J’avais entendu de bien d’autres de ses livres, et on peut passer des moments très différents d’un roman à l’autre ! Donc, affaire à suivre, les amis !

Carte d’identité du livre

Titre : Tout homme est une nuit
Autrice : Lydie Salvayre
Éditeur : Sixtrid
Durée : 5 heures et 28 minutes
Interprètes : Lazare Herson-Macarel et Alain Granier
Date de parution : 24 mai 2018

2 étoiles

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Merci à Audible pour cette lecture audio.

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