L’instant curieux #1 : la bibliopégie anthropodermique

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J’aime bien vous parler de mes lectures, partager avec vous mes chroniques, c’est vrai… Mais je voudrais aussi profiter de cet espace que m’offre le blog pour vous parler de sujets plus variés, même s’ils restent toujours en lien avec mes passions : la littérature et la langue. J’ai donc créé une nouvelle rubrique : « L’instant curieux ». Le but ? Vous parler d’une pratique originale, vous expliquer l’origine méconnue d’un mot ou d’une expression, faire un petit point historique… Bref : vous apprendre (je l’espère) des choses, et toujours avec le sourire !

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Pour inaugurer cette rubrique, j’ai envie de vous parler d’une étrange pratique, justement… J’ai nommé : la bibliopégie anthropodermique ! Et là vous vous dites… Mais qu’est-ce que c’est que ce machin ?

Allez, petit point étymologique… Si vous avez quelques bases de grec, vous avez déjà trouvé certaines racines ! Dans « bibliopégie », il y a le grec ancien βιβλίον, biblion, qui veut dire… « livre », évidemment ! Nous avons en effet affaire à une pratique qui a un lien avec le domaine du livre, cela devrait donc vous intéresser… L’autre partie du mot, elle, vient d’une racine moins connue, qui est πήγνυμι, dans notre alphabet pēgnumi, ce qui veut dire « réparer, renforcer »… Hum… Je ne suis pas sûre que ça vous renseigne beaucoup, non ? Heureusement, le deuxième mot est là pour nous aider à comprendre… « Anthropodermique » contient à la fois la notion d’être humain que vous avez sûrement reconnue car on la retrouve dans « anthropologie », « philanthrope », ou encore « anthropomorphisme », (ἄνθρωπος, ánthrôpos) et l’évocation d’une partie plus précise du corps de ce dernier : la peau, tout aussi facilement décelable (δέρμα, derma).

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Allez, je casse le suspense… En réalité, la bibliopégie désigne l’art de la reliure. La pratique de la reliure naît au moment où l’être humain ressent le besoin de conserver sa mémoire et sa culture dans des livres. Ces ouvrages, fragiles, ont besoin d’être protégés (d’où le pēgnumi). La reliure n’a donc pas uniquement un intérêt esthétique ! Enfin, vous l’aurez deviné… la bibliopégie anthropodermique renvoie à la reliure des livres avec de la peau humaine !! Et non, ce n’est pas une légende… Cette pratique a bien existé.

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Livre relié avec la peau d’Henry Garnet (certains y voient son visage…)

Pour l’anecdote, vers 1605, un jésuite anglais, Henry Garnet, a vu sa peau utilisée pour relier un livre contenant tous les actes d’accusation envers les instigateurs de la fameuse conspiration des poudres (si vous voulez en apprendre plus au sujet de cet évènement historique, je vous conseille la série britannique Gunpowder, avec Kit Harington). Ce monsieur était au courant du complot visant le roi Jacques Ier et le Parlement anglais, et a décidé de ne rien faire pour l’empêcher… Et oui, il existe donc des livres en peau de traîtres et de criminels… Charmant… Et ce n’est pas le seul, je vous laisse en découvrir un peu plus avec cet article d’ActuaLitté. Vous vous doutez qu’il s’agit d’un sujet sur lequel il y a énormément de choses à dire… Mon but ici n’est évidemment pas de vous faire un panorama de toute cette pratique, mais simplement de vous la faire découvrir !

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Il y a quelques années, c’est l’Université d’Harvard qui a fait le buzz ! En effet, trois livres reliés avec de la peau humaine ont été découverts dans la bibliothèque de l’établissement américain, la Houghton Library. Parmi eux, on trouve un livre français, dont l’auteur est Arsène Houssaye, et le titre étrangement ironique étant donnée la situation : Des destinées de l’âme. La peau servant de reliure a été prélevée, semblerait-il, sur une patiente d’un asile psychiatrique ! Mais j’avoue que je trouve encore plus ironique l’exemplaire des Métamorphoses d’Ovide… Quelle métamorphose, en effet, que de passer d’être humain à couverture de livre… Au sujet de cette découverte à Harvard, je vous suggère les articles suivants (Huffpost, Figaro, Parisien). Il y en a, des choses à raconter sur la bibliopégie anthropodermique ! Je trouve cela passionnant !

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Certes, c’est un peu dérangeant, tout ça, et en même temps on se dit… n’aimerait-on pas se réincarner en livre, parfois ? Est-ce vraiment si « dégueulasse », après tout ? La question est ouverte et n’attend pas de réponse définitive bien sûr… Mais si vous voulez donner votre avis, n’hésitez pas. De toute façon, à ma connaissance, cette pratique a disparu aujourd’hui ! Enfin je crois… Mystère mystère.

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Voilà, c’était le premier article de « L’instant curieux »… J’espère vraiment que ça vous a plu, et j’attends avec impatience vos réactions ! À très bientôt pour de nouvelles aventures et découvertes livresques…

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#352 Help me ! – Marianne Power

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Le résumé…

Marianne Power a testé les 12 bibles du développement personnel…
Pour le meilleur ou pour le pire ?

« Ce fameux dimanche, une idée m’est venue. Une idée qui, d’épave dépressive, allait me transformer en femme heureuse et efficace : je n’allais plus simplement lire des ouvrages de développement personnel, j’allais les mettre en pratique. Un livre par mois, suivi à la lettre, pour voir si le développement personnel pouvait réellement changer ma vie. J’allais m’y tenir pendant un an – soit douze ouvrages au total. Et j’allais m’attaquer à mes failles avec méthode : argent, angoisses, poids… Arrivée à la fin de l’année, je serais… parfaite ! »

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Marianne Power

Mon avis…

Je pensais naïvement me lancer dans la lecture d’un roman sur le développement personnel, mais j’ai été surprise de constater que ce n’était pas le cas. Help me !, sous-titré Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie, est une histoire vraie. Oui, son autrice a bel et bien lu douze livres incontournables de développement personnel et, oui, elle a appliqué leurs conseils. Projet un peu déjanté s’il en est… J’avoue que je ne lis pas vraiment de développement personnel, donc je ne suis clairement pas une spécialiste de ce domaine, tout comme l’autrice au début du livre. Considérant que sa vie est fade et ratée, elle va se lancer dans ce pari complètement fou : en un an, tester les solutions proposées par ces livres, même si elles sont farfelues, dangereuses ou insensées !

Cela donne un récit à la fois drôle, touchant et exaspérant ! En effet, on se rend compte de l’absurdité de certains conseils, de leur caractère extrême et même de la dimension sectaire de certaines communautés nées de cette « religion » qu’est devenu le développement personnel… Alors, parfois, on en rit, mais il arrive aussi qu’on ait presque envie d’en pleurer… Cependant, Marianne Power lit aussi des textes qui ont une certaine profondeur et ouvrent de véritables réflexions sur la vie, l’être, la société, etc. Dans son égarement, sa fragilité, elle est émouvante. On se reconnaît dans ses errances métaphysiques et ses questionnements existentiels, mais aussi dans la charmante banalité de sa vie. Or, Marianne peut aussi être terriblement agaçante, en particulier quand elle persiste dans sa quête alors que tout s’effondre autour d’elle. Obnubilée par le développement personnel, elle en oublie de vivre et finit par s’éloigner de tout ce qui lui est cher, de tout ce qui lui ressemble et fait sa singularité…

Dans ce livre, réalité oblige, il n’y a pas véritablement de twist final, de rebondissements ou de happy end. Ce texte décortique avec humour et tendresse la quête désespérée de soi, menée avec le désir d’atteindre ce que personne ne semble véritablement capable de définir : le bonheur, la perfection, l’épanouissement total… Cette quête est-elle vaine, ou trouve-t-elle au contraire un aboutissement, une résolution ? Seule la lecture du livre permet de répondre à la question. Marianne Power, en écrivant sur le développement personnel, nous propose en fait son propre livre de développement personnel, car il ouvre sur des interrogations essentielles et utiles. Écrit dans un style très fluide, simple et léger, ce texte prend presque l’apparence d’un roman. Malgré un démarrage assez compliqué et un projet qui perd parfois son sens, on s’attache aux personnages, on les suit avec plaisir, et on explore, avec Marianne en particulier, ces étranges objets de papier qui nous disent comme mieux vivre notre vie…

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Carte d’identité du livre

Titre : Help me ! Comment le développement personnel n’a pas changé ma vie
Autrice : Marianne Power
Traductrice : Christine Barbaste
Éditeur : Stock
Date de parution : 03 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Stock et à NetGalley pour cette lecture.

 

Halloween en livres

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Voilà, Halloween est arrivée, et avec elle l’envie de se faire peur… Voici donc quelques conseils de livres qui vous donneront la chair de poule en toutes circonstances !

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Un livre qui réunit tous les ingrédients d’un bon roman d’horreur ?

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Aujourd’hui, je vous parle d’un livre qui a toute sa place à côté de votre citrouille sculptée et de vos toiles d’araignées factices… Halloween oblige, on a envie de se faire peur ! Et il n’est pas si facile de trouver LE livre qui nous fera frissonner… Et quand je dis « frissonner », je veux même dire plus : le roman qui nous fait avoir peur du noir, qui nous fait regarder tout autour de nous, vérifier que les portes sont bien fermées… rien que ça… Bref, de l’horreur ! Malgré mon exigence, j’ai trouvé mon compte avec Le Signal, qui distille l’angoisse avec beaucoup de subtilité… [lire la chronique complète]

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Un livre plein de monstres… mais drôle ?

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Aujourd’hui, je vous parle d’un livre original, il s’agit de Chers monstres de Stefano Benni. C’est un recueil de nouvelles complètement déjanté, dans lequel on rencontre aussi bien des vampires, des sorcières, des momies, qu’Hänsel et Gretel, Michael Jackson, un groupe de K-Pop et un arbre tueur ! Bref, un drôle de melting-pot dans ce bouquin ! Chaque nouvelle a son charme propre, son atmosphère bien à elle. [lire la chronique complète]

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Un classique de la littérature, un incontournable du genre ?

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Évidemment, il ne faut pas avoir une tonne de lectures en cours pour se lancer dans La dame en blanc. En effet, le nombre de pages peut effrayer. J’ai donc profité d’un moment de tranquillité, après mes partiels, pour me lancer dans ce roman. A vrai dire, je n’ai pas du tout senti ces 850 pages passer… Elles ont été avalées en douceur, car Wilkie Collins a sûrement écrit un des plus efficaces page-turner de l’époque ! C’est réellement un roman à suspense tout simplement excellent car ce suspense ne s’apaise jamais. La tension est omniprésente, le roman est imprégné de fantômes, d’indices, de suggestions, de complots, de rebondissements… [lire la chronique complète]

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Une histoire de fantômes pour enfants ?

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J’ai lu ce conte comme on découvre un trésor ou comme on déguste avec gourmandise une sucrerie colorée et pétillante. Je suis retombée en enfance, à l’origine de tout mon amour pour la littérature et pour Oscar Wilde. Je me suis rappelée avec émotions tout le plaisir que j’ai pris, étant petite, à lire ce joli livre. Avant d’être l’auteur du Portrait de Dorian Gray et le prisonnier de la geôle de Reading, Oscar Wilde est aussi un père qui a souhaité écrire des contes pour ses enfants. « Le fantôme de Canterville » en fait partie. [lire la chronique complète]

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Un roman d’horreur pour parfaire mon anglais ?

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Comme toujours avec les histoires de fantômes, on craint les clichés… Je ne vous cacherais pas qu’on en trouve quelques-uns : des bruits étranges et inexpliqués, des apparitions… En même temps, je ne vois pas trop comment la présence d’un fantôme se manifesterait autrement ? Ce que j’ai apprécié, c’est que ces clichés n’étaient pas trop nombreux, distillés de façon raisonnable et maîtrisée, juste ce qu’il fallait pour donner quelques frissons et nous faire regarder autour de nous avec un regard inquiet. J’ai littéralement avalé ce livre car je voulais savoir comment la famille Harcourt allait s’en sortir, en particulier Ollie, auquel on s’attache beaucoup. [lire la chronique complète]

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Un livre où l’horreur est distillée par petites touches ?

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Je suis une grande lectrice de Carlos Ruiz Zafón, et une admiratrice de son travail exceptionnel. Rentrer dans chacun de ses romans est un plaisir immense. Ses œuvres mélangent habilement fantastique, mystère et poésie, et Marina ne fait pas exception à cette règle. Il s’agit d’un classique parmi les nombreux romans de cet auteur. L’atmosphère sombre et enivrante de la Barcelone des années 70 est terriblement prenante. Comment vous expliquer ? Marina est typiquement le roman que l’on ne peut pas lâcher après l’avoir commencé. Tout y est possible, comme dans beaucoup de livres de Carlos Ruiz Zafón. L’angoisse est toujours présente en arrière-plan, les frissons sont constants [lire la chronique complète]

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Un roman quelque peu malsain et empli de satanisme ?

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Du feu de l’enfer est un thriller palpitant et cruel, rempli de désirs refoulés – ou non – et d’horreur. Il explore les tréfonds de l’âme humaine, les bas-fonds de la société et ses sphères les plus hautes, il tisse une toile aux ramifications complexes et surprenantes. Les victimes deviennent les bourreaux, et les bourreaux se mêlent à la foule. Et, jusqu’à la dernière page, rien n’est fini. Même la fin n’en est pas vraiment une… Que dire de plus ? Lire ce livre a été un des meilleurs moments que j’ai passé depuis des mois, une émouvante retrouvaille avec un de mes auteurs préférés, qui a compris que le côté sadique de ses lecteurs leur donne envie de sensations très, très, très fortes. [lire la chronique complète]

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Un livre post-apocalyptique bien stressant ?

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C’est exactement le genre de livres que j’aime : du post-apocalyptique un peu flippant. Je crois que ce qui fait le charme du livre, c’est le scénario lui-même. On ne sait absolument pas à quoi ressemblent les créatures que les Hommes (qui sont très peu nombreux désormais) doivent éviter, car ils doivent constamment garder les yeux fermés ou bandés lorsqu’ils sortent. Un simple regard, même d’un dixième de seconde, les rend fous, les poussent à tuer puis à se suicider. Ils perdent toute humanité, se transforment en animaux. La seule solution est de ne jamais ouvrir les yeux. Cela implique donc une tension intense, basée sur le fait que le lecteur se sent lui aussi comme étant dans le noir, il est aussi aveugle que les personnages. [lire la chronique complète]

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Voilà une sélection, quelques livres parmi d’autres pour vous faire profiter d’Halloween cette année : des romans qui se dévorent, mais surtout qui vous dévorent !  Vous avez de quoi faire pour quelques années d’horreur…

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Les sorties poche à ne pas rater en août 2018 !

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Parler des nouveautés, c’est souvent parler de livres en grand format ! Par chance, elles finissent presque toujours par sortir en poche ! Alors voici une petite sélection d’ouvrages à paraître bientôt dans un format et un prix plus intéressant.

Alors…

À VOS AGENDAS !

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Parution le 16 août 2018 aux éditions 10/18.

Pour qui ? Pour celles et ceux qui ont envie d’une dystopie très originale par la talentueuse autrice de La Servante écarlate. C’est le coeur qui lâche en dernier est dans la même lignée que ce texte plus connu, mais se distingue par un humour beaucoup plus prononcé, tendant parfois vers un cynisme grinçant et plaisant. Une lecture atypique qu’on n’oublie pas de sitôt !

Le résumé et la chronique coup de coeur ici.

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Parution le 16 août 2018 aux éditions Pocket.

Pour qui ? Pour tout le monde, vraiment ! C’est un roman terriblement actuel qu’a écrit Maja Lunde. A travers trois histoires passionnantes, elle nous parle d’un des plus gros enjeux de notre monde moderne : la disparition des abeilles. Sans tomber dans le pessimisme ou la culpabilisation, l’autrice nous offre un texte inspirant, à la fois poétique et réaliste. A découvrir !

Le résumé et la chronique coup de coeur ici.

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Parution le 22 août 2018 chez Le Livre de Poche.

Pour qui ? Pour les curieux.ses et les amateurs.trices d’art et du XXe siècle en général. Plongez dans la vie de Gabriële Buffet-Picabia, une femme trop longtemps oubliée et redécouverte par ses petites-filles. Essentielle dans le milieu artistique de l’époque, elle côtoie les plus grands génies : Picabia, bien sûr, mais aussi Apollinaire, Marcel Duchamp… Il s’agit d’un roman biographique absolument passionnant et instructif !

Le résumé et la chronique coup de coeur ici.

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Parution le 22 août 2018 chez Le Livre de Poche.

Pour qui ? Pour les passionnés d’Histoire, qui ont envie d’explorer la vie sombre et destructrice de Josef Mengele, le « médecin d’Auschwitz« , qui a réussi à échapper à la justice en se réfugiant en Amérique du Sud. C’est un roman déstabilisant qui nous apprend beaucoup sur l’après-guerre et ses secrets les plus inquiétants.

Le résumé et la chronique ici.

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Parution le 23 août 2018 aux éditions Points.

Pour qui ? Pour les amateurs de bonne littérature, de phrases bien construites, de recherche sur le langage… Voici un énorme coup de coeur de la rentrée littéraire de l’année dernière, enfin en poche ! Ce texte est tout simplement un chef d’oeuvre. A la fois drôle, original, addictif, ce roman nous montre l’étendue du talent de Joy Sorman qui manie les mots à merveille.

Le résumé et la chronique coup de coeur ici.

BONNE LECTURE !

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Où acheter des livres en ligne ?

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Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de l’achat de livres en ligne.

Nous le savons tous, le temps peut manquer pour se rendre en librairie ! Parfois, il faut prendre la voiture, trouver une place de stationnement, la payer, puis se dépêcher – car le parking est cher – d’aller acheter les livres en question, ne pas trouver le bouquin, le chercher, enfin le trouver, puis faire la queue à la caisse, pour ensuite revenir à la voiture désormais décorée d’une belle amende parce qu’on a dépassé le temps imparti… Une grosse galère ! Et oui, on sait tous que les centre-villes sont de moins en moins accessibles… Il n’y a plus rien qui va, ma bonne dame ! Bon, parfois, il est aussi possible d’y aller à pied, sous un soleil doux et apaisant, sans avoir rien à payer, de trouver le livre du premier coup, ou alors de prendre plaisir à flâner dans les rayons… Non, aller en librairie n’est pas toujours si compliqué, c’est vrai. Et on y passe souvent un excellent moment !

Oui mais voilà, il arrive que l’on pense à un livre, très précis, dont on a besoin, très vite, et qu’on se dise « oui, mais je n’aurais pas le temps d’aller l’acheter avant au moins samedi prochain ! ». Et, en effet, certains vivent aussi au fin fond de la cambrousse, au milieu de nulle part, avec zéro librairie à moins de cent kilomètres. C’est aussi parfois la flemme qui guide notre choix, ne nous mentons pas ! Non, je n’ai pas envie de faire une heure de marche aller-retour pour aller acheter La Princesse de Clèves pour le bac !

Le premier réflexe, pour beaucoup de personnes, c’est d’aller sur le site de celui que j’appelerais… « Satan ». Vous le reconnaissez tous, je le sais. Sauf que ce vendeur n’est pas très bon pour le secteur de la librairie, je ne vous le cacherais pas ! Il contribue à tuer les librairies, et on ne veut pas que ces jolis établissement disparaissent, n’est-ce pas ?

Alors, pour que vous sachiez quelles alternatives s’offrent à vous, voici quelques petites pistes à explorer.

1. Les libraires vous envoient leurs livres : leslibraires.fr

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J’aime beaucoup ce site qui, malheureusement, n’est pas encore très connu ! C’est simple, vous cherchez votre livre, et vous le trouvez ! Prenons l’exemple de La Princesse de Clèves… (non, ne me demandez pas pourquoi j’ai choisi ce livre)

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Voilà, je vais choisir celui tout en bas à droite, c’est exactement ce que je voulais ! Bon, à première vue, les résultats sont un peu en vrac, mais vous pouvez faire une recherche avancée avec l’ISBN ou l’éditeur, par exemple.

Le site leslibraires.fr va fouiller dans les stocks de nos chères librairies indépendantes et nous dire ce qui est disponible tout de suite ou non. Tous les livres avec un petit rond vert sont en stock dans au moins une librairie de France.

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Il est très rare de rechercher un livre qui ne se trouve dans aucune librairie ! Vous le voyez, s’il n’est pas en stock, il sera commandé et vous sera envoyé sous quelques jours.

Je n’ai jamais été déçue en utilisant ce site. Les librairies ont toujours eu les livres en stock et ont été très réactives. Souvent, je reçois mon ouvrage sous trois jours ouvrés ! Certes, ce n’est pas la livraison en un jour proposée par « Satan ». On croit souvent que l’on doit avoir nos livres là, maintenant, tout de suite, sinon rien n’ira. Mais on oublie que trois jours, finalement, ça passe vite. Et ça en vaut vraiment la peine, quand on connait la situation des librairies aujourd’hui !

N’oubliez pas : LE PRIX DU LIVRE NEUF EST LE MÊME PARTOUT.

Et oui, et il faut garder en tête que vous allez faire travailler des libraires indépendants, en choisissant ce site internet pour acheter vos livres ! Regardez-moi cette belle carte :

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En plus, ça a un côté dépaysant ! L’autre jour, j’ai acheté trois livres à Brest sans même y avoir mis les pieds, pas mal non ? Et je n’ai même pas payé de frais de port… Enfin si, un centime !

Enfin, si vous avez une préférence pour une librairie en particulier, vous pouvez aussi accéder au site de celle-ci, hébergé sur leslibraires.fr !

Place des Libraires

Dans le même genre que leslibraires.fr, vous avez aussi placedeslibraires. A vous de choisir l’interface qui vous convient le plus.

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2. Je veux un livre d’occasion…

Plusieurs solutions s’offrent à vous ! Evidemment, vous pouvez regarder sur leslibraires.fr, car il y a aussi de l’occasion (et oui, ce site est parfait, que voulez-vous). Mais il y a également d’autres sites à découvrir.

Si vous voulez faire une bonne action, vous pouvez aller sur le site label-emmaüs, qui a une section « librairie » très fournie !

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Personnellement, j’adore l’idée de pouvoir acheter plein de bouquins en faisant du bien autour de moi, pas vous ?

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A noter, ils ont aussi des livres anciens exceptionnels ! Donc, même pour (se) faire un cadeau, c’est l’idéal. Admettons que ce n’est pas à 100% pratique quand on cherche un livre très très précis, mais honnêtement, jetez-y un coup d’oeil quand même, vous pourriez être surpris !

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Autre endroit que j’aime bien pour acheter d’occasion, c’est le site bouquins-occaz. Je le suis depuis ses débuts, j’ai vu cette petite entreprise grandir, et je suis très contente de pouvoir vous en parler aujourd’hui. C’est un peu la version home-made des sites de vente en ligne, mais je trouve ça génial car, justement, on se sent comme dans une vraie bouquinerie ! 

Voilà, j’espère que ce petit article – loin d’être exhaustif – vous encouragera à mieux acheter vos livres sur internet. Cela vous aidera à avoir un bon karma ! Enfin, le but est surtout de vous montrer qu’il n’y a pas que « Satan » et ses sbires sur la toile pour vous faire parvenir vos chers livres chez vous ou au plus près.

☆☆☆

#302 Le Labyrinthe des Esprits – Carlos Ruiz Zafón

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Le résumé…

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

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Mon avis…

Il y a de ces livres que l’on aime avant même de les avoir ouverts. Le Labyrinthe des Esprits en fait partie pour moi. Pour quelle raison ? Car il s’agit du quatrième volume de la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón. Première chose à rappeler : ces livres, même s’ils appartiennent à une même saga et explorent globalement les vies des mêmes personnages, peuvent se lire dans le désordre. Donc rien ne vous oblige à commencer par L’Ombre du Vent, le premier tome, même si – évidemment – c’est préférable. L’auteur a conçu sa série pour qu’elle soit un labyrinthe à plusieurs entrées. Donc à vous de faire votre propre expérience ! Ce dernier roman en date, très attendu, nous replonge dans l’atmosphère envoûtante et inquiétante qui nous a séduit dans les précédents tomes. On retrouve avec plaisir et impatience la Barcelone sombre et mystérieuse que Carlos Ruiz Zafón sait si bien peindre. Cette fois, on découvre de nouveaux personnages, et en particulier Alicia Gris, une femme d’une beauté froide, brisée par de multiples aspects et pourtant si vivante. Le talent de l’auteur pour construire des psychologies complexes est toujours là, évidemment. C’est encore un personnage attachant et puissant qu’il nous fait découvrir, aux côtés d’autres tout aussi investis d’âmes : Mauricio Valls, Fernandito, Vargas…

Le roman est un véritable trésor de mises en abymes et d’intrigues entrelacées… Le lecteur est plongé dans véritable jeu de pistes sans fin. Le livre refermé, il ne nous reste plus qu’à (re)lire les autres tomes du Cimetière des Livres Oubliés pour les (re)découvrir. J’ai éprouvé tellement de plaisir à retrouver les personnages des précédents romans, en particulier Fermin, qui se caractérise par sa verve et ses bons mots. Car, oui, les livres de Carlos Ruiz Zafón sont aussi des textes qu’il faut lire quand on aime les livres et la littérature ! Ils sont tout simplement jouissifs sur un plan littéraire. De belles phrases, de belles tournures… Son traducteur français habituel, François Maspero, est mort avant d’avoir pu se charger de ce roman. L’auteur lui rend un magnifique hommage, montrant l’importance souvent oubliée des traducteurs, qui retranscrivent pour nous, pour notre plaisir, des œuvres magnifiques. Maria Vila Casas, qui a traduit Le Labyrinthe des Esprits, a rélevé le défi très compliqué de rendre compte de la prose magique de Carlos Ruiz Zafón. Et je l’en remercie. Car, grâce à son talent, j’ai pu passer un de mes meilleurs moments de lecture de l’année.. et de ma vie !

Le coup de cœur pour les romans de Carlos Ruiz Zafón est dangereux pour le lecteur, car il marque le début d’une addiction. Et, surtout, vous chercherez à trouver des équivalents, à revivre des lectures semblables, tout aussi riches… Je n’ai pas encore réussi à retrouver les émotions que m’a fait ressentir cet auteur dans d’autres livres… si ce n’est les siens ! Et je me prends, parfois, à relire L’Ombre du Vent, Marina, Le Prince de la Brume, Le Jeu de l’Ange, et les autres… A chaque fois, je découvre de nouvelles choses. Le Labyrinthe des Esprits n’y fera pas exception, d’autant qu’il éclaire d’un nouveau jour ces mêmes textes que je viens d’évoquer. J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans cette lecture. Les romans de Carlos Ruiz Zafón, ce dernier compris, regroupent différents genres littéraires, ils sont inclassables. Ils évoquent la société espagnole, mais ce sont de véritables livres d’aventure, avec une pointe de fantastique, d’horreur parfois, avec toujours une enquête qui nous plonge dans un suspense insoutenable, des histoires d’amour, d’amitié, de haine aussi, avec des personnages complexes, qui ne sont pas juste blancs ou noirs. L’auteur comprend et peint à la perfection les différentes facettes de l’être humain, des plus obscures aux plus lumineuses. L’ensemble est poétique, émouvant, frappant, haletant. Et, cela, toujours avec des livres, une multitude de livres.

Franco quittant la cathédrale de Barcelone

En quelques mots…

aventure(s) livresque(s)
on aimerait ne jamais le finir
labyrinthique
riche et foisonnant
à lire, relire et faire lire

Carte d’identité du livre

Titre : Le Labyrinthe des Esprits
Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Traductrice : Marie Vila Casas
Éditeur : Actes Sud
Date de parution : 02 mai 2018

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Coup de cœur, évidemment

#300 Le Libraire de Wigtown – Shaun Bythell

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Le résumé…

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église… et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite…
Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.
Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint!

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Petite photo perso du panneau de Wigtown, pour que vous ne vous perdiez jamais !

Mon avis…

Pour un 300ème article, il fallait THE livre, THE book, et donc THE BOOK SHOP. J’ai déjà évoqué ce bouquiniste écossais dans lequel j’avais fait beaucoup de trouvailles : j’avais fait un article, une fois, puis j’y suis retournée et je n’ai pas mis tous mes livres sur le blog, mais il y en avait beaucoup ! Car The Book Shop, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Le Libraire de Wigtown est un excellent bouquin, vraiment. En réalité, c’est un journal, celui du bouquiniste qui tient la librairie d’occasion qui est la « largest in Scotland » (oui, j’ai décidé de faire du franglais). Ce que j’adore dans ce livre, c’est que l’on retrouve l’atmosphère du Galloway, avec une touche bien prononcée d’humour. Shaun Bythell est un peu un cynique, autant vous prévenir, il adore se moquer de ses clients et de ses collègues. Il ne les épargne jamais. Ce livre parle, évidemment, de bouquins, de beaucoup beaucoup beaucoup de bouquins, et de lecteurs plus ou moins farfelus. Il raconte la vie quotidienne de ce libraire qui a une vie dont beaucoup rêvent sans en connaître une infime part.

Il y a une dimension sociale dans ce livre, car on plonge dans la société écossaise du Galloway, une région souvent ignorée de l’Ecosse. Il s’agit aussi, pour Shaun Bythell, de montrer au plus grand nombre la réalité d’un métier très difficile en des temps où la concurrence est de plus en plus déloyale. Les clients ne sont pas tous comme moi, à acheter les livres par dizaines sans les négocier ! Certaines situations décrites sont parfois complètement hallucinantes, il faut l’avouer. D’ailleurs, Shaun Bythell m’a probablement croisée, mais je n’ai pas retenu son attention ! Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, vu les clients dont il brosse parfois le portrait dans son livre ! Propriétaire d’un paradis sur terre pour les lecteurs, il nous vend du rêve, tout en nus montrant une dure réalité. Et c’est exactement cela qui est plaisant : sans idéalisation, il se livre, sans filtre, il critique, il se moque, et de temps en temps, il lui arrive d’être tendre.

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La couverture originale

Sa librairie d’occasion est the place to be à Wigtown, et si vous avez l’occasion d’aller en Ecosse, passez-y sans la moindre hésitation ! Vous repartirez les bras chargés. Surtout, allez-y avec des personnes patientes car on peut rester des heures dans The Book Shop. Et, après avoir lu ce livre très drôle et passionnant, on ne peut qu’avoir envie de donner un tas de pounds à cet écossais parfois grincheux mais amoureux des livres. D’ailleurs, en bon lecteur, Shaun Bythell a le sens du romanesque, et son journal se lit comme un bon roman. C’est efficace, sincère, plein de charme, dépaysant. Comme La Cité perdue du Dieu Singe mais en moins… dangereux… quoique ? (Comment ça, aucun rapport ? Je fais ce que je veux !) On ne sait jamais ce qui nous attend dans une telle librairie. D’ailleurs, si l’envie vous en prend, sachez qu’il existe un festival du livre à Wigtown, organisé chaque année, et que si vous êtes très au taquet, vous pourrez peut-être dormir dans le « lit du festival » qui se trouve… au beau milieu de la librairie ! Nooooon ? Siiiiiiii ! 

Enfin, soyons clair : pourquoi faut-il lire ce livre ? Déjà, parce que l’acheter rapportera un peu de sous à un gentil bouquiniste (bien que cynique, je vous l’ai dit) qui ne l’aura pas volé ! Ensuite, et surtout, parce que ce livre est excellent et qu’il ne peut que plaire aux amoureux de books en tous genres. En même temps, vous (re)découvrirez l’Ecosse, la vraie, pas celle des légendes et des folklores. Vous rencontrerez des personnages atypiques mais tout ce qu’il y a de plus réels ! Vous aurez envie d’envoyer des cartes postales, de vous perdre dans des rayonnages, de dormir dans une librairie sans chauffage… Bref, c’est un livre où le rêve côtoie la réalité. J’avais hâte que ce texte soit traduit en français, il l’est enfin, alors j’espère que vous courrez chez vos libraires pour l’acheter !!! C’est aux éditions Autrement, c’est un peu un outsider des rayonnages de nouveautés en ce moment, mais c’est un sacré bon bouquin ! Shaun Bythell, si vous passez par ce blog (on peut toujours rêver), sachez que j’ai travaillé en librairie et que je vous comprends donc d’autant mieux ! Vous m’avez fait découvrir un métier que je ne commençais qu’à appréhender alors merci.

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Petite photo perso de la devanture !

En quelques mots…

cynique et drôle
réaliste
dépaysant
pour les amoureux des livres
comme un roman

Carte d’identité du livre

Titre : Le Libraire de Wigtown
Auteur : Shaun Bythell
Traductrice : Séverine Weiss
Éditeur : Autrement
Date de parution : 04 avril 2018

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Vous ne l’avez pas encore compris ? Mais siiiii, c’est un coup de cœur, bien sûr !

#299 Baroque sarabande – Christiane Taubira

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Le résumé…

Dans cet ouvrage passionnant, Christiane Taubira rend hommage aux livres et aux écrivains qui l’ont façonnée. De son enfance à Cayenne – où les lectures des jeunes filles étaient sévèrement contrôlées – à aujourd’hui, les auteurs et leurs oeuvres défilent : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Gabriel García Márquez, René Char, Yachar Kemal, Simone Weil, Toni Morrison, et tant d’autres…
Éveil de sa conscience sociale par les romans engagés, découverte de la force de renouvellement de la langue, relecture de l’histoire grâce à la pertinence de la littérature, convocation des auteurs au moment de ses grands discours politiques : Christiane Taubira raconte tout ce qu’elle doit aux infinies ressources des livres.
Car la lecture, cette « vie ardente », n’est-elle pas le meilleur moyen de conquérir sa liberté ?

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Mon avis…

Ce livre de Christiane Taubira tient dans la poche, et pourtant il en contient, des richesses. Avant même de commencer, mettons les choses au clair : les opinions politiques de chacun sont ce qu’elles sont et ne devraient pas empêcher d’apprécier un livre, quel qu’il soit, à sa juste valeur. Ce petit bouquin, c’est une ode à la lecture, à la littérature, une déclaration d’amour non pas à « la culture » mais aux cultures. Christiane Taubira nous fait le portrait d’une littérature plurielle, à grand renforts de magnifiques citations et de belles tournures. Ce livre est avant tout un livre pour le plaisir des lecteurs. Christiane Taubira est une grande lectrice, une femme cultivée, elle ne s’en est jamais cachée, et elle en donne ici la preuve. Dans ce texte, pas d’étalage érudit, juste de la pure sensation, du ressenti littéraire. Cette Baroque sarabande nous entraîne, à la fois en mots et en notes, dans une histoire singulière, celle de Christiane Taubira, mais aussi dans des cultures-mondes. On découvre et redécouvre des œuvres, des auteurs, on ressort vite avec une petite liste de textes à lire à tout prix… Ce que j’ai aimé, c’est aussi les propos passionnants de l’autrice sur la politique linguistique. Ce sujet peut sembler abstrait à la plupart des gens, et pourtant il concerne tant de monde. Elle explique l’impact de l’hégémonie de la langue française sur toutes les autres, le poids de cette langue exclusive et uniformisante sur certaines populations, elle parle de son enfance, du créole, de la perte et de la redécouverte des langues maternelles… La réalité de beaucoup de gens, c’est de s’être vus imposer une langue (le français) qui n’est pas la leur naturellement. Et ainsi, parfois, souvent, comme Christiane Taubira, l’amour de la langue française cohabite avec la nostalgie amère de la langue maternelle. L’autrice montre parfaitement cette tension qui relève d’un réel questionnement sociolinguistique, voire politique. Mais, de politique pure et dure, justement, il n’en est que peu question. Là n’est pas le sujet. Le propos est littéraire, culturel, linguistique. Ici, la poétique supplante la politique.

#242 La main de la nuit – Susan Hill

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Le résumé…

« C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »

Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante… Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

 

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Mon avis…

Susan Hill est assez connue pour La dame en noir (chronique ici), roman d’épouvante adapté au cinéma avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal. Mais elle est l’auteure de nombreuses œuvres, toutes plus ou moins dans ce même genre, et La main de la nuit en fait partie. J’avais vraiment envie de lire un autre roman d’elle, car j’avais aimé La dame en noir. Susan Hill écrit des romans un peu vintage, des classiques du genre, avec ce qu’il faut de mystère et de frisson. On retrouve la touche inquiétante qui rendait La dame en noir passionnant. A la lecture, on regarde un peu autour de nous, on sent une présence inquiétante, tout comme le narrateur. Le lecteur est baigné dans le suspense et le surnaturel.

Pourtant, j’avoue avoir été un peu déçue, car j’avais peut-être de trop grandes attentes. Je n’ai pas autant frissonné que je l’aurais souhaité. On lit généralement ce genre de romans pour se faire une belle frousse, mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Certes, le mystère était présent, l’atmosphère inquiétante aussi, mais rien d’aussi terrifiant que La dame en noir. Le livre souffre en effet de beaucoup de longueurs, provoquant parfois tout sauf l’effet escompté, et donc plutôt de l’ennui… Ce qui est dommage, vous en conviendrez ! Finalement, l’ensemble perd de son efficacité. Les moments vraiment forts, avec un bon potentiel d’horreur, se révèlent noyés dans des périodes de lecture inintéressante. Parfois, le personnage principal réfléchit trop, se questionne trop, laisse passer trop de temps avant de se décider à résoudre le mystère. Cela rend le roman incohérent. L’horreur de la situation devrait le pousser à chercher la solution, à vouloir s’en sortir, mais il passe finalement plus de temps à attendre que ça passe…

Pour conclure, je dois avouer que, malgré mes attentes – et sûrement à cause d’elles –, j’ai été assez déçue par cette lecture. Même si j’ai retrouvé le style de Susan Hill, j’ai trouvé qu’elle n’exploitait pas suffisamment le potentiel horrifique de cette histoire. L’effet terrifiant attendu est annulé par le nombre trop important de longueurs, de réflexions sans fin… L’ensemble devient un peu superficiel et le roman perd un peu du réalisme qui contribue à provoquer des frissons. On ne croit plus trop à ce que nous raconte Susan Hill, bien que l’on sente l’intention première de nous faire peur.

 

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#234 Le périple de Baldassare – Amin Maalouf

Le résumé…

« Ce que la présence de cette femme a apaisé en moi, ce n’est pas la soif charnelle d’un voyageur, c’est ma détresse originelle. Je suis né étranger, j’ai vécu étranger et je mourrai plus étranger encore. je suis trop orgueilleux pour parler d’hostilité, d’humiliations, de rancœur, de souffrances, mais je sais reconnaître les regards et les gestes. Il y a des bras de femmes qui sont des lieux d’exil, et d’autres qui sont la terre natale. »

Parti sur les routes en 1665, le narrateur de cette histoire, Baldassare Embriaco, Génois d’Orient et négociant en curiosités, est à la poursuite d’un livre qui est censé apporter le Salut à un monde désemparé. Sans doute est-il aussi à la recherche de ce qui pourrait encore donner un sens à sa propre existence. Au cours de son périple, en Méditerranée et au-delà, Baldassare traverse des pays en perdition, des villes en feu, des communautés en attente. Il rencontre la peur, la tromperie et la désillusion ; mais également l’amour, à l’heure où il ne l’attendait plus.

Mon avis…

Ma mère m’a offert ce roman à l’occasion de mon anniversaire, connaissant mon intérêt grandissant pour les romans portant sur d’autres lieux et d’autres temps. Ce petit pavé, à la lecture du résumé, m’a tout de suite intriguée. Un livre qui parle d’un livre, que rêver de mieux ? En tant que passionnée de littérature, de livres anciens comme récents, je n’avais qu’une hâte : commencer. Et finalement, en deux jours à peine, je l’avais lu ! Il s’agit d’un récit passionnant, mêlant Histoire et ésotérisme, avec une pointe de romantisme, et ce qu’il faut de suspense. Amin Maalouf a fait de très longues recherches pour arriver à rédiger cette œuvre, qui regorge de précision sur l’époque et les lieux traversés. Il s’agit d’un véritable livre d’aventures, avec des personnages attachants, une histoire dont on veut à tout prix connaître la suite et la fin… Qu’en est-il de ce mystérieux livre et de son pouvoir ? Que va-t-il arriver durant l’année 1666, réputée maudite, annonciatrice de la fin du monde ?

Œuvre de fiction traversée de faits réels, de traditions profondes, portée par des personnages tantôt attendrissants, tantôt fanatiques, bons ou mauvais, souvent traversés tant par le mal que par la bonté, ce livre est un réservoir de toutes les bonnes surprises que peut réserver la littérature. L’auteur crée des personnages complexes, dont il déroule les caractères au fil des presque 500 pages que compte le récit, les met face à de terribles épreuves, face à leurs peurs et leurs désirs parfois coupables. Joël Dicker a écrit : « Un bon livre est un livre que l’on regrette d’avoir terminé ». Celui-ci en est un. D’une complexité plaisante, ce roman est un véritable trésor. Tant d’histoires, de parcours, de personnages, que l’on aimerait ne jamais quitter. Amin Maalouf a réussi son pari, livrer un voyage initiatique puissant, questionnant toutes les facettes du fanatisme, de l’ésotérisme, du mystère, de la peur et de la superstition. Mais cette complexité ne rend pas la lecture si abrupte que l’on pourrait le craindre. Les 500 pages se dévorent, se dégustent, enrichies de dialogues et de péripéties dynamiques. Les rebondissements ne manquent pas pour passionner le lecteur.

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Joël Alessandra, Le périple de Baldassare, en bande dessinée.