#301 Si souvent éloignée de vous – Marlène Schiappa

sisouventschiappa

Le résumé…

Telle une Madame de Sévigné moderne, Marlène  Schiappa écrit à ses filles dès qu’elle part en déplacement.
On découvre une femme combative sur tous les fronts : une mère dévouée à ses enfants et passionnée  par ses engagements.
Aux confins de l’intime et du politique, ce récit à la fois  exceptionnel et universel nous dévoile le cœur d’une  mère au service du gouvernement à l’heure où la parole  des femmes se libère dans le monde entier.

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Mon avis…

Marlène Schiappa, « secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes » depuis mai 2017, est aussi écrivaine. Certains le savaient depuis longtemps, d’autres l’ont découvert à son élection, d’autres plus récemment encore. Ce livre, Si souvent éloignée de vous, a déjà fait un mini scandale à peine sorti. Comme souvent, il a été critiqué de manière assez virulente par des gens qui, pour certains, ne l’avaient probablement même pas encore lu. Quelques extraits par-ci par-là, et les imaginaires s’emballent. Alors, je me suis dit que j’allais ouvrir ce fameux bouquin et découvrir par moi-même les « lettres » de Marlène Schiappa « à ses filles ». Pourquoi ces guillemets ? Parce qu’à mon humble avis, ces lettres ne sont pas destinées à ses filles (pour certaines, en tout cas, je ne l’espère pas) d’autant que certaines ont recours à un « vous » qui renvoie à… « nous », lecteurs ! Donc, parfois, ce sont des lettres qui nous sont adressées, sachons-le. Marlène Schiappa commence son livre avec un avis à ses lecteurs, qui nous dit notamment :

Avertissement : ce livre n’est ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique, mais un récit purement personnel, partiel et parfois romancé.

En effet, il s’agit d’un récit très personnel, celui de la vie quotidienne d’une femme de 35 ans, qui n’a d’ailleurs pas tout à fait une vie comme celle de n’importe qui. Nécessairement, en tant que femme politique, elle nous parle de politique. Jusqu’ici, c’est logique. Elle nous parle (beaucoup) de ses filles, sujet central du livre (que je n’ose appeler un roman !). Marlène Schiappa nous fait donc son autoportrait, celui d’une femme qui est partie d’en bas pour arriver très haut, qui a réalisé ses rêves : une femme qui a réussi et qui a travaillé pour cela. Honnêtement, ceux qui lui reprocheront de s’en vanter feront probablement preuve d’une certaine hypocrisie. Ce livre est le récit d’un engagement, d’un investissement, et il est très intéressant d’avoir le point de vue personnel de l’autrice et secrétaire d’état. Sur ce plan, j’ai beaucoup aimé le livre.

Oui mais voilà, ce livre n’a pas seulement pour objet de dire comment Marlène Schiappa en est arrivée là. Parfois, on se demande un peu ce qu’on est en train de lire, avec certains passages déconcertants sur du shampoing, des pains au chocolat et des sucrettes… Ce sont des extraits du livre qui, personnellement, m’ont laissée perplexe. Il y a plusieurs Marlène Schiappa dans ce livre. Une qui veut nous prouver par a+b qu’elle a mérité sa place, et qui a raison de le faire : qui ne le ferait pas, honnêtement ? Une aussi qui s’extasie sur les petits moments du quotidien qui font que la vie est belle, et qui nous noie sous son optimisme débordant…  et après tout, pourquoi pas ? C’est le sel de la vie, dirons-nous. Il y a aussi la mère, omniprésente, qui semble ne vivre et ne s’accomplir qu’à travers ses enfants, et c’est son droit. Et puis il y a la femme politique, sur laquelle nous reviendrons. Enfin, il y a la Marlène Schiappa féministe, ou plutôt qui se dit féministe. Elle l’est sous certains aspects, j’imagine. Elle se bat parfois pour l’égalité hommes-femmes, c’est son boulot, après tout. Oui mais voilà, c’est un féminisme légèrement dépassé que semble représenter Schiappa, fortement influencée par Badinter tout en citant en interview King Kong Théorie de Virginie Despentes (livre dans lequel l’autrice s’attaque à cette même Elisabeth Badinter). Petits paradoxes donc… La figure de « l’éternel féminin » contre laquelle se battent tant de féministes est, pour Marlène Schiappa, une figure positive. Elle complimente ainsi Brigitte Macron en utilisant cette expression mot pour mot, et entre guillemets, ce qui laisse supposer qu’elle sait bien à quoi elle fait référence :

Plus tard, le président m’a appelée. J’ai pensé à son épouse. J’étais tellement heureuse pour elle. Enfin, notre pays aurait ce président incroyable, mais il aurait aussi cette femme formidable pour l’encourager entièrement comme elle nous avait tous encouragés pendant cette campagne : avec sa bienveillance, sa gentillesse, son engagement, sa classe naturelle, ses allusions artistiques, son humour ravageur et son sourire irrésistible de « l’éternel féminin ».

Donc ce livre a aussi de quoi faire s’étrangler quelques féministes au coin de ses pages. En même temps, on se doutait déjà depuis un moment que Marlène Schiappa n’était pas la féministe parfaite, et qui l’est ? Mais il est vrai que, parfois, tout cela manque de cohérence. En tant que personnalité publique, censée travailler à l’égalité entre hommes et femmes, on s’attendrait à moins de clichés. Je précise que l’extrait que j’évoque ci-dessus n’en est qu’un exemple. Il y a aussi l’épisode assez choquant du « dragueur » prénommé « Bertrand », qui « a dragué toutes les amies présentes à la conférence » et « ne voit les femmes que comme des objets ». Et voilà Marlène Schiappa, tout d’un coup, « un peu vexée » car Bertrand n’a jamais cherché à la séduire. On pourrait se dire qu’elle devrait être contente d’échapper à un tel homme, mais non ! Elle a un « porte-bébé kangourou rose », ceci explique cela : « ce n’est pas sexy ». Et Marlène Schiappa de conclure, finalement, qu’on est soit mère soit sexy, pas les deux visiblement : « A ce moment-là, me sentir sexy est le cadet de mes soucis. Je me sens bien mieux que ça : je me sens mère. » Bon, personnellement, ce passage m’a beaucoup gêné, car il se finit sur un constat un peu caricatural, et aussi parce que, certes, l’autrice préfère se sentir mère plutôt que sexy, mais quand même, elle aurait bien aimé être draguer par le gros lourd de service… En fait, je crois que le dérangement vient du fait que, avant d’être une lectrice, je suis une femme et que Marlène Schiappa, même si elle est autrice, est aujourd’hui avant tout une femme politique dont le rôle est de changer la place des femmes dans la société. D’où le malaise ambiant…

Bien que ce livre ne soit « ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique », il n’est pas dénué de velléités politiques, loin de là. N’imaginez pas lire uniquement le récit de la vie quotidienne et de la réussite de Marlène Schiappa. Vous verrez aussi un portrait élogieux d’Emmanuel Macron :

Pendant des mois, du matin au soir et du soir au matin, j’ai donné tout mon temps de cerveau disponible, toute mon énergie, tout mon enthousiasme pour faire élire un président de la République qui comprenne le XXIe siècle. Qui comprenne que ma génération n’aspire pas forcément à la « sécurité de l’emploi », mais au contraire à pouvoir prendre des risques encadrés, créer des entreprises, changer de sphère […]. Enfin, quelqu’un réussissait vraiment, profondément, à nous permettre de conjuguer un ensemble d’aspirations pour notre pays. Quelqu’un incarnait l’autorité de l’Etat, la nation, pleinement, absolument.

C’est enthousiaste, ça l’est même un peu trop… Honnêtement, j’ai été dérangée par ces passages qui, pour moi, sont extrêmement politiques et visent à persuader le lecteur du bien-fondé d’une politique. Mais je ne veux pas m’aventurer dans des considérations politiques, ça n’est pas le lieu : chacun ses convictions. Simplement, il convient de prévenir les lecteurs potentiels de ce livre que, oui, il contient bien des propos politiques. Marlène Schiappa, d’ailleurs, n’hésite pas à reproduire ses discours dans le livre, sous le prétexte de les transmettre à ses filles. On a ainsi sa communication lors de la remise du « prix spécial du jury Laïcité 2017 » ou encore son discours à l’ONU.

Pour autant, Marlène Schiappa n’est pas complètement déconnectée du réel, et elle soulève certains problèmes qui lui reviennent d’ailleurs de régler, comme le harcèlement de rue. Tout en défendant sa loi, elle en démontre l’intérêt, en évoquant la réalité des femmes :

Ce n’est pas faute pour mon père de m’avoir répété ad nauseam de ne jamais laisser quelqu’un entrer derrière moi dans un hall d’immeuble ou dans un sas. A part me murmurer en mon for intérieur : « Merde, je n’aurais pas dû tenir la porte » au moment où je comprenais que le type qui entrait derrière moi n’habitait manifestement pas l’immeuble, cela ne m’a pas été d’un grand secours.

Elle évoque aussi les « sifflets », « remarques », « cris », « insultes », « poursuites », que connaissent les femmes et, nécessairement, elle pense à ses filles et à leur avenir. De tels passages sont touchants, évidemment. Marlène Schiappa, dans ce livre, fait preuve d’humanité et assume ses propos. Elle ose dire des choses, elle les écrit, en sachant qu’elles seront nécessairement reprises et commentées. Et, en cela, elle fait montre d’une certaine sincérité que, je pense, il faut savoir apprécier. Evidemment, elle se met en scène et en rajoute souvent, mais certains passages sont marqués par l’honnêteté et par un vécu partagé par de nombreuses femmes. En fait, ce livre a de l’intérêt car il permet de mieux comprendre et connaître la femme sur les épaules de laquelle est censé reposer notre vie future en France. C’est elle qui est supposée déterminer, parmi quelques autres personnes, la façon dont nous, les femmes, évolueront dans les rues et dans la société demain. Elle a un rôle important, c’est indéniable.

Un tel livre peut, au choix, rassurer ou faire paniquer. La réaction dépendra, je l’imagine, des lecteurs ou lectrices. Personnellement, il ne m’a pas spécialement rassurée. Oui, Marlène Schiappa n’a pas l’air d’être une mauvaise personne, elle est humaine, parfois touchante, bien sûr. Mais, finalement, c’est un sentiment de malaise qui reste après la lecture de ce livre. Je ne peux, finalement, m’empêcher de voir la visée apologétique de ce livre qui cherche à justifier des actions, une politique, à faire son propre portrait, élogieux de préférence. Car il est impossible de dissocier la femme, l’autrice et la politicienne. Elle est ces trois personnes en une, évidemment. Il en est de même pour ce livre, à la fois personnel, teinté de poésie et de tendresse, parfois absurde ou déconcertant, mais aussi particulièrement engagé et orienté politiquement.

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En quelques mots…

parfois émouvant
l’histoire d’une femme
trop politique
ambigu : réel ou mise en scène ?
déconcertant

Carte d’identité du livre

Titre : Si souvent éloignée de vous
Autrice : Marlène Schiappa
Éditeur : Stock
Date de parution : 09 mai 2018

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#67 Osez… l’amour des rondes – Marlène Schiappa

amour des rondes

Le résumé…

Gourmandes, libérées, coquines, épicuriennes, les rondes se lâchent !

Comment assumer fièrement son corps dans une société où le régime est une religion ? Qui est ronde ? Quelles positions choisir pour ressembler à une déesse grecque ? Où trouver des bottes sexy à votre taille ? Comment porter une guêpière sans ressembler à un rôti saucissonné ? Peut-on s’affiner grâce à des techniques de maquillage ? Comment séduire une ronde ? À quels jeux gourmands et aphrodisiaques s’adonner ? Sur un ton érotico-rigolo, loin des discours bien-pensants sur les 5 fruits-et-légumes-par-jour, l’auteure répond à ces questions en s’appuyant sur de nombreux témoignages de rondes et d’hommes qui les aiment».

Kate Dillon, mannequin grande taille

Kate Dillon, mannequin grande taille

Mon avis…

Ce petit livre diffère un peu de ce que j’ai l’habitude de lire et de chroniquer car il ne s’agit pas d’un roman. Mais les éditions La Musardine ont accepté avec beaucoup de gentillesse de me l’envoyer ! Je le classerais dans « livres érotiques » car je ne sais pas trop où le mettre autrement mais sachez qu’il n’a pas grand-chose à voir. C’est plutôt un guide… J’ai aimé le ton sympathique, on a l’impression que c’est une copine qui nous parle. Etant moi-même un peu ronde, j’étais intriguée par ce livre qui s’adresse aux filles qui le sont et aux hommes qui les aiment. Dans ce petit bouquin, on nous donne des chiffres, des pistes, des astuces, on nous montre qu’être ronde, ce n’est pas si terrible ! Au contraire, c’est même plutôt chouette !

Quand on complexe, ce livre est une véritable pilule du bonheur ! En lisant ça, on se retrouvera réconciliée avec nous-même, avec notre corps, on apprendra à le dompter et à le montrer aussi charmant qu’il est, même si on a du mal à y croire au début. Certains conseils sont à laisser passer à la trappe, mais c’est rare car, globalement, tout est bon à prendre ! Conseils beauté, mode, confiance en soi, chiffres, sondages, études, tout est réuni pour nous convaincre qu’être ronde et aimer une ronde, il n’y a rien de mieux… C’est LE bouquin à offrir à une copine qui se considère comme ronde et qui complexe, car il est vraiment libérateur. Personnellement, j’ai appris plein de choses et je n’ai absolument pas réussi à lâcher ce petit livre une fois que j’étais plongée dedans. Aussi passionnant qu’un roman car il nous réconcilie avec nous-même.

Par contre, j’ai été déçue par certains points. C’est vrai qu’on retrouve beaucoup de clichés, comme le fait que ce qu’une ronde a de mieux, en gros (sans jeu de mot hein !), ce sont ses fesses et ses nichons… Hum… On trouve aussi quelques conseils d’hygiène plus ou moins bien placés, enfin rien de bien terrible non plus, pas aussi insultant en tout cas que le laissent entendre certaines blogueuses comme http://www.penseesbycaro.fr/2011/03/osez-lamour-des-rondes-le-livre-de-trop/. Ce qui m’a plus dérangé, ce sont les conseils du style « ne pas reprendre de dessert si personne n’en redemande ». Euh moi, perso, si j’ai la dalle, je mange ! Si j’ai envie de prendre une crème brûlée, ou une soupe de fraises avec glace aux amandes, ou deux boules de sorbet, je prends ! Et tant pis pour les autres, ils saliveront devant mon dessert et patienteront calmement pour partir ! ^.^

Donc pour conclure, même si certains points sont fortement contestables, on peut dire que ce livre distille quand même de très bons conseils. Après, c’est à la lectrice de faire la part des choses, mais je me suis personnellement sentie très intéressée par ce que j’ai lu, j’ai apprécié reprendre un peu confiance en moi, et ça m’a fait du bien ! J’ai retenu des choses, j’en ai délaissé d’autres. Marlène Schiappa donne des conseils qui bien entendu compose son avis propre, elle nous dit des choses comme elle les dirait à une copine. Obéissez-vous à tous les conseils de vos copines ? Non, pas forcément, vous triez. Et bien là, c’est pareil ! Il y a du bon, il y a du mauvais, mais je ne pense pas qu’il y ai quelque chose de réellement scandaleux dans ce livre comme veulent le laisser entendre pas mal d’internautes tenant des blogs sur leurs rondeurs ou autres.

D’ailleurs, petite réponse de Marlène aux lectrices en colère : « Osez l’amour des rondes n’est qu’un petit livre, dans un genre presse féminine (on aime ou on n’aime pas, la presse féminine a bien aimé, jetez-moi des tomates…) que j’ai écrit en pensant aux jeunes filles complexées et en aucun cas aux FA ou aux pro du “business de la size” (je déteste cette expression) […] il y a beaucoup de (volonté de) second degré, et justement l’idée est de prendre un par un les clichés pour leur répondre. » Voilà, de quoi me réconcilier avec les petits défauts de ce bouquin, que je vais persister à conseiller !

tara lynn

Tara Lynn, égérie H&M

Ma note…

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Merci aux éditions La Musardine pour cette lecture.

Musardine