#320 Regarde-moi – Aga Lesiewicz

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Le résumé…

Photographe free-lance à Londres, Kris mène la vie de bohème dont elle a toujours rêvé. Mais la réception d’un étrange e-mail vient jeter une ombre sur son quotidien. Expéditeur anonyme ; pas de texte, juste une pièce jointe : une photo d’elle, prise des années plus tôt sur une scène de crime, à l’époque où elle bossait pour la police. Un cliché que Kris n’avait jamais vu et dont elle ignorait l’existence.

Bientôt, d’autres messages se succèdent, énigmatiques et angoissants. Des vidéos de l’intérieur de son appartement. Des photos de son fiancé, street artist célèbre, en pleins ébats torrides avec une autre. Et puis, ce montage macabre, simulant sa propre mort.

Harcelée par un troll qui semble parfaitement la connaître, Kris succombe peu à peu à la terreur. Comment démasquer l’expéditeur de ces menaces ? À qui se fier ? Pour Kris, le cauchemar ne fait que commencer…

Mon avis…

Et oui, c’est ma période « thriller psychologique« , apparemment ! Je n’arrête pas d’en lire en ce moment… Pour celui-ci, je me suis clairement laissée séduire par la quatrième de couverture, très tentante. On est ici dans un univers original, celui de la photographie et de l’art en général. Dans l’esprit, on est un peu dans les mêmes procédés que L’Echange, dont je vous ai parlé récemment. Le passage par le numérique pour le harcèlement y est aussi très présent. D’ailleurs, l’autrice nous livre nombre de détails sur la photo – et sur le piratage – qui, en fait, tendent à nous perdre. Je pense qu’on aurait peut-être pu se passer de certains et que la fluidité de lecture en aurait été meilleure. Personnellement, si j’ai lu le roman avec intérêt, je n’ai pas ressenti l’effet « page-turner » que je recherche. Ce n’est pas un roman qui nous fait ressentir un suspense insoutenable. D’ailleurs, la fin est en fait assez décevante, à mon avis. A mon grand regret, je dirais que la mayonnaise n’a pas pris ! Pour autant, cela reste une bonne lecture, mais je ne suis pas sûre que je la recommanderais, en comparaison d’autres romans dans le même genre et procurant plus de plaisir.

En quelques mots…

thriller psychologique
harcèlement
univers de la photo
se lit bien, mais sans plus

Carte d’identité du livre

Titre : Regarde-moi
Autrice : Aga Lesiewicz
Traductrice : Julia Taylor
Éditeur : Belfond
Date de parution : 07 juin 2018

3 étoiles

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Merci aux éditions Belfond et à NetGalley France pour cette lecture.

#318 L’autre Mrs Parrish – Liv Constantine

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Le résumé… 

Certaines femmes ont tout. D’autres n’ont que ce qu’elles méritent.
Daphne Parrish a, en apparence, une vie parfaite. Un mari richissime et attentionné, deux enfants, une maison magnifique. Amber Patterson, elle, en a assez de mener une existence qu’elle juge trop modeste. Misant sur l’empathie et la gentillesse de Daphné, qu’elle parvient à apitoyer grâce à des mensonges, elle devient rapidement sa confidente, presque un membre de la famille. Elle aussi, se dit-elle, a droit au conte de fée. Et rien ni personne ne pourra l’empêcher de le vivre, même s’il lui faut détruire celle qu’elle appelle désormais sa meilleure amie et faire imploser son couple. Mais tous ses efforts pourraient être réduits à néant si Daphné venait à découvrir son passé, qu’Amber a soigneusement enterré.

Mon avis… 

J’avais un peu peur avant de commencer cette lecture. Pourquoi ? Parce que la quatrième de couverture était clairement très prometteuse ! Un régal en perspective. Oui mais j’avais peur d’être déçue comme avec L’Echange par exemple. La mode des thrillers psychologiques inspirés de La Fille du Train est passée par là… De nombreuses tentatives de faire aussi bien ont fleuri, mais le résultat n’était pas forcément au rendez-vous ! J’ai donc craint d’avoir ici affaire à un roman dans la même veine… Mais, finalement, j’ai été très agréablement surprise. Déjà, on accroche immédiatement à l’intrigue car l’autrice sait distiller le mystère à la perfection. Les indices sont subtils, et pour le coup la psychologie est bien là. Les personnages sont très intrigants, complexes, recherchés et étudiés. Et, même si le dénouement est attendu, on ne peut pas dire que le livre est décevant, bien au contraire. C’est un roman sur la manipulation, sur l’obscurité en chacun de nous, sur les limites de l’être humain… ou son absence de limites, justement. J’ai beaucoup aimé la succession des points de vue, avec d’abord celui d’Amber puis celui de Daphne, car c’est un bon moyen pour l’autrice de conserver le suspense. L’ensemble est tout simplement passionnant. C’est vraiment le genre de livres qu’on a envie de lire – quand on aime les thrillers – pour décompresser. En tout cas, ce roman se détache de la masse, offre une lecture agréable, de qualité, et c’est grandement appréciable !

En quelques mots…

thriller psychologique
bien écrit et efficace
secrets et manipulation
page-turner

Carte d’identité du livre

Titre : L’autre Mrs Parrish
Autrice : Liv Constantine
Traductrice : Leila Malone
Éditeur : HarperCollins France
Date de parution : 09 mai 2018

5 étoiles

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Coup de coeur

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Merci aux éditions HarperCollins et à NetGalley France pour cette lecture. 

#317 Comment ne pas devenir une fille à chat – Nadia Daam

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Le résumé… 

Célibataire exigeante et fière de l’être, Nadia Daam, 39 ans, ambitionne de révolutionner le célibat et d’envoyer valser les kilos de stéréotypes systématiquement accolés aux célib’. Surtout quand ce sont des femmes comme elle qui vivent en colocation avec leur chat Pompom et leur fille Zoé – à moins que ce soit l’inverse. (Les gens appellent leurs gosses n’importe comment aujourd’hui. Mais ça, c’est un autre débat.)
Nadia Daam est convaincue qu’on peut être mère célibataire, tutoyer la quarantaine, avoir son enfant une semaine sur deux et le vivre pas trop mal. On peut aussi être capable de préparer un bol de Miel Pops à 7 heures du matin une semaine et de porter sa culotte sur la tête à la même heure celle d’après…
Grâce à ce véritable guide de survie, vous saurez comment dire du mal de vos ex sans passer pour une désespérée et pourquoi il vaut parfois mieux avoir une jambe de bois qu’un utérus. Vous apprendrez qu’une ride du lion et un enfant à demeure sont très utiles pour faire du shopping. Et qu’il n’y a pas de honte à préférer une assiette de spaghettis sauce Bolo Balls dévorée devant Netflix à un date via Tinder.
Tant que vous faites ça avec panache et sans sentir la croquette !

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Illustration de Leslie Plée

Mon avis… 

J’ai découvert ce livre dans l’émission Quotidien de Yann Barthès et j’ai tout de suite accroché à la personnalité de l’autrice, Nadia Daam. J’avais donc très envie de lire Comment ne pas devenir une fille à chat. Soyez prévenus, il ne s’agit pas d’un roman. C’est plutôt un livre humoristique, comme un one woman show mais en version papier ! Ils sont plutôt rares, les livres qui font vraiment rire. Celui-ci fait partie de l’infime quantité qui peut nous décrocher des sourires et bien plus ! Grâce à ce livre, nous plongeons dans « l’intimité » de Nadia Daam, ou du personnage qu’elle s’est créé, et nous faisons ainsi connaissance de son chat – et de ceux qui l’ont précédé – ou encore de son « Enfant personnel ». Elle nous raconte avec tendresse et parfois une touche de cynisme le quotidien d’une mère célibataire. Ce que j’ai apprécié dans ce texte, c’est le caractère multiple : on y trouve tout ce qui fait passer un bon moment de lecture. En effet, il est à la fois touchant, drôle, critique et léger. Le découpage par petits chapitres, comme des saynètes ou des sketchs, permet de lire selon nos envies, par moments, entre deux courses, deux dossiers à rédiger, deux enfants à mettre au lit… Ce livre est bien écrit, tout est très efficace. C’est à la fois à acheter pour soi et à lire pour se faire plaisir, mais aussi à acheter pour la copine célibataire qui a au moins trente ans et un chat ! On en connait tous une, allez ! Et bien, ce bouquin va la déculpabiliser, lui faire du bien, la faire sourire, comme le suggère le sous-titre : « L’art d’être célibataire sans sentir la croquette ». En quelques mots : vive l’autodérision, sans aucune prise de tête !

En quelques mots…

de l’humour à profusion
one woman show sur papier
lecture légère
à (s’)offrir

Carte d’identité du livre

Titre : Comment ne pas devenir une fille à chat
Autrice : Nadia Daam
Illustratrice : Leslie Plée
Éditeur : Mazarine
Date de parution : 09 mai 2018

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Merci aux éditions Mazarine et à NetGalley France pour cette lecture.

#315 La Dernière Reine – Philippa Gregory

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Le résumé…

« Il veut que je meure. L’unique raison pour laquelle il m’accuse d’un crime passible de la peine de mort est qu’il veut me tuer. Henri, qui a fait exécuter deux de ses femmes et qui attendit qu’on lui annonce la mort de deux autres, entend désormais me faire subir le même sort. »

À trente et un ans, Catherine Parr est une jeune veuve et vit l’idylle parfaite avec Thomas Seymour. Mais lorsque Henri VIII, le souverain d’Angleterre qui a conduit quatre de ses femmes au tombeau, l’invite à l’épouser, elle doit se résigner à un choix qui n’en est pas un. Brillante et indépendante d’esprit, elle est une cible toute désignée pour ses adversaires politiques qui l’accusent d’hérésie, crime puni par le bûcher et dont l’ordre d’exécution est signé… par le roi. Catherine devra déjouer les pièges de la Cour si elle veut un jour retrouver son amant.

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Couverture anglaise

Mon avis…

Depuis des années, je lis avec passion les romans historiques de Philippa Gregory, surtout en anglais. Je connaissais donc The Taming of the Queen (littéralement « l’apprivoisement de la reine ») que le traducteur a choisi d’appeler La Dernière Reine. L’autrice nous fait découvrir, à travers tous ses romans, l’histoire d’Angleterre, avec par exemple Deux sœurs pour un roi qui raconte le destin d’Anne et Marie Boleyn (vous connaissez peut-être le film avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana) mais aussi des livres sur la guerre des Deux Roses avec les querelles entre les York et les Lancaster.  Une série a été également tirée de son oeuvre, The White Queen puis The White Princess. Clairement, Philippa Gregory est la reine du roman historique et, surtout, celle qui redonne leur place aux femmes dans l’Histoire. C’est un plaisir que de parcourir les pages qu’elle écrit, dont voici un nouvel exemple traduit en français !

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Ici, on est chez les Tudor, encore, avec Henry VIII et sa nouvelle femme Catherine Parr. Le roi est clairement moins glamour qu’Eric Bana, il n’est plus tout jeune et a en fait tout d’un vieux dégueulasse ! Avant elle sont passées d’autres épouses, et leur destin a toujours été funeste. Aussi, ce n’est pas sans crainte qu’elle se marie avec le roi mais, évidemment, elle n’a de toute façon pas le choix. A mon avis, ce roman rend justice au personnage de Catherine Parr, assez méconnu en général. On reconnaît d’ailleurs le propos assez féministe de Philippa Gregory qui centre ses romans sur les femmes qui ont fait l’Histoire. Cette épouse d’Henry VIII était une femme forte, qui avait le courage de ses opinions et qui s’est démarquée par sa volonté et son érudition. C’est un roman qui, comme toujours avec Philippa Gregory, est tout simplement passionnant. Elle sait allier avec talent faits historiques et adaptation romanesque. La fiction côtoie la réalité et elle redonne vie à des êtres dont on a finalement peu écouté ou imaginé les sentiments. Elle le montre, les femmes en ce temps étaient essentiellement des instruments au service du pouvoir des hommes, des outils politiques comme d’autres. Sans trahir l’Histoire, elle réintroduit la sensibilité, les émotions, sort des simples dates et faits pour rendre compte d’une époque et de ses mentalités. La Dernière Reine est, comme tous les autres romans de Philippa Gregory que j’ai pu lire, une magnifique porte d’entrée sur l’Histoire d’Angleterre, qui a déjà en elle-même un énorme potentiel romanesque que l’autrice a su saisir.

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Catherine Parr

En quelques mots…

Histoire d’Angleterre
l’épouse injustement oubliée
Henry VIII ou Barbe-Bleue
un roman passionnant
instructif et plaisant

Carte d’identité du livre

Titre : La Dernière Reine
Autrice : Philippa Gregory
Traducteur : Alain Sainte-Marie
Éditeur : Milady
Date de parution : 13 mai 2018

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Merci aux éditions Milady pour cette lecture.

#310 Avec des Si et des Peut-être – Carène Ponte

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Le résumé…

Aimeriez-vous savoir quelle serait votre vie si vous aviez fait d’autres choix ?

Prof de français au lycée de Savannah (-sur-Seine), Maxine vit en colocation avec Claudia (et ses crèmes au jus d’herbe fermenté), elle aime Flaubert (ses élèves, Stromae), courir avec ses deux meilleures amies (trois cents mètres) et aller chez le dentiste (sa sœur).

Maxine croit aux signes et aux messages de l’Univers. Pourtant elle ne peut s’empêcher de se demander : « Et si j’étais allée ici plutôt que là, si j’avais fait ceci au lieu de cela, ma vie serait-elle chamboulée ? »

En bonne prof de français, Maxine aime le conditionnel…

Mais à trop réfléchir avec des si et des peut-être, ne risque-t-on pas d’oublier de vivre au présent ?

Et si la vie décidait de lui réserver un drôle de tour ?

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Carène Ponte

Mon avis…

J’avais envie d’une lecture détente, sans prise de tête, qui me change les idées tout simplement. Alors je me suis dit que c’était l’occasion de découvrir Carène Ponte, dont je croisais les livres depuis un moment en librairie, sur les réseaux sociaux et sur la blogosphère… Le scénario est très simple puisqu’il s’agit pour le personnage d’imaginer ce qu’aurait été sa vie si elle avait eu un autre métier. J’explique ça grosso modo sans donner trop de précision sur le pourquoi du comment, histoire de ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture ! Ainsi, cette histoire n’est pas sans évoquer celle de certains téléfilms de l’après-midi… Simple et efficace, puisqu’on sait tous que, quand on est pris dedans, il est souvent difficile d’appuyer sur le bouton « off ». Avec des Si et des Peut-être fonctionne de la même façon. L’autrice nous accroche avec des personnages sympathiques, qui nous ressemblent un peu, et elle nous entraîne dans une aventure un peu folle. Dans l’ensemble, c’est divertissant, ça se lit bien, on accroche. Malheureusement, je regrette la présence – hautement prévisible d’ailleurs – de certains clichés : le besoin d’avoir un homme dans sa vie pour être heureuse et accomplie, tant qu’à faire avec des enfants, etc. On retrouve les valeurs assez standards mises en avant dans ce genre de romans, dans la chick-lit en général, à savoir l’amour, l’amitié, parfois le travail. Mais, puisqu’on s’y attend, cela ne rend pas la lecture particulièrement désagréable. C’est plutôt un bon bouquin à emmener dans sa valise en vacances, quand on veut décompresser de toutes les galères qu’on a enchaînées depuis des mois ! Avec des Si et des Peut-être est un livre qui s’apparente un peu à un cocktail anti-déprime, donc à recommander ! Par contre, je tiens à dire à l’autrice que, malgré ses efforts pour ne pas dire n’importe quoi sur The Walking Dead, on n’y est pas encore : les zombies ne se mangent pas entre eux… En tout cas, Carène Ponte m’a fait sourire, m’a permis de changer d’air tout en restant chez moi, et pour ça : merci.

Avec des « si » et des « peut-être », on pourrait mettre un cachalot dans une boîte d’allumettes !

Un long dimanche de fiançailles

En quelques mots…

un scénario sans grande surprise
divertissant et agréable
quelques clichés
une bonne lecture d’été
pas de prise de tête

Carte d’identité du livre

Titre : Avec des Si et des Peut-être 
Autrice : Carène Ponte
Éditeur : Michel Lafon
Date de parution : 24 mai 2018

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#305 L’Echange – Rebecca Fleet

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Le résumé…

Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.
Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis.
Et à présent, cette personne se trouve chez elle…

Mon avis…

L’Echange est un thriller dont la base est très simple : un couple procède à un échange de maisons avec une personne qu’ils ne connaissent pas, par le biais d’un site internet. Oui, comme dans The Holiday, mais en moins romantique. Car, très vite, il apparaît que le rapport entre les deux parties est inégal. L’inconnu qui passe la semaine chez Caroline et Francis semble en savoir beaucoup sur eux. Beaucoup trop, même. La tension augmente au fil du récit, lorsque Caroline découvre des éléments très perturbants lui rappelant son passé, un passé qu’elle aurait aimé laisser derrière elle. Mais, en fait, tout est plus compliqué qu’il n’y paraît. En alternant le récit au présent de cette semaine de vacances avec les souvenirs de Caroline, mais aussi quelques instantanés des pensées de l’inconnu qui loge chez elle, Rebecca Fleet distille des indices, et ménage ainsi le suspense. Le roman en lui-même n’est pas un chef d’oeuvre, très honnêtement. C’est un thriller plaisant à lire, qui n’est pas sans rappeler d’autres romans à succès dans le même genre. Autrement dit, on repassera pour l’originalité. Mais il permet de passer un bon moment et, d’ailleurs, il joue bien son rôle de page-turner. Mais je n’ai personnellement pas ressenti l’effet waouh tant attendu. Ce ne sera pas le livre de l’année, en tout cas, mais il fait bien son job : nous tenir en haleine jusqu’au bout. Cela n’empêche pas une petite pointe de déception à la fin, on s’était attendu à mieux…

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En quelques mots…

un drôle d’invité
une lecture plaisante
sans prétention
simple et efficace
pas LE livre de l’année

Carte d’identité du livre

Titre : L’Echange
Autrice : Rebecca Fleet
Traductrice :  Cécile Ardilly
Éditeur : Robert Laffont
Date de parution : 07 juin 2018

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#301 Si souvent éloignée de vous – Marlène Schiappa

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Le résumé…

Telle une Madame de Sévigné moderne, Marlène  Schiappa écrit à ses filles dès qu’elle part en déplacement.
On découvre une femme combative sur tous les fronts : une mère dévouée à ses enfants et passionnée  par ses engagements.
Aux confins de l’intime et du politique, ce récit à la fois  exceptionnel et universel nous dévoile le cœur d’une  mère au service du gouvernement à l’heure où la parole  des femmes se libère dans le monde entier.

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Mon avis…

Marlène Schiappa, « secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes » depuis mai 2017, est aussi écrivaine. Certains le savaient depuis longtemps, d’autres l’ont découvert à son élection, d’autres plus récemment encore. Ce livre, Si souvent éloignée de vous, a déjà fait un mini scandale à peine sorti. Comme souvent, il a été critiqué de manière assez virulente par des gens qui, pour certains, ne l’avaient probablement même pas encore lu. Quelques extraits par-ci par-là, et les imaginaires s’emballent. Alors, je me suis dit que j’allais ouvrir ce fameux bouquin et découvrir par moi-même les « lettres » de Marlène Schiappa « à ses filles ». Pourquoi ces guillemets ? Parce qu’à mon humble avis, ces lettres ne sont pas destinées à ses filles (pour certaines, en tout cas, je ne l’espère pas) d’autant que certaines ont recours à un « vous » qui renvoie à… « nous », lecteurs ! Donc, parfois, ce sont des lettres qui nous sont adressées, sachons-le. Marlène Schiappa commence son livre avec un avis à ses lecteurs, qui nous dit notamment :

Avertissement : ce livre n’est ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique, mais un récit purement personnel, partiel et parfois romancé.

En effet, il s’agit d’un récit très personnel, celui de la vie quotidienne d’une femme de 35 ans, qui n’a d’ailleurs pas tout à fait une vie comme celle de n’importe qui. Nécessairement, en tant que femme politique, elle nous parle de politique. Jusqu’ici, c’est logique. Elle nous parle (beaucoup) de ses filles, sujet central du livre (que je n’ose appeler un roman !). Marlène Schiappa nous fait donc son autoportrait, celui d’une femme qui est partie d’en bas pour arriver très haut, qui a réalisé ses rêves : une femme qui a réussi et qui a travaillé pour cela. Honnêtement, ceux qui lui reprocheront de s’en vanter feront probablement preuve d’une certaine hypocrisie. Ce livre est le récit d’un engagement, d’un investissement, et il est très intéressant d’avoir le point de vue personnel de l’autrice et secrétaire d’état. Sur ce plan, j’ai beaucoup aimé le livre.

Oui mais voilà, ce livre n’a pas seulement pour objet de dire comment Marlène Schiappa en est arrivée là. Parfois, on se demande un peu ce qu’on est en train de lire, avec certains passages déconcertants sur du shampoing, des pains au chocolat et des sucrettes… Ce sont des extraits du livre qui, personnellement, m’ont laissée perplexe. Il y a plusieurs Marlène Schiappa dans ce livre. Une qui veut nous prouver par a+b qu’elle a mérité sa place, et qui a raison de le faire : qui ne le ferait pas, honnêtement ? Une aussi qui s’extasie sur les petits moments du quotidien qui font que la vie est belle, et qui nous noie sous son optimisme débordant…  et après tout, pourquoi pas ? C’est le sel de la vie, dirons-nous. Il y a aussi la mère, omniprésente, qui semble ne vivre et ne s’accomplir qu’à travers ses enfants, et c’est son droit. Et puis il y a la femme politique, sur laquelle nous reviendrons. Enfin, il y a la Marlène Schiappa féministe, ou plutôt qui se dit féministe. Elle l’est sous certains aspects, j’imagine. Elle se bat parfois pour l’égalité hommes-femmes, c’est son boulot, après tout. Oui mais voilà, c’est un féminisme légèrement dépassé que semble représenter Schiappa, fortement influencée par Badinter tout en citant en interview King Kong Théorie de Virginie Despentes (livre dans lequel l’autrice s’attaque à cette même Elisabeth Badinter). Petits paradoxes donc… La figure de « l’éternel féminin » contre laquelle se battent tant de féministes est, pour Marlène Schiappa, une figure positive. Elle complimente ainsi Brigitte Macron en utilisant cette expression mot pour mot, et entre guillemets, ce qui laisse supposer qu’elle sait bien à quoi elle fait référence :

Plus tard, le président m’a appelée. J’ai pensé à son épouse. J’étais tellement heureuse pour elle. Enfin, notre pays aurait ce président incroyable, mais il aurait aussi cette femme formidable pour l’encourager entièrement comme elle nous avait tous encouragés pendant cette campagne : avec sa bienveillance, sa gentillesse, son engagement, sa classe naturelle, ses allusions artistiques, son humour ravageur et son sourire irrésistible de « l’éternel féminin ».

Donc ce livre a aussi de quoi faire s’étrangler quelques féministes au coin de ses pages. En même temps, on se doutait déjà depuis un moment que Marlène Schiappa n’était pas la féministe parfaite, et qui l’est ? Mais il est vrai que, parfois, tout cela manque de cohérence. En tant que personnalité publique, censée travailler à l’égalité entre hommes et femmes, on s’attendrait à moins de clichés. Je précise que l’extrait que j’évoque ci-dessus n’en est qu’un exemple. Il y a aussi l’épisode assez choquant du « dragueur » prénommé « Bertrand », qui « a dragué toutes les amies présentes à la conférence » et « ne voit les femmes que comme des objets ». Et voilà Marlène Schiappa, tout d’un coup, « un peu vexée » car Bertrand n’a jamais cherché à la séduire. On pourrait se dire qu’elle devrait être contente d’échapper à un tel homme, mais non ! Elle a un « porte-bébé kangourou rose », ceci explique cela : « ce n’est pas sexy ». Et Marlène Schiappa de conclure, finalement, qu’on est soit mère soit sexy, pas les deux visiblement : « A ce moment-là, me sentir sexy est le cadet de mes soucis. Je me sens bien mieux que ça : je me sens mère. » Bon, personnellement, ce passage m’a beaucoup gêné, car il se finit sur un constat un peu caricatural, et aussi parce que, certes, l’autrice préfère se sentir mère plutôt que sexy, mais quand même, elle aurait bien aimé être draguer par le gros lourd de service… En fait, je crois que le dérangement vient du fait que, avant d’être une lectrice, je suis une femme et que Marlène Schiappa, même si elle est autrice, est aujourd’hui avant tout une femme politique dont le rôle est de changer la place des femmes dans la société. D’où le malaise ambiant…

Bien que ce livre ne soit « ni une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique », il n’est pas dénué de velléités politiques, loin de là. N’imaginez pas lire uniquement le récit de la vie quotidienne et de la réussite de Marlène Schiappa. Vous verrez aussi un portrait élogieux d’Emmanuel Macron :

Pendant des mois, du matin au soir et du soir au matin, j’ai donné tout mon temps de cerveau disponible, toute mon énergie, tout mon enthousiasme pour faire élire un président de la République qui comprenne le XXIe siècle. Qui comprenne que ma génération n’aspire pas forcément à la « sécurité de l’emploi », mais au contraire à pouvoir prendre des risques encadrés, créer des entreprises, changer de sphère […]. Enfin, quelqu’un réussissait vraiment, profondément, à nous permettre de conjuguer un ensemble d’aspirations pour notre pays. Quelqu’un incarnait l’autorité de l’Etat, la nation, pleinement, absolument.

C’est enthousiaste, ça l’est même un peu trop… Honnêtement, j’ai été dérangée par ces passages qui, pour moi, sont extrêmement politiques et visent à persuader le lecteur du bien-fondé d’une politique. Mais je ne veux pas m’aventurer dans des considérations politiques, ça n’est pas le lieu : chacun ses convictions. Simplement, il convient de prévenir les lecteurs potentiels de ce livre que, oui, il contient bien des propos politiques. Marlène Schiappa, d’ailleurs, n’hésite pas à reproduire ses discours dans le livre, sous le prétexte de les transmettre à ses filles. On a ainsi sa communication lors de la remise du « prix spécial du jury Laïcité 2017 » ou encore son discours à l’ONU.

Pour autant, Marlène Schiappa n’est pas complètement déconnectée du réel, et elle soulève certains problèmes qui lui reviennent d’ailleurs de régler, comme le harcèlement de rue. Tout en défendant sa loi, elle en démontre l’intérêt, en évoquant la réalité des femmes :

Ce n’est pas faute pour mon père de m’avoir répété ad nauseam de ne jamais laisser quelqu’un entrer derrière moi dans un hall d’immeuble ou dans un sas. A part me murmurer en mon for intérieur : « Merde, je n’aurais pas dû tenir la porte » au moment où je comprenais que le type qui entrait derrière moi n’habitait manifestement pas l’immeuble, cela ne m’a pas été d’un grand secours.

Elle évoque aussi les « sifflets », « remarques », « cris », « insultes », « poursuites », que connaissent les femmes et, nécessairement, elle pense à ses filles et à leur avenir. De tels passages sont touchants, évidemment. Marlène Schiappa, dans ce livre, fait preuve d’humanité et assume ses propos. Elle ose dire des choses, elle les écrit, en sachant qu’elles seront nécessairement reprises et commentées. Et, en cela, elle fait montre d’une certaine sincérité que, je pense, il faut savoir apprécier. Evidemment, elle se met en scène et en rajoute souvent, mais certains passages sont marqués par l’honnêteté et par un vécu partagé par de nombreuses femmes. En fait, ce livre a de l’intérêt car il permet de mieux comprendre et connaître la femme sur les épaules de laquelle est censé reposer notre vie future en France. C’est elle qui est supposée déterminer, parmi quelques autres personnes, la façon dont nous, les femmes, évolueront dans les rues et dans la société demain. Elle a un rôle important, c’est indéniable.

Un tel livre peut, au choix, rassurer ou faire paniquer. La réaction dépendra, je l’imagine, des lecteurs ou lectrices. Personnellement, il ne m’a pas spécialement rassurée. Oui, Marlène Schiappa n’a pas l’air d’être une mauvaise personne, elle est humaine, parfois touchante, bien sûr. Mais, finalement, c’est un sentiment de malaise qui reste après la lecture de ce livre. Je ne peux, finalement, m’empêcher de voir la visée apologétique de ce livre qui cherche à justifier des actions, une politique, à faire son propre portrait, élogieux de préférence. Car il est impossible de dissocier la femme, l’autrice et la politicienne. Elle est ces trois personnes en une, évidemment. Il en est de même pour ce livre, à la fois personnel, teinté de poésie et de tendresse, parfois absurde ou déconcertant, mais aussi particulièrement engagé et orienté politiquement.

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En quelques mots…

parfois émouvant
l’histoire d’une femme
trop politique
ambigu : réel ou mise en scène ?
déconcertant

Carte d’identité du livre

Titre : Si souvent éloignée de vous
Autrice : Marlène Schiappa
Éditeur : Stock
Date de parution : 09 mai 2018

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