Télérama contre Franck Thilliez : ma réaction

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Devrais-je avoir honte de lire Franck Thilliez ? Si l’on se fie à la journaliste de Télérama, Marine Landrot, oui. Remettons tout cela en contexte. D’abord, l’autrice de l’article « En vacances avec Franck Thilliez » se réjouit du résultat d’un sondage montrant que « 80 % des Français n’envisagent pas de partir sans un livre. » Oui mais voilà, pour mériter le respect de cette éminente journaliste de Télérama, il faudrait lire des textes élitistes sinon rien :

« Tout de suite, on imagine des hordes de touristes, la poche avant du sac à dos carrelée d’un bouquin prêt à prendre l’eau et les yeux, voire les deux à la fois quand ça larmoie. Qui La Tache de Philip Roth, qui Lambeaux de Charles Juliet, qui Manuscrit zéro de Yoko Ogawa, qui Just Kids de Patti Smith. De la variété, de l’appétit, de l’élévation. »

Dommage pour elle, ce ne sont pas ces ouvrages qui sont lus par la plupart des vacanciers, mais ceux de Musso, Dicker, Chattam et… Thilliez, auquel elle s’attaque avec virulence. Avec tout le respect que je dois à cette journaliste, le mépris qui suinte de cet article est tout simplement scandaleux. Si 80% des gens interrogés n’envisagent pas de partir en vacances sans un livre, réjouissons-nous ! Et si ce livre doit être de Franck Thilliez, où est le problème ? D’abord, rappelons que cet auteur écrit très bien. Il aurait été très facile de trouver de mauvais romans, alors j’avoue que ce choix m’étonne. J’imagine que, pour cette journaliste de Télérama, c’est la littérature populaire qui pose problème. Les qualités littéraires ne sont pas en question. Pour une journaliste comme celle-ci, il est probablement toujours plus flatteur de dire « cet été, j’ai lu Lambeaux de Charles Juliet » que de dire « cet été, j’ai lu Sharko de Franck Thilliez ». J’aimerais dire une chose : je suis étudiante en Lettres, je vais faire un doctorat, j’ai lu Lambeaux de Juliet, je lis énormément d’œuvres que cette journaliste jugeraient probablement comme étant d’excellentes lectures, suffisamment exigeantes pour avoir son approbation. Mais j’adore Franck Thilliez, et je n’en ai aucunement honte.

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Franck Thilliez procure, grâce à ses livres, du plaisir à l’état pur. Il répond aux désirs de ses lecteurs d’être emportés dans des fictions passionnantes, bien menées, maîtrisées. C’est du divertissement, oui, et de qualité. Je l’ai dit dans ma chronique du Manuscrit inachevé, j’ai adoré sa façon de faire réfléchir le lecteur, de le rendre acteur du roman. Avec Thilliez, je suis devenue, à mon tour, le temps de ma lecture, une enquêtrice. J’ai récolté les indices, je me suis interrogée, je me suis retourné l’esprit, et j’ai adoré ça ! Je ne hiérarchise pas mes lectures, et encore moins celle des autres. Mépriser ceux qui aiment la littérature « populaire », parce que nous lisons nous-mêmes des œuvres parfois très complexes et qui n’ont rien de « populaire », est tout simplement intolérable. Et la journaliste d’associer le nom du personnage Sharko à l’ancien président Sarkozy puis à la maladie de Charcot, et de se lancer quelques fleurs, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même concernant les flatteries. Pour moi, les deux dernières phrases résument à la perfection la terrible réalité qui se cache derrière cet article :

« Voilà ce que c’est que d’avoir une pensée en arborescence. Il en résulte des difficultés de concentration, que visiblement la jeune lectrice du métro n’a pas, captivée comme elle est. »

Mépris. Voilà le mot qui caractérise cet article. Cette journaliste, parce qu’elle a lu – ou plutôt parce qu’elle mentionneLambeaux de Charles Juliet ou La Tache de Philip Roth (auquel elle pense probablement parce qu’il vient de nous quitter), se considère donc comme supérieure à ces lecteurs qui se contentent de Thilliez ou Chattam. Elle a « une pensée en arborescence », et bien je lui dis : félicitations. Et de s’opposer à cette « jeune lectrice du métro », qu’elle juge sur la base d’un seul livre qu’elle lui voit dans les mains. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es, n’est-ce pas ? Peut-être, mais réduire une personne à une seule de ses lectures revient à un jugement hâtif et inapproprié. La mépriser pour cette lecture est totalement honteux.

Parler d’un auteur, Thilliez, que l’on n’a probablement jamais lu et décider de le mépriser parce qu’il se vend bien, n’est pas digne d’une journaliste. Ce billet d’humeur de Marine Landrot est dérangeant, car il témoigne d’un mépris de classe. Etre journaliste à Télérama, il y a pire dans la vie. C’est une situation professionnelle plutôt confortable, et la chance de fréquenter des milieux privilégiés n’est pas donnée à tout le monde. Alors, en étant journaliste à Télérama, il semblerait que l’on ne doive pas lire de littérature populaire. Libre à elle de lire ce qu’elle veut, et libre à chacun de lire ce qu’il veut. Charles Juliet et Franck Thilliez peuvent se côtoyer dans une bibliothèque ou dans une valise. Et j’ajouterais qu’ils sont tout simplement incomparables et que, finalement, tout le développement de cet article est aporétique. Comment opposer deux œuvres qui n’ont absolument rien à voir l’une avec l’autre ?

franckthilliez

Je voulais revenir sur cet article, car je considère qu’il est symptomatique d’une réalité de notre société. Au quotidien, je vois tant de gens qui pensent gagner en prestige en achetant les œuvres de Philip Roth en Pléiade par exemple, pour les poser sur leurs étagères et laisser leurs invités en contempler les tranches dorées. Mais je préfère largement avoir de longues conversations avec les lecteurs passionnés de polars, qui ont lu le dernier Thilliez et l’ont adoré, qui veulent acheter le nouveau Giébel ou encore imaginent l’intrigue du prochain Norek ! Mentionner des œuvres en les élevant comme parangon de la bonne littérature, de celle qu’il faut lire, ne suffit pas à l’intelligence. Apprenez, madame la journaliste, qu’il n’y a pas de « il faut » qui vaille en littérature.

Alors, non, je n’ai pas honte d’aimer Thilliez. Et j’encourage chacun à lire les auteurs qu’il souhaite lire, à glisser dans son sac à dos Sharko ou un autre roman populaire, ou un Balzac, un Roth, un Juliet, un Atwood, un Chattam, un Musso, un Darrieussecq ou n’importe quel livre. L’important, c’est la curiosité, le plaisir tiré de la lecture.

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#266 Entre deux mondes – Olivier Norek

Le résumé…

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

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Mon avis…

Olivier Norek, cet auteur que j’aime, que j’adule… Il s’agit d’un des auteurs de polar qui me donne le plus de frissons, par le réalisme de ses œuvres – qui reflètent sa connaissance du milieu – et ses excellentes intrigues. [Allez, je quitte le mode « groupie ».] Mais Entre deux mondes est assez différent de ce qu’il a écrit jusqu’ici… Ce livre dépasse le simple « polar », il est porteur d’une profonde humanité, il est d’une intensité folle… Une fois tournée la première page, impossible de le lâcher. Olivier Norek ne nous épargne pas, rend compte d’une réalité terrible qui nous est à la fois proche et distante… J’ai tout simplement été bluffée. De toutes mes lectures de ce début d’année, celle-ci est la plus marquante. Entre deux mondes est un véritable coup de cœur. [Bon, je n’ai pas réussi à  quitter le mode « groupie », oups.]

L’auteur nous entraîne dans un entre-deux mondes, rempli d’âmes errantes, parfois égarées, parfois en quête d’un sens, parfois guidés par les plus mauvaises intentions… ou par les meilleures… Il nous fait découvrir des personnages extrêmement attachants, nous unit à leur destin, nous lie à eux. Olivier Norek nous plonge dans la jungle de Calais, qui porte si bien son nom… Un univers sauvage, impitoyable, dangereux. Un univers de souffrance et d’attente. L’intrigue policière est là, dans le fond du roman, mais la portée humaine voire sociale est dominante, à mon avis. Je ne sais pas si je classerais vraiment ce roman dans les polars… mais après tout, le genre importe peu ! L’important, c’est le contenu de ce livre, qui est simplement une merveille… Je ne peux pas trop en dire, malheureusement, comme toujours avec les excellents livres… la crainte de ne pas trouver les bons mots, de ne pas assez bien exprimer le « waouh » ressenti…

Bon, qu’attendez-vous ? Lancez-vous. Olivier Norek est une découverte à faire absolument, un membre à part entière de la grande bande des auteurs français contemporains. Laissez-vous entraîner dans cet univers dur et angoissant, avec la plume pourtant bienveillante et tendre d’Olivier Norek. De la brutalité, oui, mais aussi de la douceur, de la tendresse… En bref, de l’émotion.

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Coup de cœur