#382 La chambre des officiers – Marc Dugain

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Le résumé…

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une  » gueule cassée « . Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres.
Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

Mon avis…

J’ai enfin lu La chambre des officiers de Marc Dugain ! De ce roman, qui date de 1999, je n’ai entendu que du bien… Je l’ai dévoré, le temps d’un aller-retour en train. C’est en effet un livre assez court, qui se lit vraiment bien et qui, en cela, me semble vraiment pouvoir s’adresser à tous les publics, y compris les jeunes. Il raconte l’histoire d’Adrien, beau jeune homme qui, mobilisé dans le génie pendant la Première Guerre mondiale, est défiguré par un éclat d’obus dans les premiers jours du conflit, avant même que les combats ne commencent officiellement. Il est le tout premier blessé de la face en France, la toute première « gueule cassée ». Ce roman raconte donc son quotidien à l’hôpital du Val de Grâce, près de Paris, où il ne voit des combats et de la guerre que les nombreux blessés graves qui affluent à l’arrière. La « chambre des officiers », c’est celle dans laquelle on l’installe dès son arrivée. Les blessés sont « classés » selon leur rang. Dans cette salle, il rencontrera d’autres officiers blessés, et construira des amitiés durables. Ce roman montre bien l’esprit de camaraderie qui peut naître, même dans les pires épreuves, mais aussi tous les obstacles que devaient surmonter ces personnes.

Ce roman est passionnant car il nous fait entrer dans la vie d’Adrien, à travers une narration à la première personne qui nous permet d’imaginer, ne serait-ce qu’un peu, ce que devait ressentir une gueule cassée. En cela, le livre de Marc Dugain était assez singulier à l’époque de sa sortie car, en vérité, les blessés de la face, bien que très nombreux, avaient tendance à être invisibilisés en littérature. Depuis, nous avons aussi vu passer Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, dans lequel l’un des personnages principaux, Édouard Péricourt, est aussi une gueule cassée. J’ai beaucoup aimé la présence étonnante d’une femme parmi tous ces blessés. Le roman met en effet en scène la variété des blessures mais aussi celle des victimes, et l’horreur que cela représente. Il permet également de montrer leur retour à la vie civile, parfois extrêmement compliqué, parfois impossible. C’est un roman très fort, écrit avec un style simple et accessible, qui permet de porter un regard profondément humain sur ce conflit dévastateur et précisément marqué par l’inhumanité.

Carte d’identité du livre

Titre : La Chambre des Officiers
Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : 6 janvier 2000

5 étoiles

#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#326 Les Fantômes d’hiver – Kate Mosse

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Le résumé…

La Grande Guerre a anéanti toute une génération, fauchée à la fleur de l’âge… Dans le cas de Freddie Watson, un jeune Anglais du Sussex, elle lui a pris son frère bien-aimé. Hanté par cette disparition, il erre sans savoir comment échapper à cette douleur lancinante Au cours de l’hiver 1928, Freddie voyage dans le Sud-Ouest de la France, quand sa voiture quitte la route. Encore sous le choc, il s’enfonce en chancelant dans les bois et trouve refuge dans un village isolé. Là, lors d’une sorte de fête médiévale, il rencontre Fabrissa, une belle jeune femme qui pleure elle aussi ses disparus. Au cours de la nuit, Fabrissa raconte à Freddie une étrange histoire. Le lendemain, à son réveil, Freddie se demande si tout cela n’était pas un rêve. Pourtant il existe bien un mystère lié au passé cathare du village…

Mon avis…

Une escapade en bibliothèque m’a fait découvrir ce roman de Kate Mosse, dont je connais surtout Labyrinthe. Contrairement à ce dernier qui est un pavé, Les Fantômes d’hiver est un texte assez court, qui se lit en à peine quelques heures. Selon moi, il ne s’agit pas, comme semble le suggérer le résumé, d’un livre qui parle de la Grande Guerre. L’évocation de ce sujet est plutôt un prétexte à une mise en regard de deux époques et deux épisodes meurtriers : d’un côté la guerre, de l’autre les massacres des cathares. Dans les deux cas, il y a des esprits et des ombres qui hantent encore les jours et les nuits des vivants. Ces fantômes sont-ils bienveillants ? C’est une des questions que l’on pourrait être amenés à se poser. A mon sens, ce livre est plus un conte poétique – et parfois mystique – qu’un roman historique comme on pourrait l’imaginer. C’est un texte très beau qui nous parle de l’oubli, de l’absence, mais aussi de la mémoire et de la rémanence. J’ai pu constater qu’il été catégorisé comme « thriller » par les éditions Le Livre de Poche, mais je suis encore plus en désaccord là dessus qu’avec la notion de « roman historique » choisie par JC Lattès. Il peut tout de même être un peu angoissant pour quelques âmes sensibles. C’est un texte assez inclassable, au croisement de plusieurs genres. Sans être d’une originalité folle, il s’agit d’un livre subtil, bien écrit, qui vient toucher le coeur des lecteurs avec efficacité. Le talent de Kate Mosse se démontre ici dans un texte qui saura séduire le plus grand nombre. Je le conseille fortement pour une soirée lecture au coin du feu ou pendant un orage !

Carte d’identité du livre

Titre : Les Fantômes d’hiver
Autrice : Kate Mosse
Traductrice : Valérie Rosier
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 06 janvier 2010

4 étoiles

#325 Dans les bras de Verdun – Nick Dybek

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Le résumé…

1921. Tom, originaire de Chicago, ancien ambulancier pendant la guerre, travaille à l’ossuaire de Verdun. Il y rencontre Sarah, Américaine à la recherche de son mari disparu. Ils vont vivre une passion fulgurante. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent à Bologne, où un soldat amnésique inconnu attire les foules. Dans la ville italienne où monte le fascisme, Tom et Sarah croisent Paul, journaliste autrichien intéressé par le malade. L’homme sans passé détient aussi un lourd secret.
1950. Santa Monica aux Etats-Unis. Tom, devenu un scénariste plus ou moins reconnu, recroise Paul lors d’une soirée à Los Angeles. Les souvenirs remontent, brisant les mensonges passés.

Mon avis…

En ce moment, je lis énormément de livres concernant la guerre, en particulier 14-18. Ce roman est intéressant car Nick Dybek se penche sur l’après-guerre, à savoir le début des années 20. Ses deux personnages principaux sont un homme et une femme, tous deux américains. Ce roman permet de découvrir l’importante application des Etats-Unis dans la fin de la guerre et les années qui ont suivi. Ici, nous avons d’un côté Tom, qui travaille à l’ossuaire de Verdun, un emploi compliqué et parfois difficile psychologiquement. Il reçoit régulièrement des familles ou des épouses en quête du corps de leur proche disparu pendant le conflit. Cela nous permet d’envisager une réalité parfois ignorée du grand public : la difficulté pour les personnes de faire le deuil des êtres aimés lorsque les corps n’ont pas été retrouvés. Un jour, Tom rencontre Sarah, une femme qui cherche désespérément son époux, qu’elle ne parvient pas à croire mort. Il est aussi question d’un soldat inconnu, bien vivant celui-ci mais amnésique. Tous et toutes veulent y voir un fils, un père, un époux, un amant… Mais qui est-il vraiment ? Ce livre est à la fois un roman d’amour et le portrait d’une époque. J’ai beaucoup aimé le second aspect, sans parvenir à me passionner pour le premier. C’est un regard américain porté sur la guerre que nous propose Nick Dybek. Si je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue, j’ai apprécié la transformation des recherches documentaires en fiction historique.

Carte d’identité du livre

Titre : Dans les bras de Verdun
Auteur : Nick Dybek
Traductrice : Karine Lalechère
Éditeur : Les Presses de la Cité
Date de parution : 06 septembre 2018

3 étoiles

presse cité  netgalley

Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley France pour cette lecture.

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