#276 Sciences de la vie – Joy Sorman

joy sorman

Le résumé…

Nombre de médecins qui se sont penchés sur les cas saugrenus de la famille de Ninon Moise ont échoué à les guérir, parfois même à simplement les nommer. Depuis le Moyen Âge, les filles aînées de chaque génération sont frappées, les catastrophes s’enchaînent. Ninon, dix-sept ans, dernière-née de cette lignée maudite, a droit à un beau diagnostic : allodynie tactile dynamique, trois mots brandis pour désigner ce mal mystérieux qui brûle la peau de ses bras sans laisser de traces, et sans explications.

Mais Ninon, contrairement à ses aïeules, ne se contente pas d’une formule magique, veut être soignée par la science, et entend échapper au déterminisme génétique, aux récits de sorcières qui ont bercé son enfance, pour rejoindre le temps, adulte, des expériences raisonnées. C’est une décision, celle de contrarier sa propre histoire, de s’inventer une nouvelle identité, de remonter le courant de son intuition initiale, qui lui a fait dire un 19 janvier au réveil je suis maudite comme toutes les autres.

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Mon avis…

Joy Sorman est une autrice dont j’ai déjà eu l’occasion de parler, avec la chronique de son roman La peau de l’ours, très différent de celui que je vais vous faire découvrir aujourd’hui. S’ils ont des points communs, ce serait le thème du corps et de l’âme qui se cache sous la peau. Sciences de la vie, c’est l’histoire mystérieuse d’une malédiction familiale, dont Ninon est la malheureuse héritière. De génération en génération, chaque fille aînée est touchée par une maladie, toujours étrange, incurable et irrationnelle. Mais voilà, Ninon vit avec son temps, elle a conscience des évolutions de la médecine. Et, contrairement aux autres femmes de la famille, elle décide de lutter contre la fatalité. Joy Sorman nous livre le récit éprouvant et passionnant de sa recherche désespérée de la guérison. Ninon passe de médecin en médecin, rencontre un chamane très louche pour une expérience extatique en pleine forêt de la région parisienne – une scène très amusante, d’ailleurs -, bref, elle explore toutes les issues possibles. L’autrice met des mots sur les douleurs et les espoirs. Le travail sur le langage, ses tours et ses détours, la façon dont il peut ou non s’adapter à la réalité du corps, est tout simplement impressionnant. C’est un livre magnifique, plein d’humour, de tendresse et d’ironie. Une petite perle au style à la fois travaillé et délicat, une aventure… et quelle aventure : celle de la vie d’une femme qui a bien l’intention de ne pas se laisser faire.

Coup de cœur

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#270 Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

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Le résumé…

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
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Mon avis…

Ce roman de la rentrée littéraire est un livre étonnant. Passé malheureusement assez inaperçu dans la masse des sorties de fin d’année, Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire passionnante, narrant le destin de femmes qui rompent avec ce qu’elles sont pour prendre en main leur destin. Emmanuelle Favier nous fait découvrir une coutume très particulière et méconnue, celle des « vierges jurées », mais en excluant toute volonté documentaire, pour nous plonger dans une fiction prenante. Les personnages, attachants, doivent combattre pour se faire leur place dans la société, tout en restant en accord avec leur être intérieur. Un vrai combat. Il s’agit d’un livre très poétique mais réaliste, nous emmenant dans des paysages froids et rudes. Manushe et Adrian, à la fois forts et fragiles, sont des êtres de papier qui prennent vie sous nos yeux et dans nos esprits. Ils se transforment page après page, évoluent, cherchent leur voie et nous surprennent sans cesse. De l’amour, de l’amitié, beaucoup d’émotions… Un livre à découvrir absolument, pour sa beauté et son inventivité. Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire qu’on ne peut pas vraiment raconter, sous peine de gâcher le plaisir de la lecture. La surprise est, en effet, au rendez-vous.

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#267 Underground Railroad – Colson Whitehead

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Le résumé…

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
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Mon avis…

La rentrée littéraire, ses centaines de livres, un véritable labyrinthe culturel… et dans ce dédale de pages, un livre a su se détacher : Underground Railroad. L’auteur explore les dessous méconnus de l’histoire de l’esclavagisme en Amérique, fondus dans un récit marqué par son imagination d’enfant… Le réseau souterrain acheminant les esclaves en fuite d’un état à l’autre, vers le nord, prend la forme d’un véritable chemin de fer majestueux, de grandes gares se dissimulant sous les maisons des résistants… Une aventure fantastique attend Cora, mais une aventure dangereuse. Ce livre est l’occasion de découvertes bouleversantes et étonnantes. Les personnages, attachants, en quête de leur liberté, permettent à l’auteur de dresser le portrait sans concession d’une Amérique que l’on ne regrette pas.

Underground Railroad fait partie des livres qui prennent une dimension particulière dans le contexte actuel. Alors que l’élection de Trump remet en question tout ce que l’on croyait acquis, la fiction donne l’occasion à l’auteur de poser un regard critique sur la société aux fondements de ce qu’est aujourd’hui son pays. Absurdité, violence, horreur. L’esclavage prend de nouveaux visages. Ce roman, en plus d’être instructif et de nous secouer un bon coup, est doté d’une excellente intrigue. Du début à la fin, le suspense est total. Colson Whitehead nous entraîne dans un voyage éprouvant, intense… Un des incontournables de la rentrée littéraire 2017, de toute évidence.

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#262 Treize jours – Roxane Gay

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Fille de l’un des hommes les plus riches d’Haïti, Mireille Duval Jameson mène une vie confortable aux États-Unis. Mais alors qu’elle est en vacances à Port-au-Prince avec son mari Michael et leur bébé Christophe, Mireille est kidnappée. Ses ravisseurs réclament un million de dollars à son père. Pourtant, ce dernier refuse de payer la rançon, convaincu que toutes les femmes de sa famille seraient alors enlevées les unes après les autres. Pendant treize jours, Mireille vit un cauchemar. Son ravisseur, dit le commandant, est d’une cruauté sans nom. Comment survivre dans de telles conditions et, une fois libérée, comment surmonter le traumatisme, pardonner à son père et recréer une intimité avec son mari ?

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Roxane Gay

Mon avis…

Encore un coup de cœur dans cette rentrée littéraire 2017, et pas des moindres. Les premières pages m’avaient laissée un peu sceptique, mais ce sentiment est très vite passé. L’histoire que traverse Mireille est tout bonnement choquante, violente et bouleversante. Et cela ne peut pas laisser indemne. Ce roman est un véritable chef d’oeuvre d’émotions. Roxane Gay dépeint parfaitement la détresse humaine, l’égarement et la colère qu’une femme peut ressentir après avoir vécu les pires épreuves. Et, surtout, ce qui m’a le plus touché, le vide qui habite un être brisé. C’est une sensation des plus difficiles à rendre, des plus complexes à décrire, et l’auteure a réussi cet exploit… Ce roman, bien qu’il s’agisse d’une fiction, est profondément réel dans la souffrance qu’il décrit, comme dans la richesse – et la bassesse – de l’être humain qu’il explore.

C’est un texte passionnant, que l’on dévore, que l’on ne lâche pas. Il prend aux tripes et absorbe totalement l’esprit jusqu’à l’ultime page. Chaque mot est un pas en avant dans la compréhension d’une violence sans nom. Clairement, ce livre secoue, ébranle, perturbe. Il laisse une profonde trace, peut réveiller quelques troubles – selon le vécu de chacun. Mais c’est un roman qui dit des choses essentielles, des choses brutales mais dont chacun devrait prendre conscience un jour. Malgré ce qu’il a bousculé en moi, ce livre m’a plu, pour la force qu’il dégage, l’émotion qu’il communique, l’espoir qu’il redonne, parfois. Roxane Gay donne une voix à des victimes, tout en explorant un territoire, Haïti, en mettant en évidence les problèmes qui secouent le monde, chaque jour. Elle montre jusqu’où la sensation d’être né au mauvais endroit, du mauvais côté de la route, peut mener. Jusqu’à quelles extrémités, quelle violence. En bref, Treize jours est un beau roman, dans tous les sens du terme, et une expérience vibrante, qui laisse une sensation étrange…

rentrée littéraire

#257 La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

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Le résumé…

1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Perón est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

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Mon avis… 

Ce roman est avant tout le fruit d’un très intéressant travail journalistique. Olivier Guez fait le tri entre les multiples on-dits et légendes sur la disparition du tristement célèbre médecin nazi Josef Mengele et tente de nous révéler la vérité sur ce qu’il est devenu durant toutes ces années. Le résultat est une sorte de biographie romancée, sur une partie de sa vie, celle qui commence par son exil en Argentine. L’auteur nous fait pénétrer dans les pensées, les cauchemars et les angoisses de cet homme, sans oublier de nous montrer son caractère monstrueux. Il illustre la force des convictions morbides du médecin d’Auschwitz, convictions l’ayant mené aux pires extrémités, sans jamais ressentir la moindre culpabilité.

Ce texte fait partie de ceux qui semblent attirer le plus de lecteurs en ce début de rentrée littéraire. Il explore un pan caché de la grande Histoire, en se focalisant sur l’histoire personnelle d’un homme que beaucoup se refusent à voir comme tel, y voyant surtout un monstre, une machine animée par la seule cruauté. Sans minimiser cet aspect de Josef Mengele, l’auteur nous fait découvrir une vie d’exil, de fuite constante, celle d’un homme sans regrets sauf celui d’avoir quitté son pays et de ne pouvoir poursuivre ses terribles projets. Il n’est pas le seul à s’être réfugié en Amérique du Sud, et Olivier Guez nous décrit toute une société germanique d’après-guerre, se complaisant sous la protection d’apprentis dictateurs dans des pays ensoleillés. Ils gardent un œil lointain sur le vieux continent, réfléchissant parfois à leur retour, à une vengeance digne de ce nom… Ce récit, en partie romancé, a le don de mettre un peu mal à l’aise. La principale raison ? On aurait aimé que la fin soit différente de la réalité, que le monstre ne s’éteigne pas en paix, de l’autre côté de l’océan…

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#256 Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq

Le résumé…

Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme.

Mon avis… 

Notre vie dans les forêts est probablement un des livres que j’attendais le plus pour cette rentrée littéraire. Marie Darrieussecq y renoue avec le style de son premier roman, Truismes, et nous présente un récit dystopique à la première personne, très troublant, sous la forme d’un journal écrit dans les dernières heures d’une vie bien étrange… On ne sait pas trop à quelle époque tout cela se passe, mais elle n’est pas si éloignée de nous. Reprenant le thème très actuel du transhumanisme, l’auteure nous présente un monde où les hommes ont trouvé la solution pour vivre éternellement. Les plus riches ont leur clone attitré, un réservoir d’organes à leur disposition pour pallier à tout problème de santé… La narratrice semble en faire partie. Mais tout n’est pas si simple. Sa vie touche à sa fin, ce qui n’aurait jamais dû advenir… Qu’en est-il vraiment ? Comment a-t-elle atterri dans cette forêt, à se terrer comme une bête traquée, à nous raconter avec confusion son histoire ?

Ce roman est teinté d’inquiétude, d’angoisse, d’incompréhension. Les personnages sont confrontés à des choses qu’ils ne parviennent pas à appréhender. Ils sont constamment connectés à tout : leurs mains sont devenus des souris, leur esprit des ordinateurs, leurs yeux des écrans… Qu’est-ce qui les différencie désormais des robots ? Toute la question est là. Marie ou Viviane, la narratrice, s’interroge. Elle éprouve d’étranges sentiments pour son clone, qu’elle a tendance à voir comme une sœur jumelle, une sœur parfaite, sans tous les défauts qu’elle a elle-même. Elle ne la rencontre que dans une atmosphère aseptisée, elle est sans cesse surveiller, mais le lien grandit. La grande question dans ce roman, c’est finalement la place qu’il reste pour l’humanité, dans un monde où l’humain peut vivre éternellement, s’il en a les moyens. Et, d’ailleurs, où commence l’humanité d’un être ? Toutes ces questions se bousculent dans l’esprit de la narratrice, puis dans le nôtre. Progressivement, Marie Darrieussecq nous suggère quelques éléments de réponse, nous décrit le monde tristement réaliste qu’elle a imaginé, use de son talent pour nous accrocher à son récit. On ne lâche pas ce livre avant de l’avoir fini. Une perle de cette rentrée littéraire, définitivement.

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Rentrée littéraire 2017 : mes chroniques !

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B26774Fille de l’un des hommes les plus riches d’Haïti, Mireille Duval Jameson mène une vie confortable aux États-Unis. Mais alors qu’elle est en vacances à Port-au-Prince avec son mari Michael et leur bébé Christophe, Mireille est kidnappée. Ses ravisseurs réclament un million de dollars à son père. Pourtant, ce dernier refuse de payer la rançon, convaincu que toutes les femmes de sa famille seraient alors enlevées les unes après les autres. Pendant treize jours, Mireille vit un cauchemar. Son ravisseur, dit le commandant, est d’une cruauté sans nom. Comment survivre dans de telles conditions et, une fois libérée, comment surmonter le traumatisme, pardonner à son père et recréer une intimité avec son mari ? Lire la chronique !

 

ppm_medias__image__2017__9782226317308-x (1)Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ? En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Écrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent un secret qui tue… Lire la chronique !

 

 

sous ses yeux

Passionnée d’ornithologie depuis son enfance, Lily Gullick ne s’éloigne jamais de sa paire de jumelles. Depuis l’appartement qu’elle occupe avec son mari, elle ne se contente toutefois pas d’observer les oiseaux. Elle ne peut en effet s’empêcher d’espionner ses voisins, en particulier les derniers habitants d’une vieille résidence, un vestige dans ce quartier qui s’embourgeoise à vue d’œil. Alors qu’elle vient de faire connaissance d’une de ses occupantes, Jean, cette dernière est retrouvée morte dans des conditions étranges. Lily, qui croit connaître presque intimement tous ses voisins pour les avoir longuement observés, décide de mener son enquête. Celle-ci, commencée par désœuvrement, pour fuir un mari de plus en plus lointain, une vie un peu trop déprimante, tourne vite à l’obsession. Lire la chronique !

Goby6pmsUn manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo. « J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. » L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout. Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve. Lire la chronique !

CVT_Notre-vie-dans-les-forets_1377« Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. » Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s’est imposé à elle alors qu’elle travaillait sur un autre projet et qu’elle a écrit d’une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif. C’est un roman à la première personne, où l’héroïne découvre au fur et à mesure qu’elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire. Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s’y cache avec d’autres. D’autres ? Des compagnons de fuite, loin d’un monde qu’on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu’ils ont emmenés avec eux dans leur fuite. Lire la chronique !

9782246813156-001-T.jpegMontmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit… Minuit, Montmartre s’inspire d’un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue… Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l’absinthe tuent aussi sûrement que la guerre. Ce roman poétique, d’une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d’un conte. Lire la chronique !

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Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société. Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia. Lire la chronique !

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Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre. À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. » Lire la chronique !

abeillesAngleterre, 1851. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Cependant, la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : pour impressionner son fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire. Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils, converti au végétarisme, rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée par l’inquiétante disparition des abeilles ? Chine, 2098. Les insectes ont disparu. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser la nature à la main. Pour son petit garçon, elle rêve d’un avenir meilleur. Mais, lorsque ce dernier est victime d’un accident, Tao doit se plonger dans les origines du plus grand désastre de l’humanité. Lire la chronique !

L-insoumise-de-la-porte-de-Flandre

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté. Lire la chronique !

 

#254 Gabriële – Anne et Claire Berest

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À paraître le 23 août 2017

Le résumé…

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société. Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

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Gabriële Bufffet-Picabia et son époux Francis Picabia

Mon avis…

« Gabriële est un être libre et, pourquoi pas, libre au point d’exercer sa liberté en la sacrifiant. »

Un des sujets à la mode, cette année, semble être les destins de femmes hors du commun. Gabriële y trouve parfaitement sa place. Cette biographie romancée raconte l’histoire de Gabriële Buffet-Picabia, femme du peintre espagnol rival de Picasso, confidente de Guillaume Apollinaire et maîtresse de Marcel Duchamp. Cette femme, d’abord musicienne, devient le pilier des mouvements avant-gardistes du vingtième siècle. Au milieu d’hommes, elle devient leur attache, leur repère, celle qui les guide vers la nouveauté, le jamais vu et le jamais fait. Ce roman permet l’exploration de la vie artistique du siècle passé, avec la (re)découverte de figures atypiques et exceptionnelles. Étant passionnée d’art comme de littérature, j’ai aimé découvrir de plus près certains personnages, en particulier Apollinaire et Duchamp, auxquels les auteures ont su donner une profondeur et du relief.

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Portraits multiples de Marcel Duchamp

En parlant des auteures… il s’agit des arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia. Pour elles, il s’agit de redonner forme à l’histoire de leur famille, souvent tue et cachée. Car, comme toute histoire, celle-ci contient sa part d’obscurité. En s’efforçant d’être objectives, elles rendent compte de ce qu’elles ont appris de leur arrière-grand-mère, sans cacher ses mauvais côtés, toit en soulignant son rôle central dans la vie artistique de l’époque. Cette femme a vécu avant tout pour l’art, et c’est ce qui ressort de ce roman. Mais les auteures sont tout de même très conscientes de leur lien étroit avec leur sujet, et n’hésitent pas à évoquer leur ressenti, à donner leurs impressions au fur et à mesure de l’écriture, des recherches.

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C’est un roman biographique, ou une biographie romancée, à plusieurs facettes, à l’image de la complexité de la figure à laquelle il s’intéresse. Je le conseille vivement pour plusieurs raisons. D’abord, il s’agit de découvrir une véritable révolution artistique, depuis son centre, son cœur. Ensuite, ce roman est passionnant, en particulier en raison de la complexité de ses personnages, dont la vie est déjà très romanesque. Enfin, il fait redécouvrir une figure oubliée, celle de Gabriële Buffet-Picabia et j’espère que cela donnera lieu à plus de recherches et de reconnaissance à son sujet.

rentrée littéraire

#244 L’Insoumise de la Porte de Flandre – Fouad Laroui

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À paraître le 17 août 2017

Le résumé…

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté.

LAROUI Fouad

Mon avis…

Ce petit roman de la rentrée littéraire est un texte très riche, qui trouve beaucoup d’échos dans l’actualité de ces dernières années. Écrire un livre sur Molenbeek, les attentats, l’islamisme, peut paraître chose délicate, mais Fouad Laroui a trouvé le bon angle. Cette histoire est avant tout celle d’une femme, qui se trouve piégée dans un monde où les hommes décident. Quelle vie peut-elle avoir, en tant que musulmane, dans le quartier désormais connu de Molenbeek, mais connu pour de mauvaises raisons ? Comment prendre sa revanche ? Cette femme a un projet, que le lecteur ne peut que deviner, sans jamais vraiment savoir ce qu’il en est vraiment. Elle a élaboré un plan, veut mettre en place une forme de vendetta, se venger de tous ces hommes qui contrôlent sa vie et décident de l’image qu’elle doit avoir en tant que femme. Pourtant, les évènements vont la dépasser, et la folie des hommes va être plus forte que sa volonté.

Fouad Laroui, dans ce court roman passionnant et addictif, tisse une histoire profondément moderne, dessine le portrait d’une femme au fou désir de vivre et de s’émanciper. Elle se donne des apparences de femme soumise, pour mieux revendiquer son insoumission. L’actualité trouve des échos dans cette histoire singulière, et l’auteur nous propose de jouer avec la peur qui est aujourd’hui la nôtre. Ce texte ne se veut pas moralisateur et ne cherche pas à simplifier de façon forcée ce qui est tout sauf simple. Il décrit des destins, celui d’une femme et de plusieurs hommes, dans une atmosphère de soupçon et de remises en question. J’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement très original et inattendu d’un sujet d’actualité, pour la façon dont il développe des vies, des pensées, les confronte avec la réalité. J’ai apprécié le décalage entre ce que l’on s’attend à lire et ce que l’on lit vraiment.

rentrée littéraire