#270 Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

9782226400192-j

Le résumé…

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
Résultat de recherche d'images pour "albanie neige"

Mon avis…

Ce roman de la rentrée littéraire est un livre étonnant. Passé malheureusement assez inaperçu dans la masse des sorties de fin d’année, Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire passionnante, narrant le destin de femmes qui rompent avec ce qu’elles sont pour prendre en main leur destin. Emmanuelle Favier nous fait découvrir une coutume très particulière et méconnue, celle des « vierges jurées », mais en excluant toute volonté documentaire, pour nous plonger dans une fiction prenante. Les personnages, attachants, doivent combattre pour se faire leur place dans la société, tout en restant en accord avec leur être intérieur. Un vrai combat. Il s’agit d’un livre très poétique mais réaliste, nous emmenant dans des paysages froids et rudes. Manushe et Adrian, à la fois forts et fragiles, sont des êtres de papier qui prennent vie sous nos yeux et dans nos esprits. Ils se transforment page après page, évoluent, cherchent leur voie et nous surprennent sans cesse. De l’amour, de l’amitié, beaucoup d’émotions… Un livre à découvrir absolument, pour sa beauté et son inventivité. Le courage qu’il faut aux rivières est une histoire qu’on ne peut pas vraiment raconter, sous peine de gâcher le plaisir de la lecture. La surprise est, en effet, au rendez-vous.

rentrée littéraire

 

Publicités

#264 Nos richesses – Kaouther Adimi

137380_couverture_Hres_0

Le résumé…

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

Résultat de recherche d'images pour "kaouther adimi"

Kaouther Adimi

Mon avis…

Ce roman est une surprise de la rentrée littéraire. Nos richesses propose un résumé tentant, qui suggère une histoire riche, mêlant littérature et Histoire. Promesse tenue. Le livre retrace la vie d’Edmond Charlot, jeune libraire et éditeur qui sera le premier à publier Camus. En parallèle, on retrouve l’aventure de Ryad, qui obtient pour stage la responsabilité de vider la librairie qui, à l’origine, a appartenu à Charlot. Le job paraît facile, mais c’est sans compter l’importance qu’a pris ce lieu dans la vie du petit quartier d’Alger, dans les esprits de ses habitants. Même si personne n’y entre plus, même si, depuis des années, les livres ne se vendent plus, la librairie reste un élément du décor, un endroit précieux. Abdallah, comme Ryad, n’aimait pas lire, mais il a veillé sur ce lieu pendant des années, et garde encore un œil sur lui maintenant qu’on veut le transformer en boutique de beignets.

Résultat de recherche d'images pour "edmond charlot"

Edmond Charlot

Les personnages de ce livre ont beaucoup de profondeur, une longue histoire derrière eux, et souvent un lien très personnel à la librairie de Charlot. Kaouther Adimi peint toute une période de l’histoire d’Alger, nous montre un monde en transformation, en mutation, touché de plein fouet par la guerre et les révoltes. Elle nous décrit ce que la ville est devenue, au fil des années, à travers le parcours romanesque d’Edmond Charlot. Elle réinvente le journal de cet homme, qui a réellement vécu, et retrace l’évolution de son commerce, de ses débuts prometteurs à sa fin chaotique, tandis que d’autres éditeurs séduisent ses auteurs, que la guerre complique l’acheminement du  papier, les publications… C’est un roman véritablement passionnant, qui parle avec sensibilité de l’importance de la lecture, des livres en général, et qui nous décrit le paysage littéraire en Algérie pendant la guerre. Une peinture profonde de quelques personnages, et à travers eux de toute une ville, et d’un pays.

rentrée littéraire

#263 Frappe-toi le cœur – Amélie Nothomb

9782226399168-j

Le résumé…

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » – Alfred de Musset

Résultat de recherche d'images pour "frappe toi le coeur amélie nothomb"

Mon avis…

Les romans d’Amélie Nothomb sont toujours parmi les plus attendus de la rentrée littéraire : il suffit d’observer les énormes piles de livres reçus par les libraires, des dizaines et des dizaines portant son visage. L’auteure fait partie des incontournables. Cette fois, elle laisse le mystère planer sur son roman. Ce n’est certainement pas la quatrième de couverture qui donnera la moindre indication, puisqu’elle ne consiste qu’en une simple citation. Sans gâcher le plaisir de la lecture, je dirais qu’après avoir « tué le père », il s’agit cette fois de tuer la mère. Amélie Nothomb nous plonge dans les relations ambiguës qui unissent des femmes, toutes mères et filles. Elle explore la cruauté qui habite parfois ce lien intime, et surtout la jalousie qui peut opposer les unes et les autres. Dans un roman court et efficace, elle raconte une vie, traversée par celles de plusieurs autres femmes, et nous montre de quelle façon grandit une jeune fille jalousée par sa mère.

L’histoire en elle-même est prenante, le livre se lit très bien et constitue un moment agréable. On retrouve moins quelques obsessions d’Amélie Nothomb, comme le champagne et le goût du luxe… Pourtant, peu d’originalité tout de même pour ce nouveau roman. Le problème, avec Amélie Nothomb, j’imagine, c’est que la surprise de la première fois passe vite… Quand on a lu un roman, on a la sensation de les avoir tous lus. Et celui-ci ne fait pas exception. Malgré tout, il serait faux de dire que ce n’est pas un bon livre. Il ne s’agit certainement pas d’un coup de cœur, ni de la grande découverte de la rentrée littéraire. Amélie Nothomb entretient l’habitude de ses lecteurs, leur offre une nouvelle histoire comme elle sait en faire, un livre à ajouter à leur collection. C’est un moment attendu chaque année, qui répond justement aux attentes, mais sans plus. A lire, si vous aimez Nothomb, à éviter si vous n’accrochez pas à son style !

rentrée littéraire

#259 Sous ses yeux – Ross Armstrong

sous ses yeux

A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Passionnée d’ornithologie depuis son enfance, Lily Gullick ne s’éloigne jamais de sa paire de jumelles. Depuis l’appartement qu’elle occupe avec son mari, elle ne se contente toutefois pas d’observer les oiseaux. Elle ne peut en effet s’empêcher d’espionner ses voisins, en particulier les derniers habitants d’une vieille résidence, un vestige dans ce quartier qui s’embourgeoise à vue d’œil. Alors qu’elle vient de faire connaissance d’une de ses occupantes, Jean, cette dernière est retrouvée morte dans des conditions étranges. Lily, qui croit connaître presque intimement tous ses voisins pour les avoir longuement observés, décide de mener son enquête. Celle-ci, commencée par désœuvrement, pour fuir un mari de plus en plus lointain, une vie un peu trop déprimante, tourne vite à l’obsession.

Avec ce thriller psychologique exceptionnel, qui connaît un succès sans précédent dans les pays anglo-saxons, Ross Armstrong prend son personnage principal – et son lecteur – à son propre piège. Jouant sur les mécanismes contagieux du voyeurisme, il dévoile, par une série de rebondissements époustouflants, les surprises qui parfois nous attendent quand nous nous plongeons dans la vie des autres pour esquiver la nôtre.

Résultat de recherche d'images pour "voyeurisme"

Mon avis…

L’éditeur nous présente ce roman comme un hybride de La fille du train et de Fenêtre sur cour… Prometteur, donc ? Le premier a été un véritable coup de cœur pour moi, un livre que je ne suis pas prête d’oublier en raison de sa virtuosité. C’est donc avec beaucoup de curiosité et un brin d’impatience que j’ai commencé Sous ses yeux. En effet, le côté voyeuriste de la narratrice est assez proche de celui de La fille du train, tout comme son absence totale de fiabilité ! Sans être d’une originalité folle, l’histoire se déroule à travers les jumelles de cette femme qui passe son temps à observer ses voisins… Très vite, elle finit par se mêler (un peu trop) de la vie des autres, et cela lui joue des tours. Elle se retrouve à son tour traquée, observée… et son enquête pour découvrir qui a tué Jean semble tomber dans une impasse… Le roman repose sur une observation clairvoyante : on ne connaît plus nos voisins. Quand on vit dans une résidence, un immeuble, on croise des gens, on entend de multiples emménagements et déménagements, mais qui peut se vanter de connaître ces personnes qui partagent les mêmes murs ?

Tout le roman se base sur la curiosité malsaine d’une femme, qui cherche à connaître ceux qui vivent autour d’elle, sans jamais vraiment accéder à leur vérité profonde. Elle capte quelques images, quelques moments, quelques apparences, et crée ses propres personnages, les imagine capables de certaines choses, les voit bons, mauvais… Elle écrit son propre roman. Le lecteur se laisse vite emporter dans l’imagination de Lily, confondant rapidement ses projections, les créations de son esprit, avec la réalité de ces personnages. Qui est coupable du meurtre ? Les suspects de Lily sont-ils vraiment mauvais, ou n’est-ce qu’une illusion ? Et ses amis ? De plus, qui est ce « tu » auquel elle s’adresse dans l’écriture de son journal ? Beaucoup de mystères sont distillés par Ross Armstrong, et la manipulation s’étend jusqu’aux dernières pages. Et c’est sûrement ça, la recette d’un bon thriller. Sans que ce roman soit un immense coup de cœur comme La fille du train, c’est une lecture très agréable, perturbante comme il faut, avec son lot de rebondissements et de retournements de situation comme on les aime !

rentrée littéraire

#258 « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

Goby6pms

A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »
L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

Valentine-Goby-voyez-vous-vinciane-lebrun-verguethen-2

Valentine Goby

Mon avis…

“Je me promets d’éclatantes revanches” est une citation de Charlotte Delbo. Cette femme, que l’on connaît parfois seulement de nom, devient ici le sujet d’un livre. Valentine Goby nous raconte sa rencontre avec Charlotte Delbo, à travers ses textes, les souvenirs qu’elle livre des années de guerre, du temps passé à Auschwitz. Il y a deux facettes à ce livre. D’une part, l’auteure nous raconte, à sa façon, la vie de Charlotte Delbo. D’autre part, elle nous parle de la littérature, et des histoires qui peuvent naître de la lecture d’un livre. C’est un message d’amour à la littérature, à une auteure et une femme exceptionnelle. Valentine Goby nous donne envie de (re)découvrir Charlotte Delbo, d’apprendre à mieux la connaître, à reconsidérer son oeuvre et son rôle dans la transmission mémorielle de la seconde guerre mondiale. “Je me promets d’éclatantes revanches” est un très beau texte et un plaidoyer pour que cette femme soit mise en avant, qu’on lui restitue une place de choix dans le discours historique comme dans la littérature. Valentine Goby a en tout cas réussi son pari me concernant, car j’ai la ferme intention de m’emparer des oeuvres de Charlotte Delbo, que je connaissais déjà un peu, mais pas suffisamment à mon avis !

RvpXZScnJxCexc88D2USr8c2FA4

Charlotte Delbo

rentrée littéraire

#255 Minuit, Montmartre – Julien Delmaire

coeur_115

Coup de coeur

9782246813156-001-T.jpeg

A paraître le 23 août 2017

Le résumé…

Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit… Minuit, Montmartre s’inspire d’un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue… Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l’absinthe tuent aussi sûrement que la guerre. Ce roman poétique, d’une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d’un conte.

massaida-on-the-divan-1912

Masseïda, par Steinlen.

Mon avis…

Pour la rentrée littéraire 2017, encore une histoire de femme. Minuit, Montmartre, c’est un récit qui nous plonge dans le Paris du vingtième siècle, dans le monde des peintres, du Chat Noir, à l’époque où la fée électricité commence à illuminer les rues. Julien Delmaire, en bon poète, nous livre un texte brillant de douceur, d’images, à la façon d’un peintre. Sans tomber dans un style obscur, il raconte avec poésie la vie d’une femme noire, à la voix envoûtante, qui trouve amour et protection chez un vieux peintre. Elle en devient la compagne et la muse, dans un quotidien rythmé par une affection platonique. La femme passionne, fascine, perturbe les hommes et les femmes de Montmartre, s’y creuse une place. Elle devient un élément du décor parisien. L’auteur nous décrit ce Paris du siècle passé avec beaucoup de profondeur, de réalisme et de virtuosité. L’ensemble forme un tableau touchant et dépaysant, donnant l’opportunité d’un voyage dans le temps.

1200px-Théophile-Alexandre_Steinlen_-_Tournée_du_Chat_Noir_de_Rodolphe_Salis_(Tour_of_Rodolphe_Salis'_Chat_Noir)_-_Google_Art_Project

J’ai aimé la subtilité de l’écriture toute en poésie, la profondeur des personnages et de leurs ambitions, la beauté paradoxalement délicate d’un Paris sale et délaissé, encore en retard sur son temps. C’est un roman court mais efficace, qui trace avec tendresse le destin d’une femme, entourée d’hommes, à l’heure où change le monde, avec l’arrivée de l’électricité, de la guerre, des grandes entreprises urbanistiques… Minuit, Montmartre fait partie des romans de la rentrée littéraire qui nous font redécouvrir ce que nous pensions connaître, dessinant une histoire passionnante et touchante, explorant l’âme humaine avec beaucoup de clairvoyance et d’authenticité.

9df926cc1007bf2885f44dea1cd9d786

Allumeur de réverbères, Paris, vers 1900.

rentrée littéraire

#253 C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

coeur_115

Coup de cœur

atwood

Le résumé…

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.

À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

atwood2

Margaret Atwood

Mon avis…

Et oui, Margaret Atwood n’est pas que l’auteure de La Servante écarlate, loin de là ! Son dernier  livre, C’est le cœur qui lâche en dernier, vient de sortir en France… Il reste un peu dans la même lignée, avec un style exceptionnel, toujours dans la dystopie et la satire des vices de l’espèce humaine. L’histoire est tout aussi originale. Aux Etats-Unis, la crise a laissé de nombreuses personnes dans la misère quotidienne. Quand Stan et Charmaine ont l’opportunité de changer de vie, ils se disent que rien ne peut être pire que ce qu’ils ont connu… Ont-ils raison ? Toute la question est là… L’être humain, chez Margaret Atwood, n’a pas bon fond. La générosité est loin de guider les actes. Alors que cache Consilience ? Derrière toutes ces opportunités, des secrets inavoués hantent les murs de la prison… Chacun révèle ses défauts et ses vices, en croyant y gagner une meilleure vie.

Progressivement, Stan et Charmaine s’enfoncent dans une étrange histoire, de plus en plus obscure, sur fond d’adultère, de sexe et de trahisons… Le sexe, parlons-en… Encore une fois, au centre de l’œuvre… En même temps, avec l’argent, n’est-ce pas ce qui guide le monde ? Margaret Atwood n’a pas peur des mises en scène tordues et envisage avec une certaine clairvoyance les fantasmes parfois très malsains des êtres humains… Tout cela dans un univers, malgré tout, moins grave que dans La Servante écarlate, avec plus d’humour et d’ironie, à coup de Marylin Monroe et d’Elvis Presley ! Elle manipule avec talent les bons et surtout les mauvais côtés d’une société en déclin, questionne la force de l’espoir, les sacrifices que l’on est prêt à consentir pour obtenir une meilleure vie… Elle montre un monde en déclin, où les criminels deviennent les sauveurs, où les trahisons s’apparentent à des opportunités, où les vices prennent la forme des vertus. Original, parfois drôle, souvent malsain, et terriblement addictif.

rentrée littéraire

#252 Une histoire des abeilles – Maja Lunde

coeur_115

Coup de cœur

abeilles

Le résumé…

Angleterre, 1851. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Cependant, la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : pour impressionner son fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire.

Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils, converti au végétarisme, rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée par l’inquiétante disparition des abeilles ?

Chine, 2098. Les insectes ont disparu. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser la nature à la main. Pour son petit garçon, elle rêve d’un avenir meilleur. Mais, lorsque ce dernier est victime d’un accident, Tao doit se plonger dans les origines du plus grand désastre de l’humanité.

Mon avis…

Nous le savons tous, la disparition des abeilles est un véritable enjeu contemporain. Maja Lunde prend en main cette réalité et crée une fiction en partie dystopique, nous faisant redécouvrir le monde à partir de cette perspective. A trois périodes différentes, l’auteure nous présente trois personnages, liés par leur rapport aux abeilles. A partir de ces trois époques, elle dessine une « histoire » de ces insectes essentiels à notre vie, et nous fait comprendre l’importance de leur présence pour l’espèce humaine. L’histoire la plus touchante, probablement, est celle qui se déroule après la disparition des abeilles, ce qu’on appelle dans le roman « l’Effondrement ». Une grande partie de la population humaine, de la faune et de la flore, a disparue. Sans abeilles, le monde entier a été bouleversé. La nourriture est devenue un luxe. Tao, une femme chinoise, travaille à la place des abeilles, à la pollinisation des vergers, afin de fournir l’alimentation de la population. Un jour, sa vie est bouleversée par un accident subi par son petit garçon. Elle mène alors l’enquête pour découvrir ce qui lui est arrivé, et découvre vite que cela pourra changer la face du monde tel qu’elle le connaît.

Ce roman, s’il démarre un peu lentement, rend vite accro. Tout en nous livrant une fiction passionnante, l’auteure nous propose une réflexion écologiste et humaine très profonde. Ce n’est pas un livre qui laisse indifférent. Sans être moralisatrice, elle nous montre les enjeux, et la chance que nous devrions saisir si nous voulons échapper à ce triste destin qui s’annonce. C’est un roman résolument moderne, ancré dans l’actualité, terriblement réaliste. Maja Lunde s’inspire des recherches dans le domaine, des réflexions déjà menées par des scientifiques, et les place à notre hauteur. Une histoire des abeilles, malgré son ambition, reste aussi un divertissement, un récit qui nous fait tourner les pages les unes après les autres. Partez donc à la découverte de tout un univers, celui des abeilles, de l’apiculture, et embarquez pour un voyage dans le passé et dans le futur, pour dessiner un vaste panorama d’un monde que les ruches font vivre.

rentrée littéraire

#181 Dans le jardin de l’ogre – Leïla Slimani

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

«Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre.»

Afficher l'image d'origine

Mon avis…

J’ai découvert ce roman à l’occasion d’une émission de La Grande Librairie, excellent programme de France 5. Leïla Slimani livre ici son premier roman en retraçant l’histoire d’une jeune femme à priori comme les autres… Seulement à priori… En réalité, elle est nymphomane, elle ne peut pas se passer de sexe, d’aventures parfois violentes, elle cache cela à son entourage, au mieux qu’elle le peut… Elle ne se sent bien qu’en étant contre un homme, en devenant l’objet d’un amant… Il ne faut pas pour autant voir ce roman comme un livre érotique ou pornographique, nous en sommes loin. Ce livre a surtout la particularité d’avoir une certaine profondeur psychologique, rien n’est gratuit.

Ce roman, c’est celui du naufrage d’une femme, entraînée par son corps dans un tourbillon sans fin. On se rend compte très vite que ce qui pourrait paraître un choix de vie original est en fait un piège dont Adèle ne parvient pas à se sortir. Alors que Leïla Slimani pourrait succomber à la tentation de rendre son livre sexuellement excitant, elle fait tout le contraire. La violence est omniprésente, un peu écœurante tant elle est crue. L’auteure utilise un style réaliste, simple et efficace, aucune pensée n’est passée sous silence. C’est sûrement cette écriture sans tabou qui fait de cette oeuvre un roman qui frappe, qui reste en mémoire. Leïla Slimani donne ici une voix aux femmes dont on parle peu, accro au sexe, envers et contre tout, qui pourtant rêverait de se contenter de la simplicité, de l’amour et de la tendresse.

Afficher l'image d'origine

Ma note…

.