#360 Le paradoxe du bonheur – Aminatta Forna

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Le résumé…

Un soir de février, à Londres, un renard traverse un pont, une femme percute un passant. Elle est américaine, il est ghanéen. A partir de cet événement presque banal, Aminatta Forna tisse le long de la Tamise, à deux pas des monuments et des beaux quartiers, une succession de rencontres improbables entre ces deux personnages et des étrangers de l’ombre qui travaillent dans les arrière-cours des théâtres, les parkings ou les cuisines des palaces. Une communauté disparate d’exilés qui, sans se connaître, se mobilisent pour rechercher un petit garçon dont on a perdu la trace. Un roman sur la vie souterraine des grandes métropoles, sur la cohabitation entre les humains réunis par le hasard ou les guerres du monde, entre les hommes et les animaux sauvages. Un récit entrecroisé sur le bonheur qui, et c’est le moindre des paradoxes, est là où on ne l’attend pas et qui tient parfois à la présence d’un renard sur un pont, à Londres, un soir de février.

Mon avis…

Deux personnages se croisent, ou plutôt se bousculent. Ils ne se connaissent pas mais, à ce moment-là, leurs destins se lient. Attila et Jean (prononcez à l’anglaise) sont deux êtres qui n’étaient pas vraiment faits pour se rencontrer, et pourtant… Tandis que Jean suit un renard, elle percute cet homme, ce géant ghanéen. Le roman dessine avec douceur et tendresse l’évolution de leurs sentiments, leur rapprochement. Mais toute cette histoire ne tourne pas autour des seuls Attila et Jean, loin de là. Nous croisons de nombreux personnages, tous aussi étonnants, colorés et touchants les uns que les autres. Ce livre est aussi frais et éblouissant que sa couverture.

« Il arrive un moment où l’on voit un nouvel amour, la personne qui pourrait devenir un nouvel amour ; l’éventualité du sentiment a été prononcée mais il est encore possible de faire marche arrière, l’un ou l’autre peut encore s’écarter du précipice. »

Jean et Attila, malgré leurs différences apparentes, ont des points communs. Tous deux veulent sauver ce qui peut encore l’être. D’un côté les animaux – renard, coyotes, oiseaux… – et de l’autre les esprits. L’une est scientifique, l’autre est psychiatre. Cela donne lieux à de très beaux moments dans le récit. Les descriptions d’animaux sont magnifiques, leur présence est à la fois constante et fragmentée. La psychologie des personnages, quant à elle, est particulièrement bien travaillée. Ils prennent vie dans les pages et paraissent étrangement réels.

Ce livre, malgré quelques petites longueurs parfois, est vraiment une très belle découverte. J’ai beaucoup apprécié cette plongée dans Londres, une ville que l’on croit connaitre et qui pourtant nous réserve de nombreuses surprises. Adorant les livres où il est question d’animaux, je n’ai pu qu’apprécier les réflexions soulevées par ce roman, en particulier concernant le lien qui unissent animaux et humains. C’est un texte qui fait réfléchir sur le monde, le tout avec une belle écriture qui est parfaitement retranscrite grâce à la traduction de Claire Desserrey. P.S. : Si vous aimez les renards, lancez-vous sans hésiter.

Carte d’identité du livre

Titre : Le paradoxe du bonheur
Autrice : Aminatta Forna
Traductrice : Claire Desserrey
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 9 janvier 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Delcourt pour cette lecture.

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#353 Sujet inconnu – Loulou Robert

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Le résumé…

J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là, je suis condamnée à cette histoire.

Sujet inconnu, c’est, dans un style brut et très contemporain, l’histoire d’un amour qui tourne mal. Entre jeux de jambes et jeux de mains, l’héroïne de ce roman boxe, court, tombe, se relève, danse, au rythme syncopé de phrases lapidaires et d’onomatopées. Plus la violence gagne le récit, plus on est pris par cette pulsation qui s’accélère au fil des pages. Un roman écrit d’une seule traite, d’un seul souffle, dans l’urgence de gagner le combat, dans l’urgence de vivre, tout simplement.

Mon avis…

L’exploration de la rentrée littéraire continue avec un roman très singulier : Sujet inconnu de Loulou Robert. Il s’agit d’un texte qui est loin d’être classique, qui est au contraire on ne peut plus contemporain, actuel, et aussi torturé que l’est notre société. Loulou Robert y mêle douceur et brutalité, sensualité et violence, avec un style tout à la fois sec et voluptueux, tranchant et caressant. Accrochez-vous bien, ce texte ne pourra pas vous laisser indifférent. On aime, ou on n’aime pas. Mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a un talent fou. Je vous préviens d’ores et déjà, il faut aimer l’écriture saccadée, rythmée et battante, comme le cœur.

Je dis je. Cette histoire existe. Réelle ou pas. Elle existe. La réalité, on s’en fout. La réalité n’écrit pas d’histoires. Je. Tu. Il. Elle ne vit pas. Elle ne mange pas. Ne ressent pas. Ne baise pas. N’aime pas. Ne meurt pas.

Je ne veux pas être réelle.

Rythme de la vie, panique, excitation, désir, peur, hâte… Loulou Robert livre un texte mimétique de l’âme humaine. La pensée y arrive par vagues, déferlante, envoutante, elle nous engloutit, veut nous noyer, nous pousse à lutter pour respirer. C’est un combat pour la vie, pour cette vie qui nous pénètre et nous anime jusqu’aux cellules les plus enfouies et passives. Tout est mouvement, agitation. Et c’est tout simplement beau, exaltant.

Vivante comme jamais. Même dans les pleurs. Je n’ai jamais autant pleuré que cette année. Autant ri. Bu. Mangé. Joui. Dansé. Je me suis envolée. Je me suis crashée. J’ai eu peur. J’ai toujours peur. La peur stimule. Je cours toujours. Crie plus fort. Va chercher. Le sujet inconnu. Je suis le sujet inconnu.

Loulou Robert nous narre la découverte des autres, mais surtout la découverte de soi. Qui est je ? tu ? il ? elle ? Si l’on n’était pas pleinement dans la vie, on aurait le sentiment que l’autrice fait l’autopsie de notre société, de toutes ces individualités effacées dans un collectif, avec un « je », au milieu de tout ça – elle, peut-être ? – qui lutte pour continuer à exister. Elle nous raconte la rencontre d’un personnage avec elle-même, une autre, une inconnue, qui naît lorsqu’elle arrive dans la capitale, un monde bien différent de sa campagne natale. Le choc. Et le charme qui opère.

Carte d’identité du livre

Titre : Sujet inconnu
Autrice : Loulou Robert
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

rentrée littéraire

#344 La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov – Nadia Oswald

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Le résumé…

Février 1919. Une jeune fille se réveille dans le lit d’une clinique de Berlin, amnésique, après s’être jetée dans le fleuve. Le mystère autour de son identité commence, en même temps qu’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Est-ce Anastasia Romanov, la dernière survivante du clan Romanov épargnée par les bolcheviks… ou l’ambitieuse petite paysanne schwab de Pologne qui réussira toute sa vie à donner le change auprès des familles impériales de la planète en se faisant passer pour la défunte princesse ? L’héroïne reconstruit sa mémoire et son identité… mais sont-ce bien les siennes ?

Mon avis…

Basé sur des faits historiques, ce roman nous raconte la longue descente d’Anna Anderson dans les profondeurs du mensonge. Amnésique, elle s’identifie au personnage d’Anastasia Romanov, la Grande Duchesse russe… Nadia Oswald nous fait ce récit de façon assez neutre et objective. Les phrases sont parfois assez longues, le rythme de la narration est lent. Cela donne un aspect presque « documentaire » au roman. J’étais très intriguée par « les vies d’Anastasia Romanov », car mon imaginaire est, je l’avoue, habité par le dessin animé qui a bercé mon enfance… Bon, ici, très honnêtement : rien à voir ! J’ai très vite dû effacer cette référence de mon esprit (j’en connaissais déjà l’inexactitude historique, bien sûr), car ce livre fait le portrait d’une toute autre Anastasia. Au coeur de ce roman, le mensonge, l’imposture, la hantise de l’oubli... Nadia Oswald nous montre la volonté d’un grand nombre de perpétuer les souvenirs de la Russie impériale… En croyant en la survie d’Anastasia, en voyant la Grande Duchesse en Anna, c’est tout un pan de l’histoire russe qu’ils tentent de préserver. En soi, le propos est intéressant et particulièrement instructif… Mais j’aurais aimé que ce récit soit aussi passionnant, et ce n’était pas le cas. Je me suis très vite ennuyée… Je pense que c’est aussi dû au style de l’autrice, qui cherche semble-t-il à préserver une certaine distance critique avec les personnages… Elle cherche à décrire un processus psychologique, l’enfouissement d’Anna dans le déguisement d’Anastasia, où elle finit par s’effacer complètement. Mais, du coup, difficile de rendre plaisante et divertissante une telle lecture… Dommage.

Carte d’identité du livre

Titre : La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov
Autrice : Nadia Oswald
Éditeur : Le Nouvel Attila
Date de parution : 13 avril 2018

2 étoiles

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Merci à NetGalley et aux éditions Le Nouvel Attila pour cette lecture.

#323 Moi, l’interdite – Ananda Devi

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Le résumé… 

Murée dans la solitude et le silence pour devenir invisible puisqu’indésirable, une femme est face à elle-même. Les seuls témoins de son existence sont des colonies d’insectes, le regard d’un chien et l’ombre d’un homme…

Mon avis…

Je vous avais parlé, il y a peu, d’un roman magnifique et atypique intitulé Manger l’autre. Cela avait été un véritable coup de coeur ! Et bien, aujourd’hui, j’aimerais vous faire découvrir Moi, l’interdite, qui est un texte plus ancien de la même autrice. Nous plongeons, cette fois aussi, dans la vie d’un personnage rejeté de tous et de toutes car hors norme : une jeune femme avec un bec de lièvre. En raison de cette particularité physique, elle est exclue de la société. C’est donc encore l’occasion, pour Ananda Devi, de parler du corps, d’une femme, d’une société, avec toujours la présence quasi obsessionnelle de la nourriture, de la faim, mais aussi de l’animalité. Là aussi, le roman est d’une poésie envoutante. Chaque phrase pourrait se lire et se relire à l’infini tant elle est belle et subtile. C’est un texte très court mais qui fait vraiment son effet, et qui va forcément marquer les lecteurs par sa force. Si vous avez, comme moi, une forte tendance à l’analyse littéraire – déformation professionnelle ou non – vous y trouverez de quoi vous faire plaisir ! C’est un roman profondément métaphorique, qui a plusieurs niveaux de lecture. Ananda Devi sait parler de la condition féminine, des exclus, de la société, de l’apparence… Vous le verrez, chaque page est un trésor pour le lecteur attentif.

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Instagram @juliette.sa

En quelques mots…

poétique du corps
subtil et profond
absolument magnifique
sur l’exclusion
condition féminine

Carte d’identité du livre

Titre : Moi, l’interdite
Autrice : Ananda Devi
Éditeur : Dapper
Date de parution : 10 septembre 2000

5 étoiles

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Coup de coeur

#295 Sang famille – Michel Bussi

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Le résumé…

« Tel un soleil brutal, la lumière du phare des Enchaînés inonde la pièce. Une seconde à peine. Puis l’obscurité reprend le dessus, simplement percée du halo des lampes torches.
Je vais mourir ici.
C’est une certitude.
Une seule question me hante, la dernière : jusqu’où sont-ils prêts à aller pour me faire avouer ?  A fouiller ma mémoire, comme s’ils pouvaient en arracher les souvenirs qu’ils convoitent ?
Tout est allé si vite, à peine quatre jours.
Je n’étais alors qu’un adolescent parmi d’autres.
Un orphelin.
C’est du moins ce qu’on avait toujours voulu me faire croire…
 »

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Mon avis…

Commençons par une remarque importante : Sang famille n’est pas un nouveau roman de Michel Bussi. Il a déjà paru il y a un certain nombre d’années, en 2009 précisément, mais c’est ici le Sang famille 2.0 que nous avons sous les yeux : retravaillé par l’auteur, mais aussi accompagné d’une petite préface resituant ce livre, son intrigue, etc. Comme toujours (un exemple : Le temps est assassin), l’auteur nous propose une plongée dans une atmosphère estivale : ici un camp de vacances sur une île imaginaire au large de la Normandie. Au menu : chasse au trésor, criminels en liberté, tromperies et complots, méchants gangsters… La méfiance est de mise. Ce roman m’a un peu fait retomber en enfance, en raison de son ambiance un peu « club des cinq ». C’est simple, sans prétention, mais ça fait son effet. On se divertit, on passe un bon moment de lecture, on essaie nous aussi de déchiffrer les énigmes… Sang famille est un bon polar d’été comme sait les faire Michel Bussi. C’est léger, animé, plutôt bien écrit, dépaysant et reposant. On se laisse entraîner sans problème dans ce récit, guidé par des personnages simples et efficaces, le tout est bien construit… Un bon Bussi comme on les aime.
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ancienne couverture de Sang famille

#283 Comme une mule qui apporte une glace au soleil – Sarah Ladipo Manyika

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Le résumé…

Le professeur Morayo Da Silva s’apprête à fêter son anniversaire, alors elle sort acheter des fleurs. Cette Mrs Dalloway nigériane porte fièrement ses soixante-quinze printemps et ses turbans aux mille couleurs, et aime par-dessus tout retrouver son petit monde dans les rues de Haight-Hashbury, San Francisco, sa ville de cœur depuis deux décennies. On croise ainsi Dawud, commerçant palestinien ; Mike, un policier apprenti-romancier ; Mme Wong, toujours un balai à la main ; Sunshine, la jeune voisine indienne qu’elle a prise sous son aile; ou encore Rachel une jeune SDF fan de Grateful Dead… La vie des autres, elle l’expérimente aussi au gré des romans qui tapissent les murs de son appartement et dont les personnages dialoguent entre eux.

Morayo chuchote à notre oreille, elle nous confie sa vie intérieure, sa sagesse bienheureuse, ses souvenirs d’ailleurs, et ses secrets les plus intimes. Qu’on se le dise, malgré les croche-pieds du quotidien, elle ne donnera jamais à personne l’occasion de la traiter de « petite vieille ». Plus qu’un credo, elle a fait de Staying alive ah ah ah, la BO de sa vie.

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Sarah Ladipo Manyika

Mon avis…

Première impression sur ce livre : quelle magnifique couverture ! Cela pourrait paraître superficiel mais admettons que ces couleurs attirent l’œil et donnent envie. Et, pour le coup, la couverture est à l’image du livre : coloré, enthousiasmant, solaire… J’ai toujours eu un peu de mal avec ce qu’on appelle couramment les romans feel good. Et, pour la première fois, il y a un livre qui m’a vraiment semblé mériter ce nom, le voici. Dans ce récit, l’autrice nous raconte l’histoire de Morayo Da Silva, une femme de 75 ans qui vient du Nigéria et vit à San Francisco. Dans la vie, c’est une femme vive, pleine de couleurs, qui a le don de provoquer des sourires partout où elle passe. Comme nous, elle est amoureuse des livres et ceux-ci lui rendent bien.

Son anniversaire arrive, elle en profite pour revenir avec calme et philosophie sur son passé et son présent, tout en envisageant son avenir. Elle repense à tous ceux qu’elle a croisés, aux rencontres qu’elle a faites. Mais la vie n’est pas finie pour elle, loin de là. Et des rencontres, elle en fait encore. Son corps fatigue un peu, lui réclame du repos. Ce roman, c’est donc aussi l’histoire d’un duel entre une énergie intérieure et le temps qui passe. Morayo est un personnage inspirant, remplie d’une soif de vie et de découverte qui ne peuvent que nous donner envie de respirer un bon coup et de se laisser entraîner au fil des rues.

Ce roman, c’est le portrait d’une femme, mais aussi le portrait de la société qui fourmille autour d’elle. Une société cosmopolite, variée, qui bouge sans cesse. Dans ce livre, tout est beau. Et une lecture aussi rafraîchissante, gaie, enthousiasmante, ne peut que faire du bien. Comme une mule qui apporte une glace au soleil est un petit roman merveilleux, le premier de l’autrice à être traduit en français, et je tiens à remercier les éditions Delcourt pour cette découverte. Je conseille vivement la lecture de ce roman pour les vacances, quand on a juste envie d’une lecture douce et apaisante, à la fois légère et profonde. Sarah Ladipo Manyika fait entrer le soleil dans l’esprit de ses lecteurs et leur présente un personnage fort, à raison comparé à la célèbre Mrs Dalloway de Woolf.

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#280 L’ours est un écrivain comme les autres – William Kotzwinkle

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Le résumé…

Il était une fois un ours qui voulait devenir un homme… et qui devint écrivain. Ayant découvert un manuscrit caché sous un arbre au fin fond de la forêt du Maine, un plantigrade comprend qu’il a sous la patte le sésame susceptible de lui ouvrir les portes du monde humain – et de ses supermarchés aux linéaires débordants de sucreries… Le livre sous le bras, il s’en va à New York, où les éditeurs vont se battre pour publier l’œuvre de cet écrivain si singulier – certes bourru et imprévisible, mais tellement charismatique ! Devenu la coqueluche du monde des lettres sous le nom de Dan Flakes, l’ours caracole bientôt en tête de liste des meilleures ventes…

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William Kotzwinkle

Mon avis…

Dans la lignée de John Fante et Paul Auster, William Kotzwinkle nous offre une aventure farfelue et palpitante, celle d’un ours qui décide, du jour au lendemain, de devenir écrivain à succès. Grâce à la maladresse et au manque de chance du véritable auteur, il met en effet la patte sur un manuscrit qui s’avère ne pas être mauvais du tout. Très vite, il trouve sa place dans la société humaine, tout le monde n’y voit que du feu ! C’est un écrivain taciturne que cet ours. Pourtant, personne ne semble s’interroger sur sa drôle d’allure et sa peu de maîtrise des normes sociales. On se dit que c’est un original, cet écrivain, et ça plait ! Tandis que l’ours prend la place de l’humain, l’auteur du roman à succès reste, lui, dans le Maine. Progressivement, à son tour, il imite l’ursidé. William Kotzwinkle écrit un livre plein d’humour, très riche et foisonnant, à l’intrigue amusante et fouillée, dans lequel il se moque avec singularité et malice du monde littéraire, de sa folie conventionnelle et de ses folles conventions ! Au programme, de l’ironie, un récit complètement décalé et divertissant, un bon roman à l’américaine, portrait d’une société qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et réflexion sur l’humanité, sur l’animalité. C’est fou, frais, perché et c’est aussi moqueur, et parfois, il faut le reconnaître, ça fait du bien de se laisser porter par les mots et les pages !

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#278 Bénédict – Cécile Ladjali

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Le résumé…

Bénédict, enfant d’une mère iranienne et d’un pasteur suisse, a grandi entre l’Orient et l’Occident, bercé par la poésie soufie et le souffle de l’Apocalypse, debout au milieu des contraires. Plus tard, devenu Maître Laudes pour ses étudiants, professant la littérature comparée à l’université de Lausanne et, un semestre sur deux, à celle de Téhéran, son enseignement singulier et sa mystérieuse personne inspirent passions et sentiments contradictoires à son public. C’est aussi que Bénédict semble une figure provocante, éminemment androgyne, affranchie des contraintes de sa naissance, prosélyte d’une parole de tolérance et de résistance, qui fait résonner dans les amphithéâtres des mots de liberté, ceux d’une révolution culturelle à conduire, ceux d’un monde où s’effacerait la dramatique et douloureuse séparation entre les sexes.

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Mon avis….

Comme j’avais aimé le magnifique roman Illettré de Cécile Ladjali… Une merveille de subtilité et de douceur, le tout couronné du style poétique de celle qui connaît et aime la langue française. Là encore, l’autrice nous plonge dans la vie d’un personnage jugé différent. Il brouille les frontières, les distinctions de genre, bouleverse ceux et celle qui l’entourent, devient tant leur mentor que leur plus grande crainte. Il représente ce qui n’est pas dans la norme, ce qu’on ne comprend pas. Et là où Cécile Ladjali ajoute une complexité supplémentaire, c’est lorsqu’elle place ce personnage androgyne, tantôt femme tantôt homme, souvent les deux à la fois, séduisant l’un comme l’autre des sexes, dans un pays aux lois terriblement conservatrices : l’Iran. En effet, Bénédict, parfois, quitte la Suisse pour le pays qui a vu naître sa mère. Et, tandis qu’en Suisse son identité floue séduit même si elle inquiète, en Iran elle devient un danger, une menace. Cécile Ladjali, comme dans Illettré, mais avec un sujet bien distinct, nous montre la subtilité de l’identité, de la détermination de soi. Elle nous propose un regard neuf sur l’Iran, sur le genre, sur notre propre société, sur nos perceptions… Deux mondes s’opposent là où deux genres se mêlent. Tandis que tous semblent exiger une prise de position de la part de Bénédict, un geste de réassurance, il exploite une indécision toute affirmée. Le fait de ne pas choisir devient un choix. Cécile Ladjali, particulièrement consciente de notre société en mutation, nous emporte dans une histoire passionnante, sur les traces d’un personnage exceptionnel, à la fois pur et sulfureux, révolté et apaisé. C’est un roman d’une grande sensibilité, qu’on ne peut qu’aimer quand on apprécie les belles tournures sans lourdeur, un style à la fois tendre et tourmenté. Bref, un livre actuel et qui, je l’espère, est destiné à durer.

féminismeblog

> Intersectionnalité <

#267 Underground Railroad – Colson Whitehead

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Le résumé…

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
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Mon avis…

La rentrée littéraire, ses centaines de livres, un véritable labyrinthe culturel… et dans ce dédale de pages, un livre a su se détacher : Underground Railroad. L’auteur explore les dessous méconnus de l’histoire de l’esclavagisme en Amérique, fondus dans un récit marqué par son imagination d’enfant… Le réseau souterrain acheminant les esclaves en fuite d’un état à l’autre, vers le nord, prend la forme d’un véritable chemin de fer majestueux, de grandes gares se dissimulant sous les maisons des résistants… Une aventure fantastique attend Cora, mais une aventure dangereuse. Ce livre est l’occasion de découvertes bouleversantes et étonnantes. Les personnages, attachants, en quête de leur liberté, permettent à l’auteur de dresser le portrait sans concession d’une Amérique que l’on ne regrette pas.

Underground Railroad fait partie des livres qui prennent une dimension particulière dans le contexte actuel. Alors que l’élection de Trump remet en question tout ce que l’on croyait acquis, la fiction donne l’occasion à l’auteur de poser un regard critique sur la société aux fondements de ce qu’est aujourd’hui son pays. Absurdité, violence, horreur. L’esclavage prend de nouveaux visages. Ce roman, en plus d’être instructif et de nous secouer un bon coup, est doté d’une excellente intrigue. Du début à la fin, le suspense est total. Colson Whitehead nous entraîne dans un voyage éprouvant, intense… Un des incontournables de la rentrée littéraire 2017, de toute évidence.

rentrée littéraire

 

#266 Entre deux mondes – Olivier Norek

Le résumé…

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

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Mon avis…

Olivier Norek, cet auteur que j’aime, que j’adule… Il s’agit d’un des auteurs de polar qui me donne le plus de frissons, par le réalisme de ses œuvres – qui reflète sa connaissance du milieu – et ses excellentes intrigues. Mais Entre deux mondes est assez différent de ce qu’il a écrit jusqu’ici… Ce livre dépasse le simple « polar », il est porteur d’une profonde humanité, il est d’une intensité folle… Une fois tournée la première page, impossible de le lâcher. Olivier Norek ne nous épargne pas, rend compte d’une réalité terrible qui nous est à la fois proche et distante… J’ai tout simplement été bluffée. De toutes mes lectures de ce début d’année, celle-ci est la plus marquante. Entre deux mondes est un véritable coup de cœur.

L’auteur nous entraîne dans un entre-deux mondes, rempli d’âmes errantes, parfois égarées, parfois en quête d’un sens, parfois guidés par les plus mauvaises intentions… ou par les meilleures… Il nous fait découvrir des personnages extrêmement attachants, nous unit à leur destin, nous lie à eux. Olivier Norek nous plonge dans la jungle de Calais, qui porte si bien son nom… Un univers sauvage, impitoyable, dangereux. Un univers de souffrance et d’attente. L’intrigue policière est là, dans le fond du roman, mais la portée humaine voire sociale est dominante, à mon avis. Je ne sais pas si je classerais vraiment ce roman dans les polars… mais après tout, le genre importe peu ! L’important, c’est le contenu de ce livre, qui est simplement une merveille… Je ne peux pas trop en dire, malheureusement, comme toujours avec les excellents livres… la crainte de ne pas trouver les bons mots, de ne pas assez bien exprimer le « waouh » ressenti…

Bon, qu’attendez-vous ? Lancez-vous. Olivier Norek est une découverte à faire absolument, un membre à part entière de la grande bande des auteurs français contemporains. Laissez-vous entraîner dans cet univers dur et angoissant, avec la plume pourtant bienveillante et tendre d’Olivier Norek. De la brutalité, oui, mais aussi de la douceur, de la tendresse… En bref, de l’émotion.

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Coup de cœur