#268 Gioconda – Nìkos Kokàntzis

Le résumé… 

La libraire Marie-Jo Sotto-Battesti (librairie Goulard, Aix-en-Provence), en quatrième de couverture de ce livre, le résume ainsi : « Gioconda est un de ces “petits” livres que l’on n’oublie pas de sitôt. Dans la Grèce de la Seconde Guerre mondiale, deux adolescents vont découvrir la magie du désir et de l’amour. La tourmente de la guerre emportera cet amour mais ce livre nous le restitue avec une force, une vérité extraordinaires et nous gardons longtemps au cœur sa lumière. »

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Mon avis…

Ce livre, bien que court, petit par son format, est un très grand livre, et surtout un témoignage émouvant. Avant d’en tourner la première page, on ne s’attend pas un tel choc. J’ai été très touchée par cette lecture, d’une sensibilité folle. L’auteur y raconte une période de sa vie, celle qu’il a partagée avec Gioconda, une jeune femme pleine de vie, aimée et amoureuse. Il narre leurs premiers sentiments, leurs premiers ébats, leurs joies et leurs peurs. Dans ce livre, les mots révèlent une sensualité acharnée. La tendresse, la soif de vivre, la chaleur du soleil et des corps, les battements des cœurs, tout transparaît. Ce témoignage n’est pas tant un récit sur la guerre qu’un véritable hymne à la vie et à l’amour. C’est un texte magnifique que l’auteur nous offre, en rendant hommage à la première femme qu’il a aimée avec une intensité vibrante. Gioconda est probablement un des livres les plus beaux que j’ai eu l’occasion de lire. Il nous happe, nous éprouve et nous émeut. Nìkos Kokàntzis voulait offrir un monument de mots à une jeune fille qu’il n’a jamais pu oublier, partie trop tôt à cause de la folie des hommes, et c’est magnifiquement réussi. Un livre plein de pudeur, entre rêve et réalité, à la fois nécessaire, lumineux, marquant, bouleversant, apaisant et vivant.

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Coup de cœur 

 

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#267 Underground Railroad – Colson Whitehead

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Le résumé…

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
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Mon avis…

La rentrée littéraire, ses centaines de livres, un véritable labyrinthe culturel… et dans ce dédale de pages, un livre a su se détacher : Underground Railroad. L’auteur explore les dessous méconnus de l’histoire de l’esclavagisme en Amérique, fondus dans un récit marqué par son imagination d’enfant… Le réseau souterrain acheminant les esclaves en fuite d’un état à l’autre, vers le nord, prend la forme d’un véritable chemin de fer majestueux, de grandes gares se dissimulant sous les maisons des résistants… Une aventure fantastique attend Cora, mais une aventure dangereuse. Ce livre est l’occasion de découvertes bouleversantes et étonnantes. Les personnages, attachants, en quête de leur liberté, permettent à l’auteur de dresser le portrait sans concession d’une Amérique que l’on ne regrette pas.

Underground Railroad fait partie des livres qui prennent une dimension particulière dans le contexte actuel. Alors que l’élection de Trump remet en question tout ce que l’on croyait acquis, la fiction donne l’occasion à l’auteur de poser un regard critique sur la société aux fondements de ce qu’est aujourd’hui son pays. Absurdité, violence, horreur. L’esclavage prend de nouveaux visages. Ce roman, en plus d’être instructif et de nous secouer un bon coup, est doté d’une excellente intrigue. Du début à la fin, le suspense est total. Colson Whitehead nous entraîne dans un voyage éprouvant, intense… Un des incontournables de la rentrée littéraire 2017, de toute évidence.

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#266 Entre deux mondes – Olivier Norek

Le résumé…

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

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Mon avis…

Olivier Norek, cet auteur que j’aime, que j’adule… Il s’agit d’un des auteurs de polar qui me donne le plus de frissons, par le réalisme de ses œuvres – qui reflètent sa connaissance du milieu – et ses excellentes intrigues. [Allez, je quitte le mode « groupie ».] Mais Entre deux mondes est assez différent de ce qu’il a écrit jusqu’ici… Ce livre dépasse le simple « polar », il est porteur d’une profonde humanité, il est d’une intensité folle… Une fois tournée la première page, impossible de le lâcher. Olivier Norek ne nous épargne pas, rend compte d’une réalité terrible qui nous est à la fois proche et distante… J’ai tout simplement été bluffée. De toutes mes lectures de ce début d’année, celle-ci est la plus marquante. Entre deux mondes est un véritable coup de cœur. [Bon, je n’ai pas réussi à  quitter le mode « groupie », oups.]

L’auteur nous entraîne dans un entre-deux mondes, rempli d’âmes errantes, parfois égarées, parfois en quête d’un sens, parfois guidés par les plus mauvaises intentions… ou par les meilleures… Il nous fait découvrir des personnages extrêmement attachants, nous unit à leur destin, nous lie à eux. Olivier Norek nous plonge dans la jungle de Calais, qui porte si bien son nom… Un univers sauvage, impitoyable, dangereux. Un univers de souffrance et d’attente. L’intrigue policière est là, dans le fond du roman, mais la portée humaine voire sociale est dominante, à mon avis. Je ne sais pas si je classerais vraiment ce roman dans les polars… mais après tout, le genre importe peu ! L’important, c’est le contenu de ce livre, qui est simplement une merveille… Je ne peux pas trop en dire, malheureusement, comme toujours avec les excellents livres… la crainte de ne pas trouver les bons mots, de ne pas assez bien exprimer le « waouh » ressenti…

Bon, qu’attendez-vous ? Lancez-vous. Olivier Norek est une découverte à faire absolument, un membre à part entière de la grande bande des auteurs français contemporains. Laissez-vous entraîner dans cet univers dur et angoissant, avec la plume pourtant bienveillante et tendre d’Olivier Norek. De la brutalité, oui, mais aussi de la douceur, de la tendresse… En bref, de l’émotion.

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Coup de cœur 

#265 Les Mémoires d’un éléphant blanc – Judith Gautier

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Le résumé…

Après avoir été presque une idole, Iravata devient un guerrier ; il est fait prisonnier avec son maître qu’il délivre et sauve de la mort. Puis il est jugé digne d’être le gardien et l’ami de la merveilleuse petite princesse Parvati pour laquelle il invente d’extraordinaires jeux et qui le réduit en un doux esclavage. On verra comment un vilain sentiment qui se glisse dans le cœur d’un bon éléphant, si sage d’ordinaire, le sépare pour longtemps de sa chère princesse, le jette dans des aventures de toutes sortes et lui cause de cuisants chagrins.

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Mon avis…

J’ai découvert par hasard que Théophile Gautier avait une fille, et que celle-ci était aussi écrivaine. Les Mémoires d’un éléphant blanc est ma première lecture de cette auteure. C’est un roman assez agréable à lire, un peu dans le même esprit que Les Mémoires d’un âne de notre chère Comtesse de Ségur, mais en plus exotique. L’histoire se déroule en Inde et on suit les aventures d’un éléphant blanc, rejeté par ses congénères mais vénéré par les hommes qui voient en lui la réincarnation d’un roi défunt. Il est tantôt maltraité, tantôt sacralisé, vivant une vie animée et sans cesse en mouvement. Il nous raconte, de son point de vue, son lien avec les hommes, avec leurs coutumes et leurs traditions. Judith Gautier décrit par ce biais un univers qui la fascine, celui de l’Inde, en le présentant comme un monde coloré et onirique, rempli de superstitions. L’éléphant Iravata lui permet de créer une véritable légende, de livrer à ses lecteurs un conte réussi et très riche. Un petit roman à (re)découvrir si l’on veut explorer les inconnus de la littérature française.

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#264 Nos richesses – Kaouther Adimi

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Le résumé…

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

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Kaouther Adimi

Mon avis…

Ce roman est une surprise de la rentrée littéraire. Nos richesses propose un résumé tentant, qui suggère une histoire riche, mêlant littérature et Histoire. Promesse tenue. Le livre retrace la vie d’Edmond Charlot, jeune libraire et éditeur qui sera le premier à publier Camus. En parallèle, on retrouve l’aventure de Ryad, qui obtient pour stage la responsabilité de vider la librairie qui, à l’origine, a appartenu à Charlot. Le job paraît facile, mais c’est sans compter l’importance qu’a pris ce lieu dans la vie du petit quartier d’Alger, dans les esprits de ses habitants. Même si personne n’y entre plus, même si, depuis des années, les livres ne se vendent plus, la librairie reste un élément du décor, un endroit précieux. Abdallah, comme Ryad, n’aimait pas lire, mais il a veillé sur ce lieu pendant des années, et garde encore un œil sur lui maintenant qu’on veut le transformer en boutique de beignets.

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Edmond Charlot

Les personnages de ce livre ont beaucoup de profondeur, une longue histoire derrière eux, et souvent un lien très personnel à la librairie de Charlot. Kaouther Adimi peint toute une période de l’histoire d’Alger, nous montre un monde en transformation, en mutation, touché de plein fouet par la guerre et les révoltes. Elle nous décrit ce que la ville est devenue, au fil des années, à travers le parcours romanesque d’Edmond Charlot. Elle réinvente le journal de cet homme, qui a réellement vécu, et retrace l’évolution de son commerce, de ses débuts prometteurs à sa fin chaotique, tandis que d’autres éditeurs séduisent ses auteurs, que la guerre complique l’acheminement du  papier, les publications… C’est un roman véritablement passionnant, qui parle avec sensibilité de l’importance de la lecture, des livres en général, et qui nous décrit le paysage littéraire en Algérie pendant la guerre. Une peinture profonde de quelques personnages, et à travers eux de toute une ville, et d’un pays.

rentrée littéraire

#263 Frappe-toi le cœur – Amélie Nothomb

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Le résumé…

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » – Alfred de Musset

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Mon avis…

Les romans d’Amélie Nothomb sont toujours parmi les plus attendus de la rentrée littéraire : il suffit d’observer les énormes piles de livres reçus par les libraires, des dizaines et des dizaines portant son visage. L’auteure fait partie des incontournables. Cette fois, elle laisse le mystère planer sur son roman. Ce n’est certainement pas la quatrième de couverture qui donnera la moindre indication, puisqu’elle ne consiste qu’en une simple citation. Sans gâcher le plaisir de la lecture, je dirais qu’après avoir « tué le père », il s’agit cette fois de tuer la mère. Amélie Nothomb nous plonge dans les relations ambiguës qui unissent des femmes, toutes mères et filles. Elle explore la cruauté qui habite parfois ce lien intime, et surtout la jalousie qui peut opposer les unes et les autres. Dans un roman court et efficace, elle raconte une vie, traversée par celles de plusieurs autres femmes, et nous montre de quelle façon grandit une jeune fille jalousée par sa mère.

L’histoire en elle-même est prenante, le livre se lit très bien et constitue un moment agréable. On retrouve moins quelques obsessions d’Amélie Nothomb, comme le champagne et le goût du luxe… Pourtant, peu d’originalité tout de même pour ce nouveau roman. Le problème, avec Amélie Nothomb, j’imagine, c’est que la surprise de la première fois passe vite… Quand on a lu un roman, on a la sensation de les avoir tous lus. Et celui-ci ne fait pas exception. Malgré tout, il serait faux de dire que ce n’est pas un bon livre. Il ne s’agit certainement pas d’un coup de cœur, ni de la grande découverte de la rentrée littéraire. Amélie Nothomb entretient l’habitude de ses lecteurs, leur offre une nouvelle histoire comme elle sait en faire, un livre à ajouter à leur collection. C’est un moment attendu chaque année, qui répond justement aux attentes, mais sans plus. A lire, si vous aimez Nothomb, à éviter si vous n’accrochez pas à son style !

rentrée littéraire

#262 Treize jours – Roxane Gay

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Fille de l’un des hommes les plus riches d’Haïti, Mireille Duval Jameson mène une vie confortable aux États-Unis. Mais alors qu’elle est en vacances à Port-au-Prince avec son mari Michael et leur bébé Christophe, Mireille est kidnappée. Ses ravisseurs réclament un million de dollars à son père. Pourtant, ce dernier refuse de payer la rançon, convaincu que toutes les femmes de sa famille seraient alors enlevées les unes après les autres. Pendant treize jours, Mireille vit un cauchemar. Son ravisseur, dit le commandant, est d’une cruauté sans nom. Comment survivre dans de telles conditions et, une fois libérée, comment surmonter le traumatisme, pardonner à son père et recréer une intimité avec son mari ?

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Roxane Gay

Mon avis…

Encore un coup de cœur dans cette rentrée littéraire 2017, et pas des moindres. Les premières pages m’avaient laissée un peu sceptique, mais ce sentiment est très vite passé. L’histoire que traverse Mireille est tout bonnement choquante, violente et bouleversante. Et cela ne peut pas laisser indemne. Ce roman est un véritable chef d’oeuvre d’émotions. Roxane Gay dépeint parfaitement la détresse humaine, l’égarement et la colère qu’une femme peut ressentir après avoir vécu les pires épreuves. Et, surtout, ce qui m’a le plus touché, le vide qui habite un être brisé. C’est une sensation des plus difficiles à rendre, des plus complexes à décrire, et l’auteure a réussi cet exploit… Ce roman, bien qu’il s’agisse d’une fiction, est profondément réel dans la souffrance qu’il décrit, comme dans la richesse – et la bassesse – de l’être humain qu’il explore.

C’est un texte passionnant, que l’on dévore, que l’on ne lâche pas. Il prend aux tripes et absorbe totalement l’esprit jusqu’à l’ultime page. Chaque mot est un pas en avant dans la compréhension d’une violence sans nom. Clairement, ce livre secoue, ébranle, perturbe. Il laisse une profonde trace, peut réveiller quelques troubles – selon le vécu de chacun. Mais c’est un roman qui dit des choses essentielles, des choses brutales mais dont chacun devrait prendre conscience un jour. Malgré ce qu’il a bousculé en moi, ce livre m’a plu, pour la force qu’il dégage, l’émotion qu’il communique, l’espoir qu’il redonne, parfois. Roxane Gay donne une voix à des victimes, tout en explorant un territoire, Haïti, en mettant en évidence les problèmes qui secouent le monde, chaque jour. Elle montre jusqu’où la sensation d’être né au mauvais endroit, du mauvais côté de la route, peut mener. Jusqu’à quelles extrémités, quelle violence. En bref, Treize jours est un beau roman, dans tous les sens du terme, et une expérience vibrante, qui laisse une sensation étrange…

rentrée littéraire

#261 Les corps brisés – Elsa Marpeau

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Le résumé…

Sarah est une coureuse de rallye reconnue dans un milieu hautement macho. Un jour, lors d’une «spéciale», elle sort de route. Son coéquipier meurt sur le coup et elle se retrouve plongée dans le coma, avant de se réveiller paralysée des deux jambes. Elle intègre un centre hospitalier perdu en haute montagne, où rayonne un médecin que tout le monde surnomme le «docteur Lune».
Brisée physiquement et psychologiquement, Sarah développe une dépression paranoïaque, qui atteint son paroxysme quand la patiente qui partage sa chambre disparaît. Pour le personnel, il ne s’agit que d’une fugue, mais Sarah est convaincue qu’il n’en est rien…
Inspiré d’un fait divers réel, Les corps brisés est un thriller glaçant avec son lot d’angoisses et de rebondissements, qui se termine sur un huis clos étouffant. L’auteure y dresse un sombre constat sur la place des handicapés dans notre société moderne qui donne la priorité à l’efficacité et à la performance.

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Mon avis…

Les corps brisés est un thriller d’Elsa Marpeau, qui a pris pour base le handicap. Cette situation, si fréquente et pourtant toujours taboue, est ce qui effraie chacun de nous, au fond. Elle crée un personnage, Sarah, une femme courageuse, qui ne vit que pour la vitesse, les sensations fortes, pour se dépasser sans cesse, et qui soudainement est brisée par un accident. Brisée, dans tous les sens du terme. Elle ne se reconnait plus, ne parvient plus à envisager la vie sans sa passion du rallye. Arrivée dans un centre de soins en montagne, isolée de tout sauf d’autres patients tout aussi brisés qu’elle et de quelques médecins parfois étranges, elle cherche à se reconstruire, comme elle le peut. Progressivement, elle devient paranoïaque, c’est en tout cas ce que croient les médecins : elle refuserait d’accepter sa nouvelle vie, son nouveau corps, et chercherait d’autres responsables, pourquoi pas le fameux « docteur Lune ».

L’auteure joue sur l’ambiguïté d’un esprit malade, égaré entre deux états. Sarah se sent comme une poupée de chiffon, baladée dans les couloirs, par les médecins, sans aucune autonomie, indépendance ni droit à vouloir et à pouvoir. Elle se découvre une force intérieure inattendue, pourtant, quand elle décide de prouver qu’elle n’est pas folle, que ce qu’elle soupçonne est vrai. Enfermée dans un univers aseptisé, peuplé de gens cassés comme elle, Sarah va découvrir que l’être humain réserve encore des surprises, du bon comme du mauvais côté. Alors, finalement, le lecteur se laisse prendre dans l’intrigue : est-elle en pleine psychose ? le syndrome de stress post-traumatique est-il plus fort que sa propre conscience ? y a-t-il un monstre dans cet hôpital, et qui est-il ? N’oublions pas que ce roman est inspiré d’un fait réel… et c’est probablement ça le pire…

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#260 La gloire des maudits – Nicolas d’Estienne d’Orves

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Coup de cœur 

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Le résumé…

Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ? En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Écrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent un secret qui tue…

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Mon avis…

Dans ce roman, Nicolas d’Estienne d’Orves peint une fresque historique et romanesque savamment élaborée. Mélangeant personnages réels et fictionnels, il emporte son lecteur au plus profond d’une intrigue complexe et prenante. Il crée des êtres de papier hantés par des secrets inavouables, qui tous installent un climat de mystère dans cette oeuvre. Gabrielle, sur l’insistance d’un écrivain bafoué, mène l’enquête sur une certaine Sidonie Porel, auteure de romans feuilletons à succès, considérée comme une des plus grandes écrivaines de son temps. Très vite, des liens étroits s’instaurent entre les deux femmes, rendant le doute plus présent chez Gabrielle : enquête-t-elle sur la bonne personne ? Son jeu de piste l’entraîne dans les bas-fonds de Paris, comme dans ses plus hautes sphères. Elle rencontre des êtres plus repoussants les uns que les autres, fait face à leurs non-dits, à leurs secrets les plus terribles.

Nicolas d’Estienne d’Orves prouve son talent d’écrivain en entraînant son lecteur dans les sinueuses théories de Gabrielle, dont les inquiétudes sont contagieuses. Jusqu’où est-elle prête à aller pour révéler les secrets des autres ? Jusqu’à affronter les zones obscures qui hantent l’histoire de sa famille ? On sent à travers les pages le long travail qu’a nécessité ce roman. Créer des personnages à la hauteur de personnes réelles n’est pas aisé, et l’auteur a réussi ce défi. La gloire des maudits est probablement un des romans les plus aboutis de cette rentrée littéraire 2017. Il constitue une fresque impressionnante, que l’on lit avec beaucoup d’attention et de plaisir. Probablement un futur classique, en tout cas un coup de cœur.

rentrée littéraire

#259 Sous ses yeux – Ross Armstrong

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A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Passionnée d’ornithologie depuis son enfance, Lily Gullick ne s’éloigne jamais de sa paire de jumelles. Depuis l’appartement qu’elle occupe avec son mari, elle ne se contente toutefois pas d’observer les oiseaux. Elle ne peut en effet s’empêcher d’espionner ses voisins, en particulier les derniers habitants d’une vieille résidence, un vestige dans ce quartier qui s’embourgeoise à vue d’œil. Alors qu’elle vient de faire connaissance d’une de ses occupantes, Jean, cette dernière est retrouvée morte dans des conditions étranges. Lily, qui croit connaître presque intimement tous ses voisins pour les avoir longuement observés, décide de mener son enquête. Celle-ci, commencée par désœuvrement, pour fuir un mari de plus en plus lointain, une vie un peu trop déprimante, tourne vite à l’obsession.

Avec ce thriller psychologique exceptionnel, qui connaît un succès sans précédent dans les pays anglo-saxons, Ross Armstrong prend son personnage principal – et son lecteur – à son propre piège. Jouant sur les mécanismes contagieux du voyeurisme, il dévoile, par une série de rebondissements époustouflants, les surprises qui parfois nous attendent quand nous nous plongeons dans la vie des autres pour esquiver la nôtre.

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Mon avis…

L’éditeur nous présente ce roman comme un hybride de La fille du train et de Fenêtre sur cour… Prometteur, donc ? Le premier a été un véritable coup de cœur pour moi, un livre que je ne suis pas prête d’oublier en raison de sa virtuosité. C’est donc avec beaucoup de curiosité et un brin d’impatience que j’ai commencé Sous ses yeux. En effet, le côté voyeuriste de la narratrice est assez proche de celui de La fille du train, tout comme son absence totale de fiabilité ! Sans être d’une originalité folle, l’histoire se déroule à travers les jumelles de cette femme qui passe son temps à observer ses voisins… Très vite, elle finit par se mêler (un peu trop) de la vie des autres, et cela lui joue des tours. Elle se retrouve à son tour traquée, observée… et son enquête pour découvrir qui a tué Jean semble tomber dans une impasse… Le roman repose sur une observation clairvoyante : on ne connaît plus nos voisins. Quand on vit dans une résidence, un immeuble, on croise des gens, on entend de multiples emménagements et déménagements, mais qui peut se vanter de connaître ces personnes qui partagent les mêmes murs ?

Tout le roman se base sur la curiosité malsaine d’une femme, qui cherche à connaître ceux qui vivent autour d’elle, sans jamais vraiment accéder à leur vérité profonde. Elle capte quelques images, quelques moments, quelques apparences, et crée ses propres personnages, les imagine capables de certaines choses, les voit bons, mauvais… Elle écrit son propre roman. Le lecteur se laisse vite emporter dans l’imagination de Lily, confondant rapidement ses projections, les créations de son esprit, avec la réalité de ces personnages. Qui est coupable du meurtre ? Les suspects de Lily sont-ils vraiment mauvais, ou n’est-ce qu’une illusion ? Et ses amis ? De plus, qui est ce « tu » auquel elle s’adresse dans l’écriture de son journal ? Beaucoup de mystères sont distillés par Ross Armstrong, et la manipulation s’étend jusqu’aux dernières pages. Et c’est sûrement ça, la recette d’un bon thriller. Sans que ce roman soit un immense coup de cœur comme La fille du train, c’est une lecture très agréable, perturbante comme il faut, avec son lot de rebondissements et de retournements de situation comme on les aime !

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