#232 Poètes de Lisbonne – Anthologie

Poetes de lisbonne

Mon avis…

J’ai découvert ce petit recueil à l’occasion d’un séjour au Portugal. J’avoue que je ne connaissais que peu la littérature portugaises, tout juste quelques noms à vrai dire… J’ai donc décidé de profiter de ces vacances pour combler ce manque. Poètes de Lisbonne est un excellent moyen d’approcher la littérature portugaise, et en particulier sa poésie. En effet, il s’agit d’un ouvrage bilingue, la page de gauche donnant la version originale en portugais et la page de droite une excellente traduction en français. Je pense que, même si l’on ne comprend pas le portugais, la version bilingue est essentielle car elle donne les sonorités, la musicalité des textes, ce que la traduction ne peut pas toujours rendre, malgré les efforts fournis. Ce livre m’a justement beaucoup plu en raison de la qualité du travail de traduction mené par Elodie Dupau. J’ai pu percevoir toutes les facettes de cette riche poésie, ce qui me donne envie d’en découvrir encore plus.

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Floberla Espanca

Ce recueil est loin d’être une petite anthologie ennuyante. Le choix des poèmes est pertinent, tout comme celui des auteurs, qui permet de survoler une partie de la production littéraire portugaise en découvrant ses principaux poètes : Luís de Camões, Cesário Verde, Mário de Sá-Carneiro, Florbela Espanca et enfin Fernando Pessoa. L’ensemble est d’autant plus dynamisé qu’il est accompagné d’illustrations très réussies et modernes d’André Carrilho. Une petite biographie précède chaque section, présentant avec juste ce qu’il faut de détails les poètes que l’on s’apprête à découvrir. Quand cela est nécessaire, des notes interviennent, notamment pour mieux comprendre les références aux lieux par exemple. Ces poètes ont en effet pour point commun d’avoir vécu à Lisbonne, à un moment de leur vie, et d’avoir écrit à son sujet. Tous les poèmes, évidemment, ne sont pas autour de cette ville, mais il arrive qu’elle pointe le bout de son nez au détour d’un vers…

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Luís de Camões

J’ai beaucoup aimé découvrir ces poèmes lors de mon voyage au Portugal, cadre idéal pour cette lecture, mais pas indispensable bien sûr. Si vous ne connaissez pas ce pays, vous le découvrirez à travers sa littérature. Et même les sceptiques de la poésie – il en existe beaucoup aujourd’hui – sont très susceptibles d’aimer ces textes, pour leur savant mélange de richesse, de beauté et de simplicité. Il serait bien dommage de passer à côté d’une telle découverte, n’est-ce pas ? Et, si vous les connaissez déjà, cela vous fera un échantillon de très bons textes, pour vous ou pour un proche que vous voulez faire voyager !

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Mário de Sá-Carneiro by André Carrilho

Ma note…

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#231 Moderato Cantabile – Marguerite Duras

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Le résumé…

« Qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? – Je ne sais pas. » Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d’une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d’apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu’au paroxysme final. « Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

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Mon avis…

Si vous connaissez ne serait-ce qu’un peu Marguerite Duras, vous comprendrez qu’il est difficile de chroniquer un de ses livres. Il faut déjà parvenir à comprendre la totalité de ce qu’on a lu, et on y parvient rarement. Ensuite, il devient nécessaire de mettre des mots sur cette expérience de lecture, pour en parler à d’autres, comme cette chronique est censée le faire. Or, rien n’est plus dur que de parler d’un tel livre. Moderato Cantabile est probablement un des romans les plus complexes de Duras. L’intrigue est d’une simplicité déconcertante, à un tel point qu’on a la sensation que le livre ne raconte rien… Une femme, Anne Desbarèdes, tandis qu’elle assiste à la leçon de piano de son fils, entend un cri dans la rue : une femme est tuée par son amant sur la terrasse d’un bar. Ce cri va déclencher quelque chose en elle… Chaque soir, elle va se rendre dans ce bar, discuter avec un homme, toujours le même, l’interroger sur le couple et le drame… Parfois, ils ne font que prononcer des mots dont le sens nous échappe ou des mots qui s’alignent en phrases qui n’ont tout simplement pas de sens réel. Les dialogues frôlent la banalité totale, ce qui est plutôt déconcertant.

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Ce roman part d’un instant infime, un cri. Ce moment est une réelle fracture dans les vies de ceux qu’il concerne : la femme assassinée, son amant… Anne Desbarèdes n’a aucun lien avec eux, elle ne les connaît pas. Pourtant, toute sa vie va basculer après ce cri. Elle va être prise par l’ivresse, dans tous les sens du terme. Si elle commence à boire tous les soirs dans ce bar, de plus en plus, cela ne semble être qu’un prétexte ou une image pour suggérer une ivresse plus abstraite, celle de l’âme. Marguerite Duras nous plonge dans le flux d’un esprit tourmenté. Anne Desbarèdes semble vouloir quitter le rôle de la mère dévouée, le rôle de l’épouse au rôle réglé comme un papier à musique, elle se libère en compagnie de cet inconnu qu’elle voit chaque soir. Le récit, vous l’aurez compris, n’est pas bourré de péripéties, bien au contraire. On explore le vide qui occupe le cœur d’une femme qui s’est perdue… Le drame de ce couple, un drame qui découle d’un trop plein d’amour et de passion, lui révèle brutalement qu’elle n’a jamais connu des sentiments assez forts pour pousser à une telle extrémité. Tout part de là…

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Comment vous expliquer ce que vous risquez de ressentir en lisant Moderato Cantabile ? Vous pourrez probablement être complètement paumé, en particulier si vous n’avez jamais lu Duras avant ! J’ai personnellement commencé par Le Ravissement de Lol V. Stein, qui était aussi assez spécial, mais d’un très grand intérêt quant à l’analyse qu’on pouvait en faire. Etant étudiante en Lettres, je me suis éclatée à pousser l’interprétation très loin. J’ai, cette fois aussi, eu le réflexe de m’arrêter sur certains mots, certaines tournures, et essayer de les décortiquer pour mieux les comprendre… Moderato Cantabile est un récit totalement épuré, peut-être trop. Duras écrit à la fois sur tout, le « tout » de l’humain, et sur rien, un « rien » omniprésent chez ceux qui vivent sans exister. Certes, le texte est déstabilisant, mais il s’agit aussi d’un merveilleux exemple de ce que peut faire la littérature quand elle est poussée au plus loin dans son dénuement et sa complexité. Si les termes que j’utilise peuvent parfois paraître contraires, c’est pour illustrer les sensations perturbantes que provoque Duras chez son lecteur : elle nous fait plonger dans l’ivresse de son personnage, elle nous fait participer à ses errances, nous noie dans l’incompréhension qui fonde la vie même d’Anne Desbarèdes… En bref, je vous conseille ce livre si vous êtes un lecteur curieux, si vous êtes un lecteur passionné et assoiffé de culture, si les ovnis littéraires ne vous font pas peur, si vous aimez, comme moi, réfléchir des heures au livre que vous venez de finir…

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Ma note…

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#230 Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! – Chahdortt Djavann

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Le résumé…

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Erotic Islamic female by Max Emadi, an artist living in Los Angeles.

Erotic Islamic female -Max Emadi.

Mon avis…

Il est difficile de commencer une telle chronique sans parler du titre… Pour être honnête, je n’ai même pas lu le résumé du livre avant de le commencer : le titre m’a suffi. Je me suis dit que j’allais me retrouver dans un bouquin franc, cash et probablement violent. J’avais raison. Chahdortt Djavann a même dépassé tout ce à quoi je m’attendais. Je n’ai jamais eu lu un tel livre auparavant, et il me faudra sûrement longtemps avant d’en trouver un qui y ressemble… Si un mot pouvait résumer mon expérience de lecture, je choisirais « choc ». Entre document et fiction, l’auteure nous plonge sans la moindre précaution dans l’horreur pure de l’Iran. Nous pouvons savoir certaines choses sur ce pays, mais on ne les percevra probablement jamais aussi bien qu’en lisant ce livre. Aussi cash que le titre, l’écriture est tranchante, incisive, bien plus affutée qu’un cutter… Les âmes sensibles, évidemment, pourraient être secouées par une telle lecture, mais en même temps c’est un livre terriblement humain et bien plus sensible, justement, qu’on ne pourrait le croire à première vue. L’auteure nous fait découvrir des femmes, des jeunes filles, qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays où leur liberté compte. C’est un roman de la violence, de la cruauté, mais c’est le récit d’une brutalité commune, quotidienne, presque routinière… Jamais je n’aurais pu imaginer une telle chose, et je n’aurais pas cru pouvoir le découvrir dans un livre aussi émouvant et perturbant à la fois. Je partage avec vous quelques lignes qui m’ont particulièrement émue et qui résume parfaitement, selon moi, le projet inédit de Chahdortt Djavann :

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« Je vais nommer ces prostituées, assassinées dans l’anonymat, leur donner la parole pour qu’elles nous racontent leur histoire, leur vie, leur passé, leurs sentiments, leurs douleurs, leurs doutes, leurs souffrances, leurs révoltes, leurs joies aussi. Certaines ont été assassinées sans que nul ne déclare leur disparition, sans que nul ne réclame leur corps ou pleure leur mort. Je vais me glisser dans leur peau, dans leur tête, m’identifier à elles : vivantes, mutines, insolentes, séduisantes, fantasques, sensuelles, provocantes, surprenantes. Foutrement irrespectueuses. Politiquement incorrectes. Iconoclastes. Courageuses. Héroïnes au destin tragique. Ces femmes parleront avec une Liberté Totale, avec une Liberté Absolue. Sans la moindre crainte, puisqu’elles n’ont rien à perdre, puisqu’elles ont déjà tout perdu : leur vie. Assassinées, pendues ou lapidées. Je vais exhumer ces femmes et les faire exister dans votre imaginaire pour le malheur des ayatollahs, et écrire noir sur blanc qu’elles n’étaient pas des souillures, que leurs vies n’étaient pas condamnables, et que leur sang n’était pas sans valeur. […] Je ne chercherai à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains, ni comme de pures victimes. Mais comme des femmes. Des Femmes Étonnantes. Et ce livre sera leur sanctuaire. Leur Mausolée. »

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Bon… Si après une telle citation vous n’avez pas encore passé commande du livre de Chahdortt Djavann, je ne comprends plus rien ! Enfin, j’avoue que j’avais tout de même quelques craintes avant de commencer, étant hypersensible… Un livre m’avait déjà provoqué de telles sensations contradictoires, il s’agit d’un roman de Didier Decoin : Est-ce ainsi que les femmes meurent ? Dans les deux cas, il y a celle(s) qu’on assassine et les autres qui sont autour, qui savent ce qu’il se passe mais ne font rien, ou parfois encourage cette cruauté. Le livre de Chahdortt Djavann est un peu différent car la principale justification des crimes est la religion, l’Islam en l’occurrence, qui est devenue une politique à part entière. Les deux s’inspirent de faits réels, ce qui est d’autant plus perturbant. Chahdortt Djavann a dû faire face à un obstacle : le silence qui entoure ces crimes, l’anonymat de ces femmes assassinées… Le meilleur moyen qu’elle a trouvé est donc d’insérer de la fiction dans un livre qui se veut principalement documentaire et informatif. Ainsi, elle peint des portraits de femmes, obligées de prostituer pour survivre, confrontées à un monde où le sexe féminin occupe une place plus basse qu’on pourrait l’imaginer dans la société dans laquelle nous évoluons en tant qu’occidentaux.

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Ce livre, c’est un plongeon glacial dans des esprits et des corps torturés, à des milliers de kilomètres de nos propres esprits et corps… Le lecteur devient un voyeur, souvent mal à l’aise, mais encore plus souvent ému. Quand la dernière page est tournée, il faut trouver la force de regarder autour de soi ce que l’on a, de contempler la rue, dehors, le calme ou l’agitation rassurante… Il faut quelques jours pour respirer normalement, et il me faudra probablement toute ma vie pour ne pas associer ce livre au pays qu’il décrit. Etant très intéressée par les religions et la politique, en particulier grâce à mes études de Sciences Po (avant de me lancer dans les Lettres Modernes), et je savais déjà certaines choses peu reluisantes sur l’Iran… Ce livre n’arrange rien… Mais il révèle une réalité très dérangeante… Chahdortt Djavann nous raconte tout ce qu’un pays entier aimerait qu’on ne révèle jamais. Derrière les restes de la civilisation persane, qui attirent chaque année des milliers de touristes à Téhéran, se cache des horreurs sans nom, sur lesquelles l’auteure propose de mettre des mots. Ces mots, ainsi que les paroles qu’elle offre à ces femmes si éloignées et pourtant si proches de nous, n’auront de force que si nous sommes là pour les lire. C’est pour cela que je voulais partager avec vous cette expérience de lecture qui vous marquera durablement.

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Ma note…

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#229 The Janus Stone – Elly Griffiths

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Le résumé…

Cela fait à peine quelques mois que l’archéologue Ruth Galloway s’est personnellement retrouvée impliquée dans une affaire de personnes disparues, s’en sortant de justesse en vie. Mais quand des travailleurs dans le bâtiment démolissent une très grande maison victorienne et découvrent les os d’un enfant enterré sous le pas de la porte – le crâne manquant – Ruth est de nouveau appelée à enquêter. Est-ce un sacrifice rituel de l’ère romaine, ou le meurtrier est-il encore à portée de main ?

Ruth et le détective Harry Nelson voudraient le découvrir – et très vite. Quand ils se rendent compte que la maison était auparavant un orphelinat, ils remontent jusqu’au prêtre catholique qui en était le directeur. Le Père Hennessey raconte la disparition de deux enfants quarante ans auparavant – un garçon et une fille. Ils n’ont jamais été retrouvés. Quand la datation carbone prouve que les os de l’enfant sont plus anciens que l’orphelinat et remontent à un temps où la maison était une propriété familiale, Ruth est entraînée encore plus profondément dans cette affaire. Mais, alors que le printemps se transforme doucement en été, il devient clair que quelqu’un essaye très sérieusement de l’éloigner de la piste en les effrayant, elle et son enfant à naître, en les poussant vers la mort.

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Mon avis…

J’ai découvert Elly Griffiths grâce à mon partenariat avec les Presses de la cité qui m’avaient envoyé, en échange d’un article, un excellent livre intitulé Les disparues du marais. J’avais beaucoup aimé ce premier roman qui, avec le recul, m’a vraiment marqué ! Je m’en souviens encore parfaitement aujourd’hui, j’y pense régulièrement… Parfois, on ne sait pas pourquoi, mais des romans nous marquent durablement. C’était le cas de celui-ci. Lors de mon séjour en Ecosse, je suis tombée sur la suite, le tome 2 d’une très longue série suivant Ruth Galloway, archéologue très attachante et talentueuse. Encore une fois, j’ai été totalement séduite. The Janus Stone est dans la même veine que Les disparues du marais (ou en anglais, The crossing places). Il est tout aussi passionnant, tout aussi bien mené… Les personnages encore une fois m’ont totalement séduite, l’intrigue elle aussi était excellente : mêler thriller et archéologie est une idée merveilleuse qu’Elly Griffiths met parfaitement en scène.

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Après avoir lu le deuxième tome, je me dis que je n’aurais jamais pu attendre sa sortie française, car j’ai déjà envie de lire tous les autres ! Ce que j’aime vraiment dans ce livre, c’est que l’intrigue historique se mêle à l’intrigue policière. On se rend compte que même des crimes anciens peuvent nous paraître aussi terribles que ce qui nous semble plus proche. J’avoue que j’ai un petit faible pour les histoires touchant à l’ésotérique, et The Janus Stone en fait partie. Si vous souhaitez lire ce livre, je vous conseille cependant fortement de commencer par le premier tome, car les deux histoires sont très liées. En fait, les intrigues criminelles, en soi, n’ont pas vraiment de lien, mais le récit tournant autour des personnages principaux Ruth Galloway et Harry Nelson occupe une place importante dans le roman, ce qui est aussi très plaisant. J’ai ressenti un immense plaisir à retrouver ces personnages qui m’avaient déjà une fois bluffée. Et j’ai hâte de me relancer une troisième fois dans la lecture d’un livre d’Elly Griffiths. Un conseil : ne manquez pas cette auteure et cette série fantastique de livres !

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Ma note…

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Niveau de lecture : Facile

 

#228 La fille du train / The girl on the train – Paula Hawkins

Coup de coeur 

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Le résumé…

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8h04 le matin, le 17h56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

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Mon avis…

Comment parler de ce livre sans trop en dire ? Vous avez sûrement entendu parler du premier roman de Paula Hawkins, un véritable succès de librairie, un des thrillers de l’année, à coup sûr… J’ai retenu mon envie de l’acheter en français, j’attendais avec impatience de l’avoir en anglais, pour le découvrir en VO bien sûr ! Et, comment vous expliquer ? J’ai adoré ! C’est un véritable coup de cœur car je n’ai pas réussi à lâcher ce roman un seul instant… Ce que j’ai apprécié, c’est l’alternance des narratrices, des trois femmes centrales dans le roman, nous rapportant leur version des faits (parfois douteuse, parfois moins). C’est vraiment un procédé très intelligent pour amener petit à petit les révélations et conserver le suspense jusqu’au dernier moment ! Les personnages sont plus ou moins attachants, et on se rend compte à la fin du roman qu’on n’aurait pas dû se fier aux premières impressions, qui ne sont pas toujours les bonnes… Désormais, ce qui est certain, c’est que je ne verrais plus mes trajets en train de la même manière !

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Contrairement à la plupart de mes dernières lectures de thriller, je n’ai pas deviné le dénouement trop vite, bien au contraire. Paula Hawkins a réussi à me porter page après page, à me mener là où elle voulait, à me faire douter sur tout et tout le monde, sauf sur les bonnes choses ! L’auteure est maligne, ça c’est sûr. Je ne peux pas vous expliquer un élément de l’intrigue sans risquer de trop vous révéler, mais je peux en tout cas vous dire que vous raterez quelque chose d’énorme si vous ne lisez pas ce livre ! N’attendez pas le film, surtout, ce serait trop facile et vous le regretterez. Le style de l’auteure est excellent et, ça, vous ne le retrouverez pas à l’écran. Car, oui, La fille du train va être adapté au cinéma, la bande-annonce est même déjà sortie (c’est de là que je tire certaines des images de cet article) mais, n’oubliez pas, rien ne remplace le plaisir de la lecture. Pour ma part, j’irais voir le film, c’est certain, pour la simple et bonne raison que je veux à tout prix partager cette histoire audacieuse avec ma mère qui, elle, ne lit pas… Allez, dépêchez-vous de vous lancer dans ce roman : vous ne le regretterez pas, c’est promis !

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Ma note…

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Niveau de lecture : Facile

#227 Illettré – Cécile Ladjali

Coup de coeur

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Le résumé…

Illettré raconte l’histoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen, qui chaque matin pointe à l’usine et s’installe devant sa presse ou son massicot. Dans le vacarme de l’atelier d’imprimerie, toute la journée défilent des lettres que Léo identifie vaguement à leur forme. Elevé par une grand-mère analphabète, qui a inconsciemment maintenu au-dessus de lui la chape de plomb de l’ignorance, il a quitté le collège à treize ans, régressé et vite oublié les rudiments appris à l’école. Puis les choses écrites lui sont devenues peu à peu de menaçantes énigmes. Désormais, sa vie d’adulte est entravée par cette tare invisible qui grippe tant ses sentiments que ses actes et l’oblige à tromper les apparences, notamment face à sa jolie voisine, Sibylle, l’infirmière venue le soigner après un accident. Réapprendre à lire ? Renouer avec les mots ? En lui et autour de lui la bonne volonté est sensible, mais la tâche est ardue et l’incapacité de Léo renvoie vite chacun à la réalité de ses manques : le ciel semble se refermer lentement devant celui que les signes fuient et que l’humanité des autres ignore.

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Mon avis…

Voici mon gros coup de cœur du moment, enfin un d’entre eux en tout cas… J’ai entendu parler de ce livre pour la première fois il y a un moment dans La Grande Librairie. Cécile Ladjali m’avait totalement séduite en parlant de son livre, on sentait une profonde envie et une belle honnêteté, un projet magnifique. J’ai mis un peu de temps à pouvoir lire ce roman et, malgré ma très bonne impression lors de la diffusion de l’émission, je ne m’attendais pas à aimer autant ! Comment dire ? J’ai été surprise… L’écriture est magistrale, les mots choisis apportent une dimension poétique vraiment fabuleuse, tandis que la perception du monde qu’a Léo est d’une beauté indicible. Ce livre est le fruit d’un pari immense : faire comprendre à des lecteurs, et donc des personnes « lettrées », ce que c’est d’être illettré, et tout ça avec une narration riche en vocabulaire et en poésie. Un pari fou ? Oui, sûrement, mais un pari réussi ! Rarement un livre ne m’a arraché autant de larmes et de sourires à la fois…

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Léo est probablement un des personnages dont j’ai lu l’histoire qui me marquera le plus dans ma vie, j’en suis presque sûre. Illettré est un roman bouleversant, qui fait voir le monde de façon totalement différente… Les personnages, peu nombreux, sont vraiment très très attachants, et l’auteure sait nous mener là où elle veut, là où une telle histoire mène forcément… Cette lecture est un véritable électrochoc dont on sort changé, elle ne peut pas laisser indifférent. J’avoue que c’est très difficile de parler de ce livre, Cécile Ladjali a tellement bien choisi ses mots, les a parfaitement dosés, alors je ne pourrais pas vous dire les choses aussi bien qu’elle. Vraiment, si vous cherchez un livre à lire à tout prix, c’est celui-là. Il a tout pour lui : une écriture fabuleuse, une poésie merveilleuse, des personnages envoûtants, une histoire émouvante… Il n’y a pas vraiment de morale dans ce roman, c’est à vous de la découvrir, à vous d’en tirer quelque chose, à vous de transformer cette splendide expérience de lecture en autre chose… N’hésitez pas, vous avez la chance de pouvoir lire et comprendre ce livre, ce chef d’œuvre.

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Ma note…

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Une citation, sur le moment

« La Révolution, c’est la France sublimée. Il s’est trouvé un jour que la France a été dans la fournaise, les fournaises à de certaines martyres guerrières font pousser des ailes, et de ces flammes cette géante est sortie archange. Aujourd’hui pour toute la terre la France s’appelle Révolution ; et désormais ce mot, Révolution, sera le nom de la civilisation jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot Harmonie. Je le répète, ne cherchez pas ailleurs le point d’origine et le lieu de naissance de la littérature du dix-neuvième siècle. Oui, tous tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres et obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient, poèmes, drames, romans, histoire, philosophie, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui, partout, oui, toujours, oui, pour combattre les violences et les impostures, oui, pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui, pour conclure logiquement et marcher droit, oui, pour consoler, pour secourir, pour relever, pour encourager, pour enseigner, oui, pour panser en attendant qu’on guérisse, oui, pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, la centralisation en famille, l’iniquité en justice, le bourgeois en citoyen, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté du bien, la vie en droit, les rois en hommes, oui, pour ôter des religions l’enfer et des sociétés le bagne, oui, pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, du vendu, de l’enchaîné, du sacrifié, de la prostituée, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné, oui, nous sommes tes fils, Révolution ! »

Victor Hugo

#226 Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

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Le résumé…

Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent. Alors Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue. La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin. En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme lui peut avoir écrit des choses comme ça. C’est l’intention de ce roman où l’auteur a tout de même pris certaines libertés avec l’exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n’existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d’une langue, d’un imaginaire, d’une topographie intime. Il ne reste que peu d’écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu’on bouscule sans pénalités.

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Mon avis…

Quelle étudiante en Lettres serais-je si je ne cherchais pas à mieux connaître le fameux Racine ? J’en ai lu, des textes sur lui, des biographies, mais jamais un roman ! Nathalie Azoulai a tout de même été récompensée pour ce roman. Et ma volonté de lire de la littérature française contemporaine s’associe parfaitement avec celle de développer mes connaissances sur monsieur Racine ! Dans Titus n’aimait pas Bérénice, l’auteure va romancer la vie du grand dramaturge. J’aime beaucoup ce genre d’initiatives en général. Il faut avouer que potasser une biographie de Racine n’est pas follement passionnant et on a du mal à se projeter dans son esprit, à imaginer sa manière de penser, etc. Nathalie Azoulai m’a beaucoup étonnée car je ne pensais pas accrocher à un roman sur la vie de cet auteur… et surprise ! j’ai vraiment été happée par le récit ! Finalement, Racine est un monsieur très attachant. A partir d’éléments historiques et chronologiques fiables, l’auteure développe une narration sur la vie du dramaturge, nous montrant comment l’enfant élevé dans le milieu janséniste devient un des auteurs les plus connus dans le Royaume de France. Si tout n’est, évidemment, pas exact, puisqu’on a peu de sources sur les perceptions propres de Racine, cette projection aide beaucoup à comprendre l’Homme et son œuvre, et surtout à retenir les choses !

On sait tous qu’apprendre des dates par cœur n’est pas ce qu’il y a de plus utiles (encore faut-il les retenir !). Personnellement, je préfère essayer de comprendre les choses, leur chronologie, la manière dont tout s’est enchaîné. Et j’ai appris énormément de choses sur l’auteur et Nathalie Azoulai m’a donné envie de (re)lire certaines de ses œuvres, avec un nouveau regard. Je pense que ce livre rend un grand service à la littérature française et aux lecteurs ! Si vous avez envie de découvrir Racine mais que vous avez l’à-priori qu’il s’agit d’un bonhomme drôlement ennuyant, n’hésitez pas à lire Titus n’aimait pas Bérénice, car vous changerez d’avis, c’est certain ! J’ai désormais l’impression de le connaître parfaitement bien, il n’est plus qu’un des noms les plus célèbres en France, il a pris pour moi une dimension plus humaine, spirituelle, il a gagné en profondeur et en psychologie. J’ai toujours été intriguée par l’influence des jansénistes sur son œuvre et Nathalie Azoulai expose et déploie à la perfection ce lien !

BERNICE by Racine,     , Writer – Jean Racine, Director – Josie Rourke, Designer – Lucy Osborne, Lighting – Oliver Fenwick, The Donmar , 2012, Credit: Johan Persson/

Par contre, j’ai tout de même un petit bémol sur le roman en général. L’histoire de Racine part d’un prétexte simple. A notre époque, une jeune femme du nom de Bérénice est amoureuse de Titus qui la quitte pour Roma. Elle va explorer la vie de Racine, grand auteur de la dramaturgie amoureuse, pour essayer de comprendre l’histoire de Titus et Bérénice inventée par l’auteur. Visiblement, elle pense pouvoir faire le deuil de sa propre histoire grâce à la pièce. Bon… j’avoue que, déjà, je trouve ça un peu bizarre… Mais ça ne s’arrête pas là. Ce qui m’a vraiment perturbé, c’est que cette « histoire » contemporaine occupe une infime part du roman, et j’ai vraiment eu l’impression qu’elle restait un simple prétexte, justement ! L’auteure aurait tout aussi bien pu faire une biographie romancée de Racine, du début à la fin… Et finalement, cela m’a beaucoup perturbée, j’ai été assez déçue. Si l’histoire de la vie de Racine est globalement passionnante (malgré quelques longueurs), celle de Titus et Bérénice version 2.0 est presque (ou totalement) inutile…  Donc, je conseille fortement ce livre à ceux et celles qui, intrigué(e)s par Racine, ont envie de le découvrir de façon plus personnelle et originale… Mais, amateurs de romances, ne pensez pas trouver ici le récit d’une histoire d’amour entre un Titus et une Bérénice modernes, on en est loin !

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Ma note…

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#225 Beaucoup de bruit pour rien – William Shakespeare

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Le résumé…

Entre une cérémonie de noces brutalement interrompue et un mariage unissant deux êtres connus pour se haïr, Beaucoup de bruit pour rien nous rappelle que l’amour ne suit jamais un cours régulier. Étincelante et jubilatoire, cette comédie romantique n’en repose pas moins sur un constat amer : tout n’est que vanité et aimer, c’est d’abord s’éprendre de soi-même, pour le meilleur et pour le pire.

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Mon avis…

J’ai totalement découvert cette pièce de Shakespeare cet été, je ne la connaissais pas et, à la lecture de la préface, j’ai vite compris qu’elle était considérée par beaucoup de critiques comme une sorte de désastre… le raté de Shakespeare dirons-nous, et tous les grands auteurs en ont un… A priori, donc, je partais dans ma lecture avec quelques doutes, mais je me suis très vite sentie happée par l’histoire, bien qu’elle soit peu réaliste, il est vrai… Dans l’ensemble, j’ai aimé les touches d’humour disséminées par l’auteur, et j’ai beaucoup aimé la mise en abyme théâtrale. En effet, les personnages eux-mêmes jouent des rôles, mettent en scène des situations pour piéger les autres, etc. Et même si cela est assez répétitif, l’effet escompté est concluant et j’ai beaucoup souri. Je pense que cette pièce a l’avantage d’être assez proche des sentiments communs, ce qui pouvait semblait un peu trivial pour les critiques, mais qui me semble plutôt séduisant. Les différentes morales qu’on peut tirer de l’histoire sont d’ailleurs plutôt remarquables et très sensées.

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Il est vrai que l’on ne se trouve pas face à un chef-d’œuvre, mais il faut aussi relativiser et se dire que, parfois, une lecture agréable est déjà une très bonne chose ! Et c’est ce que j’ai trouvé dans Beaucoup de bruit pour rien. Si certains personnages sont plus attachants que d’autres, j’ai cependant remarqué que certains étaient assez schématiques, ce qui est dommage mais qui est en même temps compréhensible à la vue de la forme du texte. Au théâtre, on a peu de temps pour explorer l’intériorité des personnages, d’autant que nous n’avons que leurs paroles et non leurs pensées, ce qui peut expliquer ce choix. Je n’ai pas toujours retrouvé la virtuosité de Shakespeare, comme dans Hamlet ou Macbeth, mais j’ai passé un bon moment, et cela m’a changé des tragédies. Pour une fois, j’ai pu lire une comédie romantique du grand dramaturge anglais, et je ne le regrette pas car j’ai désormais l’impression d’avoir une vue plus panoramique de son œuvre. Je vous conseille donc Beaucoup de bruit pour rien si vous voulez voir l’autre côté de l’œuvre shakespearienne, le côté un peu oublié, mis de côté…

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Ma note…

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#224 Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

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Le résumé…

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

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Mon avis…

Ce nouveau livre de Clémentine Beauvais, paru il y a peu, est un pari original, une réécriture d’un classique… Mais pas n’importe comment : en vers. C’est une forme qui m’a tout de suite intriguée car je la pratique moi-même lorsque j’écris, j’avais donc hâte de voir ce que cela allait donner. J’ai eu l’impression que cela rendait la lecture parfois un peu moins agréable, alors qu’à d’autres moments cela lui donnait tout son charme. Je pense que c’est un bel hommage à Pouchkine et Tchaikovsky, une belle actualisation qui devrait séduire beaucoup de lecteurs. Il faut vraiment beaucoup de courage pour tenter une nouvelle forme d’écriture, en particulier à l’époque où quasiment tous les lecteurs sont attirés par des romans dont le format évolue peu. Ici, l’esthétique de la page est presque aussi importante que le texte lui-même, ou en tout cas apporte beaucoup à la lecture. L’histoire en elle-même est une adaptation d’Eugène Onéguine, donc rien de vraiment original, bien que cela permette de faire découvrir l’œuvre à toute une nouvelle génération, un pari réussi donc pour Sarbacane et Clémentine Beauvais.

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L’intrigue étant très appréciable, une romance sympathique, avec un narrateur plutôt proche de nous, sans cesse en contact avec notre réalité, je n’ai eu aucun mal à lire ce roman en deux petites soirées. Je ne sais pas s’il va me marquer durablement, honnêtement je ne pense pas… Si le livre est original, sa lecture ne m’a pas particulièrement époustouflée, malgré le grand plaisir que j’ai ressenti à découvrir un tel livre adressé à la jeunesse. Je pense que c’est une innovation qui pourra inciter beaucoup de lecteurs à découvrir d’autres choses, la littérature ne se limitant pas aux romans en prose. Evidemment, tout reste une question de goût. Si ce livre m’a fait passer un excellent moment, en particulier avec des personnages très émouvants, il n’en est pas pour autant un coup de cœur. Mais, malgré tout, je vous le conseille fortement, et pour un tas de raison : son originalité, son intrigue, sa forme, ses personnages, son dénouement, son humour, et j’en passe !

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Ma note…

17/20

sarbacane

Merci à Sarbacane pour cette lecture…