#231 Moderato Cantabile – Marguerite Duras

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Le résumé…

« Qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? – Je ne sais pas. » Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d’une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d’apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu’au paroxysme final. « Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

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Mon avis…

Si vous connaissez ne serait-ce qu’un peu Marguerite Duras, vous comprendrez qu’il est difficile de chroniquer un de ses livres. Il faut déjà parvenir à comprendre la totalité de ce qu’on a lu, et on y parvient rarement. Ensuite, il devient nécessaire de mettre des mots sur cette expérience de lecture, pour en parler à d’autres, comme cette chronique est censée le faire. Or, rien n’est plus dur que de parler d’un tel livre. Moderato Cantabile est probablement un des romans les plus complexes de Duras. L’intrigue est d’une simplicité déconcertante, à un tel point qu’on a la sensation que le livre ne raconte rien… Une femme, Anne Desbarèdes, tandis qu’elle assiste à la leçon de piano de son fils, entend un cri dans la rue : une femme est tuée par son amant sur la terrasse d’un bar. Ce cri va déclencher quelque chose en elle… Chaque soir, elle va se rendre dans ce bar, discuter avec un homme, toujours le même, l’interroger sur le couple et le drame… Parfois, ils ne font que prononcer des mots dont le sens nous échappe ou des mots qui s’alignent en phrases qui n’ont tout simplement pas de sens réel. Les dialogues frôlent la banalité totale, ce qui est plutôt déconcertant.

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Ce roman part d’un instant infime, un cri. Ce moment est une réelle fracture dans les vies de ceux qu’il concerne : la femme assassinée, son amant… Anne Desbarèdes n’a aucun lien avec eux, elle ne les connaît pas. Pourtant, toute sa vie va basculer après ce cri. Elle va être prise par l’ivresse, dans tous les sens du terme. Si elle commence à boire tous les soirs dans ce bar, de plus en plus, cela ne semble être qu’un prétexte ou une image pour suggérer une ivresse plus abstraite, celle de l’âme. Marguerite Duras nous plonge dans le flux d’un esprit tourmenté. Anne Desbarèdes semble vouloir quitter le rôle de la mère dévouée, le rôle de l’épouse au rôle réglé comme un papier à musique, elle se libère en compagnie de cet inconnu qu’elle voit chaque soir. Le récit, vous l’aurez compris, n’est pas bourré de péripéties, bien au contraire. On explore le vide qui occupe le cœur d’une femme qui s’est perdue… Le drame de ce couple, un drame qui découle d’un trop plein d’amour et de passion, lui révèle brutalement qu’elle n’a jamais connu des sentiments assez forts pour pousser à une telle extrémité. Tout part de là…

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Comment vous expliquer ce que vous risquez de ressentir en lisant Moderato Cantabile ? Vous pourrez probablement être complètement paumé, en particulier si vous n’avez jamais lu Duras avant ! J’ai personnellement commencé par Le Ravissement de Lol V. Stein, qui était aussi assez spécial, mais d’un très grand intérêt quant à l’analyse qu’on pouvait en faire. Etant étudiante en Lettres, je me suis éclatée à pousser l’interprétation très loin. J’ai, cette fois aussi, eu le réflexe de m’arrêter sur certains mots, certaines tournures, et essayer de les décortiquer pour mieux les comprendre… Moderato Cantabile est un récit totalement épuré, peut-être trop. Duras écrit à la fois sur tout, le « tout » de l’humain, et sur rien, un « rien » omniprésent chez ceux qui vivent sans exister. Certes, le texte est déstabilisant, mais il s’agit aussi d’un merveilleux exemple de ce que peut faire la littérature quand elle est poussée au plus loin dans son dénuement et sa complexité. Si les termes que j’utilise peuvent parfois paraître contraires, c’est pour illustrer les sensations perturbantes que provoque Duras chez son lecteur : elle nous fait plonger dans l’ivresse de son personnage, elle nous fait participer à ses errances, nous noie dans l’incompréhension qui fonde la vie même d’Anne Desbarèdes… En bref, je vous conseille ce livre si vous êtes un lecteur curieux, si vous êtes un lecteur passionné et assoiffé de culture, si les ovnis littéraires ne vous font pas peur, si vous aimez, comme moi, réfléchir des heures au livre que vous venez de finir…

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Ma note…

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