#304 Le Royaume des Deux-Mers – Gilbert Sinoué

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Le résumé…

– Voilà un moment que je t’observe. Tu es insensé. L’éternité à laquelle tu aspires, tu ne la trouveras jamais. Abandonne! Ta quête est vouée à l’échec.
– Non! Je refuse que mon corps redevienne poussière. Non! Je veux continuer à contempler la lumière, je veux encore m’enivrer des splendeurs de la vie! Je veux vivre!
Alors le vieux sage murmura :
– Très bien, je vais te révéler un secret. Il existe une plante. Une plante qui vit ici, au fond des eaux. Elle a des reflets argentés. Si l’on ne prend pas garde, elle écorche les mains comme fait la rose. Si tu parviens à la trouver, alors mange-la et tu obtiendras la vie éternelle.

Entre légende et vérité, Le Royaume des Deux-Mers est un fabuleux voyage initiatique qui nous transporte aux confins de l’une des plus anciennes civilisations du monde : Dilmoun. Dilmoun, le «pays où le soleil se lève», Dilmoun où, d’après la tradition sumérienne, résidait le seul survivant du Déluge. Dilmoun, le jardin d’Éden.

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Mon avis…

Avant de lire ce livre, je ne connaissais absolument pas Dilmoun, même de nom ! C’est pourtant celui d’une grande civilisation depuis longtemps disparue. Gilbert Sinoué nous emmène donc dans ces contrées lointaines – dans l’espace comme dans temps – dans ce qui est aujourd’hui Bahreïn. Tout en nous donnant des informations historiques sur cette civilisation, il nous fait le récit passionnant des épreuves que traverse Yakine, vers le XVIIIe siècle avant JC. Ce personnage est un médecin particulièrement sceptique. Il refuse d’adhérer aux croyances et aux superstitions de ses compatriotes. Pour lui, la médecine est au-dessus de cela. Mais, un jour, il est forcé de constater que ses talents scientifiques ne peuvent rien face à la maladie de sa femme. Son ami, Shakrumash, lui suggère progressivement, au fil des jours, de suivre les traces de Gilgamesh et de partir en quête de la vie éternelle pour sa bien-aimée. Mais Yakine est détesté des exorcistes de Dilmoun, car il remet en cause leur fond de commerce : les superstitions. Ils décident de s’en prendre à lui, mais aussi de renverser le royaume tout entier. Yakine se retrouve pris au milieu d’intrigues qui le dépassent avec, à l’esprit, une seule idée : celle de protéger sa famille.

Gilbert Sinoué mêle avec beaucoup de talent des éléments nous permettant de découvrir une époque lointaine, particulièrement méconnue, et une histoire absolument passionnante. On découvre en effet les pêcheurs de perles de Dilmoun, qui apportent la prospérité à la contrée. Le Royaume des Deux-Mers est un roman d’apprentissage, autant pour le lecteur que pour les personnages. J’ai eu, tout au long de cette lecture, le sentiment de parcourir un roman qui se trouvait à mi-chemin entre La Perle de Steinbeck et Le Périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Certes, ces récits n’ont pas grand chose à voir, mais ils ont en commun de faire voyager leurs lecteurs et de les faire grandir intérieurement, tout en les divertissant. J’ai beaucoup aimé la variété de ce roman, qui oscille sans cesse entre réalité et légendes, comme c’est le propre de la fiction. A la fois roman historique, roman d’aventures, oeuvre spirituelle, Le Royaume des Deux-Mers est un texte très agréable à lire, prenant, dont on a envie de connaître la fin tout en savourant chaque phrase.

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En quelques mots…

une civilisation perdue
quête de l’éternité
entre légendes et réalité
à la croisée des genres
une belle découverte

Carte d’identité du livre

Titre : Le Royaume des Deux-Mers
Auteur : Gilbert Sinoué
Éditeur : Denoël
Date de parution : 03 mai 2018

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Un grand merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#300 Le Libraire de Wigtown – Shaun Bythell

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Le résumé…

Bienvenue à Wigtown, charmante petite bourgade du sud-ouest de l’Écosse. Wigtown, son pub, son église… et sa librairie – la plus grande librairie de livres d’occasion du pays. De la bible reliée du XVIe siècle au dernier volume d’Harry Potter, on trouve tout sur les kilomètres d’étagères de ce paradis des amoureux des livres. Enfin, paradis, il faut le dire vite…
Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon.
Entre 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff et Quand j’étais libraire de George Orwell, Le Libraire de Wigtown invite le lecteur à découvrir l’envers du décor : si l’amour de la littérature est primordial pour exercer le métier de libraire, on y apprend qu’il faut aussi un dos en béton et une patience de saint!

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Petite photo perso du panneau de Wigtown, pour que vous ne vous perdiez jamais !

Mon avis…

Pour un 300ème article, il fallait THE livre, THE book, et donc THE BOOK SHOP. J’ai déjà évoqué ce bouquiniste écossais dans lequel j’avais fait beaucoup de trouvailles : j’avais fait un article, une fois, puis j’y suis retournée et je n’ai pas mis tous mes livres sur le blog, mais il y en avait beaucoup ! Car The Book Shop, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Le Libraire de Wigtown est un excellent bouquin, vraiment. En réalité, c’est un journal, celui du bouquiniste qui tient la librairie d’occasion qui est la « largest in Scotland » (oui, j’ai décidé de faire du franglais). Ce que j’adore dans ce livre, c’est que l’on retrouve l’atmosphère du Galloway, avec une touche bien prononcée d’humour. Shaun Bythell est un peu un cynique, autant vous prévenir, il adore se moquer de ses clients et de ses collègues. Il ne les épargne jamais. Ce livre parle, évidemment, de bouquins, de beaucoup beaucoup beaucoup de bouquins, et de lecteurs plus ou moins farfelus. Il raconte la vie quotidienne de ce libraire qui a une vie dont beaucoup rêvent sans en connaître une infime part.

Il y a une dimension sociale dans ce livre, car on plonge dans la société écossaise du Galloway, une région souvent ignorée de l’Ecosse. Il s’agit aussi, pour Shaun Bythell, de montrer au plus grand nombre la réalité d’un métier très difficile en des temps où la concurrence est de plus en plus déloyale. Les clients ne sont pas tous comme moi, à acheter les livres par dizaines sans les négocier ! Certaines situations décrites sont parfois complètement hallucinantes, il faut l’avouer. D’ailleurs, Shaun Bythell m’a probablement croisée, mais je n’ai pas retenu son attention ! Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, vu les clients dont il brosse parfois le portrait dans son livre ! Propriétaire d’un paradis sur terre pour les lecteurs, il nous vend du rêve, tout en nus montrant une dure réalité. Et c’est exactement cela qui est plaisant : sans idéalisation, il se livre, sans filtre, il critique, il se moque, et de temps en temps, il lui arrive d’être tendre.

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La couverture originale

Sa librairie d’occasion est the place to be à Wigtown, et si vous avez l’occasion d’aller en Ecosse, passez-y sans la moindre hésitation ! Vous repartirez les bras chargés. Surtout, allez-y avec des personnes patientes car on peut rester des heures dans The Book Shop. Et, après avoir lu ce livre très drôle et passionnant, on ne peut qu’avoir envie de donner un tas de pounds à cet écossais parfois grincheux mais amoureux des livres. D’ailleurs, en bon lecteur, Shaun Bythell a le sens du romanesque, et son journal se lit comme un bon roman. C’est efficace, sincère, plein de charme, dépaysant. Comme La Cité perdue du Dieu Singe mais en moins… dangereux… quoique ? (Comment ça, aucun rapport ? Je fais ce que je veux !) On ne sait jamais ce qui nous attend dans une telle librairie. D’ailleurs, si l’envie vous en prend, sachez qu’il existe un festival du livre à Wigtown, organisé chaque année, et que si vous êtes très au taquet, vous pourrez peut-être dormir dans le « lit du festival » qui se trouve… au beau milieu de la librairie ! Nooooon ? Siiiiiiii ! 

Enfin, soyons clair : pourquoi faut-il lire ce livre ? Déjà, parce que l’acheter rapportera un peu de sous à un gentil bouquiniste (bien que cynique, je vous l’ai dit) qui ne l’aura pas volé ! Ensuite, et surtout, parce que ce livre est excellent et qu’il ne peut que plaire aux amoureux de books en tous genres. En même temps, vous (re)découvrirez l’Ecosse, la vraie, pas celle des légendes et des folklores. Vous rencontrerez des personnages atypiques mais tout ce qu’il y a de plus réels ! Vous aurez envie d’envoyer des cartes postales, de vous perdre dans des rayonnages, de dormir dans une librairie sans chauffage… Bref, c’est un livre où le rêve côtoie la réalité. J’avais hâte que ce texte soit traduit en français, il l’est enfin, alors j’espère que vous courrez chez vos libraires pour l’acheter !!! C’est aux éditions Autrement, c’est un peu un outsider des rayonnages de nouveautés en ce moment, mais c’est un sacré bon bouquin ! Shaun Bythell, si vous passez par ce blog (on peut toujours rêver), sachez que j’ai travaillé en librairie et que je vous comprends donc d’autant mieux ! Vous m’avez fait découvrir un métier que je ne commençais qu’à appréhender alors merci.

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Petite photo perso de la devanture !

En quelques mots…

cynique et drôle
réaliste
dépaysant
pour les amoureux des livres
comme un roman

Carte d’identité du livre

Titre : Le Libraire de Wigtown
Auteur : Shaun Bythell
Traductrice : Séverine Weiss
Éditeur : Autrement
Date de parution : 04 avril 2018

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Vous ne l’avez pas encore compris ? Mais siiiii, c’est un coup de cœur, bien sûr !

#296 La Cité perdue du Dieu Singe – Douglas Preston

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Le résumé…

Un voyage au cœur d’une des régions les plus sauvages de la planète sur les traces d’une cité mythique et d’une civilisation disparue.

Bienvenue dans l’impénétrable jungle de la Mosquitia, dans le nord-est du Honduras. C’est là que s’est aventuré le romancier et journaliste Douglas Preston aux côtés d’une équipe de scientifiques pour lever le voile sur l’un des derniers mystères de notre temps : la fameuse Cité blanche, ou Cité du dieu singe, qu’évoquait Hernán Cortès au XVIè siècle et que personne à ce jour n’avait réussi à localiser.

Ancienne malédiction, jaguars et serpents mortels, parasites mangeurs de chair et maladie incurable, controverse scientifique… Ce récit digne des aventures d’Indiana Jones et riche d’enseignements sur la plus importante découverte archéologique de ce début de XXIè siècle remet en perspective ce que l’on croyait savoir des civilisations préhispaniques, à l’heure où la mondialisation et le réchauffement climatique menacent de condamner notre monde au sort tragique de cette cité mystérieusement disparue.

« Douglas Preston a écrit, au péril de sa vie, un récit d’aventures puissant et terrifiant. » David Grann, auteur de La Cité perdue de Z.

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Mon avis…

La Cité perdue du Dieu Singe est un livre qui a pour objectif initial de rendre compte des recherches et de la découverte archéologique majeure de la Cité perdue du Dieu Singe, ou Ciudad Blanca, au cœur de la forêt hondurienne. On pourrait s’attendre à un Indiana Jones version faits réels, mais c’est bien plus que ça. Ce texte, qui est un véritable document, est aussi passionnant qu’un roman ! Grâce à ce livre, vous découvrirez le Honduras, probablement un des pays au monde dont on méconnaît le plus l’histoire. Douglas Preston – qui n’est autre que le Preston du duo « Preston & Child » – nous fait quitter le point de vue eurocentré qui est le nôtre, pour nous montrer ce qu’il se passe de l’autre côté du Pacifique. Vous apprendrez les causes de l’effondrement de civilisations telles que celle des Mayas. Vous partagerez les doutes de l’auteur, ses certitudes, ses mésaventures et ses aventures. Vous partirez en zone hostile, au plein coeur de la Mosquitia, avec lui. Vous aurez peur du fer-de-lance, serpent redoutable dont vous saurez presque tout au sortir de ce livre. Et, surtout, vous en sortirez avec une somme de connaissances remarquables et l’esprit grandi !

La Cité perdue du Dieu Singe, c’est une passionnante épopée, qui dépasse de loin la simple quête ou recherche archéologique. C’est l’occasion, pour le lecteur, de découvrir une culture. Malgré sa découverte, cette cité – et la civilisation qui l’a construite – reste encore méconnue. Tout comme les maladies qu’elle a abrité. Le mystère habite ce livre qui, pourtant, cherche à nous en révéler le plus possible. Mais, très vite, on comprend bien que la jungle reste un obstacle insurmontable, et qu’il vaut mieux que cela soit ainsi. En effet, l’auteur n’hésite pas à nous brusquer, à nous révéler ce qu’il a observé : le réchauffement climatique, la déforestation, les trafics, etc. Pour l’intérêt de cette cité, n’aurait-il pas mieux fallu qu’elle reste cachée ? Douglas Preston nous suggère tout de même que cette découverte ne doit pas rester vaine, qu’elle peut occasionner une prise de conscience car notre passé nous parle de notre avenir. Et, aujourd’hui, le passé d’un pays à l’autre bout du monde, comme le Honduras, peut dire beaucoup de ce qui nous attend. Ce livre instruit, fait réfléchir, ne peut pas nous laisser indifférent. C’est une oeuvre riche, foisonnante, qui satisfera le moindre curieux dans un nombre important de domaines : sciences, archéologie, culture, histoire, etc. Et même si l’on ne cherche qu’une aventure à la Indiana Jones, on y trouvera notre compte et bien plus, vous l’aurez compris.

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Coup de cœur

#292 La femme gelée – Annie Ernaux

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Le résumé…

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un «cadre», mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. C’est-à-dire que, comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante. Tout ce que l’on dit être la condition «normale» d’une femme.

Mon avis…

Je découvre Annie Ernaux par le biais de ce livre. C’est un roman qui n’en est pas vraiment un. C’est en tout cas ce qu’explique l’autrice dans son livre L’écriture comme un couteau (dont je vous parlerais bientôt) : « une exploration d’une réalité qui relève de mon expérience, ici le rôle féminin« . En effet, dans ce livre, Annie Ernaux décompose, décortique, déconstruit la vie de femme. Elle montre dans quelle mesure une femme, même si elle est née dans un milieu qui ne distinguait pas les personnes selon leur genre, peut se retrouver cantonnée à jouer un « rôle », celui de mère, d’épouse, de femme au foyer. Ce que j’aime dans cet ouvrage, c’est que la narratrice pose un regard distancié et critique sur son passé, en montrant de quelle façon les femmes sont conditionnées à devenir ce que la société attend d’elle. L’écriture d’Annie Ernaux, au départ, peut décontenancer. Mais elle est en fait le reflet d’une pensée en mouvement, celle d’un être qui s’analyse et évolue au rythme d’une lecture rétrospective d’elle-même. En quoi ce texte est-il féministe ? C’est une oeuvre qui part du récit d’une individualité, d’une singularité, pour parler de la condition des femmes. C’est un livre inscrit dans une époque, les années 60-70, dans une société, qui nous fait réfléchir sur notre propre vie, sur celle de nos mères… C’est un très beau texte, passionnant bien qu’il ne s’y passe pas grand chose – c’est là tout l’intérêt – et qui nous fait réfléchir, penser notre monde. Annie Ernaux est une autrice à découvrir, à lire au moins une fois, et La femme gelée est une bonne ouverture sur son oeuvre.

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#288 La Punition – Tahar Ben Jelloun

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Le résumé…

Mon avis…

Je pensais lire un nouveau roman de Tahar Ben Jelloun. Que nenni. L’auteur m’a emmené dans son passé, dans le Maroc des années 60, celui d’Hassan II, celui des rêves de liberté. La seconde moitié de cette décennie est celle des grands changements, des nouveaux espoirs. La nouvelle génération qui arrive, celle qui veut une autre vie et une autre société, Tahar Ben Jelloun en fait partie. Et il nous raconte comment il s’est retrouvé entraîné, un peu malgré lui, dans une violence sans nom. Il nous dit ce que c’est, d’avoir 20 ans sous Hassan II. Après une manifestation, Tahar se retrouve convoqué par l’armée. Il doit s’y rendre, il n’a pas le choix. Il expérimente alors une torture qui ne dit pas son nom. Ce livre, c’est le récit d’une expérience d’emprisonnement, de privations, de brutalité. C’est la peur, la terreur. La jeunesse bridée. Mais c’est aussi une deuxième naissance. C’est le récit des moments qui forgeront le destin de l’auteur, qui feront de lui l’écrivain qu’il est devenu. C’est un texte très émouvant que La Punition, qui nous emmène sur un terrain dont on aurait peut-être préféré ignorer l’existence, mais qu’on ne regrette pas de connaître pourtant. On découvre le passé d’un auteur, d’un homme, sa jeunesse, ses espoirs, et ce qu’ils sont devenus par la suite : une oeuvre magnifique. On ne peut pas sortir indemne de ce livre. La Punition, c’est un témoignage de fragilité, de sensibilité, tout en étant une preuve de force. C’est une revanche envers ce Maroc qui l’a brutalisé, et un hommage à ces années qui l’ont changé à tout jamais. Bref, c’est beau, tout simplement. Touchant et indispensable. Ecrit comme un roman, ce texte a le goût amer de la réalité, de l’Histoire.

#287 King Kong Théorie – Virginie Despentes

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Le résumé…

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas. » En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.

Mon avis…

Despentes, c’est Vernon Subutex, c’est Baise-moi, mais c’est aussi King Kong Théorie. Un peu moins connu que ses romans, ce livre est un manifeste, un essai loin d’être chiant, un bouquin sans filtre, dans lequel la voix de Despentes résonne avec vivacité. Ce livre, c’est l’occasion de parler de sujets tabous. J’aimerais dire que ces tabous sont du passé, et pourtant, ce n’est pas le cas. Mais, chez Despentes, ces sujets ont droit de cité : prostitution et viol ont leur place dans ces lignes. Ce texte est rafraîchissant, vivifiant. Pourquoi ? Parce que c’est un trésor de franchise et de sincérité. Despentes prend la parole, pour elle mais aussi pour toutes les femmes. Elle ne prend aucune pincette. Oui, on a l’impression qu’elle gueule, qu’elle nous engueule, c’est vrai. Mais qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est jouissif de vérité, c’est l’expression d’un post-féminisme terriblement actuel, qui met des mots sur ce que nous vivons, sur notre société hypocrite. Despentes ose dire ce que nous taisons en permanence. Elle parle du haut de son expérience, elle nous secoue, avec un style direct et incomparable. C’est drôle, c’est choquant parfois (mais qu’est-ce qu’on s’en fout, d’ailleurs), c’est du Despentes, et c’est du vrai. Beauvoir, Woolf, Cixous, elles sont fondatrices, incontournables, oui. Mais, Despentes, c’est aujourd’hui, c’est le présent et l’avenir. C’est notre monde, notre société, nos ressentis, notre réalité, à nous, femmes du XXIe siècle.

Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais jamais me remettre.

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#286 Sexe et mensonges – Leïla Slimani

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Le résumé…

Sexe et mensonges, c’est la parole, forte et sincère, d’une jeunesse marocaine bâillonnée dans un monde arabe où le sexe se consomme pourtant comme une marchandise. Les femmes que Leïla Slimani a rencontrées lui ont confié sans fard ni tabou leur vie sexuelle, entre soumission et transgression. Car, au Maroc, la loi punit et proscrit toute forme de relations sexuelles hors mariage, tout comme l’homosexualité et la prostitution. Dans cette société fondée sur l’hypocrisie, la jeune fille et la femme n’ont qu’une alternative : vierge ou épouse. Sexe et mensonges est une confrontation essentielle avec les démons intimes du Maroc et un appel vibrant à la liberté universelle d’être, d’aimer et de désirer.

Mon avis…

Leïla Slimani, nous la connaissons surtout pour ses romans : Dans le jardin de l’ogre, premier livre exceptionnel et très prometteur, ainsi que, bien évidemment, Chanson douce, qui a eu le prix Goncourt. Aujourd’hui, la notoriété qu’elle a acquise permet à Leïla Slimani de s’attaquer à des sujets délicats, sous une forme plus documentaire. Après avoir touché à la fiction, elle s’attaque à la réalité. Sexe et mensonges, c’est le fruit de plusieurs rencontres. Elles sont tantôt touchantes et émouvantes, tantôt drôles et rebelles. Parfois, elles sont résignées, mais souvent, elles affirment la volonté d’un changement. Ce que narre l’autrice dans ce livre, c’est la façon dont la sexualité est vue au Maroc, mais surtout la façon dont elle est vécue. Et la différence entre les deux. L’hypocrisie. C’est un livre qui est écrit avec un style fluide, qui nous accroche tout de suite. A la lecture aussi facile qu’un roman, ce livre recueille des témoignages multiples et enrichissants. Une synthèse de nombreux regards différents sur une seule et même question, permettant de se faire ainsi une idée complète et développée sur le sujet. Leïla Slimani, en chef d’orchestre, prend le lecteur par la main pour l’accompagner dans ce parcours de voix qui se croisent et se rencontrent parfois. C’est un plaisir de lire un tel ouvrage, de découvrir une réalité souvent ignorée. C’est le portrait d’un pays, à travers ses pratiques sexuelles, à travers sa jeunesse. Avec ses regrets et ses espoirs. Sans fioritures, sans détours, le sujet est abordé avec tact et sensibilité à la fois. Vraiment, aucune erreur dans ce livre abordable et didactique.

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#285 Les Monologues du Vagin – Eve Ensler

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Le résumé…

Mon avis…

Les Monologues du Vagin, une oeuvre dont tout le monde a entendu parler. Mais beaucoup n’ont pas eu la chance de la voir représentée au théâtre. Alors, il reste le livre : à découvrir ou redécouvrir. C’est un texte à la fois drôle, touchant, bouleversant, engagé… Mais surtout, c’est un texte essentiel ! Il donne la parole à des personnages féminins multiples, tous différents et singuliers, mais ayant une chose en commun : un vagin. Et c’est ce vagin qu’elles se réapproprient. C’est une oeuvre polyphonique, qui laisse entrevoir toutes les facettes de cette partie du corps féminin longtemps restée ignorée alors qu’elle est pourtant au cœur de tout. Les Monologues du vagin, résolument féministes. Dire le mot « vagin », « vagin », « vagin », et encore « vagin », c’est le démythifier, se le réapproprier, apprendre à le connaître, à le posséder. Redevenir soi-même, enfin. Ce livre souligne la nécessité absolue pour les femmes d’entrer en possession de leur corps, d’en reprendre les clés aux hommes. Le vagin, c’est à la fois un « lieu » de douceur et de violence, de tendresse et de brutalité. Les Monologues donnent une voix à celles qui souffrent, comme à celles qui aiment. Eve Ensler voulait faire des « interviews de vagins« , et cela a donné ce livre incontournable. Que d’émotions à sa lecture, et des émotions multiples s’il en est. A lire absolument, que l’on ait un vagin ou non, que l’on soit féministe ou non. Un texte fondateur.

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#281 Culottées, t.1 – Pénélope Bagieu

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Le résumé…

Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclats les préjugés.
Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin.

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Culottées, Pénélope Bagieu

Mon avis…

Sous-titré à raison « Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent« , ce livre est un incontournable ! Je l’ai lu et relu, et un jour j’ai réalisé que je n’avais pas fait d’article sur lui, vous imaginez ? Bon, réparons cette faute tout de suite. Pourquoi faut-il à tout prix parler de Culottées ? Et bien, tout simplement parce que cette bande dessinée nous fait (re)découvrir des femmes exceptionnelles, prodigieuses, aux destins uniques et sans commune mesure ! Enfin, Pénélope Bagieu permet aux enfants d’avoir des modèles féminins, et reconstitue ainsi un matrimoine, nous offre un héritage. Bien que j’ai été élevée dans une éducation plutôt ouverte, faite de lectures et de liberté dans la découverte, la quasi-totalité de ces femmes m’étaient inconnues. Et même celles que je pensais connaître ne m’avaient pas encore révélé leur véritable personnalité. J’ai pris tant de plaisir à lire ces histoires, à contempler les magnifiques dessins de Pénélope Bagieu (qui font honneur à ces femmes)… Et j’avoue que ces pages m’ont donné envie d’en tourner de nouvelles. C’est avec enthousiasme que j’ai fait mes petites recherches, à mon tour, pour apprendre à connaître ces personnages. Pénélope Bagieu m’a ouvert un nouvel horizon. J’aurais tant aimé avoir eu ce livre entre les mains bien plus tôt… Vous l’aurez compris, ce livre est qualitatif tant sur le plan artistique et esthétique que sur le plan du contenu, qui est à la fois riche et enrichissant ! A découvrir si ce n’est pas encore fait, et à offrir si vous le connaissez !

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#279 Entrez dans la danse – Jean Teulé

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Le résumé…

Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement
Et s’est répandue dans Strasbourg
De telle sorte que, dans leur folie,
Beaucoup se mirent à danser
Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois
Sans interruption,
Jusqu’à tomber inconscients.
Beaucoup sont morts.
Chronique alsacienne, 1519

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Mon avis…

C’est un avis mitigé que je vais vous exposer au sujet de ce dernier roman de Jean Teulé. J’aime pourtant la subversion, les styles incisifs et décalés, mais l’écriture de l’auteur ne m’a pas particulièrement plu… Pourquoi ? Si certains diront que l’effet de décalage est recherché – et je n’en doute pas, mais cela n’excuse pas tout – j’ai plutôt l’impression d’avoir lu un livre à l’intrigue plate et au style incohérent avec le fond (mais là encore, c’est un signe d’originalité, apparemment). D’un côté, l’argument de base est attrayant : un mystérieux évènement historique, c’est-à-dire une danse folle des Strasbourgeois médiévaux, mystère jamais résolu et donc passionnant ! Mais d’un autre côté, ces gens dansent dès le début… et dansent jusqu’à la fin. Si bien qu’au milieu, il ne se passe rien de bien fou. Le roman permet surtout à l’auteur de zoomer sur les vices de l’institution catholique de l’époque, avec le commerce des indulgences en particulier. Il nous montre en effet comment les habitants de Strasbourg ont pu en arriver à une telle folie, à un tel déchainement de folie violente. Ainsi, ce roman nous transporte dans une époque et un lieu comme que nous méconnaissons souvent, nous fait découvrir un curieux évènement très intrigant… J’ai d’ailleurs aimé l’absurdité de certaines scènes, qui sont le relief de cet inexplicable moment de l’Histoire. Mais, pourtant, le côté « pageturner » n’est pas au rendez-vous. Pas de suspense, des personnages à la psychologie sans relief, malgré l’intérêt historique du sujet abordé. C’est bien dommage, car j’aurais voulu aimer ce livre, vraiment. L’auteur le vendait bien, sur le plateau de La Grande Librairie, et le début était plutôt prometteur… Mais voilà, ça n’a pas pris. Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à partager votre avis !

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