#230 Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! – Chahdortt Djavann

paradis1

Le résumé…

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Erotic Islamic female by Max Emadi, an artist living in Los Angeles.

Erotic Islamic female -Max Emadi.

Mon avis…

Il est difficile de commencer une telle chronique sans parler du titre… Pour être honnête, je n’ai même pas lu le résumé du livre avant de le commencer : le titre m’a suffi. Je me suis dit que j’allais me retrouver dans un bouquin franc, cash et probablement violent. J’avais raison. Chahdortt Djavann a même dépassé tout ce à quoi je m’attendais. Je n’ai jamais eu lu un tel livre auparavant, et il me faudra sûrement longtemps avant d’en trouver un qui y ressemble… Si un mot pouvait résumer mon expérience de lecture, je choisirais « choc ». Entre document et fiction, l’auteure nous plonge sans la moindre précaution dans l’horreur pure de l’Iran. Nous pouvons savoir certaines choses sur ce pays, mais on ne les percevra probablement jamais aussi bien qu’en lisant ce livre. Aussi cash que le titre, l’écriture est tranchante, incisive, bien plus affutée qu’un cutter… Les âmes sensibles, évidemment, pourraient être secouées par une telle lecture, mais en même temps c’est un livre terriblement humain et bien plus sensible, justement, qu’on ne pourrait le croire à première vue. L’auteure nous fait découvrir des femmes, des jeunes filles, qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays où leur liberté compte. C’est un roman de la violence, de la cruauté, mais c’est le récit d’une brutalité commune, quotidienne, presque routinière… Jamais je n’aurais pu imaginer une telle chose, et je n’aurais pas cru pouvoir le découvrir dans un livre aussi émouvant et perturbant à la fois. Je partage avec vous quelques lignes qui m’ont particulièrement émue et qui résume parfaitement, selon moi, le projet inédit de Chahdortt Djavann :

paradis2

« Je vais nommer ces prostituées, assassinées dans l’anonymat, leur donner la parole pour qu’elles nous racontent leur histoire, leur vie, leur passé, leurs sentiments, leurs douleurs, leurs doutes, leurs souffrances, leurs révoltes, leurs joies aussi. Certaines ont été assassinées sans que nul ne déclare leur disparition, sans que nul ne réclame leur corps ou pleure leur mort. Je vais me glisser dans leur peau, dans leur tête, m’identifier à elles : vivantes, mutines, insolentes, séduisantes, fantasques, sensuelles, provocantes, surprenantes. Foutrement irrespectueuses. Politiquement incorrectes. Iconoclastes. Courageuses. Héroïnes au destin tragique. Ces femmes parleront avec une Liberté Totale, avec une Liberté Absolue. Sans la moindre crainte, puisqu’elles n’ont rien à perdre, puisqu’elles ont déjà tout perdu : leur vie. Assassinées, pendues ou lapidées. Je vais exhumer ces femmes et les faire exister dans votre imaginaire pour le malheur des ayatollahs, et écrire noir sur blanc qu’elles n’étaient pas des souillures, que leurs vies n’étaient pas condamnables, et que leur sang n’était pas sans valeur. […] Je ne chercherai à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains, ni comme de pures victimes. Mais comme des femmes. Des Femmes Étonnantes. Et ce livre sera leur sanctuaire. Leur Mausolée. »

paradis5

Bon… Si après une telle citation vous n’avez pas encore passé commande du livre de Chahdortt Djavann, je ne comprends plus rien ! Enfin, j’avoue que j’avais tout de même quelques craintes avant de commencer, étant hypersensible… Un livre m’avait déjà provoqué de telles sensations contradictoires, il s’agit d’un roman de Didier Decoin : Est-ce ainsi que les femmes meurent ? Dans les deux cas, il y a celle(s) qu’on assassine et les autres qui sont autour, qui savent ce qu’il se passe mais ne font rien, ou parfois encourage cette cruauté. Le livre de Chahdortt Djavann est un peu différent car la principale justification des crimes est la religion, l’Islam en l’occurrence, qui est devenue une politique à part entière. Les deux s’inspirent de faits réels, ce qui est d’autant plus perturbant. Chahdortt Djavann a dû faire face à un obstacle : le silence qui entoure ces crimes, l’anonymat de ces femmes assassinées… Le meilleur moyen qu’elle a trouvé est donc d’insérer de la fiction dans un livre qui se veut principalement documentaire et informatif. Ainsi, elle peint des portraits de femmes, obligées de prostituer pour survivre, confrontées à un monde où le sexe féminin occupe une place plus basse qu’on pourrait l’imaginer dans la société dans laquelle nous évoluons en tant qu’occidentaux.

paradis3

Ce livre, c’est un plongeon glacial dans des esprits et des corps torturés, à des milliers de kilomètres de nos propres esprits et corps… Le lecteur devient un voyeur, souvent mal à l’aise, mais encore plus souvent ému. Quand la dernière page est tournée, il faut trouver la force de regarder autour de soi ce que l’on a, de contempler la rue, dehors, le calme ou l’agitation rassurante… Il faut quelques jours pour respirer normalement, et il me faudra probablement toute ma vie pour ne pas associer ce livre au pays qu’il décrit. Etant très intéressée par les religions et la politique, en particulier grâce à mes études de Sciences Po (avant de me lancer dans les Lettres Modernes), et je savais déjà certaines choses peu reluisantes sur l’Iran… Ce livre n’arrange rien… Mais il révèle une réalité très dérangeante… Chahdortt Djavann nous raconte tout ce qu’un pays entier aimerait qu’on ne révèle jamais. Derrière les restes de la civilisation persane, qui attirent chaque année des milliers de touristes à Téhéran, se cache des horreurs sans nom, sur lesquelles l’auteure propose de mettre des mots. Ces mots, ainsi que les paroles qu’elle offre à ces femmes si éloignées et pourtant si proches de nous, n’auront de force que si nous sommes là pour les lire. C’est pour cela que je voulais partager avec vous cette expérience de lecture qui vous marquera durablement.

Afficher l'image d'origine

Ma note…

.

#227 Illettré – Cécile Ladjali

Coup de coeur

coeur_115

illettré1

Le résumé…

Illettré raconte l’histoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen, qui chaque matin pointe à l’usine et s’installe devant sa presse ou son massicot. Dans le vacarme de l’atelier d’imprimerie, toute la journée défilent des lettres que Léo identifie vaguement à leur forme. Elevé par une grand-mère analphabète, qui a inconsciemment maintenu au-dessus de lui la chape de plomb de l’ignorance, il a quitté le collège à treize ans, régressé et vite oublié les rudiments appris à l’école. Puis les choses écrites lui sont devenues peu à peu de menaçantes énigmes. Désormais, sa vie d’adulte est entravée par cette tare invisible qui grippe tant ses sentiments que ses actes et l’oblige à tromper les apparences, notamment face à sa jolie voisine, Sibylle, l’infirmière venue le soigner après un accident. Réapprendre à lire ? Renouer avec les mots ? En lui et autour de lui la bonne volonté est sensible, mais la tâche est ardue et l’incapacité de Léo renvoie vite chacun à la réalité de ses manques : le ciel semble se refermer lentement devant celui que les signes fuient et que l’humanité des autres ignore.

illettré4

Mon avis…

Voici mon gros coup de cœur du moment, enfin un d’entre eux en tout cas… J’ai entendu parler de ce livre pour la première fois il y a un moment dans La Grande Librairie. Cécile Ladjali m’avait totalement séduite en parlant de son livre, on sentait une profonde envie et une belle honnêteté, un projet magnifique. J’ai mis un peu de temps à pouvoir lire ce roman et, malgré ma très bonne impression lors de la diffusion de l’émission, je ne m’attendais pas à aimer autant ! Comment dire ? J’ai été surprise… L’écriture est magistrale, les mots choisis apportent une dimension poétique vraiment fabuleuse, tandis que la perception du monde qu’a Léo est d’une beauté indicible. Ce livre est le fruit d’un pari immense : faire comprendre à des lecteurs, et donc des personnes « lettrées », ce que c’est d’être illettré, et tout ça avec une narration riche en vocabulaire et en poésie. Un pari fou ? Oui, sûrement, mais un pari réussi ! Rarement un livre ne m’a arraché autant de larmes et de sourires à la fois…

illettré2

Léo est probablement un des personnages dont j’ai lu l’histoire qui me marquera le plus dans ma vie, j’en suis presque sûre. Illettré est un roman bouleversant, qui fait voir le monde de façon totalement différente… Les personnages, peu nombreux, sont vraiment très très attachants, et l’auteure sait nous mener là où elle veut, là où une telle histoire mène forcément… Cette lecture est un véritable électrochoc dont on sort changé, elle ne peut pas laisser indifférent. J’avoue que c’est très difficile de parler de ce livre, Cécile Ladjali a tellement bien choisi ses mots, les a parfaitement dosés, alors je ne pourrais pas vous dire les choses aussi bien qu’elle. Vraiment, si vous cherchez un livre à lire à tout prix, c’est celui-là. Il a tout pour lui : une écriture fabuleuse, une poésie merveilleuse, des personnages envoûtants, une histoire émouvante… Il n’y a pas vraiment de morale dans ce roman, c’est à vous de la découvrir, à vous d’en tirer quelque chose, à vous de transformer cette splendide expérience de lecture en autre chose… N’hésitez pas, vous avez la chance de pouvoir lire et comprendre ce livre, ce chef d’œuvre.

illettré5

Ma note…

.

.

#226 Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

titus1

Le résumé…

Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent. Alors Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue. La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin. En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme lui peut avoir écrit des choses comme ça. C’est l’intention de ce roman où l’auteur a tout de même pris certaines libertés avec l’exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n’existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d’une langue, d’un imaginaire, d’une topographie intime. Il ne reste que peu d’écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu’on bouscule sans pénalités.

titus2

Mon avis…

Quelle étudiante en Lettres serais-je si je ne cherchais pas à mieux connaître le fameux Racine ? J’en ai lu, des textes sur lui, des biographies, mais jamais un roman ! Nathalie Azoulai a tout de même été récompensée pour ce roman. Et ma volonté de lire de la littérature française contemporaine s’associe parfaitement avec celle de développer mes connaissances sur monsieur Racine ! Dans Titus n’aimait pas Bérénice, l’auteure va romancer la vie du grand dramaturge. J’aime beaucoup ce genre d’initiatives en général. Il faut avouer que potasser une biographie de Racine n’est pas follement passionnant et on a du mal à se projeter dans son esprit, à imaginer sa manière de penser, etc. Nathalie Azoulai m’a beaucoup étonnée car je ne pensais pas accrocher à un roman sur la vie de cet auteur… et surprise ! j’ai vraiment été happée par le récit ! Finalement, Racine est un monsieur très attachant. A partir d’éléments historiques et chronologiques fiables, l’auteure développe une narration sur la vie du dramaturge, nous montrant comment l’enfant élevé dans le milieu janséniste devient un des auteurs les plus connus dans le Royaume de France. Si tout n’est, évidemment, pas exact, puisqu’on a peu de sources sur les perceptions propres de Racine, cette projection aide beaucoup à comprendre l’Homme et son œuvre, et surtout à retenir les choses !

On sait tous qu’apprendre des dates par cœur n’est pas ce qu’il y a de plus utiles (encore faut-il les retenir !). Personnellement, je préfère essayer de comprendre les choses, leur chronologie, la manière dont tout s’est enchaîné. Et j’ai appris énormément de choses sur l’auteur et Nathalie Azoulai m’a donné envie de (re)lire certaines de ses œuvres, avec un nouveau regard. Je pense que ce livre rend un grand service à la littérature française et aux lecteurs ! Si vous avez envie de découvrir Racine mais que vous avez l’à-priori qu’il s’agit d’un bonhomme drôlement ennuyant, n’hésitez pas à lire Titus n’aimait pas Bérénice, car vous changerez d’avis, c’est certain ! J’ai désormais l’impression de le connaître parfaitement bien, il n’est plus qu’un des noms les plus célèbres en France, il a pris pour moi une dimension plus humaine, spirituelle, il a gagné en profondeur et en psychologie. J’ai toujours été intriguée par l’influence des jansénistes sur son œuvre et Nathalie Azoulai expose et déploie à la perfection ce lien !

BERNICE by Racine,     , Writer – Jean Racine, Director – Josie Rourke, Designer – Lucy Osborne, Lighting – Oliver Fenwick, The Donmar , 2012, Credit: Johan Persson/

Par contre, j’ai tout de même un petit bémol sur le roman en général. L’histoire de Racine part d’un prétexte simple. A notre époque, une jeune femme du nom de Bérénice est amoureuse de Titus qui la quitte pour Roma. Elle va explorer la vie de Racine, grand auteur de la dramaturgie amoureuse, pour essayer de comprendre l’histoire de Titus et Bérénice inventée par l’auteur. Visiblement, elle pense pouvoir faire le deuil de sa propre histoire grâce à la pièce. Bon… j’avoue que, déjà, je trouve ça un peu bizarre… Mais ça ne s’arrête pas là. Ce qui m’a vraiment perturbé, c’est que cette « histoire » contemporaine occupe une infime part du roman, et j’ai vraiment eu l’impression qu’elle restait un simple prétexte, justement ! L’auteure aurait tout aussi bien pu faire une biographie romancée de Racine, du début à la fin… Et finalement, cela m’a beaucoup perturbée, j’ai été assez déçue. Si l’histoire de la vie de Racine est globalement passionnante (malgré quelques longueurs), celle de Titus et Bérénice version 2.0 est presque (ou totalement) inutile…  Donc, je conseille fortement ce livre à ceux et celles qui, intrigué(e)s par Racine, ont envie de le découvrir de façon plus personnelle et originale… Mais, amateurs de romances, ne pensez pas trouver ici le récit d’une histoire d’amour entre un Titus et une Bérénice modernes, on en est loin !

titus3

Ma note…

.

#217 Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

troisjours1

Le résumé…

À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien…

troisjours2

Mon avis…

Oh, Pierre Lemaitre, un de mes auteurs français préférés… Je l’admire, je l’adore, je le vénère… Alors, quand je l’ai vu passer à La Grande Librairie sur France 5, vous imaginez bien que j’étais au rendez-vous. J’étais là aussi lorsqu’il est allé sur le plateau de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché (passage que j’ai d’ailleurs adoré et qui a achevé de me séduire !). Je suis donc, vous l’aurez compris, une grande fan. Alors je ne pouvais pas rater son nouveau roman. En même temps, qu’est-ce qui est pire que l’angoisse d’être déçue par un de ses auteurs favoris ? Alex avait été une découverte plus que surprenante et satisfaisante, et j’ai été très heureuse de remarquer lors de mon séjour en Ecosse que ce roman avait été traduit en anglais (je l’ai même offert à plusieurs proches anglophones qui étaient très contents de découvrir un auteur français). Au revoir là-haut est une des lectures qui m’ont le plus marqué dans ma vie, et dont je me souviendrais jusqu’à la fin de mes jours, j’en suis certaine. C’est un coup de cœur comme on en fait peu. Bref, Pierre Lemaitre avait mis la barre très haute dans mon esprit. Alors, Trois jours et une vie était à la fois l’objet d’une attente inconditionnelle et excitante, mais aussi celle d’une inquiétude croissante, la peur d’être déçue.

Afficher l'image d'origine

 Je peux d’ores et déjà vous rassurer, le mot « déception » n’est pas approprié pour qualifier ce roman, loin de là. Je tiens cependant à souligner que Trois jours et une vie est vraiment très différent des précédents livres de Pierre Lemaitre. Ce n’est pas un thriller comme il en a fait avec le commissaire Verhoeven, ni un excellent roman historique (un chef d’œuvre, plutôt) comme Au revoir là-haut. C’est un peu un inclassable. Thriller ? Pas tout à fait. Roman policier ? Non plus, ce n’est pas totalement ça… Roman « social » ? Non plus… Alors quoi ? Je ne sais pas, c’est une sorte d’inclassable, de la littérature tout simplement ! Et, en littérature, Pierre Lemaitre est très bon. Tous ses romans ont en eux une touche de génie littéraire, ce qui est très agréable. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Nous suivons l’histoire d’un enfant qui, accidentellement, en tue un autre, cache son crime par peur de ce qui pourrait advenir… Un enfant à qui l’on pardonne car, justement, c’est un enfant… Mais un enfant qui va grandir, devenir adulte, en contemplant les conséquences de son acte, en comprenant tout ce que les autres ne comprennent pas, en étant parfaitement conscient que cet accident va être l’accident de sa vie.

Afficher l'image d'origine

Le point de vue est extrêmement original. Il est rare de suivre les pensées d’un meurtrier, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’un enfant, et c’est encore plus rare quand c’est fait avec autant de virtuosité qu’en déploie Pierre Lemaitre. Il est vrai que le coup de cœur n’a pas été au rendez-vous sur ce roman, puisque je ne lui mets « que » 18 pour conclure mon expérience de lecture… Mais cela reste une expérience personnelle. Je pense que j’ai été assez perturbée par le rythme du roman, très lent, et la narration à la troisième personne n’était pas forcément ce que j’aurais choisi. Or, je ne suis pas l’auteur, donc je dois respecter son choix. Ecrire en « je » aurait probablement tout changé à la perception de la situation, et nous restons comme un témoin privilégié mais gênant de l’acte terrible commis par ce gamin. Je vous ai dit que le rythme du roman était lent, mais, pour autant, je l’ai trouvé trop court. C’est assez paradoxal… Je ne saurais pas expliquer ce sentiment. Je pense que cela est dû à l’absence de morale de cette histoire, à son terrible réalisme. Pour le coup, Trois jours et une vie se rapproche beaucoup de Au revoir là-haut, dans le sens où l’auteur nous fait toucher du doigt une réalité terrible, qu’on peine à imaginer alors qu’elle se joue sous nos yeux.

Afficher l'image d'origine

Point de féérie comme chez Gilles Paris et son Autobiographie d’une courgette, dont l’histoire est assez proche mais le traitement radicalement différent. Pierre Lemaitre met ici en scène la cruauté de la vie, sa cruauté la plus banale. Le roman est magnifique en ce sens. Il place le lecteur dans une position désagréable, bancale, déconcertante… Il laisse un goût amer, un malaise… Il est difficile de mettre des mots sur ces sensations, et c’est pour cela que je voudrais vous pousser, vraiment, à lire ce roman. Trois jours et une vie est un de ces livres qu’on ne peut comprendre qu’en les lisant. Et je pense que cette expérience ne devrait pas être vécue seulement par quelques lecteurs. J’aimerais que vous y preniez part, vous aussi… et peut-être que vous mettiez des mots sur ce que j’ai ressenti, ou qu’au contraire vous soyez, comme moi, perdue, privée de vocabulaire face à ces pages.

troisjours3

Ma note…

.

.

#207 Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès. Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Afficher l'image d'origine

Mon avis…

Comme tout le monde, je connaissais ce livre de nom et de réputation. L’année dernière, lorsque j’étais en Ecosse, tous les libraires s’étaient mis aux couleurs du Mockingbird pour rendre hommage à Harper Lee. Alors, forcément, je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir le lire. Ayant déjà explosé mon budget bouquins pour ces vacances, je ne l’ai pas pris en anglais, mais je l’ai trouvé par hasard quelques semaines plus tard chez ma mère, dans une étagère depuis longtemps oubliée ! Je l’ai donc emmené chez moi, toute contente, et j’ai fini par me lancer à l’occasion de la fin de l’année universitaire… C’est toujours mon moment préféré pour me lancer dans les « grands romans » de la littérature française ou internationale. J’ai donc commencé à parcourir ces pages avec beaucoup de curiosité et d’enthousiasme. J’ai bien aimé la narration portée par une jeune fille que l’on découvre enfant, qui gagne quelques années entre le début et la fin du livre : Scout. Ses aventures d’enfant m’ont vraiment attendrie, j’ai trouvé que l’écriture avait quelque chose de drôle, tout en annonçant une suite un peu moins gaie aux événements. Parfois, j’avais un peu l’impression d’être dans un thriller, car c’est exactement le but visé par l’histoire très mystérieuse de Boo Radley…

Afficher l'image d'origine

L’histoire centrale du roman, celle du procès, n’arrive véritablement qu’en deuxième partie. L’originalité de ce récit est vraiment de montrer les événements du point de vue d’une enfant, ce qui rend donc les choses très touchantes. Elle porte dans son regard l’ignorance indissociable de l’innocence de l’enfance. En fait, elle représente tout le contraire de la société dans laquelle elle évolue, de celle qui met en cause cet homme noir, injustement accusé de viol sur une femme blanche, condamné avant même d’être jugé. L’histoire m’a un peu rappelé celle de La ligne verte de Stephen King, mais sans la dureté du récit. Scout, la jeune narratrice, raconte avec tant de curiosité ce qu’elle observe. Elle ne comprend pas ce qu’elle a sous les yeux, croit à la bonté des adultes, à leur honnêteté… Et toutes les questions qu’elle se pose sont si innocentes, et en même temps si sensées, qu’elle nous touche en plein cœur. Harper Lee a, selon moi, choisi le meilleur mode de narration pour raconter cet événement tragique et pourtant si commun en Amérique : tout est plus touchant à travers les yeux d’un enfant. C’est ainsi que l’auteure, à travers Scout, a poussé et pousse encore ses lecteurs à la réflexion.

Afficher l'image d'origine

Le roman est assez long, si bien que les personnages deviennent comme d’intimes connaissances pour le lecteur. On finit par connaître Maycomb aussi bien que si l’on y habitait… Finalement, il apparaît vite comme évident que tout le monde a des choses à cacher. J’ai aimé la réflexion qu’amène l’auteure avec délicatesse : ne jamais se fier aux apparences… Ceux qui sont exclus de la société ne le sont pas toujours à raison, tandis que d’autres le sont… Le seul moyen de savoir, en réalité, est d’apprendre à connaître. J’ai énormément apprécié cette lecture, bien qu’elle soit un peu triste (je ne vais pas m’en cacher), j’ai beaucoup aimé le fait qu’elle soit portée par l’être le plus innocent possible. Malgré quelques petites longueurs (qui s’éclaircissent au fil du récit), le roman est passionnant et évolue crescendo jusqu’à une fin terriblement émouvante ! Pour achever de vous convaincre, je vous laisse avec cette jolie citation :

« Jusqu’au jour où je craignis que cela me fût enlevé, je ne m’étais jamais rendu compte que j’aimais lire. Pense-t-on que l’on aime respirer ? » (Harper Lee)

Ma note…

.

#206 Jungle Park – Philippe Arnaud

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

2050. Tout commence par un homme parachuté d’un avion. C’est un condamné à mort, dans un futur où on ne brûle plus les prisonniers sur les chaises électriques : on les « condamne à l’Afrique ». L’Afrique, en effet, est devenue un véritable continent prison gardé par des drones, et le dépotoir des déchets industriels occidentaux – un endroit où les condamnés ont toutes les chances de mourir dans l’heure… à moins qu’ils n’évoluent vers une de ces espèces mutantes qui pullulent là-bas. Tony est ce condamné à mort : ancien directeur d’un parc d’attractions célèbre, riche et considéré, il a été injustement accusé de terrorisme. Par miracle, il survit à la chute… pour entamer un long périple dans la jungle, entre enfer et rédemption. Pendant ce temps, à l’autre bout du monde, la fille de Tony trouve la trace des auteurs du complot dirigé contre lui : elle compte bien sauver son père !

Mon avis…

J’étais très contente de recevoir ce nouveau roman de la collection Exprim’, qui me fait sans cesse passer de merveilleux moments de lecture. A la fin de mes partiels, je me suis dit que c’était le bon moment pour me lancer dans Jungle Park, dont la couverture me faisait (évidemment) penser à Jurassic Park… Mais, rassurez-vous, les deux histoires n’ont aucun rapport, Philippe Arnaud ne plagie personne (ouf) ! Ce roman est très prenant : une fois commencé, on le finit forcément à toute vitesse… Jungle Park est une dystopie, l’auteur imagine le monde en 2050 : l’Afrique est devenu un continent-prison. Les condamnés à mort y sont parachutés, au milieu de zones très radioactives que comptent l’Afrique depuis qu’elle est aussi devenue le dépotoir du monde. Dans ce roman, comme souvent dans la collection Exprim’, on remarque donc un fond de critique sociale, un message. Cela nous pousse à réfléchir sur la relation que nous entretenons aujourd’hui avec l’Afrique, en tant que pays occidentaux, à penser à l’avenir… Finalement, rien n’est impossible, malheureusement. Pourtant, Philippe Arnaud ne fait pas étalage de cette critique, au contraire. Elle est sous-entendue dans toute l’aventure qui anime Tony, Joannie et ses amis. Jungle Park, c’est l’histoire d’une erreur tragique, celle de Tony… Une erreur qui va faire basculer le monde entier dans un désastre sans précédent. J’ai beaucoup aimé les petites références discrètement glissées par l’auteur à des événements ou des personnages très actuels (pour ne donner qu’un exemple, nous retrouvons notre « cher » Donald Trump, à quelques occasions, comme pour rendre encore plus réelle et plausible cette dystopie).

Les histoires de Tony et Joannie se déroulent en parallèle. L’un se trouve parachuté en Afrique, sauvé par un résistant et emmené dans un périple mystérieux et périlleux, tandis que l’autre est restée en Amérique, confrontée au mépris et à la méfiance des autres qui la croient fille de terroriste. Joannie ne peut pas croire à la mort de son père, et celui-ci sait que sa fille n’est pas du genre à laisser tomber. Un dialogue silencieux s’instaure entre les deux personnages qui sont liés par le sang mais surtout par un tempérament de feu. J’ai beaucoup accroché aux personnalités des personnages, qui sont très bien construits, touchants… On les suit du début à la fin, comme si nous faisions nous aussi partie de cette aventure : prouver l’innocence du père et combattre la post-humanité (vous comprendrez en lisant, je ne peux pas vous expliquer ce « petit » détail). L’Afrique telle qu’elle est décrite est évidemment loin de celle qu’elle est aujourd’hui… Pourtant, on peut facilement imaginer les transformations que Philippe Arnaud y apporte. Dans notre monde, tant de gens sont assez fous pour faire d’un territoire qu’ils n’ont jamais approché leur seul moyen de survivre à leur propre folie. Le sacrifice des uns sert le succès des autres, leur puissance, mais pas leur gloire. C’est ça qui est intéressant dans ce livre : ceux qui ont le pouvoir ne sont pas ceux que l’on croit, ils sont discrets, se réunissent en secret, ont tout abandonné pour obtenir le plus grand des privilèges (là encore, mystère !). Tout le roman repose donc sur ces questions : qui sont-ils ? qu’y a-t-il, là-bas, en Afrique ? comment vaincre ces obstacles ? Et, réellement, c’est passionnant.

Ma note…

.

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture.

sarbacane

Afficher l'image d'origine

#201 La dame en blanc – Wilkie Collins

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

Dans la fournaise de l’été, en ce milieu du XIXe siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s’apprête à quitter Londres pour enseigner l’aquarelle à deux jeunes filles de l’aristocratie, dans le Cumberland. Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger… Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n’apaise pas le jeune William autant qu’il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets, et lorsque resurgit la mystérieuse dame en blanc, il est bien difficile d’affirmer qu il ne s’agit pas d’un présage funeste…

Afficher l'image d'origine

Mon avis…

Ce roman, je vous préviens, est ce qu’on peut appeler un pavé, à raison d’environ 850 pages dans l’édition Archipoche qui conserve malgré tout un excellent confort de lecture. Il était depuis un petit moment dans ma bibliothèque. Je l’avais achetée car, comme vous le savez sans doute, j’aime particulièrement la littérature victorienne dont Wilkie Collins est un des représentants les moins connus. On a souvent préféré retenir Dickens, alors que Collins est l’inventeur du roman à suspense, mais également l’ami et rival de l’auteur d’Oliver Twist. Evidemment, il ne faut pas avoir une tonne de lectures en cours pour se lancer dans La dame en blanc. En effet, le nombre de pages peut effrayer. J’ai donc profité d’un moment de tranquillité, après mes partiels, pour me lancer dans ce roman. A vrai dire, je n’ai pas du tout senti ces 850 pages passer… Elles ont été avalées en douceur, car Wilkie Collins a sûrement écrit un des plus efficaces page-turner de l’époque ! C’est réellement un roman à suspense tout simplement excellent car ce suspense ne s’apaise jamais. La tension est omniprésente, le roman est imprégné de fantômes, d’indices, de suggestions, de complots, de rebondissements… Certaines personnes pourraient y trouver quelques longueurs, mais c’est extrêmement relatif. En effet, « longueurs » n’est pas vraiment le terme pour désigner des moments d’écriture particulièrement délicats, ces lignes préparant les chocs émotionnels à venir… pour le lecteur comme pour les personnages !

Afficher l'image d'origine

J’avoue être vraiment étonnée aujourd’hui du fait que Wilkie Collins reste un inconnu pour beaucoup de personnes. J’ai découvert un auteur extrêmement talentueux, qui a su passionner ses lecteurs du XIXe au XXIe comme d’autres auteurs le font aujourd’hui pour leurs contemporains. Collins est l’inventeur du genre et n’a rien à envier à ses successeurs. Ce roman est un véritable chef d’oeuvre car il accroche le lecteur pendant 850 pages, à partir d’un simple élément : l’apparition mystérieuse d’une dame vêtue de blanc… L’ensemble se construit sous la forme de témoignages des divers personnages apparaissant dans l’oeuvre, bien que la grande majorité du texte soit mené par Walter Hartright, professeur de dessin. Evidemment, les personnages principaux sont très attachants, Collins a le talent (et le temps) de développer leur psychologie. J’ai beaucoup apprécié la personnalité de Marian Halcombe, femme moderne et déterminée, ainsi que celle de Walter. Les « méchants » de l’histoire sont parfaitement présentés, tout en subtilité, en profondeur… Les personnages sont charismatiques, ils prennent vie sous nos yeux et entre nos mains tout au long de la lecture. Après tout, c’est bien cela l’avantage d’un livre aussi long. Et pourtant, je n’ai pas remarqué de descriptions lassantes et ennuyantes, de moments inutiles et barbants, etc. Tout, dans ce roman, a un intérêt, rien n’est laissé au hasard. En fait, presque tout peut constituer un indice pour dévoiler, enfin, le mystère qui entoure la dame en blanc et les autres personnages. Je recommande vraiment ce roman pour ceux qui aiment l’ambiance victorienne, les livres à suspense, parfois inquiétants ou effrayants, avec des personnages à la psychologie très riche… Wilkie Collins et sa Dame en blanc valent amplement le détour.

Afficher l'image d'origine

Ma note…

.

#197 Le Guépard – Giuseppe Tomasi di Lampedusa

GUEPARD1

Le résumé…

En 1860, une aristocratie décadente et appauvrie, sourde aux bouleversements du monde, règne encore sur la Sicile. Mais le débarquement des troupes de Garibaldi amorce le renversement d’un ordre social séculaire. Conscient de la menace qui pèse sur les siens, le prince de Salina se résigne à accepter l’union de son neveu Tancredi avec la belle Angelica, fille d’un parvenu. Ultime concession qui signe la défaite du Guépard, le blason des Salina…

GUEPARD2

Mon avis…

Lampedusa a écrit ce roman dans les dernières années de sa vie, il a été publié à titre posthume. On peut dire qu’on retrouve un véritable fond autobiographique dans Le Guépard. L’auteur l’admet : « le prince Salina est le prince de Lampedusa, Giulio Fabrizio, mon arrière-grand-père ». Ce roman rend compte de la chute de l’aristocratie, en se focalisant sur une famille sicilienne. Les personnages que l’on suit représentent l’espèce humaine toute entière à travers l’ironie de l’auteur. On ne peut qu’être impressionné par le personnage du prince Salina, don Fabrizio, un géant charismatique, aussi noble d’esprit que de corps. Le roman est entièrement traversé de raffinement, autant pour en montrer la beauté que pour en souligner le déclin progressif. Beaucoup de gens, je pense, connaissent Le Guépard grâce à l’adaptation cinématographique qui en a été faite par Luchino Visconti. Or, le roman est un peu différent, ou même très différent en particulier à la fin. Plusieurs chapitres ne se retrouvent pas dans le film, car ils sont presque impossibles à rendre sur un écran. Donc, que vous ayez vu le film ou non, rien ne peut vous empêcher de vous attaquer à la lecture du Guépard. Je ne vais pas vous mentir, la lecture n’est pas des plus passionnantes quand on ne connaît pas trop le contexte historique du Risorgimento (l’unification des états italiens). Il n’y a pas de réelle action car finalement c’est un quotidien qui se détruit au fil du roman, dans un murmure…

GUEPARD4

A l’arrivée de Garibaldi en Sicile, les Salina doivent faire face à des changements. Avec le nouveau régime qu’annonce la révolte garibaldienne, les aristocrates vont perdre leur pouvoir, leurs avantages, etc. Le lecteur observe donc, comme le prince Salina regarde les étoiles avec son télescope, l’effondrement d’un monde et la naissance d’un autre.  Le nouveau monde, dans le roman, est représenté par Angelica et Tancredi, tandis que l’ancien est monde est celui auquel appartient le Guépard, surnom du prince Salina. Ce dernier est donc obligé d’accepter le mariage des deux jeunes gens pour espérer sauver sa famille, mais c’est en fait tout le contraire… Le lecteur sent tout à fait cet aspect destructeur dans le roman. Avec la complicité de Lampedusa, on se rend compte du caractère destructeur de cet événement prétendument heureux qu’est un mariage. J’avoue, avant ce livre, ne m’être jamais trop intéressée à l’Histoire italienne. Cependant, je n’ai pas eu trop le choix tout de même, il faut quelques bases pour lire Le Guépard. Et finalement, c’est très intéressant, et ce roman est une très belle illustration de cette époque. C’est un livre plutôt mélancolique, parfois drôle avec l’ironie de l’auteur et de certains personnages…  Mais attention, on ne peut pas vraiment parler d’un roman « historique » malgré le contexte, car justement tout est dans le déni de l’Histoire, de l’événement historique. C’est un roman anti-historique passionnant à lire, mais surtout à étudier. Je précise qu’il a été au programme de l’agrégation de Lettres avec La Marche de Radetzky de Joseph Roth en tant que « romans de la fin d’un monde ». Je souligne tout de même, une dernière fois, pour résumer, les différentes caractéristiques de la lecture de ce livre : assez difficile au départ, passionnant à étudier, peu d’actions mais plein de sous-entendus… Vous savez tout !

GUEPARD3

Ma note…

.

#187 Une anglaise à bicyclette – Didier Decoin

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

Un massacre d’Indiens dans le Dakota du Sud. Le mariage d’une jeune femme avec son père adoptif dans l’Angleterre victorienne. Un constable trop méticuleux. Une bicyclette qui change un destin. Cinq mystérieuses photographies. Et sir Arthur Conan Doyle qui croit dur comme fer à l’existence des fées.

Afficher l'image d'origine

Mon avis…

J’ai découvert Didier Decoin au début de mon blog, son livre Est-ce ainsi que les femmes Afficher l'image d'originemeurent ? a été ma dixième chronique, un véritable choc. Il m’a durablement marqué, c’est probablement un des livres qui m’a le plus secouée… Alors, en tombant sur Une anglaise à bicyclette, autant vous dire que je n’ai pas beaucoup hésité à me lancer… C’est vraiment un tout autre genre de roman, on est dans quelque chose de beaucoup plus léger malgré le sujet de départ assez sombre. L’amour est omniprésent dans ce roman, on voyage dans une autre époque, on est totalement transporté… C’est réellement un roman tout public, contrairement à Est-ce ainsi que les femmes meurent ? qui peut vraiment être déconseillé aux âmes sensibles (bien que ce soit fort dommage en raison de la qualité extrême de ce livre).

anglaise

Didier Decoin est membre de l’Académie Goncourt, dont il est le secrétaire général actuel. C’est un homme de lettres passionné, qui vit de son écriture et qui est parfois considéré comme le plus sentimental des écrivains de l’Académie Goncourt… On retrouve ces aspects dans Une anglaise à bicyclette puisqu’il fait référence à plusieurs œuvres littéraires, en particulier d’Arthur Conan Doyle, dont il exploite l’imagination en la mettant au service de son roman… Il s’inspire de l’histoire indienne américaine puisque l’anglaise à bicyclette en question est en fait une indienne Lakota qui a échappé à un massacre et qu’un photographe recueille après une certaine hésitation… Il la ramène chez lui, en Angleterre, là où le teint de la jeune fille tranche avec celui des anglais… Il la fait passer pour la fille d’un couple irlandais, mais malheureusement, nombreux sont ceux qui ont des doutes… La véritable origine de la jeune fille, rebaptisée Emily, fait même l’objet de paris dans le village…

Afficher l'image d'origine

L’indienne va vite devenir une anglaise accomplie, dans toutes les règles de l’art, parfaitement adaptée à sa société d’adoption. C’est la bicyclette que va lui offrir le photographe qui va lui permettre de gagner une liberté supplémentaire, d’explorer son petit monde et un jour se retrouver face à face avec Arthur Conan Doyle dont elle cherche à découvrir les petits secrets… Son peuple croyait aux esprits, alors elle se demande si l’auteur croit aux fées, elle veut connaître la vérité sur une de ses histoires qui évoque ces légendes. Est-ce une invention ? la vérité ? On s’attache vraiment très vite à cette jeune fille atypique, douce, sensible. Le photographe a lui aussi une personnalité  qu’on ne peut que vouloir suivre… Nous avons donc exactement le genre de livres dont on ne peut pas s’empêcher de tourner les pages…

Andreas Franke

Andreas Franke revisite le XVIIIe en photographie sous-marine…

Mais, malheureusement, Didier Decoin m’a légèrement perdue sur la fin du roman… Je suis restée sur ma faim, justement. Je m’étais beaucoup attachée aux personnages et, dans les dernières pages, j’ai eu l’impression que tout s’accélérait et se précipitait. J’ai été légèrement déçue, comme si le dernier quart du roman avait été « bâclé ». Evidemment, je me doute que ce n’est pas le cas, bien sûr, mais j’ai ressenti un drôle d’écart entre le reste du roman et cette partie finale… J’aurais aimé en savoir plus sur ce que devenait Emily, sur les raisons de l’événement final, du dénouement. Je pense que cela doit venir de mes habitudes de lecture, car je lis énormément de classiques ces derniers temps pour les études, et donc des œuvres très poussées, moins « grand public ». Je recommande tout de même ce roman, tout simplement parce que j’ai profité d’un vrai moment de détente avec Une anglaise à bicyclette, et ça m’a fait un bien fou 🙂 C’est bien écrit, c’est passionnant, et c’est à une époque que j’adore puisque tout se déroule dans l’Angleterre victorienne…

Ma note…

.

#184 Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

coeur_115

Coup de cœur

Afficher l'image d'origine

Le résumé…

Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence… Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts. Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l’histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l’Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l’après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d’envergure nationale d’un cynisme absolu. De Robe de marié à Sacrifices, cinq romans noirs, couronnés par de nombreux prix, ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel.

Afficher l'image d'origine

Le roman a été transposé en BD…

Mon avis…

J’ai déjà chroniqué sur ce blog un thriller de Pierre Lemaitre, Alex, que j’avais adoré en grande partie pour la qualité littéraire du roman, ce qui est assez rare dans ce genre pour être souligné. L’auteur reçoit le Prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, une fresque historique cruelle et profondément réflexive… J’ai été très touchée par ce livre, très émue, et j’avoue que ce roman va probablement rester dans ma mémoire pendant de longues années, et peut-être bien plus ! En fait, c’est un véritable coup de cœur, ce roman est un chef d’oeuvre qui mérite amplement d’être reconnu comme tel. Avec cette lecture, je ne verrais plus jamais la première guerre mondiale, les cimetières militaires et les monuments aux morts de la même manière. Certes, il y aura toujours de la tendresse pour tous ces hommes disparus dans la bataille, mais il y aura aussi une amertume terrible…

En effet, Pierre Lemaitre peint ici le portrait de deux soldats, tous droits sortis de son imagination et pourtant terriblement réalistes. Albert et Edouard bondissent des pages, s’animent. Ils ne sont pas noyés sous les mots, au contraire, chaque lettre leur donne du relief, de la profondeur aussi. J’ai été très touchée par ces deux personnages, et derrière eux par tous ces hommes revenus blessés de la guerre, les « gueules cassées » comme on les appelle mais aussi tous ceux dont c’était l’âme qui était cassée.  Cette lecture m’a laissée sous le choc, elle m’a révélé des pages de l’après-guerre que je méconnaissais, que je n’imaginais même pas… Je ne peux pas vous révéler les tenants et les aboutissants d’une telle histoire sans vous gâcher le plaisir d’un tel roman… Vraiment, n’hésitez pas, ouvrez ce livre et il changera votre vie.

Afficher l'image d'origine

Ma note…

.