#248 La Tresse – Laetitia Colombani

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

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Mon avis…

Il est parfois bien plus difficile de trouver les mots justes pour parler d’un livre que l’on a particulièrement aimé, plutôt que d’un livre que l’on a seulement et simplement apprécié… Il est délicat de parvenir à évoquer les sensations qu’un ouvrage a pu provoquer en nous, à en donner une image représentative, à susciter une envie, celle de la découverte, et une pensée : “moi aussi, je vais tenter l’expérience”. Il y a, une fois sur quelques dizaines de lecture, un coup de cœur. La tresse en fait partie. C’est le genre de livres qui nouent sa trame autour de votre cœur. Au début, il peut sembler juste sympathique, puis tout doucement sa profondeur s’impose. Il explore des destins de femmes, d’êtres sur qui, soudainement, un poids s’abat. Le temps des choix est arrivé. Réduire ce livre à des anecdotes féministes, à un simple entremêlement de récits à message, serait une erreur. La tresse est une œuvre qui délicatement plante ses racines dans l’esprit de son lecteur. Une petite graine, puis les branches se déploient et s’imposent. Ces trois moments de vies, progressivement liés, portent à la fois en eux la singularité de ces femmes et leur potentiel à dire quelque chose de l’Humanité.

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai entendu énormément de bien de ce livre. A coup sûr, il ne pouvait s’agir que d’un moment de lecture agréable. Mais ce livre laissera-t-il une trace durable dans la mémoire ? J’imagine que oui. Car, depuis que je l’ai lu, j’y pense déjà avec nostalgie. L’auteure m’a réellement embarquée dans son oeuvre, m’a fait voyager par l’esprit, alors que mon corps lui-même s’émouvait. C’est une histoire simple, mais d’une belle simplicité, pas celle de la facilité. C’est un roman sur la vie de trois êtres, qui pourraient être vous ou moi. Et ces trois femmes, à trois endroits différents de la Terre, prennent leur vie en main, ou au contraire perdent tout le contrôle qu’elles pensaient avoir sur elle. Pour bouleverser sa vie, il faut un déclic, et ce roman raconte l’histoire de ce déclic. Sur fond de souffrances de femmes, la joie et l’espoir s’insinuent, cherchent à reprendre le dessus sur le malheur. La tresse, c’est un message d’espérance, un beau livre sur la vie, les femmes, la volonté, le dépassement de soi… Un chef d’œuvre.

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#247 La Servante écarlate – Margaret Atwood

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Le résumé…

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps ou les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’œuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid’s Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. « Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. » (Télérama)

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Margaret Atwood

Mon avis…

Qui n’a pas entendu parler de La Servante écarlate ? Redevenue “à la mode” depuis l’élection de Trump et la sortie de la série télévisée adaptée de ce chef-d’œuvre, cette dystopie dangereusement réaliste revient en force sur les étals des libraires. Et c’est une excellente nouvelle, car voilà une occasion de (re)découvrir un livre incontournable, dans la droite lignée de 1984 ou Fahrenheit 451. C’est une histoire perturbante, pour la simple et bonne raison que l’auteure s’est appliquée à ne rien inventer… Je m’explique… Comment rendre réaliste une dystopie ? Une doctrine dictatoriale et religieuse qui contrôle la vie du moindre des habitants d’un pays ? Comment insinuer dans l’esprit du lecteur la pensée que, oui, cela pourrait bel et bien arriver ? Margaret Atwood a trouvé la réponse. De tout ce qu’elle décrit dans le livre, rien n’est “inédit”, tous les comportements humains et inhumains du roman se sont déjà produits, d’une façon ou d’une autre. Elle ne montre que des choses dont l’homme est, hélas, capable.

Prière à Dieu, p.325-326 : « Garde les autres en sécurité, s’ils sont sauf. Ne les laisse pas trop souffrir. S’ils doivent mourir, fais que ce soit rapide. Tu pourrais même leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. L’Enfer, nous pouvons nous le fabriquer nous-mêmes. »

Cette histoire, c’est celle d’une dérive. Et le plus choquant, ce qui laisse d’ailleurs une véritable marque dans l’esprit du lecteur, c’est qu’on en semble pas si loin. On se dit que, oui, tout est possible et pourquoi pas ça ? Margaret Atwood construit tout un monde, souvent trop proche du nôtre, rarement assez éloigné, et nous y plonge sans aucune hésitation. Les femmes qui lisent ce livre auront peut-être plus de mal à effacer ce roman de leur esprit, tant la place des femmes y est centrale. Mais les hommes aussi y trouveront de quoi penser. C’est un livre qui, certes, offre un divertissement, comme toute oeuvre de fiction, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir. C’est un de ces textes qui marquent profondément des générations, qui incitent à la prudence et à la réflexion, qui perturbent dans le bon sens du terme. A lire absolument, pour ne pas passer à côté d’un chef-d’œuvre, et pour mieux comprendre notre société à travers le portrait d’une autre.

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#244 L’Insoumise de la Porte de Flandre – Fouad Laroui

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À paraître le 17 août 2017

Le résumé…

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté.

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Mon avis…

Ce petit roman de la rentrée littéraire est un texte très riche, qui trouve beaucoup d’échos dans l’actualité de ces dernières années. Écrire un livre sur Molenbeek, les attentats, l’islamisme, peut paraître chose délicate, mais Fouad Laroui a trouvé le bon angle. Cette histoire est avant tout celle d’une femme, qui se trouve piégée dans un monde où les hommes décident. Quelle vie peut-elle avoir, en tant que musulmane, dans le quartier désormais connu de Molenbeek, mais connu pour de mauvaises raisons ? Comment prendre sa revanche ? Cette femme a un projet, que le lecteur ne peut que deviner, sans jamais vraiment savoir ce qu’il en est vraiment. Elle a élaboré un plan, veut mettre en place une forme de vendetta, se venger de tous ces hommes qui contrôlent sa vie et décident de l’image qu’elle doit avoir en tant que femme. Pourtant, les évènements vont la dépasser, et la folie des hommes va être plus forte que sa volonté.

Fouad Laroui, dans ce court roman passionnant et addictif, tisse une histoire profondément moderne, dessine le portrait d’une femme au fou désir de vivre et de s’émanciper. Elle se donne des apparences de femme soumise, pour mieux revendiquer son insoumission. L’actualité trouve des échos dans cette histoire singulière, et l’auteur nous propose de jouer avec la peur qui est aujourd’hui la nôtre. Ce texte ne se veut pas moralisateur et ne cherche pas à simplifier de façon forcée ce qui est tout sauf simple. Il décrit des destins, celui d’une femme et de plusieurs hommes, dans une atmosphère de soupçon et de remises en question. J’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement très original et inattendu d’un sujet d’actualité, pour la façon dont il développe des vies, des pensées, les confronte avec la réalité. J’ai apprécié le décalage entre ce que l’on s’attend à lire et ce que l’on lit vraiment.

rentrée littéraire

#238 The Choice – Valerie Mendes

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Le résumé…

« Find Moira for me. Tell her I’m sorry ». These are Walter Drummond’s dying words to his daughter, Eleanor, on his deathbed in Woodstock in January 1936. Eleanor has never heard the name Moira before, and she dare not even say it to her mother. Yet she becomes haunted by the mysterious woman who consumed her darling Daddy’s thoughts in his final hours. Who on earth was Moira? How strong a hold did she have over Walter Drummond? And why? So begins Eleanor’s quest to uncover the truth about her father and his past. What starts as a promise becomes an obsession, and in Eleanor s determination to find Moira, she discovers things about her father she would much rather never have known. It is a journey that takes her to Cornwall, to a tiny artist’s cottage by the sea, to a passionate first love affair and the discovery of a devastating secret. « The Choice », set in 1936 when Edward VIII abandoned throne and empire to marry Wallis Simpson, is a gripping family saga from the author of the best-selling « Larkswood ». Once you have opened it, you will not be able to put it down.

Mon avis…

Attention chers lecteurs et chères lectrices, ce roman n’est pas (encore) traduit en français, mais j’espère qu’il le sera un jour. Ma sœur me l’a offert à l’occasion d’un séjour chez elle près d’Oxford. Ce roman se déroule en effet dans cette région de l’Oxfordshire, dans laquelle vit également l’auteure. Je tiens à dire que le résumé, bien qu’intrigant, n’arrive pas à la hauteur du livre. Honnêtement, il s’agit d’un des meilleurs romans que j’ai lu dernièrement. Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un livre qui m’avait rendue complètement accro. Vous savez, ce livre qui donne le sentiment qu’il est vital pour nous de le finir, qu’on ne trouvera pas le sommeil avant de l’avoir lu… Et bien, celui-ci en est un. L’histoire est extrêmement surprenante, jusqu’à la dernière page. L’auteure nous accroche, nous fait pénétrer dans une histoire de famille mystérieuse, peuplée de secrets. Les personnages, attachants, se révèlent tous progressivement, tant au lecteur qu’à eux-mêmes. Cette lecture est un véritable voyage dans la psychologie humaine.

J’ai aussi aimé ce roman pour sa dimension féministe. En effet, en plus d’une histoire tout simplement passionnante et addictive, l’auteure nous montre la force des femmes, leur complexité, nous dessine leur place dans la société anglaise au XXe siècle. Aujourd’hui, il nous paraît de plus en plus difficile d’imaginer un monde où une femme ne se définirait que par son rapport à l’homme, par son statut d’épouse… Pourtant, il ne faut pas remonter très loin dans le temps pour approcher cette facette de la société patriarcale dans laquelle nous évoluons toujours. Valerie Mendes nous offre un petit rappel de ce que nous avons gagné depuis quelques décennies, tout en dessinant la violence quotidienne d’un monde qui n’est pas si éloigné. J’ai aimé la profondeur surprenante de ce roman, son potentiel. Il s’agit à la fois du déroulement d’une enquête pour trouver la fameuse Moira et décrypter le passé d’une famille, d’histoires d’amour loin d’être banales, et d’une fresque sociale riche en réflexions. Je conseille vivement ce roman à tous ceux et toutes celles qui s’intéressent à ces aspects, qui veulent découvrir une auteure anglaise prometteuse, et peut-être réclamer, avec moi, sa traduction en France !

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#237 La peau de l’ours – Joy Sorman

Le résumé…

Le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Exhibé comme une bête de cirque aux quatre coins de la planète, il noue des amitiés fortes avec des personnages difformes et emplis d’humanité. Un livre onirique et cruel, qui surprend par son originalité tout en portant un regard neuf et troublant sur la nature humaine.

Mon avis…

J’ai découvert ce roman à l’occasion de recherches pour mon mémoire de Master, et sur conseil d’une de mes profs. L’histoire est très surprenante, avec un personnage central, aussi narrateur du roman, qui est un animal, plus précisément un ours, mais aussi un homme… Entre deux, hybride par excellence, il nous raconte sa vie, en connaissant par sa naissance contre nature, puisqu’il est issu de l’union d’une femme et d’un ours, puis en détaillant son parcours plus que chaotique. Quelle place peut-on occuper dans le monde lorsque l’on est hors norme ? Quelle place est réservée à l’animal ? Et surtout, que devient la part d’humanité lorsque que celui qui a l’apparence d’un animal mais l’esprit d’un homme est traité, toute sa vie, comme une bête de cirque ? Ce roman laisse un tas de questionnements, de réflexions, de pensées sur le monde et sur la vie. Mais c’est aussi une histoire passionnante, parfois triste, souvent touchante.

La peau de l’ours est un roman français, contemporain, qui représente parfaitement la richesse de la production littéraire actuelle. Joy Sorman est une auteure qui mérite que l’on s’y intéresse, que le grand public la découvre. Son écriture, très riche et originale, permet à cette histoire de se dérouler de façon subtile. Parfois osé, le style est à la fois brut et délicat, toujours en équilibre sur la frontière entre humanité et animalité. A la fin, le roman atteint son but : nous faire hésiter sur une question existentielle… De quel côté est finalement l’humanité ? Quelle différence faire entre animalité et bestialité ?  Ce petit roman est à la fois un moment agréable de lecture et l’occasion de réfléchir sur nous, sur notre rapport à l’autre, à l’animal, à celui qui est différent de nous, également… La peau de l’ours est un livre qui ne laisse pas de marbre.

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#236 Le chien – Eric-Emmanuel Schmitt

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Le résumé…

 » Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l’homme. »

Quel est donc le secret qui cadenasse l’âme de Samuel Heymann, ce médecin apprécié de tous mais qui reste un inconnu même aux yeux de sa fille ? Quelle est l’admirable relation qui le lie depuis 40 ans à ses chiens ?

Mené comme une enquête policière, ce texte émouvant traite de la communication entre les êtres, de la vengeance et du pardon : une surprenante et bouleversante leçon d’humanité.

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Mon avis…

La couverture laisse deviner le sujet du livre… Dans cette histoire, il y a des animaux et des hommes, les deux se rencontrant à un des moments les plus terribles de l’Histoire. Cette rencontre laisse une trace durable dans la vie de Samuel qui, à la mort de son chien, se suicide… Mais, bien que la relation entre l’homme et son animal domestique soit étroite, profonde, qu’est-ce qui peut pousser le maître à s’ôter la vie après avoir perdu son chien ? C’est cette question qui va pousser sa fille ainsi que son voisin à son enquêter… Jusqu’à se rendre compte qu’il ne connaissait pas si bien Samuel, qu’il cachait des secrets, parmi les plus douloureux… Eric-Emmanuel Schmitt, comme à son habitude, nous conte l’histoire d’une vie, avec un point de vue original, une subtilité remarquable, et surtout beaucoup de douceur. Livrer une leçon d’humanité, tout en délicatesse, à travers un récit touchant et simple, est tout ce qui fait le talent de Schmitt, qui a déjà œuvré dans ce sens avec des livres comme Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, ou encore Oscar et la Dame Rose.

J’aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt pour sa capacité à doser parfaitement tous les ingrédients de ses œuvres. Il offre un moment de lecture agréable, tout en distillant de petites pensées qui veulent rendre le monde meilleur, sans naïveté pour autant. Le chien, c’est avant tout un livre qui adopte un point de vue intéressant, original, qui approche un pan de l’Histoire de façon inattendue. Derrière les apparences, le vernis s’effrite et la réalité se révèle, le passé prend le dessus sur le présent, pour mieux envisager le futur. Comprendre, c’est l’objectif premier de la fille de Samuel et de son voisin, et aussi celui du lecteur. Ce petit roman se lit à une vitesse inimaginable, environ une heure, car il est court, comme beaucoup de livres d’Eric-Emmanuel Schmitt, mais il est surtout prenant ! Une fois ouvert, le roman se déroule, les pages se tournent, et le lecteur ressent le besoin irrépressible de connaître le fin mot de l’histoire.

#235 Truismes – Marie Darrieussecq

Le résumé…

Difficile d’écrire son histoire lorsqu’on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu’on est devenue une truie. Car telle est l’extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l’hôtesse très spéciale… Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l’égérie du futur président de la République avant d’être la maîtresse d’un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l’assiette de sa propre mère. Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir. Le récit de cette modification se double donc d’un conte moral où l’œuvre d’imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d’emblée sous l’égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l’humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin.

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Mon avis…

Comment aborder ce roman atypique ? Vous l’avez probablement compris, à la lecture du résumé, Truismes est un livre original. Il s’agit du premier roman de Marie Darrieussecq, et il faut dire qu’elle n’y est pas allée de main morte. Le motif de la métamorphose, on le connaît, on l’a vu et revu, en passant par Ovide, Apulée ou Kafka, mais l’auteure relève le défini de le renouveler. Le personnage principal, une femme, remarque de drôles de transformations sur son corps, jusqu’à devenir, au fil du roman, une véritable truie. Elle est crue, ose dire – et faire – les pires insanités. Marie Darrieussecq n’hésite pas à plonger tête baissée dans les clichés misogynes, racistes, sexistes, et l’effet est surprenant. N’attendez pas de délicatesse ou de légèreté dans le style, l’ensemble est lourd et « gras », mais c’est justement ce qui fait le charme du livre !

En effet, Truismes, c’est surtout l’histoire d’une femme qui ne pense pas vraiment par elle-même, qui n’est pas très cultivée ni spirituelle… Puis, en se métamorphosant, son esprit change et, loin de s’animaliser dans le sens que l’on imagine, elle gagne petit à petit en distance sur le monde dans lequel elle évolue. Et ce monde, dystopique à souhait, est étouffant, écrasant, tant pour la femme qu’elle était que pour l’animal qu’elle devient. Marie Darrieussecq mélange ainsi réflexion philosophique et humour décadent, parfois trash. Elle ose tout, et c’est en vérité assez jouissif. Truismes est un drôle de roman, que l’on dévore et qui nous grignote un peu l’esprit aussi : à la fin, on ne sait plus trop où l’on en est… C’est un livre qui laisse un sentiment particulier, parfois positif, parfois négatif. Dans tous les cas, il ne laisse pas indifférent.

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Truismes, adaptation théâtrale d’Alfredo Arias au Rond-Point.

#234 Le périple de Baldassare – Amin Maalouf

Le résumé…

« Ce que la présence de cette femme a apaisé en moi, ce n’est pas la soif charnelle d’un voyageur, c’est ma détresse originelle. Je suis né étranger, j’ai vécu étranger et je mourrai plus étranger encore. je suis trop orgueilleux pour parler d’hostilité, d’humiliations, de rancœur, de souffrances, mais je sais reconnaître les regards et les gestes. Il y a des bras de femmes qui sont des lieux d’exil, et d’autres qui sont la terre natale. »

Parti sur les routes en 1665, le narrateur de cette histoire, Baldassare Embriaco, Génois d’Orient et négociant en curiosités, est à la poursuite d’un livre qui est censé apporter le Salut à un monde désemparé. Sans doute est-il aussi à la recherche de ce qui pourrait encore donner un sens à sa propre existence. Au cours de son périple, en Méditerranée et au-delà, Baldassare traverse des pays en perdition, des villes en feu, des communautés en attente. Il rencontre la peur, la tromperie et la désillusion ; mais également l’amour, à l’heure où il ne l’attendait plus.

Mon avis…

Ma mère m’a offert ce roman à l’occasion de mon anniversaire, connaissant mon intéressant grandissant pour les romans portant sur d’autres lieux et d’autres temps. Ce petit pavé, à la lecture du résumé, m’a tout de suite intriguée. Un livre qui parle d’un livre, que rêver de mieux ? En tant que passionnée de littérature, de livres anciens comme récents, je n’avais qu’une hâte : commencer. Et finalement, en deux jours à peine, je l’avais lu ! Il s’agit d’un récit passionnant, mêlant Histoire et ésotérisme, avec une pointe de romantisme, et ce qu’il faut de suspense. Amin Maalouf a fait de très longues recherches pour arriver à rédiger cette œuvre, qui regorge de précisions sur l’époque et les lieux traversés. Il s’agit d’un véritable livre d’aventures, avec des personnages attachants, une histoire dont on veut à tout prix connaître la suite et la fin… Qu’en est-il de ce mystérieux livre et de son pouvoir ? Que va-t-il arriver durant l’année 1666, réputée maudite, annonciatrice de la fin du monde ?

Œuvre de fiction traversée de faits réels, de traditions profondes, portée par des personnages tantôt attendrissants, tantôt fanatiques, bons ou mauvais, souvent traversés tant par le mal que par la bonté, ce livre est un réservoir de toutes les bonnes surprises que peut réserver la littérature. L’auteur crée des personnages complexes, dont il déroule les caractères au fil des presque 500 pages que compte le récit, les met face à de terribles épreuves, face à leurs peurs et leurs désirs parfois coupables. Joël Dicker a écrit : « Un bon livre est un livre que l’on regrette d’avoir terminé ». Celui-ci en est un. D’une complexité plaisante, ce roman est un véritable trésor. Tant d’histoires, de parcours, de personnages, que l’on aimerait ne jamais quitter. Amin Maalouf a réussi son pari, livrer un voyage initiatique puissant, questionnant toutes les facettes du fanatisme, de l’ésotérisme, du mystère, de la peur et de la superstition. Mais cette complexité ne rend pas la lecture si abrupte que l’on pourrait le craindre. Les 500 pages se dévorent, se dégustent, enrichies de dialogues et de péripéties dynamiques. Les rebondissements ne manquent pas pour passionner le lecteur.

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Joël Alessandra, Le périple de Baldassare, en bande dessinée.

#230 Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! – Chahdortt Djavann

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Le résumé…

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Erotic Islamic female by Max Emadi, an artist living in Los Angeles.

Erotic Islamic female -Max Emadi.

Mon avis…

Il est difficile de commencer une telle chronique sans parler du titre… Pour être honnête, je n’ai même pas lu le résumé du livre avant de le commencer : le titre m’a suffi. Je me suis dit que j’allais me retrouver dans un bouquin franc, cash et probablement violent. J’avais raison. Chahdortt Djavann a même dépassé tout ce à quoi je m’attendais. Je n’ai jamais eu lu un tel livre auparavant, et il me faudra sûrement longtemps avant d’en trouver un qui y ressemble… Si un mot pouvait résumer mon expérience de lecture, je choisirais « choc ». Entre document et fiction, l’auteure nous plonge sans la moindre précaution dans l’horreur pure de l’Iran. Nous pouvons savoir certaines choses sur ce pays, mais on ne les percevra probablement jamais aussi bien qu’en lisant ce livre. Aussi cash que le titre, l’écriture est tranchante, incisive, bien plus affutée qu’un cutter… Les âmes sensibles, évidemment, pourraient être secouées par une telle lecture, mais en même temps c’est un livre terriblement humain et bien plus sensible, justement, qu’on ne pourrait le croire à première vue. L’auteure nous fait découvrir des femmes, des jeunes filles, qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays où leur liberté compte. C’est un roman de la violence, de la cruauté, mais c’est le récit d’une brutalité commune, quotidienne, presque routinière… Jamais je n’aurais pu imaginer une telle chose, et je n’aurais pas cru pouvoir le découvrir dans un livre aussi émouvant et perturbant à la fois. Je partage avec vous quelques lignes qui m’ont particulièrement émue et qui résume parfaitement, selon moi, le projet inédit de Chahdortt Djavann :

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« Je vais nommer ces prostituées, assassinées dans l’anonymat, leur donner la parole pour qu’elles nous racontent leur histoire, leur vie, leur passé, leurs sentiments, leurs douleurs, leurs doutes, leurs souffrances, leurs révoltes, leurs joies aussi. Certaines ont été assassinées sans que nul ne déclare leur disparition, sans que nul ne réclame leur corps ou pleure leur mort. Je vais me glisser dans leur peau, dans leur tête, m’identifier à elles : vivantes, mutines, insolentes, séduisantes, fantasques, sensuelles, provocantes, surprenantes. Foutrement irrespectueuses. Politiquement incorrectes. Iconoclastes. Courageuses. Héroïnes au destin tragique. Ces femmes parleront avec une Liberté Totale, avec une Liberté Absolue. Sans la moindre crainte, puisqu’elles n’ont rien à perdre, puisqu’elles ont déjà tout perdu : leur vie. Assassinées, pendues ou lapidées. Je vais exhumer ces femmes et les faire exister dans votre imaginaire pour le malheur des ayatollahs, et écrire noir sur blanc qu’elles n’étaient pas des souillures, que leurs vies n’étaient pas condamnables, et que leur sang n’était pas sans valeur. […] Je ne chercherai à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains, ni comme de pures victimes. Mais comme des femmes. Des Femmes Étonnantes. Et ce livre sera leur sanctuaire. Leur Mausolée. »

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Bon… Si après une telle citation vous n’avez pas encore passé commande du livre de Chahdortt Djavann, je ne comprends plus rien ! Enfin, j’avoue que j’avais tout de même quelques craintes avant de commencer, étant hypersensible… Un livre m’avait déjà provoqué de telles sensations contradictoires, il s’agit d’un roman de Didier Decoin : Est-ce ainsi que les femmes meurent ? Dans les deux cas, il y a celle(s) qu’on assassine et les autres qui sont autour, qui savent ce qu’il se passe mais ne font rien, ou parfois encourage cette cruauté. Le livre de Chahdortt Djavann est un peu différent car la principale justification des crimes est la religion, l’Islam en l’occurrence, qui est devenue une politique à part entière. Les deux s’inspirent de faits réels, ce qui est d’autant plus perturbant. Chahdortt Djavann a dû faire face à un obstacle : le silence qui entoure ces crimes, l’anonymat de ces femmes assassinées… Le meilleur moyen qu’elle a trouvé est donc d’insérer de la fiction dans un livre qui se veut principalement documentaire et informatif. Ainsi, elle peint des portraits de femmes, obligées de prostituer pour survivre, confrontées à un monde où le sexe féminin occupe une place plus basse qu’on pourrait l’imaginer dans la société dans laquelle nous évoluons en tant qu’occidentaux.

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Ce livre, c’est un plongeon glacial dans des esprits et des corps torturés, à des milliers de kilomètres de nos propres esprits et corps… Le lecteur devient un voyeur, souvent mal à l’aise, mais encore plus souvent ému. Quand la dernière page est tournée, il faut trouver la force de regarder autour de soi ce que l’on a, de contempler la rue, dehors, le calme ou l’agitation rassurante… Il faut quelques jours pour respirer normalement, et il me faudra probablement toute ma vie pour ne pas associer ce livre au pays qu’il décrit. Etant très intéressée par les religions et la politique, en particulier grâce à mes études de Sciences Po (avant de me lancer dans les Lettres Modernes), et je savais déjà certaines choses peu reluisantes sur l’Iran… Ce livre n’arrange rien… Mais il révèle une réalité très dérangeante… Chahdortt Djavann nous raconte tout ce qu’un pays entier aimerait qu’on ne révèle jamais. Derrière les restes de la civilisation persane, qui attirent chaque année des milliers de touristes à Téhéran, se cache des horreurs sans nom, sur lesquelles l’auteure propose de mettre des mots. Ces mots, ainsi que les paroles qu’elle offre à ces femmes si éloignées et pourtant si proches de nous, n’auront de force que si nous sommes là pour les lire. C’est pour cela que je voulais partager avec vous cette expérience de lecture qui vous marquera durablement.

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Ma note…

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#227 Illettré – Cécile Ladjali

Coup de coeur

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Le résumé…

Illettré raconte l’histoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen, qui chaque matin pointe à l’usine et s’installe devant sa presse ou son massicot. Dans le vacarme de l’atelier d’imprimerie, toute la journée défilent des lettres que Léo identifie vaguement à leur forme. Elevé par une grand-mère analphabète, qui a inconsciemment maintenu au-dessus de lui la chape de plomb de l’ignorance, il a quitté le collège à treize ans, régressé et vite oublié les rudiments appris à l’école. Puis les choses écrites lui sont devenues peu à peu de menaçantes énigmes. Désormais, sa vie d’adulte est entravée par cette tare invisible qui grippe tant ses sentiments que ses actes et l’oblige à tromper les apparences, notamment face à sa jolie voisine, Sibylle, l’infirmière venue le soigner après un accident. Réapprendre à lire ? Renouer avec les mots ? En lui et autour de lui la bonne volonté est sensible, mais la tâche est ardue et l’incapacité de Léo renvoie vite chacun à la réalité de ses manques : le ciel semble se refermer lentement devant celui que les signes fuient et que l’humanité des autres ignore.

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Mon avis…

Voici mon gros coup de cœur du moment, enfin un d’entre eux en tout cas… J’ai entendu parler de ce livre pour la première fois il y a un moment dans La Grande Librairie. Cécile Ladjali m’avait totalement séduite en parlant de son livre, on sentait une profonde envie et une belle honnêteté, un projet magnifique. J’ai mis un peu de temps à pouvoir lire ce roman et, malgré ma très bonne impression lors de la diffusion de l’émission, je ne m’attendais pas à aimer autant ! Comment dire ? J’ai été surprise… L’écriture est magistrale, les mots choisis apportent une dimension poétique vraiment fabuleuse, tandis que la perception du monde qu’a Léo est d’une beauté indicible. Ce livre est le fruit d’un pari immense : faire comprendre à des lecteurs, et donc des personnes « lettrées », ce que c’est d’être illettré, et tout ça avec une narration riche en vocabulaire et en poésie. Un pari fou ? Oui, sûrement, mais un pari réussi ! Rarement un livre ne m’a arraché autant de larmes et de sourires à la fois…

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Léo est probablement un des personnages dont j’ai lu l’histoire qui me marquera le plus dans ma vie, j’en suis presque sûre. Illettré est un roman bouleversant, qui fait voir le monde de façon totalement différente… Les personnages, peu nombreux, sont vraiment très très attachants, et l’auteure sait nous mener là où elle veut, là où une telle histoire mène forcément… Cette lecture est un véritable électrochoc dont on sort changé, elle ne peut pas laisser indifférent. J’avoue que c’est très difficile de parler de ce livre, Cécile Ladjali a tellement bien choisi ses mots, les a parfaitement dosés, alors je ne pourrais pas vous dire les choses aussi bien qu’elle. Vraiment, si vous cherchez un livre à lire à tout prix, c’est celui-là. Il a tout pour lui : une écriture fabuleuse, une poésie merveilleuse, des personnages envoûtants, une histoire émouvante… Il n’y a pas vraiment de morale dans ce roman, c’est à vous de la découvrir, à vous d’en tirer quelque chose, à vous de transformer cette splendide expérience de lecture en autre chose… N’hésitez pas, vous avez la chance de pouvoir lire et comprendre ce livre, ce chef d’œuvre.

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Ma note…

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