#400 L’Armée des ombres – Joseph Kessel

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Waouh, voici la 400ème chronique ! Ce chiffre rond m’a mis la pression ! De quel livre allais-je vous parler à cette occasion ? L’hésitation a été longue. J’ai finalement opté pour un classique, que j’ai redécouvert très récemment : L’Armée des ombres de Joseph Kessel. J’avais déjà vu le film avec Lino Ventura il y a de longues années, et il ne m’avait pas laissé une très bonne impression… À mon avis, j’étais trop jeune pour le comprendre. Alors, prochaine étape : le regarder de nouveau. En attendant, je vous parle donc du plus grand roman français sur la Résistance.

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La 4e de couverture…

Londres, 1943, Joseph Kessel écrit L’Armée des ombres, le roman-symbole de la Résistance que l’auteur présente ainsi :  » La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie. (…) Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celle des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres. Tout ce qu’on va lire ici a été vécu par des gens de France. « 

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L’Armée des ombres, Jean-Pierre Melville, 1969

Mon avis…

Pour celles et ceux (surtout celles) qui suivent le blog régulièrement, vous avez noté que je suis en pleine préparation de cours pour des étudiants de licence… et je leur parle littérature de guerre. Et donc, dans le programme, j’ai casé quelques extraits de cet excellent roman qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale et qui nous raconte la Résistance de l’intérieur. Joseph Kessel, dans sa préface, revendique un récit sans « propagande » et sans « fiction », fidèle à la réalité, avec « des faits authentiques, éprouvés ». Pour Kessel, donc, la fiction équivaut à de la propagande et il la rejette explicitement, tout en l’utilisant pourtant tout aussi explicitement dans son œuvre. Officiellement, c’est pour éviter de dévoiler l’identité réelle des protagonistes, et ça se tient. Mais clairement, Kessel est un romancier, qu’il le veuille ou non. L’Armée des ombres apparaît tout de même, malgré sa nature romanesque, comme un condensé d’expériences de résistants et nous fait bel et bien pénétrer, nous lecteurs, au coeur de ce milieu si difficile à appréhender. Il y aurait tellement à dire sur ce roman, mais je ne suis pas là pour vous faire un cours, alors je vais juste vous dire ce que j’ai le plus aimé dans cette lecture.

« Je voulais tant dire et j’ai dit si peu. » (Joseph Kessel)

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Joseph Kessel

Nous croyons tous savoir ce qu’a été la Résistance. Nous l’avons souvent idéalisée, aussi. Qui ne connaît pas le mythe de la France résistante, ce que l’historien français Henri Rousso a appelé le « résistancialisme » ? C’est-à-dire cette idée selon laquelle tous les Français auraient résisté, volontairement ou non, activement ou non, à l’Occupant. Ce résistancialisme, on ne le retrouve pas chez Kessel, qui est aussi l’auteur des paroles françaises du Chant des partisans. Il ne cherche pas à nous montrer une résistance purement idéalisée et mythifiée, même s’il met en scène ce type de discours. Il nous en montre au contraire la complexité, la versatilité aussi. Plus que le résistant, c’est l’humain qui est au coeur de ce roman. Il décrit une résistance qui imprègne absolument tous les milieux, qui n’est pas le seul fait de héros, mais il montre aussi les trahisons volontaires ou involontaires. Sous l’effet de la torture, aurions-nous protégé coûte que coûte nos camarades ? Nous serions tous et toutes tentés de dire « oui », n’est-ce pas ? Nous aimerions que ce soit le cas. Mais ce que nous apprend Kessel, c’est qu’on ne peut jamais savoir, tant que l’on n’est pas arrivé à cette extrémité.

« La résistance, elle est tous les hommes français qui ne veulent pas qu’on fasse à la France des yeux morts, des yeux vides. »

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L’Armée des ombres, Jean-Pierre Melville, 1969

L’Armée des ombres est un roman absolument fascinant, qui suit des personnages à la fois attachants et antipathiques, en particulier Gerbier, le résistant « par excellence » qui fait passer son devoir avant tout autre sentiment. Mais il y a aussi les résistants qui ont la volonté de bien faire et non la force, ou encore ceux qui se découvrent une force insoupçonnée, mais aussi ceux que l’on ne s’attendrait jamais à voir résister… La richesse de tous ces personnages, dans un livre pourtant si court, est ce qui m’a le plus étonnée. Pour être très honnête, j’ai commencé cette lecture en me disant que je cherchais simplement des extraits intéressants à proposer à mes étudiants (et j’en ai trouvé), mais finalement je me suis totalement laissée entrainer, et je ne l’ai plus lâchée. C’est un livre à l’écriture simple, très accessible, mais qui est en même temps d’une profondeur psychologique impressionnante. J’avais peur de lire un simple hymne à la Résistance et, s’il est vrai que c’en est un, c’est aussi très lucide et clairvoyant. Kessel a un regard juste sur la situation, et s’il se laisse parfois entraîner par ses sentiments envers ces Résistants qu’il aime sincèrement, il n’en propose pas moins un récit documenté, précis et réaliste.

Carte d’identité du livre

Titre : L’Armée des ombres
Auteur : Joseph Kessel
Éditeur : Pocket
Date de parution : 11 mai 2001 [1943]

5 étoiles

#399 De sang et d’encre – Jacquie Béal

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Le résumé…

Dans le Périgord du XVIe siècle, les conflits entre catholiques et protestants font rage. Dans cette lutte sanglante, Landry et sa petite soeur voient leurs parents mourir sous leurs yeux. Les deux orphelins s’enfuient et trouvent refuge chez un imprimeur qui les prend sous sa protection. Landry devient colporteur et, au péril de sa vie, diffuse des livres emplis d’idées neuves et d’appels à la résistance. En chemin, le jeune homme découvre le goût de la liberté de vivre et de penser. Au milieu du chaos, Landry fait également une rencontre qui change sa vie : Mathilie, fille de gentilhomme et catholique. À ses côtés, il apprend que l’amour ne connaît pas de barrières sociales. Mais, dans la tourmente de l’Histoire, la conquête du bonheur a forcément un prix…

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un roman que j’ai découvert sur le blog Satine’s books, grâce à une très jolie chronique de Pauline. Je dois avouer que j’ai tout de suite été séduite par le contexte des guerres de religion, que je trouve absolument passionnant, et par la question de l’imprimerie et de son rôle dans la diffusion des idées à cette époque. Je vous propose donc d’embarquer avec moi pour un petit voyage dans le Périgord du XVIème siècle, en compagnie de Landry, un jeune colporteur. Avant d’exercer ce métier, Landry était paysan, avec toute sa famille. Ce mode de vie est devenu impossible lorsque ses deux parents sont morts, puisqu’il a dû fuir avec sa petite sœur. Il a trouvé refuge chez un imprimeur, et c’est là qu’il commence sa nouvelle activité. Grâce à elle, il parcourt les villes et villages, et un tel personnage est donc très pratique pour l’autrice qui, par ce biais, peut faire la description des mœurs et de l’atmosphère d’une zone géographique assez large. Issu d’un milieu populaire, Landry commence à fréquenter des hommes riches, et finit même au service d’une famille noble pendant une partie de l’année. Jacquie Béal a vraiment eu du flair en créant ce personnage qui lui permet d’emmener le lecteur où bon lui semble ! Ainsi, ce roman historique nous met en contact avec toutes les classes sociales, de la mendiante aux seigneurs, et nous fait pénétrer dans les deux camps en nous faisant rencontrer catholiques et protestants aux détours des chemins…

Je dois avouer que le résumé du roman ne reflète pas totalement l’expérience de lecture que j’ai eu. D’abord, en raison de la petite inexactitude concernant la mort des parents, mais ce n’est vraiment qu’un détail. Surtout, c’est l’histoire avec Mathilie qui m’a étonnée, car je n’ai pas réussi à véritablement m’en imprégner. Elle arrive assez tardivement et j’aurais aimé que sa psychologie soit un peu plus développée, comme celle de la petite sœur de Landry. Autrement dit, parfois, j’aurais aimé que le livre soit encore plus long et touffu, pour que le plaisir soit encore plus grand. Mais cela n’enlève rien à la richesse du livre, qui nous fait complètement plonger dans le passé. Inutile d’être très calé en histoire des guerres de religion pour comprendre ce roman, car Jacquie Béal nous donne toutes les clés. Il y a d’abord un vrai effort linguistique. Le vocabulaire compliqué est défini à la fin du livre, et les dialogues ainsi que les descriptions permettent de bien poser les bases. L’histoire est très crédible, nous montre l’essentiel de cette époque, sans jamais oublier le plaisir d’une lecture divertissante. De plus, l’importance prise par les écrits dans ce roman ne pourra pas déplaire aux amoureux des livres que vous êtes ! En bref, vous le comprenez, j’ai beaucoup aimé ce roman et je vous le recommande chaudement.

Carte d’identité du livre

Titre : De sang et d’encre
Autrice : Jacquie Béal
Éditeur : City Éditions
Date de parution : 2 janvier 2019

5 étoiles

Un grand merci à Jacquie Béal pour cette lecture.

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#396 Cris – Laurent Gaudé

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Le résumé…

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front,  » l’homme-cochon « . A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.

« Je garde la tête baissée. Je ne veux pas qu’ils me voient. Je ne veux pas leur laisser voir ce que sera leur visage épuisé. Je suis le vieillard de la guerre. »

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre que j’ai lu et relu plusieurs fois maintenant, et que je ne vous ai pourtant jamais présenté sur le blog… Il s’agit du premier roman d’un auteur que vous connaissez peut-être, j’ai nommé : Laurent Gaudé. Il a notamment publié La Mort du roi Tsongor, ou encore Le Soleil des Scorta, respectivement prix Goncourt des lycéens 2002 et prix Goncourt 2004. Avant d’écrire Cris, Laurent Gaudé était auteur de pièces de théâtre, et on retrouve cette influence dans le roman car il se compose d’une succession de petits monologues intérieurs de nombreux personnages. Il y a d’abord Jules, qui ouvre et clôt chaque chapitre (il y a en tout cinq sections dans ce roman, comme les cinq actes d’une tragédie). Jules quitte le front pour partir en permission, il s’éloigne de ses camarades mais leur souffrance ne le quitte pas. Plus il prend ses distances physiquement, plus l’idée de véhiculer la parole des soldats auprès du reste du pays s’impose à lui. Il y a aussi le gazé, dont on ignore l’identité, qui agonise quelque part entre le front allemand et le front français. Il y a Marius et Boris, qui s’aventurent à la poursuite du mystérieux « homme-cochon », cette créature mi-humaine mi-animale qui pousse des cris terribles dans le no man’s land. J’ai personnellement toujours été fascinée par ce personnage d’homme-cochon, qui est porteur d’une valeur allégorique certaine, représentant notamment la guerre et la destruction. Il y a également le Lieutenant Rénier, incarnation de l’homme du siècle passé, qui voit la guerre moderne détruire tout ce qu’il pensait savoir. Laurent Gaudé introduit aussi un personnage de médecin, qui regarde avec dépit et désespoir les blessés affluer, tout en étant conscient qu’il se bat contre une force bien plus grande que lui : la mort. Il y a aussi Ripoll, Dermoncourt, Messard et Castellac, qui appartiennent à la relève et connaissent les combats en première ligne. Sans oublier leur camarade Barboni, qui est touché par la folie et perd toute son humanité dans la bataille. Enfin, last but not least, M’Bossolo, un soldat venu d’ailleurs, plus exactement un tirailleur sénégalais, qui apparaît à la fin du roman et ramène avec lui l’espoir.

« Je ne pensais pas que la mort pouvait avoir le visage d’un gamin de dix-huit ans. Ce gamin-là, avec ses yeux clairs et son nez d’enfant, c’était ma mort. »

Vous le voyez, c’est une importante galerie de personnages que nous propose de découvrir Laurent Gaudé qui, dans son roman, développe toute une déclinaison de cris. Cris d’espoir, cris d’horreur, cris de folie, cris de souffrance, cris de lamentation, cris de charge au combat… En se mettant dans l’esprit de tous ces soldats si différents, il nous propose une multitude de perceptions de l’événement et redonne toute son humanité à la guerre, tout en montrant sa sauvagerie la plus terrible. C’est un roman très original et absolument fascinant que Cris. Pour tout vous dire, j’ai décidé de mettre ce livre au programme de mon cours sur la littérature de guerre. J’enseigne à l’université à partir de l’année prochaine et je me suis dit que ce roman s’intégrerait parfaitement dans un enseignement qui proposerait de réfléchir au retour du thème de la Grande Guerre dans la littérature contemporaine, que vous avez forcément remarqué, avec des livres comme Au revoir là-haut (Pierre Lemaitre), La chambre des officiers (Marc Dugain), Un long dimanche de fiançailles (Sébastien Japrisot), Les fleurs d’hiver (Angélique Villeneuve), Frère d’âme (David Diop), et j’en passe de nombreux… Cela permet de questionner beaucoup de notions : mémoire, filiation, héritageCris est aussi un livre très court qui, dans sa forme, est vraiment accessible pour un public assez jeune. Je ne connais personne ayant lu ce livre qui ne l’a pas aimé ! C’est une bonne entrée dans l’œuvre de Laurent Gaudé mais aussi un bon moyen de découvrir la Première Guerre mondiale.

« Fusils cassés, cadavres, planches de bois, fils de barbelés, nous foulons les excréments de la guerre. »

Carte d’identité du livre

Titre : Cris
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Livre de Poche
Date de parution : 19 octobre 2005

5 étoiles

#395 Le triomphe des ténèbres (la saga du Soleil noir, t.1) – Giacometti et Ravenne

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Le résumé…

1938. Dans une Europe au bord de l’abîme, une organisation nazie, l’Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Elle cherche des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l’Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour trouver un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé ? À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l’Allemagne sera aussi celle, spirituelle, de la lumière contre les ténèbres.

Tristan, le trafiquant d’art au passé trouble ; Erika, une archéologue allemande ; Laure, l’héritière des Cathares… : dans le premier tome de cette saga, l’histoire occulte fait se rencontrer des personnages aux destins d’exception avec les acteurs majeurs de la Seconde Guerre mondiale.

Mon avis…

Cela faisait très longtemps que je voulais lire un roman de Giacometti et Ravenne. J’ai donc sauté le pas avec leur tout dernier en poche, le premier tome de la saga du Soleil noir, j’ai nommé : Le triomphe des ténèbres. J’ai vraiment été séduite par le résumé qui mêlait à la perfection Histoire, occultisme et aventure. Et je n’ai clairement pas été déçue. Le livre tient ses promesses, en nous faisant plonger dans les plus profonds mystères du nazisme et la fascination de certains leaders du parti pour l’ésotérisme. Les personnages ont des parcours originaux et singuliers, et ils se trouvent pourtant tous réunis dans une étrange quête : celle d’une relique, que les nazis considèrent comme une arme capable de leur faire gagner la guerre. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, et j’ai apprécié la place de choix laissée aux femmes. Remarquons aussi la présence de personnages historiques, tels Churchill, Hitler, Himmler, etc. qui prennent vie aux côté de personnages imaginaires pleins de reliefs.

Ce que j’ai aussi adoré dans ce roman, c’est que l’on se divertit avec une histoire absolument passionnante et pleine de suspense, et que l’on apprend également des choses. Docere et placere, dirait Horace. A la fin du livre, on trouve d’ailleurs quelques explications permettant de faire la part de vérité dans la fiction. Giacometti et Ravenne se documentent beaucoup, et cela se ressent sans jamais alourdir le récit. On découvre la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation sous un autre angle. C’est extrêmement stimulant pour le lecteur, sur le plan intellectuel. Le triomphe des ténèbres m’a rendue accro et c’est aussi un livre captivant dont j’ai parlé à mes proches avec beaucoup de plaisir. Honnêtement, j’avais vraiment envie de bondir sur le tome 2, mais je vais devoir attendre sa sortie en poche… Patience, patience… mais j’ai hâte ! En attendant, peut-être vais-je reporter mon attention sur leurs autres livres, qui ont l’air tout aussi passionnants. Clairement, Giacometti et Ravenne ont le don pour la narration simple et efficace. Si vous ne connaissez pas et que vous aimez les thrillers ésotériques ou les romans historiques, sautez vite sur leurs livres !

Carte d’identité du livre

Titre : Le triomphe des ténèbres (la saga du Soleil noir, t.1)
Auteurs : Éric Giacometti et Jacques Ravenne
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 15 mai 2019

5 étoiles

 

#390 Une île, rue des oiseaux – Uri Orlev

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Le résumé…

Alex, onze ans, petit garçon juif de Pologne, voit le monde s’écrouler autour de lui : sa mère arrêtée, ses amis disparus. Et voilà que les Allemands emmènent son père avec tous les habitants de la rue. Alex se retrouve seul dans le ghetto vide. Il s’aménage une cachette où il tente d’organiser son attente. Les mois passent, les espoirs s’amenuisent. Soudain, une voix, venue d’un monde oublié.

Mon avis…

Une île, rue des oiseaux est un joli petit livre jeunesse qui parle d’un sujet particulièrement difficile : la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste. Tout est raconté à travers l’expérience d’un jeune garçon de 11 ans, Alex, qui se retrouve seul du jour au lendemain dans le ghetto de Varsovie. Sans jamais être confronté à l’horreur des camps et de la guerre, le lecteur n’en ressent pas moins l’atmosphère particulièrement lourde et étouffante de l’époque. Le danger est partout, la menace plane sur Alex. Ce roman se déroule entièrement comme un « huis-clos » dans le ghetto. Le garçon ignore tout de ce qui se passe au-dehors, son monde s’arrête à la rue voisine. Il attend, inlassablement, le retour de son père, mais les mois passent… Il doit survivre. Une île, rue des oiseaux est un livre touchant, poétique, et qui se lit très facilement. Sans être la meilleure porte d’entrée sur la Seconde Guerre mondiale pour les enfants, il en est tout de même une intéressante, car il permet d’en percevoir les tensions et d’en deviner certains enjeux. Un peu trop éloigné de la réalité de tout un chacun à l’époque, il est néanmoins le récit d’une destinée individuelle passionnante. C’est aussi un roman qui ravira les adultes !

Carte d’identité du livre

Titre : Une île, rue des Oiseaux
Auteur : Uri Orlev
Éditeur : Le Livre de Poche Jeunesse
Date de parution : 23 septembre 2009

4 étoiles

#383 Les Confessions de Frannie Langton – Sara Collins

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Le résumé…

Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques…
Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l’un des couples les plus raffinés d’Angleterre.
Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison.
Meurtrière. Aujourd’hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d’assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouvrer la mémoire, Frannie prend la plume…
Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

Mon avis…

Ce livre, malgré sa couverture colorée, renferme un roman noir dont l’atmosphère gothique marque l’influence sur Sara Collins d’autrices telles que les sœurs Brontë, Mary Shelley, Jean Rhys ou encore Sarah Waters, une autrice contemporaine que j’apprécie énormément et dont je vous parlerais un jour. À l’instar des romans de cette dernière, on retrouve dans Les Confessions de Frannie Langton une histoire d’amour lesbienne en plein Londres du XIXe s. Mais, évidemment, l’intrigue ne se limite pas à cette romance qui, par ailleurs, est tout aussi dure et cruelle que le reste. En effet, nous découvrons Frannie Langton dans une situation plus que compliquée : durant son procès, puisqu’elle est accusée du meurtre de ses deux maîtres, M. et Mrs. Benham. C’est Frannie qui, à la première personne, nous raconte son histoire. Elle revient sur son enfance en Jamaïque, dans la plantation de cannes à sucre où elle est née, sur les horreurs qu’elle a été contrainte de commettre, mais aussi sur l’éducation qu’elle a reçue. Car Frannie est une métisse à qui l’on a appris à lire et à écrire. Mais, au XIXe siècle, dans une société oppressive et esclavagiste, toute connaissance a son revers.

Elle nous raconte son parcours, de sa Jamaïque natale au Londres du XIXe s., au service de M. et Mrs. Benham. C’est avec cette dernière qu’elle nouera une relation aussi passionnée que toxique. Là, elle trouvera une forme de liberté, quittant l’esclavage pour la domesticité, mais elle découvrira les origines de ses souffrances passées, et elle traversera encore des épreuves bouleversantes et perturbantes. Frannie Langton, au fil de ses confessions, apparaît comme un personnage extrêmement complexe, qui semble se déshumaniser au fil du récit, à mesure que les horreurs vécues modifient son être. Est-elle véritablement coupable du meurtre de ses maîtres ? Surtout, a-t-elle tué la femme qu’elle aimait ? Ou n’est-elle la principale suspecte qu’en raison de sa couleur de peau ? Quel est le rôle de cette société coloniale, esclavagiste, raciste et misogyne, dans le meurtre qui a été commis ? Ce livre soulève de nombreuses questions, tant concernant le personnage que l’époque dans laquelle elle évoluait. Il s’agit d’un premier roman intéressant qui, malgré quelques longueurs et une intrigue parfois très foisonnante, parvient à nous captiver.

Carte d’identité du livre

Titre : Les Confessions de Frannie Langton
Autrice : Sara Collins
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Belfond
Date de parution : 18 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

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#382 La chambre des officiers – Marc Dugain

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Le résumé…

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une  » gueule cassée « . Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres.
Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

Mon avis…

J’ai enfin lu La chambre des officiers de Marc Dugain ! De ce roman, qui date de 1999, je n’ai entendu que du bien… Je l’ai dévoré, le temps d’un aller-retour en train. C’est en effet un livre assez court, qui se lit vraiment bien et qui, en cela, me semble vraiment pouvoir s’adresser à tous les publics, y compris les jeunes. Il raconte l’histoire d’Adrien, beau jeune homme qui, mobilisé dans le génie pendant la Première Guerre mondiale, est défiguré par un éclat d’obus dans les premiers jours du conflit, avant même que les combats ne commencent officiellement. Il est le tout premier blessé de la face en France, la toute première « gueule cassée ». Ce roman raconte donc son quotidien à l’hôpital du Val de Grâce, près de Paris, où il ne voit des combats et de la guerre que les nombreux blessés graves qui affluent à l’arrière. La « chambre des officiers », c’est celle dans laquelle on l’installe dès son arrivée. Les blessés sont « classés » selon leur rang. Dans cette salle, il rencontrera d’autres officiers blessés, et construira des amitiés durables. Ce roman montre bien l’esprit de camaraderie qui peut naître, même dans les pires épreuves, mais aussi tous les obstacles que devaient surmonter ces personnes.

Ce roman est passionnant car il nous fait entrer dans la vie d’Adrien, à travers une narration à la première personne qui nous permet d’imaginer, ne serait-ce qu’un peu, ce que devait ressentir une gueule cassée. En cela, le livre de Marc Dugain était assez singulier à l’époque de sa sortie car, en vérité, les blessés de la face, bien que très nombreux, avaient tendance à être invisibilisés en littérature. Depuis, nous avons aussi vu passer Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, dans lequel l’un des personnages principaux, Édouard Péricourt, est aussi une gueule cassée. J’ai beaucoup aimé la présence étonnante d’une femme parmi tous ces blessés. Le roman met en effet en scène la variété des blessures mais aussi celle des victimes, et l’horreur que cela représente. Il permet également de montrer leur retour à la vie civile, parfois extrêmement compliqué, parfois impossible. C’est un roman très fort, écrit avec un style simple et accessible, qui permet de porter un regard profondément humain sur ce conflit dévastateur et précisément marqué par l’inhumanité.

Carte d’identité du livre

Titre : La Chambre des Officiers
Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : 6 janvier 2000

5 étoiles

#374 M. O. Modus operandi, tome 1 : La secte du Serpent – Nathalie Cohen

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Le résumé…

Rome, en l’an 54, sous le règne de Néron. De riches pères de famille, atteints d’un mal étrange, trouvent la mort le soir chez eux dans divers quartiers de la ville. L’homme qui se charge de l’enquête découvre petit à petit que ces disparitions sont l’œuvre concertée d’un mystérieux groupe de jeunes gens qui suivent toujours le même mode opératoire.
L’enquêteur, Marcus Tiberius Alexander, est un vigile gradé des patrouilles dites « les yeux de Rome», chargées de circonscrire les incendies et la délinquance nocturne. Il est aux prises avec Lucius Cornelius Lupus, un jeune et ambitieux fils de sénateur, dévoré par la passion du jeu. Le premier, d’origine étrangère, met tout en œuvre pour resserrer l’étau sur le second, favorisé par son rang. Mais la vérité qu’il met au jour est terrifiante.

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle du premier tome d’une série intitulée Modus Operandi. Cette expression latine, une fois traduite en français, veut dire : mode opératoire… Vous l’aurez compris, il s’agir d’un « polar », sauf qu’il est assez original ! En effet, il s’agit d’un polar antique, dont l’intrigue se déroule à Rome, au 1er siècle après JC. L’empereur Néron prend le pouvoir à la suite de Claude, à partir de l’an 54 et, dans ce tome, nous découvrons les premiers mois tumultueux de son règne. Le contexte historique est donc assez étonnant pour un roman policier et change de ce que l’on a l’habitude de voir. Nous sommes dix ans avant le grand incendie de Rome, et c’est justement un pompier que nous suivons dans son enquête. Le jeune homme, Marcus Tiberius Alexander, est un étranger à Rome et subit les brimades et les moqueries de beaucoup de personnes, y compris de son « frère adoptif ». Il représente un peu l’outsider à qui l’on donne enfin l’occasion de briller et de montrer sa valeur.

Je dois avouer que la lecture des premières pages m’a un peu perturbée. En effet, j’ai été très surprise par le style de l’autrice, et en particulier le niveau de langue adopté. Il est vrai qu’on ne s’attend pas nécessairement à trouver un vocabulaire parfois familier dans la bouche de personnages de l’Antiquité. Néanmoins, une fois que l’on est habitué, je trouve que cela sert l’intrigue dans sa globalité. En effet, nous nous sentons ainsi plus proche des personnages, et cela tranche avec l’idée parfois stéréotypée que l’on se fait de la société romaine. J’imagine que les hommes de l’Antiquité avaient, eux aussi, une manière plus « populaire » de s’exprimer que le latin classique tel qu’on le connaît. Ce serait une question à poser à Nathalie Cohen, puisqu’elle enseigne justement le latin ! Elle est passionnée par l’Antiquité et, en effet, cela se ressent. Elle nous emporte dans un univers singulier et assez méconnu, et je trouve qu’elle nous permet de mieux connaitre la société romaine, que l’on a parfois du mal à appréhender, en tant que lecteurs du XXIe siècle. J’ai appris des choses sur le fonctionnement de la cité, à travers un roman qui se lit vraiment très bien ! Il n’y a pas de descriptions inutiles, au contraire, il y a un certain nombre de dialogues, et l’enquête est prenante. Je dirais enfin que c’est un premier tome qui intrigue, qui installe des bases solides pour une série prometteuse ! Affaire à suivre, donc.

Carte d’identité du livre

Titre : M.O. : Modus Operandi, tome 1 : La secte du serpent
Autrice : Nathalie Cohen
Éditeur : Denoël
Date de parution : 11 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#354 Le Diable dans la peau – Paul Howarth

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Le résumé…

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique. Témoin impuissant des ravages que laisse la petite troupe dans son sillage, Tommy ouvrira les yeux sur le vrai visage de la colonisation australienne.

Mon avis…

Grâce aux éditions Denoël, je me suis aventurée dans une lecture un peu atypique pour moi… Depuis que je suis petite, j’ai une certaine aversion pour les histoires du genre « western« , avec seulement de rares exceptions… Pourtant, je me suis laissée tenter par ce roman qui m’a séduite grâce à sa très belle couverture mais aussi en raison de son résumé et des thèmes qu’il aborde. Son côté « thriller » et le propos sur la colonisation m’a beaucoup intéressée. Voici donc ma chronique de ce roman.

Nous plongeons dans l’Australie de la fin du XIXe siècle, on est à peine quelques décennies après la colonisation et la création du Queensland. Nous découvrons une famille qui subit de plein fouet la sécheresse alors que les terres voisines, qui appartiennent à John Sullivan, prospèrent… Tout de suite, une atmosphère de malaise est introduite. On perçoit la tension entre le père McBride et Sullivan, qui semblent se détester, même si le premier cherche à tout prix à éviter le contact avec le second. On est aussi en pleine ségrégation raciale, et assez régulièrement le roman suggère même l’ethnocide en cours en Australie, avec une volonté plus ou moins assumée d’éliminer les Aborigènes du territoire…

« Ces indigènes, de ce que j’en ai vu, on leur a donné toutes les opportunités, mais ils refusent toujours de changer. Le travail, l’éducation : on a tout fait pour les civiliser, mais ils ont la sauvagerie dans le sang. J’ai même entendu dire qu’ils mangent leurs propres enfants, pour l’amour du ciel. Et pourtant ils sont tout autour de nous, on les fait entrer dans notre maison ! »

On a donc d’un côté un contexte « individuel », une situation très délicate pour une famille blanche qui va être brutalement détruite, et d’un autre côté un contexte global, historique, qui nous montre la violence de la colonisation. Ce dernier point est développe à travers plusieurs points de vue, dans le cadre d’un roman très polyphonique: certains haïssent purement et simplement les Aborigènes, les considèrent comme des animaux, d’autres veulent les éliminer sous couvert de théories scientifiques telles que l’évolutionnisme, etc. Le romancier parvient donc à nous montrer toute la complexité de ce contexte historique, ce qui est tout à fait bienvenu.

D’ailleurs, le personnage de Tommy est parfaitement exploité. Il est jeune, est encore influençable et il a pourtant déjà certaines convictions… Il est obligé de regarder et de participer à cette violence. On n’a pas affaire à un simple « gentil » qui s’opposeraient à plein de personnages racistes très méchants ! Il n’y a aucune simplification. Ce roman, malgré sa violence crue et sanguinolente, se caractérise par une certaine subtilité. Il ne faut pas oublier, enfin, le suspense toujours présent dans ce livre, car on est dans une sorte de thriller. C’est aussi le roman d’une vengeance, après tout !

Même si je n’ai pas eu un coup de cœur pour ce livre, c’est clairement un texte que je n’hésiterais pas à conseiller à ceux que ces problématiques intéressent, et aux amateurs de « western » (bien que le terme soit peu adapté étant donné la situation géographique). Bref, vous l’aurez compris grâce à cette chronique, c’est encore une belle découverte avec les éditions Denoël.

Carte d’identité du livre

Titre : Le Diable dans la peau
Auteur : Paul Howarth
Traductrice : Héloïse Esquié
Éditeur : Denoël
Date de parution : 18 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

#349 La Purge – Arthur Nesnidal

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Le résumé…

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Mon avis…

Alors alors… voici un roman très particulier pour continuer notre exploration de la rentrée littéraire ! La classe prépa, pour moi, c’est une sorte de mirage. On m’avait toujours dit que j’en ferais une, que j’en étais capable, et j’ai décidé de ne pas y aller, préférant la liberté que m’offrait l’Université. Cette dernière est par ailleurs souvent décriée par les professeurs qui cherchent à former ces « futures élites« … Et, à la lecture de ce livre, je ne regrette aucunement mon choix. La description que nous offre Arthur Nesnidal de la classe prépa, ici Hypokhâgne, ne m’étonne pas du tout, et correspond relativement bien aux échos que j’en ai eu. Le contenu, vous l’aurez compris, est volontiers polémique et particulièrement intéressant.

« Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ses chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus. »

 A la façon d’un Zola du XXIe siècle, Nesnidal nous plonge dans un univers qui parfois confine à la torture psychologique et physique… L’esprit y devient un paysage de guerre. Pour avoir connu des personnes qui ont vécu dans cette atmosphère toute particulière, je reconnais leurs sentiments… Dès les premières lignes, le caractère malsain et répulsif de ce système est souligné. Les images sont rudes, violentes, agressives… Malheureusement, quelque chose n’a pas marché, pour moi, dans ce roman. Je pense que le « problème » vient surtout du style, certes virtuose, mais justement peut-être trop ! Ce livre est écrit avec une érudition parfois pesante, trop soulignée, trop démonstrative. Je n’ai pas ressenti la moindre proximité ou sensibilité avec les personnages, le récit ne m’a particulièrement touchée ou révoltée. C’est bien écrit, oui, et même très bien, mais l’esthétique est omniprésente, parfois au détriment du propos.

Carte d’identité du livre

Titre : La Purge
Auteur : Arthur Nesnidal
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

3 étoiles

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour cette lecture.

Julliard