#349 La Purge – Arthur Nesnidal

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Le résumé…

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Mon avis…

Alors alors… voici un roman très particulier pour continuer notre exploration de la rentrée littéraire ! La classe prépa, pour moi, c’est une sorte de mirage. On m’avait toujours dit que j’en ferais une, que j’en étais capable, et j’ai décidé de ne pas y aller, préférant la liberté que m’offrait l’Université. Cette dernière est par ailleurs souvent décriée par les professeurs qui cherchent à former ces « futures élites« … Et, à la lecture de ce livre, je ne regrette aucunement mon choix. La description que nous offre Arthur Nesnidal de la classe prépa, ici Hypokhâgne, ne m’étonne pas du tout, et correspond relativement bien aux échos que j’en ai eu. Le contenu, vous l’aurez compris, est volontiers polémique et particulièrement intéressant.

« Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ses chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus. »

 A la façon d’un Zola du XXIe siècle, Nesnidal nous plonge dans un univers qui parfois confine à la torture psychologique et physique… L’esprit y devient un paysage de guerre. Pour avoir connu des personnes qui ont vécu dans cette atmosphère toute particulière, je reconnais leurs sentiments… Dès les premières lignes, le caractère malsain et répulsif de ce système est souligné. Les images sont rudes, violentes, agressives… Malheureusement, quelque chose n’a pas marché, pour moi, dans ce roman. Je pense que le « problème » vient surtout du style, certes virtuose, mais justement peut-être trop ! Ce livre est écrit avec une érudition parfois pesante, trop soulignée, trop démonstrative. Je n’ai pas ressenti la moindre proximité ou sensibilité avec les personnages, le récit ne m’a particulièrement touchée ou révoltée. C’est bien écrit, oui, et même très bien, mais l’esthétique est omniprésente, parfois au détriment du propos.

Carte d’identité du livre

Titre : La Purge
Auteur : Arthur Nesnidal
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

3 étoiles

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour cette lecture.

Julliard

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#344 La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov – Nadia Oswald

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Le résumé…

Février 1919. Une jeune fille se réveille dans le lit d’une clinique de Berlin, amnésique, après s’être jetée dans le fleuve. Le mystère autour de son identité commence, en même temps qu’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Est-ce Anastasia Romanov, la dernière survivante du clan Romanov épargnée par les bolcheviks… ou l’ambitieuse petite paysanne schwab de Pologne qui réussira toute sa vie à donner le change auprès des familles impériales de la planète en se faisant passer pour la défunte princesse ? L’héroïne reconstruit sa mémoire et son identité… mais sont-ce bien les siennes ?

Mon avis…

Basé sur des faits historiques, ce roman nous raconte la longue descente d’Anna Anderson dans les profondeurs du mensonge. Amnésique, elle s’identifie au personnage d’Anastasia Romanov, la Grande Duchesse russe… Nadia Oswald nous fait ce récit de façon assez neutre et objective. Les phrases sont parfois assez longues, le rythme de la narration est lent. Cela donne un aspect presque « documentaire » au roman. J’étais très intriguée par « les vies d’Anastasia Romanov », car mon imaginaire est, je l’avoue, habité par le dessin animé qui a bercé mon enfance… Bon, ici, très honnêtement : rien à voir ! J’ai très vite dû effacer cette référence de mon esprit (j’en connaissais déjà l’inexactitude historique, bien sûr), car ce livre fait le portrait d’une toute autre Anastasia. Au coeur de ce roman, le mensonge, l’imposture, la hantise de l’oubli... Nadia Oswald nous montre la volonté d’un grand nombre de perpétuer les souvenirs de la Russie impériale… En croyant en la survie d’Anastasia, en voyant la Grande Duchesse en Anna, c’est tout un pan de l’histoire russe qu’ils tentent de préserver. En soi, le propos est intéressant et particulièrement instructif… Mais j’aurais aimé que ce récit soit aussi passionnant, et ce n’était pas le cas. Je me suis très vite ennuyée… Je pense que c’est aussi dû au style de l’autrice, qui cherche semble-t-il à préserver une certaine distance critique avec les personnages… Elle cherche à décrire un processus psychologique, l’enfouissement d’Anna dans le déguisement d’Anastasia, où elle finit par s’effacer complètement. Mais, du coup, difficile de rendre plaisante et divertissante une telle lecture… Dommage.

Carte d’identité du livre

Titre : La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov
Autrice : Nadia Oswald
Éditeur : Le Nouvel Attila
Date de parution : 13 avril 2018

2 étoiles

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Merci à NetGalley et aux éditions Le Nouvel Attila pour cette lecture.

#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#330 Irrégulières – Chloé Guillot Élouard

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Le résumé…

De la campagne d’après-guerre à la ville contemporaine, trois destins s’entremêlent.

D’abord, il y a Adélaïde, qui s’applique à effacer ses origines sociales. Puis Madeleine, jeune femme raisonnable étouffée par l’autorité parentale, et enfin Sophie, prête à tout pour faire carrière.

Trois héroïnes ordinaires qui aspirent à devenir maîtresses de leurs vies, face aux pressions collectives.

Mon avis…

Je dois l’avouer, je n’avais encore jamais lu de livre auto-édité. Mais il y a un début à tout, et Irrégulières me semble un parfait point de départ. A première vue, le résumé semblait en effet très prometteur tout en ne révélant que peu d’indices sur l’intrigue. Il est question, dans ce livre, de trois destins de femmes. Ces dernières sont, disons-le, banales, un peu comme nous toutes en réalité. Il s’agit de personnages que l’on pourrait tout à fait croiser, connaître, rencontrer, avoir dans sa famille. Le roman est très réaliste sur le plan de la psychologie. On n’a absolument aucun mal à se projeter dans les vies de ces femmes, à imaginer leur quotidien et les situations souvent difficiles auxquelles elles font face. Chloé Guillot Elouard nous décrit, à travers ces échantillons, les multiples obstacles auxquels sont confrontées les femmes dans tous les milieux sociaux, à toutes les époques. On se rend compte que, malgré leurs différences, elles doivent d’une certaine manière surmonter les mêmes épreuves, chacune à sa façon.

J’ai vraiment accroché aux trois intrigues, j’avais envie de savoir ce qu’il allait advenir de ces trois personnages. J’ai beaucoup aimé le mélange de banalité et de singularité de ces femmes, qui sont à la fois uniques dans leurs personnalités et réunies par les conditions qu’impose leur genre. En fait, ce roman est excellent à tous les niveaux, sur le plan des micro-histoires, celles d’Adélaïde, Madeleine et Sophie, et sur le plan de la macro-histoire, celle des femmes. Dans ce dernier aspect, le texte est féministe dans la mesure où il permet une réflexion sur le genre, sur la vie des femmes en France du XXe siècle à aujourd’hui. J’ai particulièrement aimé le personnage de Sophie, dans lequel j’avoue m’être reconnue sur certains points. Il s’agit d’une étudiante préparant sa thèse, confrontée à ses angoisses, aux attentes de la société, s’interrogeant sur ses propres désirs et volontés… Passionnant ! Je n’étais pas pour autant en reste avec Adélaïde et Madeleine qui ont elle aussi touché ma sensibilité.

J’ai donc eu une très agréable surprise avec Irrégulières. D’ailleurs, je tiens à souligner que le titre est très bien choisi, car il résume parfaitement le propos de ce roman. C’est un livre qui, véritablement, mérite d’être connu. Il est possible que certains points puissent déplaire à quelques lecteurs, comme la grande liberté que nous laisse l’autrice (ceux et celles qui ont déjà lu le roman me comprendront). C’est quelque chose que j’ai au contraire plutôt apprécié, car j’ai eu la sensation de continuer ma lecture encore bien après l’avoir fini ! Toutefois, un petit bémol pour moi : le thème de la maternité, assez présent à certains moments du roman, n’est pas celui qui me touche le plus, si bien que j’ai l’impression d’avoir « manqué » certains aspects. C’est tout de même une bonne expérience livresque que j’ai connue ici, car j’ai dévoré ce livre sans le lâcher, et il m’a laissé une excellente impression globale.

Carte d’identité du livre

Titre : Irrégulières
Autrice : Chloé Guillot Elouard
Éditeur : autoédité
Date de parution : 26 mai 2018

5 étoiles

Merci à Chloé Guillot Elouard pour cette lecture.

Son site internet • Sa page Facebook

#325 Dans les bras de Verdun – Nick Dybek

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Le résumé…

1921. Tom, originaire de Chicago, ancien ambulancier pendant la guerre, travaille à l’ossuaire de Verdun. Il y rencontre Sarah, Américaine à la recherche de son mari disparu. Ils vont vivre une passion fulgurante. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent à Bologne, où un soldat amnésique inconnu attire les foules. Dans la ville italienne où monte le fascisme, Tom et Sarah croisent Paul, journaliste autrichien intéressé par le malade. L’homme sans passé détient aussi un lourd secret.
1950. Santa Monica aux Etats-Unis. Tom, devenu un scénariste plus ou moins reconnu, recroise Paul lors d’une soirée à Los Angeles. Les souvenirs remontent, brisant les mensonges passés.

Mon avis…

En ce moment, je lis énormément de livres concernant la guerre, en particulier 14-18. Ce roman est intéressant car Nick Dybek se penche sur l’après-guerre, à savoir le début des années 20. Ses deux personnages principaux sont un homme et une femme, tous deux américains. Ce roman permet de découvrir l’importante application des Etats-Unis dans la fin de la guerre et les années qui ont suivi. Ici, nous avons d’un côté Tom, qui travaille à l’ossuaire de Verdun, un emploi compliqué et parfois difficile psychologiquement. Il reçoit régulièrement des familles ou des épouses en quête du corps de leur proche disparu pendant le conflit. Cela nous permet d’envisager une réalité parfois ignorée du grand public : la difficulté pour les personnes de faire le deuil des êtres aimés lorsque les corps n’ont pas été retrouvés. Un jour, Tom rencontre Sarah, une femme qui cherche désespérément son époux, qu’elle ne parvient pas à croire mort. Il est aussi question d’un soldat inconnu, bien vivant celui-ci mais amnésique. Tous et toutes veulent y voir un fils, un père, un époux, un amant… Mais qui est-il vraiment ? Ce livre est à la fois un roman d’amour et le portrait d’une époque. J’ai beaucoup aimé le second aspect, sans parvenir à me passionner pour le premier. C’est un regard américain porté sur la guerre que nous propose Nick Dybek. Si je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue, j’ai apprécié la transformation des recherches documentaires en fiction historique.

Carte d’identité du livre

Titre : Dans les bras de Verdun
Auteur : Nick Dybek
Traductrice : Karine Lalechère
Éditeur : Les Presses de la Cité
Date de parution : 06 septembre 2018

3 étoiles

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Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley France pour cette lecture.

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#324 Le magasin jaune – Marc Trévidic

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Le résumé…

Au début de l’année 1929, un jeune couple rachète un magasin de jouets en faillite dans le quartier de Pigalle. Gustave et Valentine pensent qu’à vendre le bonheur, on ne peut que le trouver soi-même. Ils repeignent la boutique couleur mimosa : le magasin jaune naît. C’est un soleil. Les parents et les enfants tournent autour ; les jouets s’animent ; la vitrine s’illumine. Les odeurs et les bruits de la rue meurent à sa porte.
Mais au-dehors, le monde change. La crise financière puis politique obscurcit tout. Arrivent la guerre, l’Occupation allemande.
Le Magasin jaune sera-t-il préservé de la violence et de l’horreur ? Ou n’est-il qu’une prison d’illusions et de mensonges ? Gustave s’y enferme et y garde ses secrets. Valentine veut s’en échapper. Les enfants, seuls, continuent de jouer le jeu, avec à leur tête la princesse du Magasin jaune. Ils recréent le monde, l’imitent parfois, mais toujours préfèrent l’innocence du rêve à la violence du cauchemar.
De 1929 à 1942, de l’Art déco aux chars d’assaut, de Cole Porter à la musique militaire, Le Magasin jaune retrace l’histoire d’un lieu où joies et désespoirs se succèdent, où la résignation fait place à la résistance, tandis que le regard énigmatique et froid d’Arlequin nous met en garde : le bonheur est fragile comme une poupée de porcelaine.

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Marc Trévidic

Mon avis…

Le Magasin jaune est un roman dont l’intrigue s’étend essentiellement de l’entre-deux guerre à la période de la Seconde Guerre mondiale. On retrouve cependant des échos de la Grande Guerre, à travers la figure du père de Gustave notamment, et Marc Trévidic suggère avec subtilité les liens qui unissent les deux conflits. Il nous montre ainsi que l’Histoire est en quelque sorte un cycle, un éternel recommencement. Il situe son intrigue dans un cadre original : celui d’un charmant magasin de jouet, symbolisant l’enfance et sa persistance dans l’âme de chacun. Ainsi, il nous fait le portrait d’une époque violente, en la mettant en regard avec un univers tout à la fois féérique et attendrissant. Marc Trévidic joue sur les contrastes. Certains personnages, adultes, restent jeunes au fond d’eux, gardent l’espoir. D’autres, parfois des enfants, incarnent la cruauté du XXe siècle. L’auteur n’hésite pas à concevoir des êtres de papier complexes sur le plan psychologique. Leurs actes sont parfois inattendus, imprévisibles, à la manière de vraies personnes. Cela les rend d’autant plus attachants qu’ils sont imparfaits, comme nous tous. C’est pourquoi le récit familial prend toute son ampleur ici, on a envie de suivre les aventures de ces personnages, de la famille Pilon et de tous ceux qui l’entourent, du début à la fin.

Dans ce livre, j’ai beaucoup apprécié le regard tendre que pose l’auteur sur le monde qu’il nous décrit. Il est animé par l’espoir, l’optimisme, malgré les horreurs décrites ou suggérées. On a en effet un portrait fidèle de l’atmosphère parisienne sous l’Occupation, avec des scènes parfois brutales et toujours réalistes. Mais il y a surtout, dans ce roman, de véritables incarnations de la résistance, ou plutôt des résistances sous toutes leurs formes ! J’ai aimé que l’auteur sache rendre compte de la complexité et de la variété des réactions dans une telle situation. Tous les personnages agissent différemment, et chacun a ses propres motivations, ses raisons, ses buts. L’amour est au coeur de tout, bien sûr. Vous allez me dire que ça peut avoir l’air idéaliste tout ça, et je vous dirais oui, peut-être un peu. Et alors ? Après tout, la littérature est aussi là pour nous montrer que la lumière est toujours là, quelque part, même dans l’obscurité la plus profonde. En parlant de la Seconde Guerre mondiale, Marc Trévidic nous parle aussi d’aujourd’hui, de notre propre époque, de nous-mêmes. En bref, c’est un récit simple, fluide, tout à fait prenant, aux significations belles et profondes.

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En quelques mots…

parcours d’une famille
quand l’enfance rencontre l’horreur
résistance(s)
une très belle écriture
la petite histoire dans l’Histoire

Carte d’identité du livre

Titre : Le magasin jaune
Autrice : Marc Trévidic
Éditeur : JC Lattès
Date de parution : 07 mars 2018

5 étoiles

#319 Maria Vittoria – Elise Valmorbida

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Le résumé…

1923, dans un hameau perdu au coeur des Dolomites. Maria Vittoria est une jeune femme belle et discrète. Quand son père désigne pour elle son futur époux, Maria s’incline, et bientôt le couple fonde un foyer et ouvre un magasin. Or l’ombre du fascisme et la menace de la guerre pourraient bien rompre l’équilibre et séparer les familles.
Entre amour et haine, jalousie et générosité, foi et raison, Maria devra choisir son destin. Au prix, parfois, d’immenses sacrifices…

Mon avis…

J’ai été attirée par ce livre, en particulier car il se déroule en Italie, pays dont j’avoue méconnaître la façon dont il a vécu la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, cela m’intéressait beaucoup de découvrir le portrait de cette époque, de l’entre-deux guerres à l’après-guerre. C’est probablement l’aspect le plus enrichissant du livre, car on peut y lire les moeurs de la société italienne, en particulier celle des petits villages, et on y voit la façon dont y vivent les femmes, surtout. C’est un roman qui ne cherche aucunement à porter un jugement sur ses personnages, qui sont soumis à notre regard de lecteur du XXIe siècle. On y voit ainsi la description de la foi sans faille (ou presque) de Maria Vittoria et de la façon dont celle-ci est confrontée à la dure réalité du fascisme et de la guerre. Nous suivons une famille entière dans les affres du conflit, poussés à de nombreux sacrifices pour survivre… Pourtant, malgré cette focalisation sur un petit nombre de personnages, et en particulier sur une, Maria Vittoria, je n’ai pas réussi à m’attacher à eux. L’autrice n’a malheureusement pas su me tenir en haleine. Je n’ai ressenti ni joie, ni tristesse, pour ces êtres de papier. En fait, j’ai apprécié l’aspect historique et social de l’oeuvre, dans la mesure où on y explore un temps et un lieu, souvent méconnu de nous. Cependant, la dimension psychologique et l’intrigue elle-même m’ont paru sans attrait. J’en suis la première désolée, car j’aurais adoré prendre plus de plaisir à la lecture, vous vous en doutez bien. C’est donc une lecture en demie-teinte pour moi, à la fois intéressante car elle permet une meilleure compréhension d’une époque et d’un pays, mais en même temps souvent ennuyante…

En quelques mots…

saga familiale
Italie d’entre-deux guerres
une intrigue assez plate
instructif et intéressant

Carte d’identité du livre

Titre : Maria Vittoria
Autrice : Elise Valmorbida
Traductrice : Claire Desserrey
Éditeur : Préludes
Date de parution : 19 septembre 2018

3 étoiles

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Merci aux éditions Préludes et à NetGalley France pour cette lecture.

 

#315 La Dernière Reine – Philippa Gregory

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Le résumé…

« Il veut que je meure. L’unique raison pour laquelle il m’accuse d’un crime passible de la peine de mort est qu’il veut me tuer. Henri, qui a fait exécuter deux de ses femmes et qui attendit qu’on lui annonce la mort de deux autres, entend désormais me faire subir le même sort. »

À trente et un ans, Catherine Parr est une jeune veuve et vit l’idylle parfaite avec Thomas Seymour. Mais lorsque Henri VIII, le souverain d’Angleterre qui a conduit quatre de ses femmes au tombeau, l’invite à l’épouser, elle doit se résigner à un choix qui n’en est pas un. Brillante et indépendante d’esprit, elle est une cible toute désignée pour ses adversaires politiques qui l’accusent d’hérésie, crime puni par le bûcher et dont l’ordre d’exécution est signé… par le roi. Catherine devra déjouer les pièges de la Cour si elle veut un jour retrouver son amant.

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Couverture anglaise

Mon avis…

Depuis des années, je lis avec passion les romans historiques de Philippa Gregory, surtout en anglais. Je connaissais donc The Taming of the Queen (littéralement « l’apprivoisement de la reine ») que le traducteur a choisi d’appeler La Dernière Reine. L’autrice nous fait découvrir, à travers tous ses romans, l’histoire d’Angleterre, avec par exemple Deux sœurs pour un roi qui raconte le destin d’Anne et Marie Boleyn (vous connaissez peut-être le film avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana) mais aussi des livres sur la guerre des Deux Roses avec les querelles entre les York et les Lancaster.  Une série a été également tirée de son oeuvre, The White Queen puis The White Princess. Clairement, Philippa Gregory est la reine du roman historique et, surtout, celle qui redonne leur place aux femmes dans l’Histoire. C’est un plaisir que de parcourir les pages qu’elle écrit, dont voici un nouvel exemple traduit en français !

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Ici, on est chez les Tudor, encore, avec Henry VIII et sa nouvelle femme Catherine Parr. Le roi est clairement moins glamour qu’Eric Bana, il n’est plus tout jeune et a en fait tout d’un vieux dégueulasse ! Avant elle sont passées d’autres épouses, et leur destin a toujours été funeste. Aussi, ce n’est pas sans crainte qu’elle se marie avec le roi mais, évidemment, elle n’a de toute façon pas le choix. A mon avis, ce roman rend justice au personnage de Catherine Parr, assez méconnu en général. On reconnaît d’ailleurs le propos assez féministe de Philippa Gregory qui centre ses romans sur les femmes qui ont fait l’Histoire. Cette épouse d’Henry VIII était une femme forte, qui avait le courage de ses opinions et qui s’est démarquée par sa volonté et son érudition. C’est un roman qui, comme toujours avec Philippa Gregory, est tout simplement passionnant. Elle sait allier avec talent faits historiques et adaptation romanesque. La fiction côtoie la réalité et elle redonne vie à des êtres dont on a finalement peu écouté ou imaginé les sentiments. Elle le montre, les femmes en ce temps étaient essentiellement des instruments au service du pouvoir des hommes, des outils politiques comme d’autres. Sans trahir l’Histoire, elle réintroduit la sensibilité, les émotions, sort des simples dates et faits pour rendre compte d’une époque et de ses mentalités. La Dernière Reine est, comme tous les autres romans de Philippa Gregory que j’ai pu lire, une magnifique porte d’entrée sur l’Histoire d’Angleterre, qui a déjà en elle-même un énorme potentiel romanesque que l’autrice a su saisir.

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Catherine Parr

En quelques mots…

Histoire d’Angleterre
l’épouse injustement oubliée
Henry VIII ou Barbe-Bleue
un roman passionnant
instructif et plaisant

Carte d’identité du livre

Titre : La Dernière Reine
Autrice : Philippa Gregory
Traducteur : Alain Sainte-Marie
Éditeur : Milady
Date de parution : 13 mai 2018

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Merci aux éditions Milady pour cette lecture.

#304 Le Royaume des Deux-Mers – Gilbert Sinoué

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Le résumé…

– Voilà un moment que je t’observe. Tu es insensé. L’éternité à laquelle tu aspires, tu ne la trouveras jamais. Abandonne! Ta quête est vouée à l’échec.
– Non! Je refuse que mon corps redevienne poussière. Non! Je veux continuer à contempler la lumière, je veux encore m’enivrer des splendeurs de la vie! Je veux vivre!
Alors le vieux sage murmura :
– Très bien, je vais te révéler un secret. Il existe une plante. Une plante qui vit ici, au fond des eaux. Elle a des reflets argentés. Si l’on ne prend pas garde, elle écorche les mains comme fait la rose. Si tu parviens à la trouver, alors mange-la et tu obtiendras la vie éternelle.

Entre légende et vérité, Le Royaume des Deux-Mers est un fabuleux voyage initiatique qui nous transporte aux confins de l’une des plus anciennes civilisations du monde : Dilmoun. Dilmoun, le «pays où le soleil se lève», Dilmoun où, d’après la tradition sumérienne, résidait le seul survivant du Déluge. Dilmoun, le jardin d’Éden.

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Mon avis…

Avant de lire ce livre, je ne connaissais absolument pas Dilmoun, même de nom ! C’est pourtant celui d’une grande civilisation depuis longtemps disparue. Gilbert Sinoué nous emmène donc dans ces contrées lointaines – dans l’espace comme dans temps – dans ce qui est aujourd’hui Bahreïn. Tout en nous donnant des informations historiques sur cette civilisation, il nous fait le récit passionnant des épreuves que traverse Yakine, vers le XVIIIe siècle avant JC. Ce personnage est un médecin particulièrement sceptique. Il refuse d’adhérer aux croyances et aux superstitions de ses compatriotes. Pour lui, la médecine est au-dessus de cela. Mais, un jour, il est forcé de constater que ses talents scientifiques ne peuvent rien face à la maladie de sa femme. Son ami, Shakrumash, lui suggère progressivement, au fil des jours, de suivre les traces de Gilgamesh et de partir en quête de la vie éternelle pour sa bien-aimée. Mais Yakine est détesté des exorcistes de Dilmoun, car il remet en cause leur fond de commerce : les superstitions. Ils décident de s’en prendre à lui, mais aussi de renverser le royaume tout entier. Yakine se retrouve pris au milieu d’intrigues qui le dépassent avec, à l’esprit, une seule idée : celle de protéger sa famille.

Gilbert Sinoué mêle avec beaucoup de talent des éléments nous permettant de découvrir une époque lointaine, particulièrement méconnue, et une histoire absolument passionnante. On découvre en effet les pêcheurs de perles de Dilmoun, qui apportent la prospérité à la contrée. Le Royaume des Deux-Mers est un roman d’apprentissage, autant pour le lecteur que pour les personnages. J’ai eu, tout au long de cette lecture, le sentiment de parcourir un roman qui se trouvait à mi-chemin entre La Perle de Steinbeck et Le Périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Certes, ces récits n’ont pas grand chose à voir, mais ils ont en commun de faire voyager leurs lecteurs et de les faire grandir intérieurement, tout en les divertissant. J’ai beaucoup aimé la variété de ce roman, qui oscille sans cesse entre réalité et légendes, comme c’est le propre de la fiction. A la fois roman historique, roman d’aventures, oeuvre spirituelle, Le Royaume des Deux-Mers est un texte très agréable à lire, prenant, dont on a envie de connaître la fin tout en savourant chaque phrase.

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En quelques mots…

une civilisation perdue
quête de l’éternité
entre légendes et réalité
à la croisée des genres
une belle découverte

Carte d’identité du livre

Titre : Le Royaume des Deux-Mers
Auteur : Gilbert Sinoué
Éditeur : Denoël
Date de parution : 03 mai 2018

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Un grand merci aux éditions Denoël pour cette lecture.