#264 Nos richesses – Kaouther Adimi

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Le résumé…

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

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Kaouther Adimi

Mon avis…

Ce roman est une surprise de la rentrée littéraire. Nos richesses propose un résumé tentant, qui suggère une histoire riche, mêlant littérature et Histoire. Promesse tenue. Le livre retrace la vie d’Edmond Charlot, jeune libraire et éditeur qui sera le premier à publier Camus. En parallèle, on retrouve l’aventure de Ryad, qui obtient pour stage la responsabilité de vider la librairie qui, à l’origine, a appartenu à Charlot. Le job paraît facile, mais c’est sans compter l’importance qu’a pris ce lieu dans la vie du petit quartier d’Alger, dans les esprits de ses habitants. Même si personne n’y entre plus, même si, depuis des années, les livres ne se vendent plus, la librairie reste un élément du décor, un endroit précieux. Abdallah, comme Ryad, n’aimait pas lire, mais il a veillé sur ce lieu pendant des années, et garde encore un œil sur lui maintenant qu’on veut le transformer en boutique de beignets.

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Edmond Charlot

Les personnages de ce livre ont beaucoup de profondeur, une longue histoire derrière eux, et souvent un lien très personnel à la librairie de Charlot. Kaouther Adimi peint toute une période de l’histoire d’Alger, nous montre un monde en transformation, en mutation, touché de plein fouet par la guerre et les révoltes. Elle nous décrit ce que la ville est devenue, au fil des années, à travers le parcours romanesque d’Edmond Charlot. Elle réinvente le journal de cet homme, qui a réellement vécu, et retrace l’évolution de son commerce, de ses débuts prometteurs à sa fin chaotique, tandis que d’autres éditeurs séduisent ses auteurs, que la guerre complique l’acheminement du  papier, les publications… C’est un roman véritablement passionnant, qui parle avec sensibilité de l’importance de la lecture, des livres en général, et qui nous décrit le paysage littéraire en Algérie pendant la guerre. Une peinture profonde de quelques personnages, et à travers eux de toute une ville, et d’un pays.

rentrée littéraire

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#262 Treize jours – Roxane Gay

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Coup de coeur 

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Le résumé…

Fille de l’un des hommes les plus riches d’Haïti, Mireille Duval Jameson mène une vie confortable aux États-Unis. Mais alors qu’elle est en vacances à Port-au-Prince avec son mari Michael et leur bébé Christophe, Mireille est kidnappée. Ses ravisseurs réclament un million de dollars à son père. Pourtant, ce dernier refuse de payer la rançon, convaincu que toutes les femmes de sa famille seraient alors enlevées les unes après les autres. Pendant treize jours, Mireille vit un cauchemar. Son ravisseur, dit le commandant, est d’une cruauté sans nom. Comment survivre dans de telles conditions et, une fois libérée, comment surmonter le traumatisme, pardonner à son père et recréer une intimité avec son mari ?

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Roxane Gay

Mon avis…

Encore un coup de cœur dans cette rentrée littéraire 2017, et pas des moindres. Les premières pages m’avaient laissée un peu sceptique, mais ce sentiment est très vite passé. L’histoire que traverse Mireille est tout bonnement choquante, violente et bouleversante. Et cela ne peut pas laisser indemne. Ce roman est un véritable chef d’oeuvre d’émotions. Roxane Gay dépeint parfaitement la détresse humaine, l’égarement et la colère qu’une femme peut ressentir après avoir vécu les pires épreuves. Et, surtout, ce qui m’a le plus touché, le vide qui habite un être brisé. C’est une sensation des plus difficiles à rendre, des plus complexes à décrire, et l’auteure a réussi cet exploit… Ce roman, bien qu’il s’agisse d’une fiction, est profondément réel dans la souffrance qu’il décrit, comme dans la richesse – et la bassesse – de l’être humain qu’il explore.

C’est un texte passionnant, que l’on dévore, que l’on ne lâche pas. Il prend aux tripes et absorbe totalement l’esprit jusqu’à l’ultime page. Chaque mot est un pas en avant dans la compréhension d’une violence sans nom. Clairement, ce livre secoue, ébranle, perturbe. Il laisse une profonde trace, peut réveiller quelques troubles – selon le vécu de chacun. Mais c’est un roman qui dit des choses essentielles, des choses brutales mais dont chacun devrait prendre conscience un jour. Malgré ce qu’il a bousculé en moi, ce livre m’a plu, pour la force qu’il dégage, l’émotion qu’il communique, l’espoir qu’il redonne, parfois. Roxane Gay donne une voix à des victimes, tout en explorant un territoire, Haïti, en mettant en évidence les problèmes qui secouent le monde, chaque jour. Elle montre jusqu’où la sensation d’être né au mauvais endroit, du mauvais côté de la route, peut mener. Jusqu’à quelles extrémités, quelle violence. En bref, Treize jours est un beau roman, dans tous les sens du terme, et une expérience vibrante, qui laisse une sensation étrange…

rentrée littéraire

#260 La gloire des maudits – Nicolas d’Estienne d’Orves

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Coup de cœur 

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Le résumé…

Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ? En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Écrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent un secret qui tue…

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Mon avis…

Dans ce roman, Nicolas d’Estienne d’Orves peint une fresque historique et romanesque savamment élaborée. Mélangeant personnages réels et fictionnels, il emporte son lecteur au plus profond d’une intrigue complexe et prenante. Il crée des êtres de papier hantés par des secrets inavouables, qui tous installent un climat de mystère dans cette oeuvre. Gabrielle, sur l’insistance d’un écrivain bafoué, mène l’enquête sur une certaine Sidonie Porel, auteure de romans feuilletons à succès, considérée comme une des plus grandes écrivaines de son temps. Très vite, des liens étroits s’instaurent entre les deux femmes, rendant le doute plus présent chez Gabrielle : enquête-t-elle sur la bonne personne ? Son jeu de piste l’entraîne dans les bas-fonds de Paris, comme dans ses plus hautes sphères. Elle rencontre des êtres plus repoussants les uns que les autres, fait face à leurs non-dits, à leurs secrets les plus terribles.

Nicolas d’Estienne d’Orves prouve son talent d’écrivain en entraînant son lecteur dans les sinueuses théories de Gabrielle, dont les inquiétudes sont contagieuses. Jusqu’où est-elle prête à aller pour révéler les secrets des autres ? Jusqu’à affronter les zones obscures qui hantent l’histoire de sa famille ? On sent à travers les pages le long travail qu’a nécessité ce roman. Créer des personnages à la hauteur de personnes réelles n’est pas aisé, et l’auteur a réussi ce défi. La gloire des maudits est probablement un des romans les plus aboutis de cette rentrée littéraire 2017. Il constitue une fresque impressionnante, que l’on lit avec beaucoup d’attention et de plaisir. Probablement un futur classique, en tout cas un coup de cœur.

rentrée littéraire

#258 « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

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A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »
L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

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Valentine Goby

Mon avis…

“Je me promets d’éclatantes revanches” est une citation de Charlotte Delbo. Cette femme, que l’on connaît parfois seulement de nom, devient ici le sujet d’un livre. Valentine Goby nous raconte sa rencontre avec Charlotte Delbo, à travers ses textes, les souvenirs qu’elle livre des années de guerre, du temps passé à Auschwitz. Il y a deux facettes à ce livre. D’une part, l’auteure nous raconte, à sa façon, la vie de Charlotte Delbo. D’autre part, elle nous parle de la littérature, et des histoires qui peuvent naître de la lecture d’un livre. C’est un message d’amour à la littérature, à une auteure et une femme exceptionnelle. Valentine Goby nous donne envie de (re)découvrir Charlotte Delbo, d’apprendre à mieux la connaître, à reconsidérer son oeuvre et son rôle dans la transmission mémorielle de la seconde guerre mondiale. “Je me promets d’éclatantes revanches” est un très beau texte et un plaidoyer pour que cette femme soit mise en avant, qu’on lui restitue une place de choix dans le discours historique comme dans la littérature. Valentine Goby a en tout cas réussi son pari me concernant, car j’ai la ferme intention de m’emparer des oeuvres de Charlotte Delbo, que je connaissais déjà un peu, mais pas suffisamment à mon avis !

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Charlotte Delbo

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#257 La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

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Le résumé…

1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Perón est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

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Mon avis… 

Ce roman est avant tout le fruit d’un très intéressant travail journalistique. Olivier Guez fait le tri entre les multiples on-dits et légendes sur la disparition du tristement célèbre médecin nazi Josef Mengele et tente de nous révéler la vérité sur ce qu’il est devenu durant toutes ces années. Le résultat est une sorte de biographie romancée, sur une partie de sa vie, celle qui commence par son exil en Argentine. L’auteur nous fait pénétrer dans les pensées, les cauchemars et les angoisses de cet homme, sans oublier de nous montrer son caractère monstrueux. Il illustre la force des convictions morbides du médecin d’Auschwitz, convictions l’ayant mené aux pires extrémités, sans jamais ressentir la moindre culpabilité.

Ce texte fait partie de ceux qui semblent attirer le plus de lecteurs en ce début de rentrée littéraire. Il explore un pan caché de la grande Histoire, en se focalisant sur l’histoire personnelle d’un homme que beaucoup se refusent à voir comme tel, y voyant surtout un monstre, une machine animée par la seule cruauté. Sans minimiser cet aspect de Josef Mengele, l’auteur nous fait découvrir une vie d’exil, de fuite constante, celle d’un homme sans regrets sauf celui d’avoir quitté son pays et de ne pouvoir poursuivre ses terribles projets. Il n’est pas le seul à s’être réfugié en Amérique du Sud, et Olivier Guez nous décrit toute une société germanique d’après-guerre, se complaisant sous la protection d’apprentis dictateurs dans des pays ensoleillés. Ils gardent un œil lointain sur le vieux continent, réfléchissant parfois à leur retour, à une vengeance digne de ce nom… Ce récit, en partie romancé, a le don de mettre un peu mal à l’aise. La principale raison ? On aurait aimé que la fin soit différente de la réalité, que le monstre ne s’éteigne pas en paix, de l’autre côté de l’océan…

rentrée littéraire

#256 Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq

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Coup de coeur 

Le résumé…

Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme.

Mon avis… 

Notre vie dans les forêts est probablement un des livres que j’attendais le plus pour cette rentrée littéraire. Marie Darrieussecq y renoue avec le style de son premier roman, Truismes, et nous présente un récit dystopique à la première personne, très troublant, sous la forme d’un journal écrit dans les dernières heures d’une vie bien étrange… On ne sait pas trop à quelle époque tout cela se passe, mais elle n’est pas si éloignée de nous. Reprenant le thème très actuel du transhumanisme, l’auteure nous présente un monde où les hommes ont trouvé la solution pour vivre éternellement. Les plus riches ont leur clone attitré, un réservoir d’organes à leur disposition pour pallier à tout problème de santé… La narratrice semble en faire partie. Mais tout n’est pas si simple. Sa vie touche à sa fin, ce qui n’aurait jamais dû advenir… Qu’en est-il vraiment ? Comment a-t-elle atterri dans cette forêt, à se terrer comme une bête traquée, à nous raconter avec confusion son histoire ?

Ce roman est teinté d’inquiétude, d’angoisse, d’incompréhension. Les personnages sont confrontés à des choses qu’ils ne parviennent pas à appréhender. Ils sont constamment connectés à tout : leurs mains sont devenus des souris, leur esprit des ordinateurs, leurs yeux des écrans… Qu’est-ce qui les différencie désormais des robots ? Toute la question est là. Marie ou Viviane, la narratrice, s’interroge. Elle éprouve d’étranges sentiments pour son clone, qu’elle a tendance à voir comme une sœur jumelle, une sœur parfaite, sans tous les défauts qu’elle a elle-même. Elle ne la rencontre que dans une atmosphère aseptisée, elle est sans cesse surveiller, mais le lien grandit. La grande question dans ce roman, c’est finalement la place qu’il reste pour l’humanité, dans un monde où l’humain peut vivre éternellement, s’il en a les moyens. Et, d’ailleurs, où commence l’humanité d’un être ? Toutes ces questions se bousculent dans l’esprit de la narratrice, puis dans le nôtre. Progressivement, Marie Darrieussecq nous suggère quelques éléments de réponse, nous décrit le monde tristement réaliste qu’elle a imaginé, use de son talent pour nous accrocher à son récit. On ne lâche pas ce livre avant de l’avoir fini. Une perle de cette rentrée littéraire, définitivement.

rentrée littéraire

#255 Minuit, Montmartre – Julien Delmaire

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Coup de coeur

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A paraître le 23 août 2017

Le résumé…

Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit… Minuit, Montmartre s’inspire d’un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue… Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l’absinthe tuent aussi sûrement que la guerre. Ce roman poétique, d’une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d’un conte.

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Masseïda, par Steinlen.

Mon avis…

Pour la rentrée littéraire 2017, encore une histoire de femme. Minuit, Montmartre, c’est un récit qui nous plonge dans le Paris du vingtième siècle, dans le monde des peintres, du Chat Noir, à l’époque où la fée électricité commence à illuminer les rues. Julien Delmaire, en bon poète, nous livre un texte brillant de douceur, d’images, à la façon d’un peintre. Sans tomber dans un style obscur, il raconte avec poésie la vie d’une femme noire, à la voix envoûtante, qui trouve amour et protection chez un vieux peintre. Elle en devient la compagne et la muse, dans un quotidien rythmé par une affection platonique. La femme passionne, fascine, perturbe les hommes et les femmes de Montmartre, s’y creuse une place. Elle devient un élément du décor parisien. L’auteur nous décrit ce Paris du siècle passé avec beaucoup de profondeur, de réalisme et de virtuosité. L’ensemble forme un tableau touchant et dépaysant, donnant l’opportunité d’un voyage dans le temps.

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J’ai aimé la subtilité de l’écriture toute en poésie, la profondeur des personnages et de leurs ambitions, la beauté paradoxalement délicate d’un Paris sale et délaissé, encore en retard sur son temps. C’est un roman court mais efficace, qui trace avec tendresse le destin d’une femme, entourée d’hommes, à l’heure où change le monde, avec l’arrivée de l’électricité, de la guerre, des grandes entreprises urbanistiques… Minuit, Montmartre fait partie des romans de la rentrée littéraire qui nous font redécouvrir ce que nous pensions connaître, dessinant une histoire passionnante et touchante, explorant l’âme humaine avec beaucoup de clairvoyance et d’authenticité.

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Allumeur de réverbères, Paris, vers 1900.

rentrée littéraire

#254 Gabriële – Anne et Claire Berest

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À paraître le 23 août 2017

Le résumé…

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient « la femme au cerveau érotique » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société. Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

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Gabriële Bufffet-Picabia et son époux Francis Picabia

Mon avis…

« Gabriële est un être libre et, pourquoi pas, libre au point d’exercer sa liberté en la sacrifiant. »

Un des sujets à la mode, cette année, semble être les destins de femmes hors du commun. Gabriële y trouve parfaitement sa place. Cette biographie romancée raconte l’histoire de Gabriële Buffet-Picabia, femme du peintre espagnol rival de Picasso, confidente de Guillaume Apollinaire et maîtresse de Marcel Duchamp. Cette femme, d’abord musicienne, devient le pilier des mouvements avant-gardistes du vingtième siècle. Au milieu d’hommes, elle devient leur attache, leur repère, celle qui les guide vers la nouveauté, le jamais vu et le jamais fait. Ce roman permet l’exploration de la vie artistique du siècle passé, avec la (re)découverte de figures atypiques et exceptionnelles. Étant passionnée d’art comme de littérature, j’ai aimé découvrir de plus près certains personnages, en particulier Apollinaire et Duchamp, auxquels les auteures ont su donner une profondeur et du relief.

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Portraits multiples de Marcel Duchamp

En parlant des auteures… il s’agit des arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia. Pour elles, il s’agit de redonner forme à l’histoire de leur famille, souvent tue et cachée. Car, comme toute histoire, celle-ci contient sa part d’obscurité. En s’efforçant d’être objectives, elles rendent compte de ce qu’elles ont appris de leur arrière-grand-mère, sans cacher ses mauvais côtés, toit en soulignant son rôle central dans la vie artistique de l’époque. Cette femme a vécu avant tout pour l’art, et c’est ce qui ressort de ce roman. Mais les auteures sont tout de même très conscientes de leur lien étroit avec leur sujet, et n’hésitent pas à évoquer leur ressenti, à donner leurs impressions au fur et à mesure de l’écriture, des recherches.

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C’est un roman biographique, ou une biographie romancée, à plusieurs facettes, à l’image de la complexité de la figure à laquelle il s’intéresse. Je le conseille vivement pour plusieurs raisons. D’abord, il s’agit de découvrir une véritable révolution artistique, depuis son centre, son cœur. Ensuite, ce roman est passionnant, en particulier en raison de la complexité de ses personnages, dont la vie est déjà très romanesque. Enfin, il fait redécouvrir une figure oubliée, celle de Gabriële Buffet-Picabia et j’espère que cela donnera lieu à plus de recherches et de reconnaissance à son sujet.

rentrée littéraire

#253 C’est le cœur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

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Coup de cœur

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Le résumé…

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.

À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

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Margaret Atwood

Mon avis…

Et oui, Margaret Atwood n’est pas que l’auteure de La Servante écarlate, loin de là ! Son dernier  livre, C’est le cœur qui lâche en dernier, vient de sortir en France… Il reste un peu dans la même lignée, avec un style exceptionnel, toujours dans la dystopie et la satire des vices de l’espèce humaine. L’histoire est tout aussi originale. Aux Etats-Unis, la crise a laissé de nombreuses personnes dans la misère quotidienne. Quand Stan et Charmaine ont l’opportunité de changer de vie, ils se disent que rien ne peut être pire que ce qu’ils ont connu… Ont-ils raison ? Toute la question est là… L’être humain, chez Margaret Atwood, n’a pas bon fond. La générosité est loin de guider les actes. Alors que cache Consilience ? Derrière toutes ces opportunités, des secrets inavoués hantent les murs de la prison… Chacun révèle ses défauts et ses vices, en croyant y gagner une meilleure vie.

Progressivement, Stan et Charmaine s’enfoncent dans une étrange histoire, de plus en plus obscure, sur fond d’adultère, de sexe et de trahisons… Le sexe, parlons-en… Encore une fois, au centre de l’œuvre… En même temps, avec l’argent, n’est-ce pas ce qui guide le monde ? Margaret Atwood n’a pas peur des mises en scène tordues et envisage avec une certaine clairvoyance les fantasmes parfois très malsains des êtres humains… Tout cela dans un univers, malgré tout, moins grave que dans La Servante écarlate, avec plus d’humour et d’ironie, à coup de Marylin Monroe et d’Elvis Presley ! Elle manipule avec talent les bons et surtout les mauvais côtés d’une société en déclin, questionne la force de l’espoir, les sacrifices que l’on est prêt à consentir pour obtenir une meilleure vie… Elle montre un monde en déclin, où les criminels deviennent les sauveurs, où les trahisons s’apparentent à des opportunités, où les vices prennent la forme des vertus. Original, parfois drôle, souvent malsain, et terriblement addictif.

rentrée littéraire

#252 Une histoire des abeilles – Maja Lunde

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Coup de cœur

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Le résumé…

Angleterre, 1851. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Cependant, la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : pour impressionner son fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire.

Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils, converti au végétarisme, rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée par l’inquiétante disparition des abeilles ?

Chine, 2098. Les insectes ont disparu. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser la nature à la main. Pour son petit garçon, elle rêve d’un avenir meilleur. Mais, lorsque ce dernier est victime d’un accident, Tao doit se plonger dans les origines du plus grand désastre de l’humanité.

Mon avis…

Nous le savons tous, la disparition des abeilles est un véritable enjeu contemporain. Maja Lunde prend en main cette réalité et crée une fiction en partie dystopique, nous faisant redécouvrir le monde à partir de cette perspective. A trois périodes différentes, l’auteure nous présente trois personnages, liés par leur rapport aux abeilles. A partir de ces trois époques, elle dessine une « histoire » de ces insectes essentiels à notre vie, et nous fait comprendre l’importance de leur présence pour l’espèce humaine. L’histoire la plus touchante, probablement, est celle qui se déroule après la disparition des abeilles, ce qu’on appelle dans le roman « l’Effondrement ». Une grande partie de la population humaine, de la faune et de la flore, a disparue. Sans abeilles, le monde entier a été bouleversé. La nourriture est devenue un luxe. Tao, une femme chinoise, travaille à la place des abeilles, à la pollinisation des vergers, afin de fournir l’alimentation de la population. Un jour, sa vie est bouleversée par un accident subi par son petit garçon. Elle mène alors l’enquête pour découvrir ce qui lui est arrivé, et découvre vite que cela pourra changer la face du monde tel qu’elle le connaît.

Ce roman, s’il démarre un peu lentement, rend vite accro. Tout en nous livrant une fiction passionnante, l’auteure nous propose une réflexion écologiste et humaine très profonde. Ce n’est pas un livre qui laisse indifférent. Sans être moralisatrice, elle nous montre les enjeux, et la chance que nous devrions saisir si nous voulons échapper à ce triste destin qui s’annonce. C’est un roman résolument moderne, ancré dans l’actualité, terriblement réaliste. Maja Lunde s’inspire des recherches dans le domaine, des réflexions déjà menées par des scientifiques, et les place à notre hauteur. Une histoire des abeilles, malgré son ambition, reste aussi un divertissement, un récit qui nous fait tourner les pages les unes après les autres. Partez donc à la découverte de tout un univers, celui des abeilles, de l’apiculture, et embarquez pour un voyage dans le passé et dans le futur, pour dessiner un vaste panorama d’un monde que les ruches font vivre.

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