#383 Les Confessions de Frannie Langton – Sara Collins

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Le résumé…

Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques…
Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l’un des couples les plus raffinés d’Angleterre.
Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison.
Meurtrière. Aujourd’hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d’assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouvrer la mémoire, Frannie prend la plume…
Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

Mon avis…

Ce livre, malgré sa couverture colorée, renferme un roman noir dont l’atmosphère gothique marque l’influence sur Sara Collins d’autrices telles que les sœurs Brontë, Mary Shelley, Jean Rhys ou encore Sarah Waters, une autrice contemporaine que j’apprécie énormément et dont je vous parlerais un jour. À l’instar des romans de cette dernière, on retrouve dans Les Confessions de Frannie Langton une histoire d’amour lesbienne en plein Londres du XIXe s. Mais, évidemment, l’intrigue ne se limite pas à cette romance qui, par ailleurs, est tout aussi dure et cruelle que le reste. En effet, nous découvrons Frannie Langton dans une situation plus que compliquée : durant son procès, puisqu’elle est accusée du meurtre de ses deux maîtres, M. et Mrs. Benham. C’est Frannie qui, à la première personne, nous raconte son histoire. Elle revient sur son enfance en Jamaïque, dans la plantation de cannes à sucre où elle est née, sur les horreurs qu’elle a été contrainte de commettre, mais aussi sur l’éducation qu’elle a reçue. Car Frannie est une métisse à qui l’on a appris à lire et à écrire. Mais, au XIXe siècle, dans une société oppressive et esclavagiste, toute connaissance a son revers.

Elle nous raconte son parcours, de sa Jamaïque natale au Londres du XIXe s., au service de M. et Mrs. Benham. C’est avec cette dernière qu’elle nouera une relation aussi passionnée que toxique. Là, elle trouvera une forme de liberté, quittant l’esclavage pour la domesticité, mais elle découvrira les origines de ses souffrances passées, et elle traversera encore des épreuves bouleversantes et perturbantes. Frannie Langton, au fil de ses confessions, apparaît comme un personnage extrêmement complexe, qui semble se déshumaniser au fil du récit, à mesure que les horreurs vécues modifient son être. Est-elle véritablement coupable du meurtre de ses maîtres ? Surtout, a-t-elle tué la femme qu’elle aimait ? Ou n’est-elle la principale suspecte qu’en raison de sa couleur de peau ? Quel est le rôle de cette société coloniale, esclavagiste, raciste et misogyne, dans le meurtre qui a été commis ? Ce livre soulève de nombreuses questions, tant concernant le personnage que l’époque dans laquelle elle évoluait. Il s’agit d’un premier roman intéressant qui, malgré quelques longueurs et une intrigue parfois très foisonnante, parvient à nous captiver.

Carte d’identité du livre

Titre : Les Confessions de Frannie Langton
Autrice : Sara Collins
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Belfond
Date de parution : 18 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

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#382 La chambre des officiers – Marc Dugain

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Le résumé…

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une  » gueule cassée « . Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres.
Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

Mon avis…

J’ai enfin lu La chambre des officiers de Marc Dugain ! De ce roman, qui date de 1999, je n’ai entendu que du bien… Je l’ai dévoré, le temps d’un aller-retour en train. C’est en effet un livre assez court, qui se lit vraiment bien et qui, en cela, me semble vraiment pouvoir s’adresser à tous les publics, y compris les jeunes. Il raconte l’histoire d’Adrien, beau jeune homme qui, mobilisé dans le génie pendant la Première Guerre mondiale, est défiguré par un éclat d’obus dans les premiers jours du conflit, avant même que les combats ne commencent officiellement. Il est le tout premier blessé de la face en France, la toute première « gueule cassée ». Ce roman raconte donc son quotidien à l’hôpital du Val de Grâce, près de Paris, où il ne voit des combats et de la guerre que les nombreux blessés graves qui affluent à l’arrière. La « chambre des officiers », c’est celle dans laquelle on l’installe dès son arrivée. Les blessés sont « classés » selon leur rang. Dans cette salle, il rencontrera d’autres officiers blessés, et construira des amitiés durables. Ce roman montre bien l’esprit de camaraderie qui peut naître, même dans les pires épreuves, mais aussi tous les obstacles que devaient surmonter ces personnes.

Ce roman est passionnant car il nous fait entrer dans la vie d’Adrien, à travers une narration à la première personne qui nous permet d’imaginer, ne serait-ce qu’un peu, ce que devait ressentir une gueule cassée. En cela, le livre de Marc Dugain était assez singulier à l’époque de sa sortie car, en vérité, les blessés de la face, bien que très nombreux, avaient tendance à être invisibilisés en littérature. Depuis, nous avons aussi vu passer Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, dans lequel l’un des personnages principaux, Édouard Péricourt, est aussi une gueule cassée. J’ai beaucoup aimé la présence étonnante d’une femme parmi tous ces blessés. Le roman met en effet en scène la variété des blessures mais aussi celle des victimes, et l’horreur que cela représente. Il permet également de montrer leur retour à la vie civile, parfois extrêmement compliqué, parfois impossible. C’est un roman très fort, écrit avec un style simple et accessible, qui permet de porter un regard profondément humain sur ce conflit dévastateur et précisément marqué par l’inhumanité.

Carte d’identité du livre

Titre : La Chambre des Officiers
Auteur : Marc Dugain
Éditeur : Pocket
Date de parution : 6 janvier 2000

5 étoiles

#374 M. O. Modus operandi, tome 1 : La secte du Serpent – Nathalie Cohen

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Le résumé…

Rome, en l’an 54, sous le règne de Néron. De riches pères de famille, atteints d’un mal étrange, trouvent la mort le soir chez eux dans divers quartiers de la ville. L’homme qui se charge de l’enquête découvre petit à petit que ces disparitions sont l’œuvre concertée d’un mystérieux groupe de jeunes gens qui suivent toujours le même mode opératoire.
L’enquêteur, Marcus Tiberius Alexander, est un vigile gradé des patrouilles dites « les yeux de Rome», chargées de circonscrire les incendies et la délinquance nocturne. Il est aux prises avec Lucius Cornelius Lupus, un jeune et ambitieux fils de sénateur, dévoré par la passion du jeu. Le premier, d’origine étrangère, met tout en œuvre pour resserrer l’étau sur le second, favorisé par son rang. Mais la vérité qu’il met au jour est terrifiante.

Mon avis…

Aujourd’hui, je vous parle du premier tome d’une série intitulée Modus Operandi. Cette expression latine, une fois traduite en français, veut dire : mode opératoire… Vous l’aurez compris, il s’agir d’un « polar », sauf qu’il est assez original ! En effet, il s’agit d’un polar antique, dont l’intrigue se déroule à Rome, au 1er siècle après JC. L’empereur Néron prend le pouvoir à la suite de Claude, à partir de l’an 54 et, dans ce tome, nous découvrons les premiers mois tumultueux de son règne. Le contexte historique est donc assez étonnant pour un roman policier et change de ce que l’on a l’habitude de voir. Nous sommes dix ans avant le grand incendie de Rome, et c’est justement un pompier que nous suivons dans son enquête. Le jeune homme, Marcus Tiberius Alexander, est un étranger à Rome et subit les brimades et les moqueries de beaucoup de personnes, y compris de son « frère adoptif ». Il représente un peu l’outsider à qui l’on donne enfin l’occasion de briller et de montrer sa valeur.

Je dois avouer que la lecture des premières pages m’a un peu perturbée. En effet, j’ai été très surprise par le style de l’autrice, et en particulier le niveau de langue adopté. Il est vrai qu’on ne s’attend pas nécessairement à trouver un vocabulaire parfois familier dans la bouche de personnages de l’Antiquité. Néanmoins, une fois que l’on est habitué, je trouve que cela sert l’intrigue dans sa globalité. En effet, nous nous sentons ainsi plus proche des personnages, et cela tranche avec l’idée parfois stéréotypée que l’on se fait de la société romaine. J’imagine que les hommes de l’Antiquité avaient, eux aussi, une manière plus « populaire » de s’exprimer que le latin classique tel qu’on le connaît. Ce serait une question à poser à Nathalie Cohen, puisqu’elle enseigne justement le latin ! Elle est passionnée par l’Antiquité et, en effet, cela se ressent. Elle nous emporte dans un univers singulier et assez méconnu, et je trouve qu’elle nous permet de mieux connaitre la société romaine, que l’on a parfois du mal à appréhender, en tant que lecteurs du XXIe siècle. J’ai appris des choses sur le fonctionnement de la cité, à travers un roman qui se lit vraiment très bien ! Il n’y a pas de descriptions inutiles, au contraire, il y a un certain nombre de dialogues, et l’enquête est prenante. Je dirais enfin que c’est un premier tome qui intrigue, qui installe des bases solides pour une série prometteuse ! Affaire à suivre, donc.

Carte d’identité du livre

Titre : M.O. : Modus Operandi, tome 1 : La secte du serpent
Autrice : Nathalie Cohen
Éditeur : Denoël
Date de parution : 11 avril 2019

4 étoiles

Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

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#354 Le Diable dans la peau – Paul Howarth

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Le résumé…

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique. Témoin impuissant des ravages que laisse la petite troupe dans son sillage, Tommy ouvrira les yeux sur le vrai visage de la colonisation australienne.

Mon avis…

Grâce aux éditions Denoël, je me suis aventurée dans une lecture un peu atypique pour moi… Depuis que je suis petite, j’ai une certaine aversion pour les histoires du genre « western« , avec seulement de rares exceptions… Pourtant, je me suis laissée tenter par ce roman qui m’a séduite grâce à sa très belle couverture mais aussi en raison de son résumé et des thèmes qu’il aborde. Son côté « thriller » et le propos sur la colonisation m’a beaucoup intéressée. Voici donc ma chronique de ce roman.

Nous plongeons dans l’Australie de la fin du XIXe siècle, on est à peine quelques décennies après la colonisation et la création du Queensland. Nous découvrons une famille qui subit de plein fouet la sécheresse alors que les terres voisines, qui appartiennent à John Sullivan, prospèrent… Tout de suite, une atmosphère de malaise est introduite. On perçoit la tension entre le père McBride et Sullivan, qui semblent se détester, même si le premier cherche à tout prix à éviter le contact avec le second. On est aussi en pleine ségrégation raciale, et assez régulièrement le roman suggère même l’ethnocide en cours en Australie, avec une volonté plus ou moins assumée d’éliminer les Aborigènes du territoire…

« Ces indigènes, de ce que j’en ai vu, on leur a donné toutes les opportunités, mais ils refusent toujours de changer. Le travail, l’éducation : on a tout fait pour les civiliser, mais ils ont la sauvagerie dans le sang. J’ai même entendu dire qu’ils mangent leurs propres enfants, pour l’amour du ciel. Et pourtant ils sont tout autour de nous, on les fait entrer dans notre maison ! »

On a donc d’un côté un contexte « individuel », une situation très délicate pour une famille blanche qui va être brutalement détruite, et d’un autre côté un contexte global, historique, qui nous montre la violence de la colonisation. Ce dernier point est développe à travers plusieurs points de vue, dans le cadre d’un roman très polyphonique: certains haïssent purement et simplement les Aborigènes, les considèrent comme des animaux, d’autres veulent les éliminer sous couvert de théories scientifiques telles que l’évolutionnisme, etc. Le romancier parvient donc à nous montrer toute la complexité de ce contexte historique, ce qui est tout à fait bienvenu.

D’ailleurs, le personnage de Tommy est parfaitement exploité. Il est jeune, est encore influençable et il a pourtant déjà certaines convictions… Il est obligé de regarder et de participer à cette violence. On n’a pas affaire à un simple « gentil » qui s’opposeraient à plein de personnages racistes très méchants ! Il n’y a aucune simplification. Ce roman, malgré sa violence crue et sanguinolente, se caractérise par une certaine subtilité. Il ne faut pas oublier, enfin, le suspense toujours présent dans ce livre, car on est dans une sorte de thriller. C’est aussi le roman d’une vengeance, après tout !

Même si je n’ai pas eu un coup de cœur pour ce livre, c’est clairement un texte que je n’hésiterais pas à conseiller à ceux que ces problématiques intéressent, et aux amateurs de « western » (bien que le terme soit peu adapté étant donné la situation géographique). Bref, vous l’aurez compris grâce à cette chronique, c’est encore une belle découverte avec les éditions Denoël.

Carte d’identité du livre

Titre : Le Diable dans la peau
Auteur : Paul Howarth
Traductrice : Héloïse Esquié
Éditeur : Denoël
Date de parution : 18 octobre 2018

4 étoiles

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Merci aux éditions Denoël pour cette lecture.

#349 La Purge – Arthur Nesnidal

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Le résumé…

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Mon avis…

Alors alors… voici un roman très particulier pour continuer notre exploration de la rentrée littéraire ! La classe prépa, pour moi, c’est une sorte de mirage. On m’avait toujours dit que j’en ferais une, que j’en étais capable, et j’ai décidé de ne pas y aller, préférant la liberté que m’offrait l’Université. Cette dernière est par ailleurs souvent décriée par les professeurs qui cherchent à former ces « futures élites« … Et, à la lecture de ce livre, je ne regrette aucunement mon choix. La description que nous offre Arthur Nesnidal de la classe prépa, ici Hypokhâgne, ne m’étonne pas du tout, et correspond relativement bien aux échos que j’en ai eu. Le contenu, vous l’aurez compris, est volontiers polémique et particulièrement intéressant.

« Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ses chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus. »

 A la façon d’un Zola du XXIe siècle, Nesnidal nous plonge dans un univers qui parfois confine à la torture psychologique et physique… L’esprit y devient un paysage de guerre. Pour avoir connu des personnes qui ont vécu dans cette atmosphère toute particulière, je reconnais leurs sentiments… Dès les premières lignes, le caractère malsain et répulsif de ce système est souligné. Les images sont rudes, violentes, agressives… Malheureusement, quelque chose n’a pas marché, pour moi, dans ce roman. Je pense que le « problème » vient surtout du style, certes virtuose, mais justement peut-être trop ! Ce livre est écrit avec une érudition parfois pesante, trop soulignée, trop démonstrative. Je n’ai pas ressenti la moindre proximité ou sensibilité avec les personnages, le récit ne m’a particulièrement touchée ou révoltée. C’est bien écrit, oui, et même très bien, mais l’esthétique est omniprésente, parfois au détriment du propos.

Carte d’identité du livre

Titre : La Purge
Auteur : Arthur Nesnidal
Éditeur : Julliard
Date de parution : 16 août 2018

3 étoiles

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour cette lecture.

Julliard

#344 La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov – Nadia Oswald

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Le résumé…

Février 1919. Une jeune fille se réveille dans le lit d’une clinique de Berlin, amnésique, après s’être jetée dans le fleuve. Le mystère autour de son identité commence, en même temps qu’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Est-ce Anastasia Romanov, la dernière survivante du clan Romanov épargnée par les bolcheviks… ou l’ambitieuse petite paysanne schwab de Pologne qui réussira toute sa vie à donner le change auprès des familles impériales de la planète en se faisant passer pour la défunte princesse ? L’héroïne reconstruit sa mémoire et son identité… mais sont-ce bien les siennes ?

Mon avis…

Basé sur des faits historiques, ce roman nous raconte la longue descente d’Anna Anderson dans les profondeurs du mensonge. Amnésique, elle s’identifie au personnage d’Anastasia Romanov, la Grande Duchesse russe… Nadia Oswald nous fait ce récit de façon assez neutre et objective. Les phrases sont parfois assez longues, le rythme de la narration est lent. Cela donne un aspect presque « documentaire » au roman. J’étais très intriguée par « les vies d’Anastasia Romanov », car mon imaginaire est, je l’avoue, habité par le dessin animé qui a bercé mon enfance… Bon, ici, très honnêtement : rien à voir ! J’ai très vite dû effacer cette référence de mon esprit (j’en connaissais déjà l’inexactitude historique, bien sûr), car ce livre fait le portrait d’une toute autre Anastasia. Au coeur de ce roman, le mensonge, l’imposture, la hantise de l’oubli... Nadia Oswald nous montre la volonté d’un grand nombre de perpétuer les souvenirs de la Russie impériale… En croyant en la survie d’Anastasia, en voyant la Grande Duchesse en Anna, c’est tout un pan de l’histoire russe qu’ils tentent de préserver. En soi, le propos est intéressant et particulièrement instructif… Mais j’aurais aimé que ce récit soit aussi passionnant, et ce n’était pas le cas. Je me suis très vite ennuyée… Je pense que c’est aussi dû au style de l’autrice, qui cherche semble-t-il à préserver une certaine distance critique avec les personnages… Elle cherche à décrire un processus psychologique, l’enfouissement d’Anna dans le déguisement d’Anastasia, où elle finit par s’effacer complètement. Mais, du coup, difficile de rendre plaisante et divertissante une telle lecture… Dommage.

Carte d’identité du livre

Titre : La Femme qui ressuscite : Vies d’Anastasia Romanov
Autrice : Nadia Oswald
Éditeur : Le Nouvel Attila
Date de parution : 13 avril 2018

2 étoiles

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Merci à NetGalley et aux éditions Le Nouvel Attila pour cette lecture.

#339 Les cigognes sont immortelles – Alain Mabanckou

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Le résumé…

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

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Mon avis…

Asseyons-nous sous l’arbre à palabres et laissons-nous conter l’histoire qui se cache derrière cette magnifique couverture, photographie de Raymond Depardon… Laissons-nous conter le grand plongeon du jeune Michel, la fin de son innocence, sa confrontation avec la vie des grands et sa violence…

« Ça fait trois fois que Maman Pauline nous demande d’éteindre la radio parce que c’est l’heure de se mettre à table. Elle dit que ce n’est pas bien de manger en écoutant de la musique soviétique sinon on ne va pas apprécier le goût de la nourriture.  En plus, lorsqu’on est à table il vaut mieux ne pas savoir ce qu’il se passe ans le monde, comme ça si on annonce un malheur ce sera trop tard, on aura déjà bien mangé et bien rôté. »

Nous sommes au Congo, le 19 mars 1977. Le chef de l’État, Marien Ngouabi, vient d’être assassiné. Alors que Michel vit une existence simple et banale à Pointe-Noire, son quotidien se trouve brutalement mis sans dessus dessous. A travers un regard d’une tendre et fausse naïveté, il nous raconte trois jours de sa jeunesse, trois journées lui permettant de brosser le portrait d’une société congolaise versatile. Toujours dans les nuages, Michel est un narrateur à la fois drôle et poétique, bouleversé et bouleversant, innocent et malin… Quoique… Peut-être pas toujours si innocent qu’on pourrait le croire ! Il y a simplement des choses qu’il ne dit pas, « sinon on va encore dire que moi Michel j’exagère toujours et que parfois je suis trop impoli sans le savoir ».

J’ai beaucoup apprécié la volubilité de ce personnage, sa malice qui n’est pas sans rappeler celle du narrateur d’un de mes romans préférés, Mémoires de porc-épic, sur lequel j’ai d’ailleurs écrit un mémoire pour mes études (rien que ça !). Alain Mabanckou prend toujours soin d’écrire des histoires sérieuses, portées par un ton en apparence léger. Postcolonialisme, capitalisme, coups d’état, assassinats, révolutions… Les yeux de l’adolescent contemplent un monde chaotique et fou. Nous partageons trois jours intenses avec une famille aux fortes personnalités, en particulier Maman Pauline, déterminée et révoltée à sa façon. A travers ces individus, c’est tout un pays, toute une région, tout un continent que l’on redécouvre… Forcés d’admettre que nous ne connaissons que peu de choses du Congo et des autres pays que la France a autrefois colonisés, nous suivons Mabanckou dans ce voyage littéraire initiatique. Comme Michel, nous sommes poussés dans un monde en grande partie inconnu, ou du moins méconnu

C’est donc un récit à la fois enfantin et mature que nous livre l’auteur. Entre autobiographie et rêverie romanesque, entre histoire et Histoire, Les cigognes sont immortelles est un exceptionnel roman sur son pays et sa ville natale, un hommage à la figure maternelle, mais aussi un parfait exemple de la magie de l’écriture mabanckouienne, toujours à mi-chemin entre les racines et le ciel, le réel et l’envol littéraire. Magnifique.

Carte d’identité du livre

Titre : Les cigognes sont immortelles
Auteur : Alain Mabanckou
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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Coup de cœur

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#338 Frère d’âme – David Diop

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Le résumé…

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Mon avis…

Frère d’âme faisait partie de ma wishlist de cette rentrée littéraire… Pourquoi ? D’abord, parce que c’est un roman qui parle de la Grande Guerre, sujet auquel je m’intéresse tout particulièrement. Ensuite, car il est ici question des tirailleurs sénégalais, et non de « n’importe quel soldat »… Cependant, je dois avouer que ce livre m’a réservé quelques surprises. Je m’attendais plutôt à un roman historique et ce n’est pas vraiment le cas ici. Ici, pas de faits à proprement parler. On est en réalité plongé dans les pensées d’Alfa, qui devient fou après la mort de son frère de cœur, ou plutôt son frère d’âme…

« Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. »

Pour venger sa mort, ou pour se faire pardonner son inaction lorsque Mademba lui a demandé d’abréger ses souffrances, Alfa devient un être redoutable et vient hanter les nuits des Allemands. Derrière lui, il sème torture et mort. La sauvagerie de la guerre l’a contaminé, il est devenu une bête féroce, guidé par un instinct macabre. Frère d’âme est un roman de la folie avant toute chose.

« Où suis-je ? Il me semble que je reviens de loin. Qui suis-je ? Je ne le sais pas encore. »

Ce roman ne permet aucunement d’appréhender la situation des tirailleurs sénégalais pendant cette guerre, mais il met en regard les traditions africaines, la culture sénégalaise, et la violence de la guerre. C’est un texte très poétique, qui nous plonge dans un esprit tortueux et agité. Le conflit s’incarne ici dans toute sa cruauté et son horreur.

« Cette histoire, comme toutes les histoires intéressantes, est une courte histoire pleine de sous-entendus malins. […] Pour être aperçue, l’histoire cachée sous l’histoire connue doit se dévoiler un tout petit peu. Si l’histoire cachée se cache trop derrière l’histoire connue, elle reste invisible. L’histoire cachée doit être là sans y être, elle doit se laisser deviner comme un habit moulant couleur jaune safran laisse deviner les belles formes d’une jeune fille. Elle doit transparaître. »

Le style peut parfois sembler un peu « lourd » car tout repose sur de multiples répétitions, parfois des expressions entières, à des intervalles très courts. Mais c’est justement cela qui donne la mesure de ce qu’il se déroule dans l’âme d’Alfa. Préparez-vous à un voyage littéraire qui sera loin d’être reposant…

Carte d’identité du livre

Titre : Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditeur : Seuil
Date de parution : 16 août 2018

5 étoiles

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#330 Irrégulières – Chloé Guillot Élouard

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Le résumé…

De la campagne d’après-guerre à la ville contemporaine, trois destins s’entremêlent.

D’abord, il y a Adélaïde, qui s’applique à effacer ses origines sociales. Puis Madeleine, jeune femme raisonnable étouffée par l’autorité parentale, et enfin Sophie, prête à tout pour faire carrière.

Trois héroïnes ordinaires qui aspirent à devenir maîtresses de leurs vies, face aux pressions collectives.

Mon avis…

Je dois l’avouer, je n’avais encore jamais lu de livre auto-édité. Mais il y a un début à tout, et Irrégulières me semble un parfait point de départ. A première vue, le résumé semblait en effet très prometteur tout en ne révélant que peu d’indices sur l’intrigue. Il est question, dans ce livre, de trois destins de femmes. Ces dernières sont, disons-le, banales, un peu comme nous toutes en réalité. Il s’agit de personnages que l’on pourrait tout à fait croiser, connaître, rencontrer, avoir dans sa famille. Le roman est très réaliste sur le plan de la psychologie. On n’a absolument aucun mal à se projeter dans les vies de ces femmes, à imaginer leur quotidien et les situations souvent difficiles auxquelles elles font face. Chloé Guillot Elouard nous décrit, à travers ces échantillons, les multiples obstacles auxquels sont confrontées les femmes dans tous les milieux sociaux, à toutes les époques. On se rend compte que, malgré leurs différences, elles doivent d’une certaine manière surmonter les mêmes épreuves, chacune à sa façon.

J’ai vraiment accroché aux trois intrigues, j’avais envie de savoir ce qu’il allait advenir de ces trois personnages. J’ai beaucoup aimé le mélange de banalité et de singularité de ces femmes, qui sont à la fois uniques dans leurs personnalités et réunies par les conditions qu’impose leur genre. En fait, ce roman est excellent à tous les niveaux, sur le plan des micro-histoires, celles d’Adélaïde, Madeleine et Sophie, et sur le plan de la macro-histoire, celle des femmes. Dans ce dernier aspect, le texte est féministe dans la mesure où il permet une réflexion sur le genre, sur la vie des femmes en France du XXe siècle à aujourd’hui. J’ai particulièrement aimé le personnage de Sophie, dans lequel j’avoue m’être reconnue sur certains points. Il s’agit d’une étudiante préparant sa thèse, confrontée à ses angoisses, aux attentes de la société, s’interrogeant sur ses propres désirs et volontés… Passionnant ! Je n’étais pas pour autant en reste avec Adélaïde et Madeleine qui ont elle aussi touché ma sensibilité.

J’ai donc eu une très agréable surprise avec Irrégulières. D’ailleurs, je tiens à souligner que le titre est très bien choisi, car il résume parfaitement le propos de ce roman. C’est un livre qui, véritablement, mérite d’être connu. Il est possible que certains points puissent déplaire à quelques lecteurs, comme la grande liberté que nous laisse l’autrice (ceux et celles qui ont déjà lu le roman me comprendront). C’est quelque chose que j’ai au contraire plutôt apprécié, car j’ai eu la sensation de continuer ma lecture encore bien après l’avoir fini ! Toutefois, un petit bémol pour moi : le thème de la maternité, assez présent à certains moments du roman, n’est pas celui qui me touche le plus, si bien que j’ai l’impression d’avoir « manqué » certains aspects. C’est tout de même une bonne expérience livresque que j’ai connue ici, car j’ai dévoré ce livre sans le lâcher, et il m’a laissé une excellente impression globale.

Carte d’identité du livre

Titre : Irrégulières
Autrice : Chloé Guillot Elouard
Éditeur : autoédité
Date de parution : 26 mai 2018

5 étoiles

Merci à Chloé Guillot Elouard pour cette lecture.

Son site internet • Sa page Facebook

#325 Dans les bras de Verdun – Nick Dybek

danslesbrasdeverdun

Le résumé…

1921. Tom, originaire de Chicago, ancien ambulancier pendant la guerre, travaille à l’ossuaire de Verdun. Il y rencontre Sarah, Américaine à la recherche de son mari disparu. Ils vont vivre une passion fulgurante. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent à Bologne, où un soldat amnésique inconnu attire les foules. Dans la ville italienne où monte le fascisme, Tom et Sarah croisent Paul, journaliste autrichien intéressé par le malade. L’homme sans passé détient aussi un lourd secret.
1950. Santa Monica aux Etats-Unis. Tom, devenu un scénariste plus ou moins reconnu, recroise Paul lors d’une soirée à Los Angeles. Les souvenirs remontent, brisant les mensonges passés.

Mon avis…

En ce moment, je lis énormément de livres concernant la guerre, en particulier 14-18. Ce roman est intéressant car Nick Dybek se penche sur l’après-guerre, à savoir le début des années 20. Ses deux personnages principaux sont un homme et une femme, tous deux américains. Ce roman permet de découvrir l’importante application des Etats-Unis dans la fin de la guerre et les années qui ont suivi. Ici, nous avons d’un côté Tom, qui travaille à l’ossuaire de Verdun, un emploi compliqué et parfois difficile psychologiquement. Il reçoit régulièrement des familles ou des épouses en quête du corps de leur proche disparu pendant le conflit. Cela nous permet d’envisager une réalité parfois ignorée du grand public : la difficulté pour les personnes de faire le deuil des êtres aimés lorsque les corps n’ont pas été retrouvés. Un jour, Tom rencontre Sarah, une femme qui cherche désespérément son époux, qu’elle ne parvient pas à croire mort. Il est aussi question d’un soldat inconnu, bien vivant celui-ci mais amnésique. Tous et toutes veulent y voir un fils, un père, un époux, un amant… Mais qui est-il vraiment ? Ce livre est à la fois un roman d’amour et le portrait d’une époque. J’ai beaucoup aimé le second aspect, sans parvenir à me passionner pour le premier. C’est un regard américain porté sur la guerre que nous propose Nick Dybek. Si je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue, j’ai apprécié la transformation des recherches documentaires en fiction historique.

Carte d’identité du livre

Titre : Dans les bras de Verdun
Auteur : Nick Dybek
Traductrice : Karine Lalechère
Éditeur : Les Presses de la Cité
Date de parution : 06 septembre 2018

3 étoiles

presse cité  netgalley

Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley France pour cette lecture.

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