#264 Nos richesses – Kaouther Adimi

137380_couverture_Hres_0

Le résumé…

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

Résultat de recherche d'images pour "kaouther adimi"

Kaouther Adimi

Mon avis…

Ce roman est une surprise de la rentrée littéraire. Nos richesses propose un résumé tentant, qui suggère une histoire riche, mêlant littérature et Histoire. Promesse tenue. Le livre retrace la vie d’Edmond Charlot, jeune libraire et éditeur qui sera le premier à publier Camus. En parallèle, on retrouve l’aventure de Ryad, qui obtient pour stage la responsabilité de vider la librairie qui, à l’origine, a appartenu à Charlot. Le job paraît facile, mais c’est sans compter l’importance qu’a pris ce lieu dans la vie du petit quartier d’Alger, dans les esprits de ses habitants. Même si personne n’y entre plus, même si, depuis des années, les livres ne se vendent plus, la librairie reste un élément du décor, un endroit précieux. Abdallah, comme Ryad, n’aimait pas lire, mais il a veillé sur ce lieu pendant des années, et garde encore un œil sur lui maintenant qu’on veut le transformer en boutique de beignets.

Résultat de recherche d'images pour "edmond charlot"

Edmond Charlot

Les personnages de ce livre ont beaucoup de profondeur, une longue histoire derrière eux, et souvent un lien très personnel à la librairie de Charlot. Kaouther Adimi peint toute une période de l’histoire d’Alger, nous montre un monde en transformation, en mutation, touché de plein fouet par la guerre et les révoltes. Elle nous décrit ce que la ville est devenue, au fil des années, à travers le parcours romanesque d’Edmond Charlot. Elle réinvente le journal de cet homme, qui a réellement vécu, et retrace l’évolution de son commerce, de ses débuts prometteurs à sa fin chaotique, tandis que d’autres éditeurs séduisent ses auteurs, que la guerre complique l’acheminement du  papier, les publications… C’est un roman véritablement passionnant, qui parle avec sensibilité de l’importance de la lecture, des livres en général, et qui nous décrit le paysage littéraire en Algérie pendant la guerre. Une peinture profonde de quelques personnages, et à travers eux de toute une ville, et d’un pays.

rentrée littéraire

Publicités

#263 Frappe-toi le cœur – Amélie Nothomb

9782226399168-j

Le résumé…

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » – Alfred de Musset

Résultat de recherche d'images pour "frappe toi le coeur amélie nothomb"

Mon avis…

Les romans d’Amélie Nothomb sont toujours parmi les plus attendus de la rentrée littéraire : il suffit d’observer les énormes piles de livres reçus par les libraires, des dizaines et des dizaines portant son visage. L’auteure fait partie des incontournables. Cette fois, elle laisse le mystère planer sur son roman. Ce n’est certainement pas la quatrième de couverture qui donnera la moindre indication, puisqu’elle ne consiste qu’en une simple citation. Sans gâcher le plaisir de la lecture, je dirais qu’après avoir « tué le père », il s’agit cette fois de tuer la mère. Amélie Nothomb nous plonge dans les relations ambiguës qui unissent des femmes, toutes mères et filles. Elle explore la cruauté qui habite parfois ce lien intime, et surtout la jalousie qui peut opposer les unes et les autres. Dans un roman court et efficace, elle raconte une vie, traversée par celles de plusieurs autres femmes, et nous montre de quelle façon grandit une jeune fille jalousée par sa mère.

L’histoire en elle-même est prenante, le livre se lit très bien et constitue un moment agréable. On retrouve moins quelques obsessions d’Amélie Nothomb, comme le champagne et le goût du luxe… Pourtant, peu d’originalité tout de même pour ce nouveau roman. Le problème, avec Amélie Nothomb, j’imagine, c’est que la surprise de la première fois passe vite… Quand on a lu un roman, on a la sensation de les avoir tous lus. Et celui-ci ne fait pas exception. Malgré tout, il serait faux de dire que ce n’est pas un bon livre. Il ne s’agit certainement pas d’un coup de cœur, ni de la grande découverte de la rentrée littéraire. Amélie Nothomb entretient l’habitude de ses lecteurs, leur offre une nouvelle histoire comme elle sait en faire, un livre à ajouter à leur collection. C’est un moment attendu chaque année, qui répond justement aux attentes, mais sans plus. A lire, si vous aimez Nothomb, à éviter si vous n’accrochez pas à son style !

rentrée littéraire

#258 « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

Goby6pms

A paraître le 30 août 2017

Le résumé…

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »
L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

Valentine-Goby-voyez-vous-vinciane-lebrun-verguethen-2

Valentine Goby

Mon avis…

“Je me promets d’éclatantes revanches” est une citation de Charlotte Delbo. Cette femme, que l’on connaît parfois seulement de nom, devient ici le sujet d’un livre. Valentine Goby nous raconte sa rencontre avec Charlotte Delbo, à travers ses textes, les souvenirs qu’elle livre des années de guerre, du temps passé à Auschwitz. Il y a deux facettes à ce livre. D’une part, l’auteure nous raconte, à sa façon, la vie de Charlotte Delbo. D’autre part, elle nous parle de la littérature, et des histoires qui peuvent naître de la lecture d’un livre. C’est un message d’amour à la littérature, à une auteure et une femme exceptionnelle. Valentine Goby nous donne envie de (re)découvrir Charlotte Delbo, d’apprendre à mieux la connaître, à reconsidérer son oeuvre et son rôle dans la transmission mémorielle de la seconde guerre mondiale. “Je me promets d’éclatantes revanches” est un très beau texte et un plaidoyer pour que cette femme soit mise en avant, qu’on lui restitue une place de choix dans le discours historique comme dans la littérature. Valentine Goby a en tout cas réussi son pari me concernant, car j’ai la ferme intention de m’emparer des oeuvres de Charlotte Delbo, que je connaissais déjà un peu, mais pas suffisamment à mon avis !

RvpXZScnJxCexc88D2USr8c2FA4

Charlotte Delbo

rentrée littéraire

#244 L’Insoumise de la Porte de Flandre – Fouad Laroui

L-insoumise-de-la-porte-de-Flandre

À paraître le 17 août 2017

Le résumé…

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra où Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour où Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima… Teinté d’un humour féroce, ce nouveau roman de Fouad Laroui décrit les métamorphoses d’une femme bien décidée à se jouer des préceptes comme des étiquettes. Tandis que tous les stigmates et les fantasmes glissent sur son corps, Fatima, elle, n’aspire qu’à une seule chose : la liberté.

LAROUI Fouad

Mon avis…

Ce petit roman de la rentrée littéraire est un texte très riche, qui trouve beaucoup d’échos dans l’actualité de ces dernières années. Écrire un livre sur Molenbeek, les attentats, l’islamisme, peut paraître chose délicate, mais Fouad Laroui a trouvé le bon angle. Cette histoire est avant tout celle d’une femme, qui se trouve piégée dans un monde où les hommes décident. Quelle vie peut-elle avoir, en tant que musulmane, dans le quartier désormais connu de Molenbeek, mais connu pour de mauvaises raisons ? Comment prendre sa revanche ? Cette femme a un projet, que le lecteur ne peut que deviner, sans jamais vraiment savoir ce qu’il en est vraiment. Elle a élaboré un plan, veut mettre en place une forme de vendetta, se venger de tous ces hommes qui contrôlent sa vie et décident de l’image qu’elle doit avoir en tant que femme. Pourtant, les évènements vont la dépasser, et la folie des hommes va être plus forte que sa volonté.

Fouad Laroui, dans ce court roman passionnant et addictif, tisse une histoire profondément moderne, dessine le portrait d’une femme au fou désir de vivre et de s’émanciper. Elle se donne des apparences de femme soumise, pour mieux revendiquer son insoumission. L’actualité trouve des échos dans cette histoire singulière, et l’auteur nous propose de jouer avec la peur qui est aujourd’hui la nôtre. Ce texte ne se veut pas moralisateur et ne cherche pas à simplifier de façon forcée ce qui est tout sauf simple. Il décrit des destins, celui d’une femme et de plusieurs hommes, dans une atmosphère de soupçon et de remises en question. J’ai beaucoup aimé ce roman pour son traitement très original et inattendu d’un sujet d’actualité, pour la façon dont il développe des vies, des pensées, les confronte avec la réalité. J’ai apprécié le décalage entre ce que l’on s’attend à lire et ce que l’on lit vraiment.

rentrée littéraire

#236 Le chien – Eric-Emmanuel Schmitt

51-WKnW2C4L._SX210_

Le résumé…

 » Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l’homme. »

Quel est donc le secret qui cadenasse l’âme de Samuel Heymann, ce médecin apprécié de tous mais qui reste un inconnu même aux yeux de sa fille ? Quelle est l’admirable relation qui le lie depuis 40 ans à ses chiens ?

Mené comme une enquête policière, ce texte émouvant traite de la communication entre les êtres, de la vengeance et du pardon : une surprenante et bouleversante leçon d’humanité.

Résultat de recherche d'images pour "eric-emmanuel schmitt"

Mon avis…

La couverture laisse deviner le sujet du livre… Dans cette histoire, il y a des animaux et des hommes, les deux se rencontrant à un des moments les plus terribles de l’Histoire. Cette rencontre laisse une trace durable dans la vie de Samuel qui, à la mort de son chien, se suicide… Mais, bien que la relation entre l’homme et son animal domestique soit étroite, profonde, qu’est-ce qui peut pousser le maître à s’ôter la vie après avoir perdu son chien ? C’est cette question qui va pousser sa fille ainsi que son voisin à son enquêter… Jusqu’à se rendre compte qu’il ne connaissait pas si bien Samuel, qu’il cachait des secrets, parmi les plus douloureux… Eric-Emmanuel Schmitt, comme à son habitude, nous conte l’histoire d’une vie, avec un point de vue original, une subtilité remarquable, et surtout beaucoup de douceur. Livrer une leçon d’humanité, tout en délicatesse, à travers un récit touchant et simple, est tout ce qui fait le talent de Schmitt, qui a déjà œuvré dans ce sens avec des livres comme Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, ou encore Oscar et la Dame Rose.

J’aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt pour sa capacité à doser parfaitement tous les ingrédients de ses œuvres. Il offre un moment de lecture agréable, tout en distillant de petites pensées qui veulent rendre le monde meilleur, sans naïveté pour autant. Le chien, c’est avant tout un livre qui adopte un point de vue intéressant, original, qui approche un pan de l’Histoire de façon inattendue. Derrière les apparences, le vernis s’effrite et la réalité se révèle, le passé prend le dessus sur le présent, pour mieux envisager le futur. Comprendre, c’est l’objectif premier de la fille de Samuel et de son voisin, et aussi celui du lecteur. Ce petit roman se lit à une vitesse inimaginable, environ une heure, car il est court, comme beaucoup de livres d’Eric-Emmanuel Schmitt, mais il est surtout prenant ! Une fois ouvert, le roman se déroule, les pages se tournent, et le lecteur ressent le besoin irrépressible de connaître le fin mot de l’histoire.

#231 Moderato Cantabile – Marguerite Duras

moderato1

Le résumé…

« Qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? – Je ne sais pas. » Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d’une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d’apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu’au paroxysme final. « Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

Afficher l'image d'origine

Mon avis…

Si vous connaissez ne serait-ce qu’un peu Marguerite Duras, vous comprendrez qu’il est difficile de chroniquer un de ses livres. Il faut déjà parvenir à comprendre la totalité de ce qu’on a lu, et on y parvient rarement. Ensuite, il devient nécessaire de mettre des mots sur cette expérience de lecture, pour en parler à d’autres, comme cette chronique est censée le faire. Or, rien n’est plus dur que de parler d’un tel livre. Moderato Cantabile est probablement un des romans les plus complexes de Duras. L’intrigue est d’une simplicité déconcertante, à un tel point qu’on a la sensation que le livre ne raconte rien… Une femme, Anne Desbarèdes, tandis qu’elle assiste à la leçon de piano de son fils, entend un cri dans la rue : une femme est tuée par son amant sur la terrasse d’un bar. Ce cri va déclencher quelque chose en elle… Chaque soir, elle va se rendre dans ce bar, discuter avec un homme, toujours le même, l’interroger sur le couple et le drame… Parfois, ils ne font que prononcer des mots dont le sens nous échappe ou des mots qui s’alignent en phrases qui n’ont tout simplement pas de sens réel. Les dialogues frôlent la banalité totale, ce qui est plutôt déconcertant.

Afficher l'image d'origine

Ce roman part d’un instant infime, un cri. Ce moment est une réelle fracture dans les vies de ceux qu’il concerne : la femme assassinée, son amant… Anne Desbarèdes n’a aucun lien avec eux, elle ne les connaît pas. Pourtant, toute sa vie va basculer après ce cri. Elle va être prise par l’ivresse, dans tous les sens du terme. Si elle commence à boire tous les soirs dans ce bar, de plus en plus, cela ne semble être qu’un prétexte ou une image pour suggérer une ivresse plus abstraite, celle de l’âme. Marguerite Duras nous plonge dans le flux d’un esprit tourmenté. Anne Desbarèdes semble vouloir quitter le rôle de la mère dévouée, le rôle de l’épouse au rôle réglé comme un papier à musique, elle se libère en compagnie de cet inconnu qu’elle voit chaque soir. Le récit, vous l’aurez compris, n’est pas bourré de péripéties, bien au contraire. On explore le vide qui occupe le cœur d’une femme qui s’est perdue… Le drame de ce couple, un drame qui découle d’un trop plein d’amour et de passion, lui révèle brutalement qu’elle n’a jamais connu des sentiments assez forts pour pousser à une telle extrémité. Tout part de là…

Afficher l'image d'origine

Comment vous expliquer ce que vous risquez de ressentir en lisant Moderato Cantabile ? Vous pourrez probablement être complètement paumé, en particulier si vous n’avez jamais lu Duras avant ! J’ai personnellement commencé par Le Ravissement de Lol V. Stein, qui était aussi assez spécial, mais d’un très grand intérêt quant à l’analyse qu’on pouvait en faire. Etant étudiante en Lettres, je me suis éclatée à pousser l’interprétation très loin. J’ai, cette fois aussi, eu le réflexe de m’arrêter sur certains mots, certaines tournures, et essayer de les décortiquer pour mieux les comprendre… Moderato Cantabile est un récit totalement épuré, peut-être trop. Duras écrit à la fois sur tout, le « tout » de l’humain, et sur rien, un « rien » omniprésent chez ceux qui vivent sans exister. Certes, le texte est déstabilisant, mais il s’agit aussi d’un merveilleux exemple de ce que peut faire la littérature quand elle est poussée au plus loin dans son dénuement et sa complexité. Si les termes que j’utilise peuvent parfois paraître contraires, c’est pour illustrer les sensations perturbantes que provoque Duras chez son lecteur : elle nous fait plonger dans l’ivresse de son personnage, elle nous fait participer à ses errances, nous noie dans l’incompréhension qui fonde la vie même d’Anne Desbarèdes… En bref, je vous conseille ce livre si vous êtes un lecteur curieux, si vous êtes un lecteur passionné et assoiffé de culture, si les ovnis littéraires ne vous font pas peur, si vous aimez, comme moi, réfléchir des heures au livre que vous venez de finir…

Afficher l'image d'origine

Ma note…

.

#224 Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

songe3

Le résumé…

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

songe2

Mon avis…

Ce nouveau livre de Clémentine Beauvais, paru il y a peu, est un pari original, une réécriture d’un classique… Mais pas n’importe comment : en vers. C’est une forme qui m’a tout de suite intriguée car je la pratique moi-même lorsque j’écris, j’avais donc hâte de voir ce que cela allait donner. J’ai eu l’impression que cela rendait la lecture parfois un peu moins agréable, alors qu’à d’autres moments cela lui donnait tout son charme. Je pense que c’est un bel hommage à Pouchkine et Tchaikovsky, une belle actualisation qui devrait séduire beaucoup de lecteurs. Il faut vraiment beaucoup de courage pour tenter une nouvelle forme d’écriture, en particulier à l’époque où quasiment tous les lecteurs sont attirés par des romans dont le format évolue peu. Ici, l’esthétique de la page est presque aussi importante que le texte lui-même, ou en tout cas apporte beaucoup à la lecture. L’histoire en elle-même est une adaptation d’Eugène Onéguine, donc rien de vraiment original, bien que cela permette de faire découvrir l’œuvre à toute une nouvelle génération, un pari réussi donc pour Sarbacane et Clémentine Beauvais.

songe1

L’intrigue étant très appréciable, une romance sympathique, avec un narrateur plutôt proche de nous, sans cesse en contact avec notre réalité, je n’ai eu aucun mal à lire ce roman en deux petites soirées. Je ne sais pas s’il va me marquer durablement, honnêtement je ne pense pas… Si le livre est original, sa lecture ne m’a pas particulièrement époustouflée, malgré le grand plaisir que j’ai ressenti à découvrir un tel livre adressé à la jeunesse. Je pense que c’est une innovation qui pourra inciter beaucoup de lecteurs à découvrir d’autres choses, la littérature ne se limitant pas aux romans en prose. Evidemment, tout reste une question de goût. Si ce livre m’a fait passer un excellent moment, en particulier avec des personnages très émouvants, il n’en est pas pour autant un coup de cœur. Mais, malgré tout, je vous le conseille fortement, et pour un tas de raison : son originalité, son intrigue, sa forme, ses personnages, son dénouement, son humour, et j’en passe !

songe4

Ma note…

17/20

sarbacane

Merci à Sarbacane pour cette lecture…

#222 Le blé en herbe – Colette

blé1

Le résumé…

« Toute leur enfance les a unis, l’adolescence les sépare. » Phil, 16 ans, et Vinca, 15 ans, amis de toujours, passent tous leurs étés en Bretagne. Tout naturellement, l’amour s’installe entre ces deux complices inséparables, un amour qui grandit plus vite qu’eux. Et cet été-là, Vinca et Phil découvrent leurs différences et leurs incompréhensions. L’insouciance et la confiance font alors place à la souffrance et à la trahison. Ces amours adolescentes révèlent à Vinca et à Phil ce qu’ils sont désormais et ne seront jamais plus. Et ces vacances s’achèvent sur un adieu à l’enfance, amer et nostalgique.

blé4

Mon avis…

La liste de lectures pour ma nouvelle année de licence a été publiée à la fin du mois de juillet, et sur ce document se trouvait notamment Le blé en herbe de Colette que j’avais, comme par hasard, emmené dans ma valise en Ecosse. Je comptais le lire depuis un moment après l’avoir trouvé dans le grenier chez mes parents… Une édition plutôt ancienne, en somme ! Je n’avais jamais lu d’œuvre de Colette jusqu’ici, mais j’en avais entendu parler lors d’une conférence à Amiens, avec des intervenants de plusieurs pays. La personne ayant abordé l’œuvre de Colette le faisait dans le cadre d’une présentation sur les romans de jeunesse. Le blé en herbe, c’est exactement ça, une œuvre qui raconte l’enfance d’une jeune fille et d’un jeune homme, grandissant tous deux au fil des étés, avec l’évidence qu’ils sont faits pour être ensemble. Pourtant, l’adolescence est le temps des doutes, de la construction de soi-même, des découvertes, des premières fois… Phil n’est plus l’enfant qu’il était, il devient un homme, et veut explorer le monde qui s’ouvre à lui, sans attendre Vinca qui, elle, s’accroche à la Bretagne, au monde de son enfance, à son insouciance…

blé3

Le blé en herbe va nous montrer la destruction de cette insouciance. L’adolescence prend le pas sur l’enfance, remplaçant l’innocence par le désir, la culpabilité, et tellement d’autres sentiments nouveaux. L’amour qui alors leur semblait évident semble tout à coup basculer et se transformer… Car il y a une autre femme, une vraie femme. Pour Phil, elle est si différente de Vinca, celle qui restera toujours l’enfant qu’il a connu. Alors je me suis retrouvée plongée, comme tellement de lecteurs avant moi, dans une seconde adolescence. J’ai redécouvert ces sentiments que j’ai moi aussi ressenti, avec beaucoup de plaisir et d’émotions. Si le roman est plutôt court, cependant, il est pourtant assez ennuyant, parfois. Il y a certaines longueurs, et parfois on peut se sentir un peu agacée de l’obstination de Vinca à rester dans l’enfance, tout comme celle de Phil à rentrer dans l’âge adulte. Dans l’ensemble, malgré cela, j’ai passé une bonne lecture, qui m’a assez marquée, avec une écriture toute en simplicité, ce qui est très appréciable. On retrouve dans Le blé en herbe le talent indéniable de Colette pour exprimer simplement les sentiments les plus complexes… Je vous le conseille vraiment car c’est un roman qui peut se lire à n’importe quel âge, se savourer, nous rappeler de belles choses, nous émouvoir… Allez, lancez-vous dans ce classique qui, contrairement à d’autres, ne vous prendra pas la tête !

blé2

Ma note…

.

.

Le fantôme de Canterville et autres nouvelles de Oscar Wilde‏

Sorbet Kiwi a découvert quelques nouvelles d’Oscar Wilde… 🙂

Sorbet-Kiwi

Bonjour à tous !

Il y a un peu plus d’un an, ma copinaute Juliette du blog Je lis et je raconte m’a offert ce recueil de nouvelles de son auteur préféré. J’ai décidé de le lire dans le cadre de ce week-end à mille.

Une famille américaine achète un château hanté. Bruits de chaînes et taches de sang terrorisent la région depuis des siècles… Mais que peut un pauvre fantôme contre le bon sens d’un homme d’affaires, les détachants super-actifs de sa femme et la malice des enfants, toujours prêts à lui jouer des tours ?

Le fantome de Canterville- Oscar Wilde

Le recueil s’ouvre avec le Fantôme de Canterville, la nouvelle principale du livre, très connue du grand public, du moins de nom. Je ne savais pas du tout de quoi cela parlait et j’ai enfin pu élargir ma culture. J’ai été très surprise de la tournure que prenait la nouvelle, cassant totalement les codes…

View original post 353 mots de plus

#220 Les eaux troubles du mojito – Philippe Delerm

mojito1

Le résumé…

Elles sont nombreuses, les belles raisons d’habiter sur terre. On les connaît, on sait qu’elles existent. Mais elles n’apparaissent jamais aussi fortes et claires que lorsque Philippe Delerm nous les donne à lire. Goûter aux plaisirs ambigus du mojito, se faire surprendre par une averse et aimer ça, contempler un enfant qui apprend à lire en bougeant imperceptiblement les lèvres, prolonger un après-midi sur la plage… « Est-ce qu’on est plus heureux ? Oui, sûrement, peut-être. On a le temps de se poser la question. Sisyphe arrête de rouler sa pierre. Et puis on a le temps de la dissiper, comme ce petit nuage qui cachait le soleil et va finir par s’effacer, on aura encore une belle soirée. »

mojito2

Mon avis…

Je ne connaissais Philippe Delerm que de nom… et je ne confondais pas avec Vincent Delerm (enfin je ne crois pas) ! Je ne sais pas s’ils ont un lien de parenté… Bonne question… Alors, Les eaux troubles du mojito n’est pas un roman ! Ce n’est pas vraiment un recueil de nouvelles non plus… Mais ça s’en rapproche ! Je dirais que c’est un recueil de pensées, de contemplations, de petits textes assez poétiques… C’est ce côté poétique que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs. Philippe Delerm décrit le mojito et le plaisir de le boire comme personne, de même pour beaucoup d’autres moments de la vie. Le but de ce livre, c’est de montrer « les belles raisons d’habituer sur terre »… J’avoue que j’ai été assez touchée par certains textes, qui sont parfois émouvants, parfois drôles… Mais il y a aussi des anecdotes qui ne nous accrochent pas, ne nous touchent pas au cœur, ce que j’ai trouvé dommage…

mojito4

Après tout, je pense que c’est une question de sensibilité ! Nous n’avons pas tous les mêmes plaisirs dans la vie, ce qui plaît à l’un ne plaît pas toujours à l’autre, si bien que, Philippe Delerm racontant des moments très variés et diversifiés, il me semble difficile que tous les textes plaisent à tous les lecteurs ! Pour ma part, j’ai eu la sensation que certains étaient moins travaillés que d’autres. J’ai remarqué que des textes étaient plus profonds, plus poétiques, et ce sont souvent ceux-là qui m’ont touchée. En tout cas, ce livre laisse une petite sensation de bien-être après la lecture, on regarde le monde un peu différemment, on savoure chaque instant… Ce qui est pas mal aussi, d’un point de vue pratique, c’est qu’on peut lire un ou deux textes par jours, ou simplement à des moments où on veut, quand on ne se sent pas très bien… En bref, c’est un peu le bouquin qui peut nous faire prendre une bonne bouffée de vie quand ça ne va pas trop, ou une piqure de rappel, ou simplement un petit plaisir de la vie supplémentaire : redécouvrir des instants magnifiques par la lecture !

5039ac30-a9f8-49c4-a4d5-55fdc766aa6c

Ma note…

.

.